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Full text of "Oeuvres d'Horace en latin et en françois : avec des remarques critiques et historiques"

.^ 




LL 

H811 
.Fd 



OEUVRES 

D'HORACE 

EN LATIN ET EN FRANÇOIS , 
AVEC 

DES REMARaUES 

CRITIQUES ET HISTORIQUES. 

PJR MONSIEUR DACIER, 

Cinquième Ednion, replie, corrigée d'un nombre 

cinliderable de fautes , & augnicntée de N o t e s 

critiques, hifloriques Se géographiques, & des 

différentes leçons de a In. Bentlei Se 

CUNINGAM , & du p. San A DON. 

rOKIE SEPTIEME. 




A HAMBOURG, 

Di i.1m?ïiiuïî^i2 &'A. VANDENHOECK. 
Libraire à LONDRES 

,M DCC XXXIII. 



j^ HORÀtlI riACCl 
SERMONUM SEU SATIRARUM 

LIBER SECVNDVS. 
DISCOURS OU SATIRES 

DHORACE. 

LIVRE SECOND. 



Tm. FIL A 




«r 



Q. HORATII FLACCI 

SERMONUM SEU SATIUARUM 

LIBER SECUNDUS. 

SATIRA PRIMA. 

HORATIUS, TREBATIUS, 




HoK.^^^S^^U NT quîbus in S ai ira videar 
nhnis acer^ ^ ultra 

Legem tendere opus : fine neV' 
vis altéra^ quidquid 

Compofui^ pan ejfe putat, fimilefque meorum 

Mille die ver/us deduci pojfe. Trebati^ 

^id faciam^ prafcribe. Treb. ^iefcas. HoR. 
A> faciam, inquis , 5 

Omnino verjus? Treb. y//^. Hor. Peream 

malèyfi non 

Optimum erat : verùm nequeo dormire, T r e b . 
Ter unâfi 

Tranjnanto Tiberim^fomno quibus ejl opus alto: 

Irriguumque mero fub noâfem corpus habento, 

Aut fi tant us amor fcribendi te rapity aude 10 

Cafaris 




DISCOURS OU SATIRES 

D'HORACE. 

LIVRE SECOND. 
SATIRE PREMIERE. 

HORACE, TREBATIUS, 

HoR.2S^(5^|^i^^ES uns trouvent que je fuis 
trop piquant dans mes Sati- 
res, & que je poufle la rail- 
lerie au delà des bornes. Les 
autres dilent, que tout ce 
ce que j'ai compofé elt 
fans force ; & qu'on peut faire facilement^ en 
un jour mille vers comme les miens. Tréba- 
tius, que dois-je faire? Trebat. Vous te- 
nir en repos. H or. Dites-vous que je ne 
fa fie plus devers? Treb. Oui. HoR. Qtie 
je meure, fi ce ne feroit le meilleur parti ; 
m.ais je ne fau rois dormir. Treb. Que ceux 
qui ont befoin de chercher le fommeil, fe 
frotent dhuile, qu'ils paflent trois fois le Ti- 
bre à la nage, k qu'un peu avant la nuit, ils 
ayent foin de boire trois ou quatre bons 
coups de vin. Ou, fi vous avez une fi grande 
demangeaifon d'écrire, entreprenez de chanter 
A 2 lâ« 




4 S A T I R A I. L I B. II. 

Cafaris invi^i res dicere^ multa lahorum 

Pramia laturus. HoR. Cupidum^ pater opti^ 
me^ vires 

Defichnt : neque enÏ7n quivis horrenùa pilîs 

Jgmina^ nec fra^iâ'pereunîes cufpide Gallos^ 

Aut îabenîis equp defcribat vulnera Parthi, i ^ 

Treb. Attamen ^ jujïum poteras ^ fcribere 
fûrtem ; 

Sciptadetn ut fapîens Lucilius, H or. Haud 

mihi deero^ 

\ i 

^um res ipfa feret, Nifi dextro tempore^ Place 

Verha per attentam non ibunt C^Jaris aurem: 

Cuimalè fi palper e^ recaîckrat undique tutus, 20 

Treb. ^lanto reclus hoc quàrn trifti ladere 
verfu 

Pantohbum fcurram^ Nomentanumque nepotem : 

^lum fihi quifque timet, quamquam eji înta^us^ 
^ odit? 

HoR. §uid faciam? faltat Mïkn'ius^ ut j'emel 

AcceJJît fervor capHîy mmerufque lucernis i 05 
Cajîor gaudet equis j ovo prognatus eodem^ 
Pugnis, ^ot capïtum vlvunt^ totidem Jiuâiorum 
Mïllïa : me pedïbus dekâfat claudere verba, 
Lucilî ritUy nojîrûm melmh utr^que» 
ule velut fidis arcana fodallbus olïm 30 

Cre débat libris: neque ^ fi maU cejferaty ufquam 

Decur- 



s A T I R E I. L I V. II. 5 

les exploits de l'invincible Augufte, ^ afpi- 
rez aux glorieufes récompenfes qui doivent 
fuivre un li beau travail. Hor. Mon bon 
patron, mes forces ne répondent pas à mes 
defirs. Car tout le monde n'eft pas capable 
de bien décrire les bataillons heriilés de pi- 
ques, de reprefenter les Gaulois mourans de 
leurs blefiures où les traits fe font briiés, ni 
de peindre vivement le Parthe tombant de 
cheval fous les coups du Romain. Treb. 
Mais vous pouviez au moins parler de fa va- 
leur & de fa juftice, comme le lage Lucilius 
a parlé des grandes qualités de Scipion. Hor. 
Je ne manquerai pas de m'aquiter d'un de- 
voir fi jufte , quand l'occaiion fe prefentera. 
Mais les vers d'Horace n'iront jamais inter- 
rompre mal à propos les grandes occupations 
de Cefar, qui eft en garde de tous côtés con- 
tre la flaterie , & qui reçoit toujours mal un 
ridicule fiateur. Treb. Cela auroit été bien 
mieux fait, que de vous amufer à bleiïer d'un 
vers trifte le bouffon Pantolabus, & le débau- 
ché Nomentanus. Car ce qui arrive de- là, 
c*eft que les gens même dont vous ne parlez 
point, ne lailfent pas de vous craindre & de 
vous haïr. Hor. Que voulez-vous que je fafîè? 
Milonius fe met à danfer. dès que fa tête eft 
échauffée des vapeurs du vin, Sz que les lam- 
pes lui paroifiènt doubles. Caflor aime les 
chevaux i fon frère jumeau n'aime que les 
combats du celle. Autant d'hommes, autant 
de difîérentes inclinations. Moi , je ne me 
plais qu'à faire des vers à la manière de Luci- 
lius, qui valoit mieux que vous & moi. Ce 
bon homme confîoit tous fes fecreis à fes pa- 
piers, comme à fes amis fidèles. Que fes af- 
A 3 faires 



' s A T I R A I. L I B. IL 

Dccurrem allo^ neque fi bene. ^lofit ut omnïs 

Vothâ pateat veîuti deferipta tahellâ^ 

Vita jenis. Sequor hunCy Lucanus an ÂppuluSy 
ûficeps : 

Nam Venufinus erat finem fiih utrumque coh- 
nus y 35 

Mijfus ad hocy pulfis (vêtus ejl ut fama) Sabel- 
Us, 

^0 ne per vacuum Romano incurreret hojiis : 

Sive quod Appula gens^ feu quod Lucania hélium 

Incuteret violenta. Sed hic ftylus haud petet ultra 

^temquam animant em : ^ me veluti cujîodiet 
enfis 40 

Vaginâ teHus^ quem cur dijlrifjgere coner^ 
Tutus ab infejiis latronibus ? O pater i^ rex 
'Jupiter y ut pereat pofitum rubigine teltmiy 
Nec quifquam noteat cupido mihi pacis : aï ilky 
^n me commorit (melius non tangere, cîamo}^^ 
Flebity ^ infignis totâ cantabitur urbe, 
Servius iratus leges minitatur ^ urnam : 
Canidia Jlbutl, quibus ejl inimica, venenum : 
Grande malum Turîus, fi quis fe judice certet : 
Ut , quo quijque valet , fufpctlos teneat , ut- 
que 5^ 

Imperet 



s A T I R E I. L I V. II. 7 

faires allaffent bien ou mal, jamais il n'avoit 
d'autres confidens. De- là vient, que la vie 
de ce vieillard eft peinte tout entière dans les 
ouvrages, comme dans un tableau qu'il auroit 
fait par voeu. Je marche fur fes traces, moi, 
Lucanien, ou Apulien, comme il vous plai- 
ra ', car Vénufe eft fur la frontière de ces deux 
provinces. Et les vieilles Chroniques difent> 
que les Romains en ayant chailë les Samni- 
tes, y envoyèrent une colonie pour empê- 
cher ces mêmes Samnites de leur revenir fur 
les bras, s'ils trouvoient ce lieu-là fans gajni- 
fon. Ou peut-être que cette colonie n'étoit 
que pour tenir en bride les Apulien?, ou les 
Liucaniens, qui faifoient fouvent aux Ro- 
mains de fanglantes guerres. Mais quoique 
je fuive Lucilius, je n'attaquerai jamais perfon- 
ne. Je ne me fer virai de la Satire que pour 
ma fureté, comme d'une épée dans le fou- 
reau. Pourquoi tirerois-je cette épée , pendant 
que je fuis à couvert des voleurs ? Grand Ju- 
piter, père & Roi des hommes, que les épées 
periflent, & que toutes fortes d'armes foient 
bien oubliées ; qu'elles foient mangées par la 
rouille, & que perfonne ne s'avife de me nui- 
re, à moi qui n'aime rien tant que la paix» 
Mais quiconque m'agacera, (je Tavertis qu'il 
feroit mieux de ne me pas toucher ; ) il aura 
fujet de s'en repentir , & je le marquerai li 
bien, quil fera chanté par toute la ville. 8er- 
vius menace de l'urne judiciaire ceux qui 
l'ont fâché: Canidie fille â'Albutius fait apré- 
hender le poifon à ceux qu'elle hait : Turiur-* 
fait douter du fuccèsd'un procès à ceux qui l'ont 
pour Juge. Cela eft ordinaire, chacun fe fait 
craindre par fon endroit le plus fuit. C'efl 

rncme 
A 4 



î s A T I R A I. L I B. II. 

Imper et hoc natura pctens^ fie coJîige mecum. 
Dénie lupus, cornu taurus petit : unàe nïfi intus 
Monjiratum ? Scava vîvacem crede nepoti 
Matrem, Treb. NU faciet /céleris pia àextera 

HoR. miruml 
Ut neque cake lupus quemquam^ neque dente pe~ 

tit hos. 5 5 

^ed mala tollet anum vitiato melle clcuta. 
Ne longum faciam^ feu me tranquille feneâlus 
Expeâlat, feu Mors atris circumvolat alis -, 
DiveSy inops^ Romee, Jeu fors ita jufferït^ exul, 
^îjquis erit vita^ fcribam^ color, Treb. O 

puer, ut fis 60 

Vitalis, metuo, & majorum ne qui s a mi eus 
Frigore teferiat.HoK. ^idf quum ejî Lucilius 

aufus 
Prîmus in hune operir ccmponere carmina mo- 

rem , 
Detrahere ^ pellem, nitîdus quà quifque per ora 
Cederety introrfum turpis, num Lelïus, aut 

qui 65 

Duxit ah oppreffâ meritum Carthagine nomen^ 
Ingenio offenfi, aut Ufo doluere Metello, 
Famoffque Lupo cooperto verfbus ? Atqul 
Primores populi arrîpuit, populumque tributim : 

Scili' 



s A T I R E I. L 1 V. IL 9 

même Tordre de la Nature, à qui tout obéît. 
Kt vous Tallez voir : Le loup montre les 
dents ; le taureau s'arme de l'es cornes. Qui 
leur a enieigné cela, li ce n'eii cetic maitrel- 
fe, qui agit toujours au dedans ? Prenez ce 
garnement de Scéva : confiez-lui ia mère qui 
vit trop longtems à fon gré. Treb. Sa" 
main ne commettra point de crime : il eft trop 
pieux. H OR. Grande merveille! Un loup 
ne vous donnera pas non plus un coup de 
pied, ni le taureau un coup de dent. Mais 
il abrégera les jours de cette bonne vieille avec 
un breuvage de miel, qu'il accom.modera bien 
dévotement avec de la ciguë. En un mot, 
pour ne pas vous tenir plus longtems, foit 
qu'une vieillefTe tranquile m'attende, ou que 
la Mort me bâtant déjà de fes ailes noires, 
ibit prête à venir le percher fur moi ; riche, 
ou pauvre, à Rome, ou en exil, fi la Fortu- 
ne le veut, en quelque état que je puiiTe être, 
je ferai des vers. Treb. Mon fils, -e crains 
que vous ne viviez pas longtems , & que 
TOUS ne perdiez la faveur d'un certain grand 
Seigneur. HoR. Eh quoi! Qu?.nd Lucir.us 
a ofé le premier faire des vers de cette maniè- 
re, & ôter à chacun le miafque qu'il portoit-, 
pour cacher fes ordures & fes vices, a-t-on 
vu que Lelius, ou celui qui de Carthage vain- 
cue remporta le glorieux, nom d'Afriquain , 
ayent été offenfés de fa liberté , ou qu'ils 
ayent entrepris de venger Mét.ellus, ou 'Lu- 
pus, qu'il avoit accablés de fes vers ? Cepen- 
dant Lucilius a attaqué les plus grands du- 
peuple, & il a entrepris Tu^^e lorès l'autre 
A c to-ites- 



10 s A T I R A I. L I B. IL 

SciUcet uni aquus virtuti, atque ejus amicis. 70 

^in ubîfe à vulgo & fcenâ in fecreta remorûnt 

Virtus Scipiada & mitis fapienùa Lalî^ 

Nugari cum ilîoy ^ dîfcin^i îudere, dmec 

Decoqueretur dus, foliti^ ^dcquid juîh egc^ 
quamvis 

Infra Luciîî cenfum^ ingeniumque, tamen me 75 

Cum magnis vixijfe invita fatebitur ufque 

Invidia: ^ fragili quarais ilîidere dentem, 

Offendet folido. Niji quid tu, docîe Trebati, 

Vijèntis, equidem nihil hinc diffindere pcffiim, 

Treb. Sed tamen ut monitus caveas, ne fortl 
negotî 80 

Incutiat tibi quid fantî arum infcitia legum : 

Si mala condiderit in quem quis carmina, jus 
eft, 

Judiciumque. Ho r . EJlo, fi quis mala : fed bO" 
na fi quis 

Judice Condiderit laudatur Cafiare. Si quis 

Opprobriis dignum latraverit, inieger ipfe 3 85 

Solventur rifu tabules : tu mijfus abibis. 



s A T I R E I. L I V. II. II 

toutes les Tribus, ne refpedant que la vertu 
leule, & ceux qu'elle avouoit pour (qs favoris. 
Au contraire, nous favons que Scipion & le 
iiîge Lelius, dès qu'ils avoient quité le public 
comme un théâtre, & qu'ils étoient en particu- 
lier, ils jouoient Se badinoient tous hs loirs a- 
vec lui, en attendant leur plat d'herbes. Tel 
que je fuis, moi, quoique fort au-delîbus de 
Lucilius, pour l'efprit, pour le bien & pour la 
nailîànce, j'ai eu auffi-bien que lui l'honneur de 
vivre avec les Grands. L'envie fera toujours 
forcée de l'avouer, malgré qu'elle en ait. Et 
quand elle cherchera fur moi un endroit foi- 
ble, pour le mordre, elle ne trouvera qu'à u- 
fer fes dents. Voilà, docte Trébatius, quelle 
eit ma dernière refolution. Et à moins que 
vous ne foyez d'un autre a\is, je n'y faurois 
rien changer. Treb. Cependant je vous en 
avertie, prenez bien garde, que l'ignorance de 
nos loix facrees ne vous faflë un jour des affai- 
res fâcheufes. Voici le texte formel : Sî quel- 
qu'un fait de mechans vers contre un autre ^ 
qîCon le mette en jujïice^ ^ qu'on lui fqje fcn 
procès, H o R. D'accord : li quelqu'un fait de 
méchans vers. Mais fi quelqu'un en fait de 
bons, il mente des louanges, au jugement mê- 
me de Cefa-r. Si vous décriez un homme qui 
mérite cet oprobre, U que vous foyez exempt 
des vices que vous lui reprochez, vos Juges 
n'en feront que rire. Ils déchireront eux-rné- 
mes les informations, h vous ferez renvoyé 
abfous. 



A 6 RE: 



12 R E M A R Q.U E 3 

mmm m m m m m m ^ m m m m m m 

REMARQUES 

Sur la SATIRE I. 

DANS le premier Livre des Satires Horace a 
combata les vices. Dans celui ci il reiute les 
tauiiës opinions des Philofophes. Et comme cette 
matière demande plus de force & plus d'érudition que 
la première, ce Livre eft aufli plus fort 6c plus rem- 
pli de favoir que le premier. Mais c'eil un favoir 
qui n'a rien de dur ni de fauvage. Se qui eft accom»- 
pagné de tous les agrémens que les Grâces mêmes 
peuvent donner. Dans cette première Satire il y a 
une plailanterie continuelle, & qui a été connue de 
fort peu de gens. Horace rebuté par tout ce qu'on 
difoit de Tes Satires, v^a trouver le pi us habile J'irif- 
confulte de fon tem?, pour lui demander confeil. 
Il lui propofe donc la chofe. Ce Jurifcon fuite, d'un 
ton de Légiflateur, lui ordonne de n'écrire plus. 
Horace, au lieu de fe rendre, combat fes raifons. 
Et la fn de cette comédie eft, que le Jurifconfulte 
ne démord point de fon premier avis, & qu'Horace 
continue à faire des Satires. C'eft en vain que les 
hommes demandent confeil fur les chofes aufquel- 
les ils font portés naturellement. Il n'arrive même 
prefqae jamais qu'ils le demandent pour fe corriger. 
Ils ne cherchent d'ordinaire qu'à fîater leurs incli- 
nations, & qu'à fe confirmer dans leurs habitudes. Nous 
allons voir en détail toutes les beautés de cette pièce, 
qu'Horace fit pendant qu'il étoit encore alfcz jeu- 
ne, comme cela paroît par le.-; vers 57. ^ 6c. 
Au reftc; ù. ce fécond Livre des Satires eft plus 

fort 



SUR LA S AT. 1. DU Liv. II. 13 

fort que le premier, il eft aafli plus agréable; car 
toutes fes Satires ionc aut?.Qt de pièces dâ théâtre, où 
le dialogue eil admirablement bien obfeivé. A pro- 
premen; parier, il y a dans Horace quatre eipeces de 
Satires. 

La première, k la pins commune, cft ccîle où le 
Poète parle. Se celles font toutes celles du Li\ re L a 
Texception de la VIII. &: de la IX. 

La leccndc eft celle où il ne parle point, ou ne 
parle qae peu, Se dans laquelle il introduit un per- 
fonnage qui parlcj telle eft la Vlil. du Livre I. O- 
/im trufuus era?n, où le Dieu Priape parle depais le 
commencement jufqu à la fin. Et la ilxonde du Livre 
fécond, où Horace raporte un diicours d'Ofellus, & où 
le Poète ne dit que quatre mots. Et ia dernière de ce 
iècond Livre où il fait raconter parFundanius le mau- 
vais repa^ de Nahdicna». 

La troifieme eft celle où Horace introduit un per^- 
fonnage qui parle avec lui, & dans laquelle le Poète 
feit feul les deux personnages, comme dans cette pre- 
mière, dans la troilieme, la quatrième & la feptiemede 
ce fécond Livre; <5c dan; la neuvième du Livre I. 

Enfin la quatrième orte eft celle où il fait parler 
des perfcnnages étrangers, .ans qui! fe mêle dans la 
converfation, comme dans \ins véritable pièce de théâ- 
tre ; telle eft la cinquième de ce fécond Livre qui 
n'eft qu'un dialogue entre Tirefias & Ulyfie. 

La première efpece, la féconde Se la quatrième font 
très connues. La troinsme n'eft pas moins naturelle 
que les autres, Alais elle n eft pas connue. Plein- 
fms a fort bien remarqué que le Po^te Kpicharmus en 
fut l'inventeur; car après avoir longtems donné à 
chaque perfonnage fon rôle, il s'ayifa de faire faire 
deux perfonnages par un feul. C eft ce qus Platon 
fait entendre dans le Gorgias, quand il dit, jW fj-ot to 

kiç ftiV iKOLVoç yivcdfÀcu, -^fin que je donne dans la ma.- 

niere d''Epicharmu5, t^ que ce que dunx perfonna'yes di- 

foient auparavant^ je le prenne fur moi (^ le dije feuL 

Cette manière eft très agréable ; mais en notre lan- 

A 7 gue 



14 R E M A R Q^U E S 

gue quand les pièces font longues elle y jette de l'ohf 
curité j c'eft pourquoi j'ai marqué les perfonnages. 
Les deux rôles foucenus par un leul peHonnage n'en 
font pas moins iènfibles. Se le plaifir qu'on a à lire 
cette pièce n'en eil pas moins grand. 

I Su fît qui bus in Satird 'vide a r nîmis acer ] Les 
ennemis d Horace difbient partout, que fes Satires 
étoient trop aigres & trop piquantes; qu'il éîoit 
de l'intérêt du public d'arrêter cette fureur; qu'il 
falloit l'obliger à garder les raelures, & à fe te- 
nir dans les bornes de ce pcëme, & qu'il n'y avoit 
rien qui fût d'an p!us pernicieux exemple, que de 
laiffer ainfi à un Poète la liberté d'attaquer la ré- 
putation de tout le monde, de donner à la vertu les 
couleurs du vice, & de dire impunément, qu'un tel 
eft efféminé, qu'un autre fent mauvais; que celui-ci 
elt un infâme, que celui-là eft un voleur, yicet-y Se 
acerbitasy font les termes propres pour la Satire, qui 
pique, &:c. 

Et ultra legern tendcre opus"] ils difoient, que 
fa Satire alloit au delà des loix de cette forte 
de poëme. Car proprement la Satire ne devoit 
être qu'un difcours mêlé de plaifanterics Se de rail- 
leries, fans aucune médisance ouverte, & fans aucune 
invedive atroce. C'ell un poëme qui en imitant 
la pîaifanterie de la vieille comédie conferve tout ce 
qu'elle avoit d'utile pour les moeurs, & rejette tout ce 
qui y étoit contraire, & furtout Ihorrible liberté de 
décrier tout le monde, & de faire paffer Thomme le 
plus vertueux & le plus fage pour le plus vicieux Se 
le plus fou. 

2 Sine ner'vis altéra J Ceux qui ne vouloient 
pas dire que la Satire dHorace étoit trop forte 
& trop piquante, de peur qu on ne les accufat de 
craindre fes traits, prcnoient un autre tour : ils di- 
foient, que fes vers étoient foibles & languiffans, 
& qu'on en pouvoit faire mille de même en un 
jour. 

4 Deduci] Il faut bien remarquer ici deduci 
mis en mauvaiJé part, pour dire des vers foibies & 

dé- 



SUR LA Sat. I. DU Liv. II. z ;; 

décharnés, des vers filés fi menu, qu'ih n*ont point 
de corps. C'eft une métaphore prile du lin & de la 
laine qu'on file. Mais ordinairement deciuci ert mis 
en bonne part, pour des vers bien faits, & oii il n'y a 
rien à reprendre. 

Trebati] C'eft C. Trébatius Tefli, un des plus 
grands Jurifconfultes de ce tem^-là, comme on le 
peut voir par les Lettres que Cicsron lui écrit dans 
le Liv. VIL II accompagna Jule Gefar à la guerre 
des Gaules; & il étoit fi bien avec ce Prince, qu'il 
lui donnoit les apointemens de Tribun de foldats, 
quoiqu'il n'en fit aucune fonction-; & alors il avoit 
déjà quelque âge , car Ciceron Tapelle njetulum^ en 
raillant. Il falloit donc qu'il fût fort vieux quand 
cette Satire fut faite, plus de trente ans après ce 
voyage des Gaules. Horace choifit Trébatius, non 
feulement comme le plus vieux & le plus habile; 
mais aufTi comme celui qui entendoit fort bien la rail- 
lerie, & qui railloit lui-même très finement. D'ail- 
leurs il n'y en avoit point qui prît tant de plaifir que 
lui à être confulté. Ciceron le raille fur cela fort 
agréablement dans la Lettre XIII. Utrum fiiperbio- 
rem te pecunia facit, a>î quod te Imperator confulit ? 
Moriar n'i^ qu^ tua gloria f/?, futo te malle à Cte- 
fare confuliy quam inaurari . ^u*ejî-ce qui -jouj rend 
plus fier y ou V argent que njous gagner, ou r hon- 
neur que Cefar <vous fait de ^vous confulter? Con- 
noijfant ijotre 'vanité comme je fais, je <veux mou- 
rity fi je ne crois, que 'vous aime-z mieux être con- 
fulté par Cefar ^ qu enrichi. Enfin Trébatius étoit. 
un des plus honnêtes hommes du monde , & le 
meilleur citoyen, comme cela paroît par la premiè- 
re Lettre du Livre X. à Atticus, & par cei^e que 
le même Ciceron écrit à Cefar, pour lui recomman- 
der Trébatius, dont il fait cet éloge en peu de mots : 
Probiorem homincm, meliorem 'virum, prudentionm ejfe 
neminem. Il fut auffi en grande confideration auprès 
d'Augufte, qui ne faifoit rien fans le confulter. Ce 
fut lui furtout qui le porta à établir Tufage des codi- 
cilles , auparavant inconnu, & dont il lui fit voir la 

né- 



i6 R E M A R Q^U E S 

néceflité & l'utilité. Tout cela augmente la piai- 
fanterie de cette Satire. 

ç Pra-jcnbe] Horace fe fert de ce mot, comme 
s'il étoit difpofé k luivre aveuglément ce que Tréba- 
tius lui dira. Alaii il n'en fait pas pour cela davan- 
tage; & dans le moment mc-me qu il demande con • 
feil à Trébatius, i! fait contre lui une Satire, en met- 
tant dans fa bouche une orclonnanc-- de rvIéJecin^ au 
lieu d'une réponfe de Jurifconlulte. 

^lie/cas'] Horace en fuifant répondre Trébatius, 
lui fait obierver merveilleufem^nt toutes ico maniè- 
res des juriiconrjltes, qai répondent le plus qu'ils, 
peuvent par mono fillabes : Àio, nego, quielcai. Ces 
fubjonftifs ont plus de force que les impératifs, & ne 
font pas fi durs. 

7 Optimum erat\ Erat, pour e^et. On peut aufll 
l'expliquer par l'imparfait: y s 'veux mourir, fi ce 
riétoit-là le meilleur parti. 

Ter uJidi tranfnanto] Cela eft plaifant, de voir un 
célèbre juriiconfulte dicler une ordonnance de Méde- 
cin, en confervant le ftile de Jurifccnfulte. Car 
tranfnanto, hahenîo, font des termes des loix. 11 
faut joindre ter avec tranfnanto. PaiTer le Tibère 
trois fois à la nage, étoit un exercice fort propre à 
faire dormir. 

8 Tranfnanto Tiherinf] Il y a une grace merveil- 
leufe dans cette réponfe de Trébatiuî, en ce qu' Ho- 
race lui fait répondre la chofe qu'il aimoit le plus à 
faire. Car perfonne n'aimoit tant à nager que Tré- 
batius. Ciceron lui en fait la guerre agréablement 
dans la Lettte X. du Liv. y\l. ^.amquam njos nunc 
ijiicfatis caler e audio, qi(o quidcm nuntio 'valde meher- 
cule de te timueram. Sed tu in re militari multo es 
cautior, qv.am in advocationihus, qui neque in Qceano 
natare 'volueris^ JludiofïJJimus homo natandi. ^ Quoi- 
que pourtant Von nous a dit, que 'vous aviez- là aft^i^ 
chaud. Cette nou-velle inavoit même fort allarmé 
four 'VOUS. Mais je 'vois bien, que 'vous êtes plus pru- 
dent dans les affaires de la guerre, que dans celles de 
*votre métier j pulfqiie ims na-vez pas nagé dam /'O- 

céaîis 



SUR LA SAT. I. DU Liv. II. If 

tètuty 'mus qui aimez à nager plus que tous les hommes 
élu monde. 

9 Irriguumque mero fuh noEfem corpus hahento ] 
Trébatius donne un fécond confeil qu'il pratiquoit 
lui-même fort volontiers. Car ce bon Juriicon- 
fulte aimoic à boire peut-être autant qu'à nager. 
Ciceron lui écrit : llluferas heri inter fcyphos, l^c. 
Hier au milieu des njerres tsf des pots, l'ous m'aviez 
raif/é, iffc. Et enfuite : Itaque etjt domum hene potus 
feroque redieram. C cil pour quoi t quoiqu'il fut fort 
tard quand je fus de rctcur che-z moi, t^ que feujfe 
bien bu CS'r. 

I 2 Pater optime'] Horace apelle ainfi Trébatius, 
à caufe de fon âge Se de fa profeiîion. 

1 3 Horrentia pilis a^yrJna] Des bataillons heriHes 
de piques, Se qui par là impriment de la terreur. 
Horace fe fert du terme horrere, comme Ennius s'en 
étoit fervi : 

Sparjfs hajiis longe campus fplendet ^ bornt. 

Cependant Lucilius s'étoit moqué de cette 'expreflion. 
Mais cela ne fait rien pour Horace. Ennius avoit 
apliqué ce mot ridiculement, en ce qu'un champ fe- 
mé de piques couchées, n'a rien d'effroy?-bIe. Au 
lieu qu'on ne peut voir fans terreur un champ, oih 
les piques font debout, Se les troupes toutes prêtes à 
comb'atre. Voilà la raifon de la critique de Lucilius, 
comme je l'ai expliqué plus au long fur la Sat. X. 
du Li\ re I. 

1 4 N^c fraclâ pereuntes cufpide Gallos ] Depuis 
Marins, les Romains fe fervoient de traits, qui é- 
toient faits de manière, qu'en entrant dans le corps, 
la hampe lé brifoit. Et cela fervoit à deux fins: à 
rendre leurs traits inutiles aux ennemis ; «-^ à faire 
qu'on eût plus de peine à les arracher. Le fer de- 
meuroit prefque toujours dans la bleflurc. Les Gau- 
lois avoient déjà été vaincui par Augufte. 

15 Aut labentis eqiQ defcribat -vulnera Partbi] 
Il parie fans doute de la défaite de Pacorus Roi 

des 



13 R E M A R CLU E S 

des Parthes qui fut tué par Vemidius. Car lorf- 
que cette Satire fut faitCj Augufte n'avoit pas encore 
entièrement fubjugué les Parthes. Horace dit laben- 
fis equo, parceque les Partkes étoient prefque tous 
gens de cheval. 

16 Attamen iij jujîum pûtêras] Trébatius répond 
à Horace : Si vous ne vous êtes pas fenti afTez fort, 
pour entreprendre de décrire les exploits d'Augulle, 
vous pouviez choifir quelqu'une de fes grandes qua- 
lités, & parler de fa valeur & de fa juitice, comme 
Lucilius, qui no!'ant décrire les grandes adions du 
jeune Scipion, fe réduifit à parler feulement de la 
vie privée de ce vainqueur de Carthage, da^s un ou- 
vrage qu'il fît exprès. Trébatius étoit un homme 
d'une irande réputation, d*un grand poids, & d'une 
probité connue. C'dl pourquoi Horace met dana 
w bouche les louanges d*Augulle, fâchant bien que 
cela ne pouvoit pas déplaire à ce Prince. Ce tour eu 
adroit. 

17 ScipiaJem ut fapiens Lucilius '\ Lucilius, ou- 
tre fes Satires, avoit fait un ouvrage particulier de 
U vie du jeune Scipion rAfriquain, fils de Paul- 
Emile , où il parloit de fa juftice & de fa valeur. 
Ceux qui ont cru que Lucilius avoit parlé du grand 
Scipion, & que c'eû celui dont Horace parle ici, 
confondent les tems. Le grand Scipion étoit mort 
plus de trente-cinq ans avant la naiffance de Luci- 
lius. 

Haud mihi deero ] Ce pafTage eft remarquable. 
Horace médiioit déjà la Lettre qu'il écrivit bientôt 
après à Augufte, & qui eft dans le Liv. II. 

1 8 Niji dextro tempore ] Il explique ce dextrum 
tempus , ce tems propre , ce tems favorable, dans 
l'Epi tre XIII. du Livre premier, en envoyant à 
Augufte par Vinnius cette même Lettre dont il parle 
ici : 

Augufto reddes Jignata njoUnnina, Vinni, 
Si va/idus, ft l^etus eritj fi denique pofcet. 

Vin- 



SUR LA S AT. I. DV LlV. II. 19 

Vtnnius, 'vous rendrez ma Lettre à Atiguftti s'il fi 
porte hietii s'il ejî gai, ^ s'il la demande. 

19 Ver attentant non ihnnt C^e farts aurem'] AtteU" 
tant aurem^ Toreille de Cefar, qui cft apliquée à des 
chofes plus grandes & plus néceflaires. II dit, qu'il 
n'ira jamais interrompre mal à propos les grandes oc- 
cupations de Ctriar. Torrentius a expliqué attentatn 
aurem, de Taplicarion avec laquelle Augulte lifoic, 
& qui faifoit trembler ceux qui lui prelentoient leurs^ 
ouvrages. 

20 Cui maie fi palpere, recalcitrat] C'efc une 
métaphore prife de ces chevaux nobles & fîers, qui 
foufFrent avec plaifir d'être careiTés d'une main deii- 
cate S: légère, & qui ruent contre ceux qui les tou- 
chent grolîicrcment, & dans les endroits où ils ne 
veulent pas être touchés. Palparif c'cft talto perçu- 
tere, donner des petits coups du plat <fc la main. 
* M. Bentlei trouve plus de pblitefTe à lir^ recalcitret i 
mais recalcitrat afîlire la chofc, & il n'y a rien que de 
noble dans cette comparaifon. ♦ 

Undique tutus"] En garde de tous cotés, & fans 
qu'on puiffe Taprocher. Ce qu'Horace dit ici, qu'Au- 
gufte regimboit contre la flaterie, &c recevoit mal un 
ridicule flateur, paroît furtout par un bon mot qui 
nous refte de lui. Les habitans de Tarragonc en 
Efpagne envoyèrent à ce Prince des Députés, pour 
lui annoncer qu'une palme étoit née fur l'autel qu'ils 
lui avoient élevé dans leur ville. Augufte, loin de 
recevoir l'augure flateur dont ils vouloient l'enivrer, 
n'en tira qu'une preuve de leur négligence, & les ren- 
voya en leur difant: Apparet quàm f^epe accendatis. 
Il paroi t que ^vous y allumez fowvent le feu pour les fa- 
crijices. 

2 1 ^àm trijîi ladere n)erfu Pantolahum] Il a en 
vue ce vers de la Sat. VIII. du Livre premier: 



Hoc mîferce plebi Jîabat commune /epulcrum, 
Pantolabo fcurree^ Nomeutanoqug nepoti. 



Q'^ik 



20 REMARQ^UES 

C'ell pourquoi Trébatius Tapellc trijîet c'eft-à-dire, 
affligeant iff de man-cais augure, 

24 ^id faciam ? Saltat Milonius ] Horace ne 
défend point la Satire contre Trébatius. Ce n'étoit 
pas-là un parti à prendre. Il tâche feulement de 
î'excufer. Il a donc déjà dit, qu'il ne pourvoit dor- 
mir. En fécond lieu, quil n était pas propre à autre 
chofe. Et ici il dit, qu'un certain Milonius n'avoit 
pas plutôt bu, qu'il le mettoit à danfer comme un 
fou. Il ajoute en fuite, que les uns ont une inclination, 
& les autres une autre : que pour lui, il naimoit qu'à 
imiter Lucilius : qu'il eit naturel aux hommes com- 
me aux autres animaux, de fe fervir des armes que 
la Nature lear a données 1 que Luciliua ne s'en é- 
toit jamais mal trouvé j qu'au contraire, Scipion & 
Lelius n'en avoient été que plus de fes amis. Toutes 
ces rai.ons ^ont naturelles & lans art. Il n'y a rien 
là du Sophiile, ni du Déclamateur. Elles font aufli 
TefFet qu il en attend, qui ell de prévenir Augufte. 

Saltat Miloniusy ut femtl iao\ C eft un trait de 
Satire bien piquant contre ce Milonius: & pour l'ex- 
pliquer je ne me iervirai que des paroles mêmes de 
Ciceron, dans l'Oraiîon pour Muréna. Caton a- 
voit apellé Muréna, danfeur^ faltatorem, Ciceron lui 
répond, qu'un hcmme grave comme lui avoit eu 
tort d'apeller dajîfcur, un Conml ; qu^il devoit pefer 
rénormité de cette injure, & confiderer tous les vi- 
ces qui font néceflairement attachés à celui à qui 
ce reproche paut être fait. 'Nemo enim ferè faltat 
fobrius, ajojte-t-il, nijî forte infanit', mque in Jolitu- 
dine, neque i^i coii'ui'-vio Jnoderato atque honefïo. Tem-m 
pefi-vi con~oivii, afnceni loci, multarum deliciarum 
cornes efî ex tréma faltatio. Il n'y a point d homme 
qui danfe quand il na point hu, à moins qiiil ne fait 
fou i ni quand il efî feuly ni dans un fefin modéré 
^ honnête. La danfe efi le dernier des excès que 
Von commet dans les grandis dchauches^ qui fuivent 
d'ordinaire les repas que Von fait dans un lieu a^ 
gréable, iff a une heure indue. C'ell pourquoi 
Théophralle a raifon, d avoir pris pour unj marque 

de 



SUR LA S AT. I. DU LiV. II. 21 

de foUe, de danfer à jeun. Et dans le chapitre da 
Contre-tf ms il a dit : Ksù IfX^^'^l^^^^ A-^ct^au 
heu fa (xnS'iTCà (Aî^^vo'/I t^. "^^««^ //> /e-ver'^ ^our 
danfer, il ira prendre un de fes amis qui ne fera pas 
encore ivre. 

Mi/cnius] Porphyrion écrit que Milonius étoit un 
bouffon de ce tems-'à. Mais je fuis perfuadé que 
c'étoit quelque homme confiderable ; la danfe n au- 
roit pas été un reproche bien grave contre un boaffon 
& un homme de néant. 

25 Numerufque lucernis] Car un homme quî a 
bu, voit tout double, auffi bien quePenthée: 

Et Jolem geminum ^ duplices fe ojiendere Thebas» 

Théognis dit : qu'// /emble que la mai/on tourne: 

26 Cajior gatidet equis] Les inclinations des 
hommes foni fi différentes, que de deux fireres 
même l'un aime une choie , Se l'autre une au- 
tre. Il a été parlé ailleurs de Cailor & de Pol- 
lux. 

Ovo pro^natus eodem] Les Poètes ont feint que 
Callor & Pollux étoient nés d un oeuf, parceque 
Jupiter s'étoit transformé en cigne, quand il vit Lé- 
da leur mère, 

Z^ Nojirûm meiioris u/roque'] On a expliqué 
CCS mots diveriément, qui étoit meilletir Poète que 
*vous l^ ntoi, ou qui étoit de meilleure mai/on que 
vous àf moi i ou enfin qui étoit plus homme de 
bietiy tstc. Mais ce n eft point du tout cela. Rut- 
gerfius a fort bien prouvé que c'efl une façon de 
parler fort ordinaire dans la converfation ; quand on 
parle d'un homme de grande réputation, & dont 
Icxemplc fait une forte d'autorité, on dit commu- 
nément, un tel, qui valait mieux que vous ^ moi, ou 
qui nous valoit bien^ ^c. C'eil ainfi que Lucrèce a 
dit: 



. umt' 



iz R E M A R Q^U E S 

Lumiua Jîs ocufis bonus Ancu reliquit 

^i melior multis, quàm tu, fuit, improbe ^ rébus. 

Quand Homère dit : ÏTi^ ffio ^oK^h eLfAéiy^y^ il 
k dit dans un autre fens ; il parle proprement, & 
veut qu'on le prenne à la lettre. 

30 J//e 'Vtîut fi dis arcava fodalibus ] Cette figure 
eil agréable : Lucilius confioit Tes fecrets à fes Livres, 
à fes Satires, comme à les ndeles amis. S il étoit 
heureux, il leur difoit le fujet de fa joie; Sz s'il étoit 
malheureux, il ne leur cachoit pas fes chagrin.B. C'eft 
pourquoi, dit Horace, nous avons dans les écrits de 
ce grand Poète toutes les particularités de fa vie aufll 
exadement décrites, que s'il en avoit fait le tableau, 
pour le confacrer à quelque Dieu. 

31 Si maie cep'crat'\ Si les affaires lui avoient mal 
réùffi. * C'eft ainfi qu il faut lire, & non pas gejfe- 
rat. Jamais les Latins n'ont dit genre abfolument, 
comme M. Bentlei l'a fort bien remarqué. Je fuis 
de fon avis, dans ce point-là; mais je ne reçois nul- 
lement l'explication qu'il donne à ce paflâge : foit 
qu il rinjfit ^, faire Jes mers ou quil ne réufJU pas, il 
a'voit toujours recours à fes Livres. Seu bene et ceffe- 
rat in fcribendo^ feu maie, dit-il. On ne peut rien 
imaginer de plus contraire au fens d'Horace, qui dit 
que Lucilius heureux ou malheureux, avoit toujours 
recours à fes Livres &c. * 

53 Vuti-vâ fateat n)eluti defcripta tabella'\ Il a été 
aflèz parlé de ces tableaux ex moto dans les Remar- 
ques fur 1 Ode cinquième du Livre premier: 

- - - . - me tabula facsr 
Voti-ua paries indicat i2'c. 

Il paroît par ce pafiâge, que Ton ne confacroit pas 
feulement des tableaux des accidens trilles & fâcheux, 
mais aufli des avantures agréables & heureufcs. Il y 
a même autant de raifon à Tun qu'à l'autre. Car on 
rie doit pas témoigner à Dieu moins de reconnoif- 

fance 



SUR LA SAT. I. Dv Liv. II. 23 

f^nce du bien qu'il nous envoyé, que du mai dont il 
nous garantit. 

Pateat ] Eft êxpofée aux yeux de tout le monde, 
comme hs tableaux que l'on expofe en public. 

34 Vita fenis'] Eufebe dans la Chronique marque 
que le Poète Lucilius mourut à Napies la onzième an- 
née de l'Olympiade 169. l'an de Rome 650. cent 
un an avant la naiilance de Jésus Christ, Se qu'a- 
lors il étoit âgé de quarante-fix ans. On demande 
donc, pourquoi Horace Va^çWt fcnem ; car un homme 
de quarame-fix ans n'eft pas vieux. Comme puer eft 
quelquefois un terme de iQT\àvt^t,fenex eft auiTi quel- 
quefois un terme de refped, fans aucun égard à Ta- 
ge. Horace apelîe donc Lucilius fenem, à caufe de 
fon mérite & de fon autorité. D'ailleurs il efl cer- 
tain, quHorace trouvoit que Ton n'étoit plus jeune, 
dès que l'on paifoit quarante ans. On peut voir 
rode IV. du Livre fécond. Cafaubon a cru qu'Ho- 
race lui donne ce nom, à caufe de la gravité de fon 
fujct. Mais il n'efl pas néceiîaire d'avoir recours 3 
toutes ces explications. Je ne fais pas furquoi s'eft 
fondé Eufebe, quand il écrit que Lucilius étoit mort à 
quarante-fîx an«, & l'an de Rome 650. car cela eft 
démenti par fes ouvrages, où il eft parlé de la loi de 
Licinius, bzeni njîtemus Lichii. Or cette loi ne fut 
faite que fept ou huit an;^ après. Lucilius vécut donc 
pour le moins cinquante-cinq ou cinquante-fix ans. Et 
un homme de cet âge peut plus raifonnablemem être 
apellé vieux. 

Lucavus an Appulus anceti ] Il dit, qu*il eft dou» 
teux s'il eft de la Fouille, ou de la Lucanie; parce- 
que Vénufe, fa patrie, eft fur les frontières de ces 
deux provinces, comme je l'ai déjà expliqué fur 
l'Ode quatrième du Livre troif.eme. Mais nous allons 
voir ici toute l'hiftoire, que j'éclaircirai en peu de 
mots, parceque les Interprètes s'y font trompés. Au 
refte, Horace dit ceci en plaifantant, comme s'il vou- 
loit faire Thiftoire de fa vie, à l'imitation de Luci- 
lius. 

35 Nam Vtnufinui arat fnem'] Vénufe ctoit 

une 



24 R E M A R Q^U E S 

une ville des Samnites, comme cela paroît par deux 
ou trois endroits de Strabon. Les Romains ayant eu 
guerre avec ces peuples, les chafTerent de Ve'nufe : 
& de peur qu'ils ne la repri/Tent, Se que ce pafTage 
ne leur donnât la facilité de faire de nouvelles in- 
curfions jufques dans le Latium, comme ils avoient 
fait autrefois, ils y envoyèrent une colonie Romaine, 
qui fervoit de gamifon, 8c qui tenoit en même 
tems en bride la Lucanie d'un côté. Se la Fouille 
de 1 autre. Horace dit ceci, pour faire voir en paf- 
fant, qu'il ne defcendoit pas des Samnites, mais des 
Romains. 

36 Pu/Jîs Sahél/is] SabelU ne font pas les Sabins, 
mais les Samnites. J'en ai averti dans les Remar- 
ques fur les Odes. Cependant on n'a pas laiflé de 
5'y tromper. 

3 7 ^^ ^-^ P^'' "vacuum ] ?er <vacuumj s'ils trou- 
voient Vcnufe dégarnie, vuide. 

* Romam incurreret^ Romano agro^àzxi% les ter- 
res de Romains, comme M. Bentlei l'a fort bien ex- 
pliqué. * 

Hofi'îs^ Les Sam.nites. On s'y eft trompé. Les 
Samnites étoient les ennemis que les Romains avoient 
le plus à dos. Qnand on avoit fait un traité avec 
eux, ils le rompoient à la première occaiion. Enfin 
ils furent entièrement détruits ou chaffés par Sylla, 

au i en lit égorger en un jour quatre ou cinq mille 
ans le Champ de Mars. Et pour excufer fa cruauté, 
il dit, qu'il favoit par expérience, que jamais les Ro- 
mains ne feroient en repos, pendant qu'il y auroit 
des Samnites. 

38 Si've guod j^ppula gens'\ Voici encore une au- 
tre raifon qui obligea les Romains à mettre une gar- 
nifon dans Vénufe: cétoit pour tenir dans le devoir 
la Fouille & la Lucanie, qui s'étoient fouvent révol- 
tées contre les Romains, & qui étoient formidables, 
furtout quand elles fe joignoient enfemble. Les 
Lucaniens defcendoient des Samnites. 

39 Sed hic Jîylus^ Sur ce que Trébatius pouvoit 
dire à Horace, qu'il n'eft pas permis d imiter ceux 

qui 



SUR LA SA T. I. DU L I V. II. 25 

<ÎQ! font mal ; que Lucilius n"ctoit pas un exem- 
ple à fuivre ; & qu'ils vivoient fous le règne d'un 
Prince ennemi de ces libertés, Horace pi évientcetrc 
rcponfe, en difant, qu'il n'imitera point la ferocitc 
de Lucilius ; qu'il ne fera jamais le premier à atta- 
quer les autres, & qu'il fe fervira de la Satire, com- 
me d'une épée dans le foureau, qu'il ne tirera qi.c 
contre ceux qui lui voudront faire infjlte. Il pa- 
roît par ce paf&ge , qu'Horace n'ecriroit contre au- 
cun homme vivant qu'après en avoir été oftcnlé, S: 
pouvoit toujours dire ce vers de Terence : 

Re/ponfum, non diâum ejfe, quia îafit prior. 

40 ^emquam animantetn ] Aucun homme vivant. 
C ell un mot de Satire. 

O pater C5* rex Jupiter^ ut pereai pojîtum ruhigi- 
ne tiluml Ce pailage ell plaifant. Horace, pour fai- 
re voir qu'il n eit pas querelleur, & qu'il a aimé la 
paix, fait cette prière à Jupiter. Ce qui rend ce- 
la plus agréable, c'eft qu'il employé admirablement 
ce vers de Caliimaque : 

Zl\j UetTip Jî Xet^vCuv maiv cfcVoAo/ro yiv^^ 

que Catulle avoit traduit: 

Jupiter ut Chalyhum omne genus pereat. 

45 ^ii me commorit ] Horace imite ici un endroit 
des Satires d'Ennius, qui difoit aufii, qu'il n'atta- 
quoit jamais le premier; mais que fi quelque chien 
venoit le mordre, il favoit fe défendre : 

Meum non ejiy at fi me canis tnomorderit. 

Ennius dit-là canis, comme Horace dans TOdc 
VI. du Liv. V. 

^id immer entes hofpitu vexas y sani;, 
7m y IL B i^ V 



i6 R E M A R Q^U E S 

Meltus non tangere cîamo\ Car comme il a dit dans 
rode VI. du Liv. V. 



' ' - - ' in maîos afperrtmus 
Parât a toîlo cornu a. 

y e fuis toujours prêt à me lancer fur les méchans. 

Cette Ode eft une preuve de ce qu'il dit ici, qu'il ne 
mordoit que ceux qui lattaquoienî. 

46 Infîgnis'] Ce mot fignifie fimplemcnt remar^ 
fuabUy & il eft pris en bonne & en mauvaifc part. 

47 Ser'vius iratus leges minitatur ] Servius, OU 
Cervius, étoit un célèbre délateur, un calomniateur, 
qui fur la moindre chofe menaçoit les gens de les 
mettre en Juftice. Il menaçoit des loix &' de 
Purne, parcequon abfolvoit, ou que Ton condam- 
noit les accufés par le nombre des fufFrages que 
les Juges jettoienc dans Turne judiciaire. Vir- 
gile fait obferver cette coutume Romaine dans les 
enfers : 

^afitor Mînos urnam mo'vet, 

^rifttor eft celui qui prefide aux jugemens, qui fait 
les interrogatoires, qui fait donner la queftion. Illa 
tormenta gubertiat dolory régit qucefttor. Ciceron, 

48 Canidia Alhutî^ Horace ne fc contente pas 
de nommer Canidie, il la defigne encore par le 
nom de fon père. Canidie n'eft donc pas un nom 
emprunté. Dans la Satire fuivante ii eft parlé du 
vieillard Albutius. Je ne crois pas que ce foit le mê- 
me. Varron parle av»ffi d'un L. Albutius, & Cice- 
fon de T. Albutius, qui eft le même dont parle Lu- 
ciliuâ dans fes Satires. 

49 Grande malum Turius^ fi. quis fe judice cer- 
tet] Ce Turius étoit un Sénateur qui fc laiflbit cor- 
rompre par argant, & qui ne pardonnoit jamais, 
quand on l'avoit une fois offenfé. * M Bcntlei a lu 
Ji (fuidfe judice certes. Mais la leçon reçue eft plu» 
iimple U plus naturelle. * 

SoUt 



SUR LA S AT. I. DU LiV. IL 27 

ro Ut quo qui/que i^alei] Voilà la conftrudtion de 
ce paflage : Sic coîlige inecum, ut qui/que terrent 
Juf^edoi eo quo 'Valet, ^ ut Batura potens hoc im- 
feret. Natura potens, la Nature puiffante; c>ft-à- 
dire, que rien ne peut vaincre ni changer. Comme 
Ménandre a dit, que la Nature ell plus forte que tous 
les enfeignemens. Et Pindare : To 'j çv£ Kct^rtçav 
AT AV. Ce qui 'vient de la Nature ejî plus fort que 
tout. 

52 Dente lupus , cornu taurus petit'] Il fexble 
qu'Horace ait eu ici en vue la ieconde Ode d'Ana- 
créon : 

La l>lature a donné des cornes aux taureaux. 

Vnde nift intus monjîratum ? ] Intus monjîratum ; 
montré au dedans ; c'efl- à-dire, montré par la Na- 
ture, qui agit en dedans ; au lieu que l'art vient du 
dehors. Cet intus eR remarquable. 

53 Scanjo:'] Ce Scéva étoit un fcelerat qui avoit 
cmpoifonné fa mère. Mais il ne faut pas croire, que 
ce foit le même à qui il écrit l'Epitre XVII du Livre 
premier. 

54 Nil faciet /céleris pia dextera'j C'eft Tréba- 
tius qui interrompt Horace, & qui efFiayé de ce 
qu'il va dire de Scéva, le prévient Se fe hâte de 
répondre : Ah ! il ne tuera pas fa mère. Il n'arme- 
ra pas fa raain d'un poignard, pour tuer fa mère. 

Mirum ! ut neque cake lupus ] C'eft Horace qui 
répond, grande merveille ! il ne tuera pas <a mcrc 
avec un poignard, non, mais il Tempoifonnera 11 
veut dire, que dans les crimes les plus atroces chaque 
fcelerat fuit fon tempérament. * M. Bentlei sem- 
baraffe ici fort mal a propos. * 

57 Seu me tranquilla feneàlus expeàlat] Ce paf- 
fage prouve encore, qu'Horace n'étoit pas vy^uj^, 
quand il fit cette Satire. 

5/. Seu Mors atrts arcum'volat ait s] Il donne des 
fi 2 ailes 



28 R E M A R Q^U E S 

ailes à la Mort, comme dans TOde dix-fcptieme do 
Liv. IL 



'volucnfque Jati 

Tardauit aïas. 

60 ^lifquîs erït 'vit a , fcrïham , coîor ] ^ifqut> 
erit n)it<s color^ de quelque couleur que foit ma vie» 
ou noire, ou blaiiche : c'ell-à dire, heureufe, ou mal- 
heiweufe. Il a égard à ce qu'il a dit de Lucilius: 

ne que fi maie cefferat^ ufquam 

Decurrens alio, nequefi bene. 

O puer y ut fis njitalis fnetuo] Trébatius dit à Hora- 
ce, qu'il apréhende qu'il ne vive pas longtems. Car 
la Satire ert un métier qui ne promet pas une longue 
vie à ceux qui l'exercent. Trébatius apelle Horace, 
puer, mon fils, comme Horace lavoit apellé pater, 
fin père. 

61 Majorunt ne qui s amicus frigore te feriat'\ Les 
Interprètes ont entendu ce pafTage fimplement. Je 
crains, dit Trébatius, que vous ne viviez pas long- 
tems, & que quelque ami des grands Seigneurs que 
vous avez déchirés dans vos Satires, ne vous tue. 
^l2À% frigore ferire eft une façon de parler trop ex- 
traordinaire, pour dire tuer y donner la mort. Je ne 
crois pas qu'on en trouve ailleurs un feul exemple. 
Ca&bon a expliqué ce paflàge autrement fur ce vers 
delà I. Satire de Perfe: 

. tvidefis ne fnajorum tibi fort} 

Limina frigefcant. 

Car il affore, qu'Horace k Perfe difent la mém« 
choie. Horace dit donc : Et que *voj amis les plus 
puijjtins ne vousfaffent froid, 

Ke quîs amicus majorum, p'our, nt quis tx majorihus 
tuif amicii. Scneque à employé de même le mot 

fri' 



SUR LA SAT. I. DU L IV. II. ?9 

frigus, froidy pour la dirgrace, la haine. Dans TE- 
pitrc CXXII. Récit ahat Mont anus Julius cartiun^ 
tolerabilis Po'éta^ ^ amicitiâ Tiberii notus ^ frigore. 
Trébatius dit donc deux chofes à Horace. La pre- 
mière, qu'il eft en danger d'être afîommé par qu 1- 
qu'un ; & la féconde, que quand même il éviterait ce 
malheur, fes Satires le feront haïr des grands Sei- 
gneurs qui l'honorent de leur amitié; Se qu'il r.e 
poura jamais fe conferver leur bienveillance. Cela eil 
plus naturel. Je crois même , que fie quis majoruji:, 
eft proprement ï/« certain Grand \ &• qu'il veut de- 
figner Mécénas, à qui il fait fa cour par- la. 

6a ^idy quum ejî Lucilius aufus'\ Horace répond 
tout à la fois aux deux objeclions de Trébatius; & 
par l'exemple de Lucilius, il lui fait voir, qu'il ne 
doit rien craindre, & qu'il ne perdra ni la vie, ni 
fes amis. 

63 Primus in hune operis'] Ennius & Paci-ve a- 
voient fait des Satires avant Lucilius. Mais cela 
n empêche pas que Lucilius n'ait été regardé comme 
le premier Auteur de ce poème ; parcequ'il lu; 
avoit donné un to'ir nouveau, comme je l'ai explique 
ailleurs affez au long. 

64 Detrahere ^Jf fellttn'] P^//fw, le mafqu?. C\il 
une figure tirée des mafques que les comédiens pci- 
toient lur le theâ re. 

65 Céder et ^ pour incederct. 

Nu^ Lrlius] Cétoit Caïus Lelius, le même q*;.: 
Ciceron iait parler dans ion Dialogue de 1 -Anii::é. 

66 Ouvrit ah opprejjâ meritum Carthaginc no^iun ] 
Ccft le jeune Scipion, qui brûla Carchagv-, Tu!» 
de RomeD. cvii. deux ou trois ans après ia nai-- 
fance de Lucilius, qui le fuivit enfuite au {\égt de 
Numancp, à l'âge de quatorze ou quinze a/.ù. 

dy /lut l.^fo doluere Metello] Du tems de Luci- 
lius, il y avoit fix ou fept Métellus de l;i m::me fa- 
mille. Et comme dans le^ fragmens qui nous rcHtj^t 
de Lucilius, il n'y a rien qui nois aprenne ouvert •- 
ment de quel Métellus il avoit parlé, il ell dificii.- 
& dangereux de faire fur cela des conjedure^ 

B 3 le 



$o R E M A R Q^U E S 

Je fais que Cécilins Métellus Macédonicus avoir eu 
des différends avec Scipion, Se qu'il défendit un joar 
contre lui L. Cotta. Mais^ je ne fais fi c étoit celui- 
là qu'il avoit déchiré dans Tes vers. J'aimerois mieux 
croire que c'éioit plutôt Ton petit Bis Q. CéciJus Mé- 
tellus, qui triompha de Jugurtha. La viO.oire que 
Scipion remporta fur les Carthaginois, & ceile que' ce 
Métellus gagna fur les Numides, avoicnt fans uoute 
fait naître quelque jaloufie entre ces deux Romains. 
Et voilà la caufe de la haine que Lucilius avoit pour 
Métellus Numidicus. Et ce qui me confirme dans 
cette opinion, c'eft que je trouve dans fes fragmenj 
un vers qui doit être apliqué à ce Métellus : 

Carpathium mare tranfaeiîus cosnabi' VoS^'oto^ 

Car c'eft ainfi qu'il faut lire : ^and <vous aurez paffé 
la mer Carpathiene, 'vous irezjouper à Rhodes. 

Dans ce vers Lucilius reproche à Métellus fon exil. 
On fait qu'il fut envoyé à Rhodes, d'où il ne fut ra- 
pellé qu'un an après. 

68 Famo/tfque Lupo cooperto njerflbui] C'eft Publius 
Rutilias Lupus, qui fut Conful 1 an de Rome 663. 
quatre ou cinq ans après la mort de Lucilius. Ce 
Poëte l'avoit extrêmement maltraité dans fes Satires, 
juiques à l'accufer d'impiété, comme il paroît par ce 
fragment : 

- - - - Tuhuîus ft Luclus unquanii 
Si Lupus f aut Carbù, aut "Neptuni fdiu 

Di'vos 
EJfe putajfety tam impius aut perjuru' fuijfet ? 

Si Lucius Tubulust fi Lupus, fî Carbo, & ce fils 
de Neptune y cr&^oient quil y a des Dieux y feroient-ils 
fi impies ^ fi parjures ? 

On attribua même la mort de Lupus à fon impiété', 
& au mépris qu'il avoit eu pour la religion, en mé- 

prilànt 



SUR LA S AT. I. DU Liv. IL 31 

prifant les facrifices qui lui étoient contraires. Car 
n'ayant pas trouvé la tête du foie dans les entrailles 
de la viétime, il ne laiiîa pas de combatrc contre les 
Marfes. 11 fut tué dans ce combat, Se fon armée de- 
faite. Torrentius a donc eu tort de croire que ce 
Lupus étoit L. Cornélius Lentulus Lupus, qui fut 
Conful neuf ans avant la naiffance de Lucilius. 

69 Primores popu/i] Car il attaqua des Préteurs, 
des Confuls, &c. 

Populumque tributîm^ Il parcourut les trente-cinq 
Tribus qui partagcoicnt le peuple Romain. Per- 
fe a dit d'une autre manière, mais dans le même 
fens: 

- - - - Secuît Lucilius urbem. 

70 Uni afuus 'virtuti'] Mq^uuSy doux, favora- 
ble. 

71 ^/«] Scipion & Lelius ne s'ofFenferent point 
de la liberté de Lucilius ; au contraire, ils vécurent 
avec lui dans une très grande familiarité. 

Et fcend^ Ou paroît en public comme fur un 
théâtre, oii l'on n'eft point ce que Ton efl en parti- 
culier. Voilà pourquoi Horace apelle le public, 
Jcene. 

72 Virtus Scipiad^'] La l'eriu de Scipion, pouv 
dire le 'vertueux Scipion ; mitis fapientia La:li, tu 
djuce fagejj'e dt Lelius, pour le fage Lelius. Car Le- 
lius fut lurnommé le fage : Caius Lalius fapiens. 

73 Di/cindi] Quand les Romains ibrtoient, ih 
retrouffoicnt leur robe avec une ceinture ; & quand 
ils étoient dans la maiibn, ils ôtoient cette ceinture. 
Se le raettoient à leur aifc, & comme nous dirions, 
en robe de chambre. 

Lhdere'] Ils jouoient & badinoient avec lai, pour 
fe delafTer des occupations du jour. Le vieux In- 
terprète dit, par exemple, qu'ils foîâtrûi?nt un jour 
autour de la table j que Lelius fuyoit, Se que Luci- 
lius le pouriuivoit avec une ferviette lorfe à la main, 
pour le iraper. Je ne fais d'où il a pris cela. Mais 
B 4 voici 



32 R E M A R Q^U E S 

voici un paflagc de Cicfron qui s'accorde parfaite- 
ment avec celui d'Horace. Dans le fécond Livre 
de rOrateur CrafTus dit: Srgpe ex focero meo audi'vi 
cum is diceret focerum funm Lee Hum femper ferè 
cum Scipione folitum rufticari, eofque incredibiliter re- 
puerajcere ejfje foîitost cum rus ex urhe, tanquam e 'vin- 
culisy evola'vij/ent. Non audeo dicere de talibus a)iris ; 
Jtd tamen ita Jolet narrare StC^i'ola conchas eos i^ 
nmhïlïcos ad Caietam QSf ad Laiirtntum légère (onfiiejfe^ 
<jf ad omnem animi remijjjonem ludumque defcendere, 
J^ai fowvent ouï dire a mon beau-pere Scc'vola, que /on 
beau père Lelius alîoit prefque toujours à la campagne 
anjec Sàpion ; que fitot quils pou-voient rompre leurs 
chaînes, ^ mettre le pied hors de Rome, ils de-venoient 
comtne des en/ans. Je rtoferois le dire de ces grands 
hommes', mais enfin Scé'vola fna conté mille fois ^ que 
quand ils étoient enfemble à Càiete iff à Laurentu?», 
ils samufoient à amajfer des coquillages i^ de petits cail- 
loux, ^ quilny a point de hadinerie ni de jeux quils 
ne fijjent, pour fe di-vertir. 

Donec decoqueretur olus'\ On n'a pas connu toute 
la beauté de ce paiTage, HcriCC ^P. p^rlam du fCUr 
per de Scipion le de Lelius, ne fait mention que 
des herbes, parcequ'alors les hi^rbes étoient le prin- 
cipal-mets, à caaledes îoix Somptuaircs qui avoient 
été faites en ce tems-là. Comme, par exemple, la 
îoi Fannia, qui defendoit de dépenfer en viande p'us 
de cent a/fes, c'eft à-dire plus de cent fols de notre 
monnoie, les jours des jeux publics, comme les jours 
d^s Circenfes, des Saturnales, des jeux Plébéens; 
plus de trente a//es les autres moindres fêtes, c'eft- 
à dire plus de trente fols; k les jours ouvriers, plus 
de dix ajfes, c'efl à-dire, dix fols. La loi Licinia, 
qui vint enfuite, donna un peu plus de liberté : car 
elle régla la dépenfe des fêtes à cent ajfes, à cent fols ; 
& celle de tous les autres jours à trente a/Jes, à tren- 
te fols. Et pour les jours de noces, elle permit de 
dépenfer deux cents ajjes, dix livres. Mais toutes 
ces Ioix ne régloient rien ni pour les herbes, ni pour 
le fruit : Si quidquam ejfet natum è terra, <vite, -arbore 

pro' 



Str R LA SAT. I. D U Ll V. II. 53 

fromifcue atque indemnité largîtet ftint. Le Poète Le- 
vius dit plaifament fur cette loi Licinia, dans fes 
Jeux amoureux^ qu'on avoit donné un chevreau à 
quelqu'un , & que comme on alloit le tuer pour le 
mettre en broche, on fe fouvint de la loi Licinia, 
qui fauva la vie au chevreau, & Ton foupa d'herbes 
& de fruit : 

Lex Licinia introducitur: 
Lux liquida hœdo ndditur. 

Lucilius parle de l'une & de l'autre de cesloix;; 
car il introduit quelques débauchés qui (e plaigiiexU 
de la féverité de Fannius : 

Fanni centuffifque mifeîlos. 

Les cent miferahles fols de Fannius: 

& qui difcnt, qu'il faut fe moquer de la loi de Lir 
cinius : 

Legem ^jitemus Licini 

Ce qui arriva de ces loix, c'ell que comme ellei 
donnoient toute forte de liberté pour les herbes, on 
s étudia à les accommoder de manière qu'elles puf- 
fcnt conibler de la viande qu'on n'avoit point ; & l'on 
fe raffina fi fort le goût, qu'il n'y avoit rien de plus 
délicat ni de plus apétiiîànt, que les ragoâts que l'on 
faifoit de ces herbes. Cela paroît par ce palfage de 
Ciceron, qui fe trouva mal d'en avoir trop mangé au 
fellin Augurai de LucuUus : Lex Sumpturia^ dit il 
dans la Lettre XX VL du Liv. VIL ques njidf.tur a/- 
TtT>tT<t aitulijfe^ ea mihi fraudifuit : nam dum njo' 
lunt ijîi lauti terra nata, qua lege accepta funt, in ho- 
norem adducere, fungos, heluelasj htrbas omnes ita 
condiunt, ut nihil pojjit ejfe fua'vius. La loi Somptn- 
éiire, quifemble anjoir aparté la Jimpllcitéj ma été 
ptrniciiufe. Car cotnme ces gens magnifiques 'veulent faire 
honneur aux herbes ^ à tout ce qui njient de la ter- 
re , ^ Qxie la. loi permet i ils accommodent de manière 

B 5 



34 R E M A R Q^U E S 

lis champignons isf toutes fortes d'herbes , quo7î ne 
peut rien manger de plus délicieux. Voilà donc pour- 
quoi Horace parle ici des herbes du fouper de Sci- 
pion k de Lelius. 

^uamnjîs irfra Liicilî C£nfum~\ Lucilius étoit 
homme de qualité, Se Chevalier. Il fortoit d'une 
famille Patricienne. Po;npée le grand étoit Ton pe- 
tit-neveu du côté de fa mère, qui étoit iîlle d'un frère 
de Lucilius. Voilà pourquoi Horace dit ici, qu'il 
étoit in/ra Lucïii cenfum ; pour dire, qu'il n'étoit pas 
de la qualité de Lucilius, & qu'il n'avoit pas tant de 
bien. Car les Chevaliers dévoient avoir au moins 
q' atre cents grands fefterces, c'eft- à-dire quatre cents 
mille fcilerces qui font cinquante mille livres. Et les 
Sénateurs en dévoient avoir le double. Cela étoit 
exactement dans le rcgiftre des Cenfeurs. 

76 Cum Tfiagnis 'vixij/i'] Il dit cela pour fe com- 
parer à Lucilius, & pour ne lui pas céder tous les 
avantages. 

77 Et fragili qu^erens iîUdere dente7n~\ Horace 
prend plailir à faire allufion aux apologues, qui é- 
toient communs de fon tems. Et c'ell à quoi on n'a 
pas pris garde. La fable de la lime Se du ferpent 
cfl ici expliquée en deux mots. 

78 Nifi quid tUi dotle Trebati^ dij/entis, equideni] 
Tous les Interprètes que j'ai vus, fe font trompés à 
ce palTage. Car ils ont cru qu'Horace dit: Niji 
qu'id tu^ d'acte ^rebâti, dijjentis. Et que Trébatius 
répond : Equidem nihil hinc di^ndere po/Jum. Mais 
pour peu qu'on life tout ce paflàge avec attention, 
on verra que cela fait un très mauvais fens. Il faut 
cter le point qui eft après dijfentis : 

Niyt quid tu, do Se Trehati, 

Dijjentis, equidem nihil hinc dijindere pojfum. 

Et c"eft Horace qui dit : En 'vérité , faisant Tréba- 
tius, je ne /aurais rien changer à ce que je ^oiens de dire y 
à moins que 'vous ne /(yez, abfolument d'un autre avis. 

Ces derniers mots ; « moins que voui ne faKe%^ £5*^. 

font 



SUR LA SAT. I. DU Liv. II. 35 

font des termes des civilité dont on fe fcrvoit pour a- 
doucir le refjs que Ton failbit de Tuivre les avis d'un 
homme qu'on étoit allé confulier. 

* 79 E qui de m nihil hinc diffmdere pojfum ] M. 
Bentlei a luivi ceux qui donnent ces paroles à Tré- 
batius. Et il les explique de cette manière : Je ne 
puis rien blâmer dam tout ce que l'ous 'venex de dire, 
Nihil ex his qu<s dixijîi injirmare^ refellere^ rtfutare 
fojfum. Vous powvez. continuer de faire des Satires 
fans rien craindre. Prenez garde feulement de 'vous 
tenir dans les hornss que la loi pre/crit. Il efl fi en- 
têté de cette explication qu'il ajoute , quis tam mo- 
rofus i^ difficilis ut hac carpere audeat ? ^i ef 
r homme fi dificile iff de f mau~jaife humeur qui ofe 
blâmer ce que je 'viens d'' écrire? Js fuis fâché d'être 
cet homme de mauvaife humeur, & je ne ferai pas le 
feul. Il faudroit être ennemi d'Horace pour rece- 
voir cette explication, qui efl entièrement contraire 
au fens de ce Poète, & qui ruine abfolument la plai- 
fànterie & la finelle de cette Satire. * 

Diffindere ] Ce fi'eiî point ici un mot de droit. 
Difindere fignifie proprement partager. Et comme 
on ne partage point une chofe fans cter du tout, dif- - 
finden a été employé pour demere, ôter. 

80 Sed tamen ut monitus canjeas'\ C'eft Trébatius 
qui reprend la parole. Après ce qu'il a dit à Ho- 
race, & après ce qu'Horace lui a répondu, il n'avoit 
plus rien à lui opofer. Il lui fait donc voir ce que 
les loix difent fur cet article. Horace garde fort bien 
la vraifemblance : car il n'y avoit pas d'aparence que 
la confultation finît, fans que Trébatius eût cité les 
loix. 

81 Sandarum infcitla legum'\ Car l'ignorance des 
loix n'excufe perfonne. Celui qui ne {ait pas la loi, . 
ne laiiTe pas d'être jugé par la loi. 

82 Si mala condiderit m quem qii's carmina ] C'eft , 
la Loi des Xli Tables qui écabliffoit la p^ine de 
mort contre ceujt qui parloieut ou qui écrivoient 
contre la réputation de quelqu'un. Voici le texte : 
5; quis Qccentajjît malum carvien, fjve çandidft. quoi ' 

B 6 -nU.^. 



36 REMARQUES 

tnfamiam^ faxit fiagïtiumque alteri , capital efto. 
Si quelqu'un a dit ou écrit lui-même de méchans <vers 
contre la réputation tff contre V honneur d'un autre ^ 
qu il foit^ puni de mort. Augulle renouvella enfuits 
cette même loi, en ordonnant, qu'on informat con- 
tre ceux qui 1 auroicnt violée. Suétone, chap. LV. 
Id modo c enfuit eo^noj'cendum pojîhac de iis qui libelhs 
aut carmina ad infamiam cujuCpiam fuo *vel aliéna no" 
mine edant. 

Jus ejî judiciumque'] y«i <?/?, c'efl à-dire lex lata 
efii capital e/io. La loi y eil formelle, qu'il foit puni 
de mort. Judiciumque, il peut être apellé en. juge- 
ment, il y a adtion contre lui. 

83 Ejio, fî quis mala ] Horace n'a voit rien à ré- 
pondre : car la loi que Trébatijs lui cite eft formelle. 
Il a donc recours à ce ridicule dont il efl parlé dans 
la Satire X. du Livre L 

- - - - ridiculum acrî 
Foriius ac meliiis magnas plerumque fecat res. 

Et il joac fur l'équivoque de malum carmtn, qui 
Signifie un vers maiin, empoifonné ; & un méchant 
vers, un vers mal tourné, ipaîîkit. Dans la loi il eft 
au premier ftns. Horayiie le prend au fécond : Se 
par ce jeu de mots, il ie tire mieux d affaires, qu'il 
n'auroit fait par les raifonnSvmens les plus forts. 

84 Judice condiderit laudàtur C^/are] Il y a ici 
une tranfpofition un peu dure. Il Jfaut faire ainii 
la conilrudtion : Sed fi quis bona condidey-it, laudatur 
ilafare judice. Horace fait par-là finement fa cour 
à Augafte, qui faifoit afléz bien des ver,, &c qui étoit 
encore plus grand connoifîeur que grand Poi.te. * M. 
Bentlci s'eft infiniment trompé à ce paflage, & en 
lifant laudatus, il le gâte abfolument & y jette une 
obfcurité infuportable. * 

85 Latrauetit] Il eft ridicule de vouloir changer 
ce mot, qui eft parfaitement bon pour ce qu Horace 
veut dire. Latrare, aboyer, comme il a dit ailleurs 
(anis fur le même fujet. * Les raifons que M. 

Ben 



SUR LA S AT. I. DU Liv. II. gjr 

Bentlei donne pour faire rejetter ce mot & pour faire 
recevoir fon lacera^uerit, font très mauvaifes -, car ce 
mot au figuré, latrare, fe dit également, & d'un 
homme de bien qui attaque un méchant, & d'un 
méchant qui attaque un homme de bien. * 

Integer ipfe] Car il faut qu'un Poète fatirique foit 
exempt de tous les défauts qu'il reprend dans les au- 
tres. 

86 Solventur rîfu tabulée] Les Interprètes prennent 
ici tabula: pour les fiéges des Juges, êc ces fiéges 
pour les Juges mêmes, qui ne feront, dit il, que 
rire, &c. On ne fauroit rien dire de plus froid. 
^abulce font les papiers, les pièces, les informationi 
que Ton produit en juftice. Il dit, que tout le mon- 
de rira fi fort, qu'on mettra le procès en pièces, & 
qu'il n'en lera plus parlé. C'ert Horace qui parle, & 
non pas Trébatius. Je m*étorjne qu'on s'y foit trom- 
pé. Au refte on ne s'elt pas aperçu que cette fin de 
Satire eft imitée d un endroit des Guêpes d Arifto- 
phane, oij Philocléon dit à fon fils, que c'eft une 
méchante choie de boire.; car le vin porte à batre, à 
brifer les portes & à commettre mille defordres, qui 
font qu'on ell condamné à l'amende. Son fils lui 
répond que cela n arrive point, quand on a affaire à 
d'honnêtes gens ; car ^ ajoute-t-il , ou ils apaifent 
l'ofFcnfé, ou vous même vous dites qte :^ue plaifante- 
rie, quelque bon mot, & tout auflitôt l'aiFaire fe 
tourne en rifée, & l'oiienfé, ou le Juge, fe retire, & 
vous laiiTe aller. 

Tu miffus abibis"] Tu, eft un mot commun, qui 
ngnifie qui'visy qui que ce foit, moi ou un autre. 
Notre langue fe fert de w«/, dans le même fens. 



B 7 NO- 



$9 NOTES 



NOTES 

Sur LA S AT. I. Liv. II. 

LE P. Sanadon fixe la date de cette Satire à l'an- 
née 733. Seg raifons font qu'il y ell parlé de 
la défaite des Gaulois Se des Parthes. Or la premiè- 
re arriva en 727. oii MeiTala triompha des Gaulois 
d'Aquitaine ; & on étoit en attente de la féconde en 
732. qu'Augufte partit pour l'Orient, dans le defiein 
de retirer des mains des Parthes les aigles Romaines. 

2 Tendere] M. Cuningam a mis intmclere^ correc- 
tion que N. Heinflus avoit déjà jugée néceflaire, & 
que Lambin a trouvée dans plufieurs manufcrics, & 
c'eft la !e;on au P. S. 

15 Parth,'] Je ne fais, dit le P. S. comment M. 
Dacier a trouvé ici la défaite de Pacorus Roi des 
Panhes, qui fut tué par Ventidius en 717. Pacorus, 
ajoute ce Père, n'a jamais été Roi des Parthes, & 
Ventidiu:- n'a jamais été Lieutenant d'Oélavien, maiî; 
d'Antoine. 

17 Scipiademl Porphirion dit que Lucilius décri- 
vit en vers la vie privée de l'ancien Scipion, comme 
Enniuà avoit décrit fa vie militaire : Lucilius l'itam 
fri^oatam Scipionis, Ennîus njero bella defcriffit. Et 
c'eft une Remarque du P- S. qui relevé ici avec rai- 
ibn une diftradlion de M. Dacier, qui en adoptant la 
faufie critique de J. & F. Douza, y a ajouté cette 
plaifante raifon, favoir, que Lucilius n'a pu faire 
î'hiftoire du vieux Scipion, parceque ce vieux Scipion 
étûit mort avant la naiffance de Lucilius ; ce qui ell 
liû raifonnement tout- à-fait fingulier. 

19 Attentam aureni] Attenta, ou adtenta, comme 
récrit le P. S. c'eft- à- dire, fa'vorablt, & ce fens qui 

eft 



SUR LA S AT. I. DU L I V. II. 39 

eft celui de ce Père, eft plus naturel que ceux de Tor- 
rentius Se de M. Dacier. 

20 Reca/citrat] Le P. S. Ht recalciiret, après M. 
Bentlei. 

24 Milonius"] Un manufcrit porte Milloniuîy S: Is 
P. S. Ta employé, parceque ce nom écoit Romain, 
comme on le voit par les infcriptions. 

3 I Si malè ce(Jerat\ Il faut entendre in fcrihenda. 
Se c'eft le fentiment de M. Bentlei, comme du P. S. 
qui remarque que dans les fragmens de Lucilius, on 
ne trouve point cette affectation de parler de foi- 
même que M. Dacier lui fupofe. 

33 Voti'vâ pateat ^r.] Lucile, dit le P. S. écri- 
voit comme on dit pour écrire, & ne retouchoit point 
fes ouvrages. Qu'il fut en humeur, ou qu'il n'y iixt 
pas, la compofition alloit toujours fon train. D'où 
vient qu'en li'ant fes vers on ientoit de grandes iné- 
galités ; on diftinguoit fes bons & fes mauvais jours, 
fes bons & fes mauvais momens. Et c'ell:, ajoute le 
P. S. ce qu'Horace entend, quand il dit que Lucile 
nous a laiifé le portrait de fa vie dans fes écrits. 

37 Hofiif\ Le P. S. fait ainfi la conftrudion de ce 
paflage : MiJ/us ad hoc, ut ne hoflis Romano agro in- 
curreret per ^acuam regtonem, fi-ve Jppuli, five Luca* 
ni bellum aliquod incuterent. On voit par-là, dit ce 
Père, que par hojîii il ne faut point entendre les Sam- 
nites. M. Dacier, ajoute-t'il, s'y ell mépris lui- 
même, en voulant reprendre les autres Interprètes. 

39 Vîolcnta'\ 'Voy. la Note fur le v. 10. de l'Ode 
XXX. du Livre III. 

40 Dijir ingère] Le P. S. lit dejîringere qui efl, 
dit-il, la leçon des meilleurs manufcrits, & des plus 
habiles critiques. 

47 Ser=vius\ Le P. S. a mis Cer'vius, leçon pour 
laquelle il dit avoir les mêmes garans, & en plu5 
grand nombre que pour dejîringere. 

49 Certet ] On trouve certes dans quelques ma- 
nufcrits & dans les anciennes éditiçnj, & le P. S. a 
adopté cette leçon. 

60 ^uif- 



40 NOTES 

60 ^ifquîs erit <vita, fcribtimy cohr^ Le P. S. 
condamne cette tranrpofition, & M. Dacier n'en dit 
lien, quoiqu'il ait été choqué de 

Tempejîi'va fequi fuirot 

dans rode XXIII. du Liv, I. Mais je crois que 
îc P. S. & M. Dacier jugent trop féverement du 
génie de la langue Latine iur celui de la Françoiie. 
Rien n'ell plus ordinaire chez les Latins que ces 
inverfions, & nous en allons voir encore une qui 
cft bien plus marquée. Cela avoit aparemment en 
Latin une grâce que nous ne pouvons fentir. 11 y 
a une pai-eiiie hiperbate dans ce vers de Vir- 
gile : 

Saxa 'vocant Itali fneJiifque in JiuSlihus aras. 

62 Frigore teferiat~\ Le P. S. fe range ici du côté 
de M. Dacier, de Rutgerfius & de Cafaubon, contre 
tous les autres interprètes, défendus & jullifîés par 
M Cofte dans (es Notes fur la tradudion du P. Tar- 
teron Cependant le fentiment de tous les Interprè- 
tes, du p. Tarueron & de M. Cofte me paroît pré- 
férable à I autre, & je fuis perfuadé comme eux que 
t^MC fngore te feriat^ fignifie ^^ tuCy ou plutôt /V/z?- 
^pot/onne. Cette expreflîon cfl née du vers 56. 

Sed mala tolkt anum <vitiato meîle cicuta. 

On fait que la ciguë efl un poifon froid, & Horace 
^rès avoir dit à Trébatius, que Scéva ne maflacrera 
point fa mère, mais l'empoifonnera, fe fait redire à 
Jui-même avec grâce la même chofe par Trébatius : 
^elque ami des Grands 'vous empoi formera ; frigore te 
feriety glacera njotre fang. Et le plaifant de cette ex- 
preflîon eft qu'Horace dit frigore fer ire, comme on 
éixferiregîadio. Je difc le plaifant, car Horace ba- 
dine dans toute cette pièce, comme Boileau badine 
quand il dit : 



SUR LA SAT. I. DU LiV. II. 41 

Et tout nîroît que mieux, 

^and de ces médijans r engeance toute entière 
Irait la tête en bas rimer dans la rivière. 

67 Metello'] Le P. S. croit, comme M. Dacier, 
que ce fut Q. Cécilius Métellus Numidicus, neveu de 
Métellus Macédonicus , Se non pas fon petit-fils, 
comme M. Dacier le dit. 

79 Diffindere'] Le P. S. lit diffi-ngere, fur l'autorité 
des plus anciennes éditions & de la plus grande par- 
tie des manufcrits. D'ailleurs ce Père fuit ici M. 
Bemlei, en donnant ces paroles à Trébatius, & re- 
marque que diffindere n'a jamais figniiîé o/^r, retran- 
cher, comme M. Dacier le prétend. 

84 Judice condiderit laudatur C^efare ] Voici la 
tranfpofition dont j'ai parlé plus haut. Le P. S. 
lit laudatus, après fept ou huit manufcrits, Rutger- 
fius, M. Bentlei, & M. Cimingamî ce qui ôt€> félon 
lui> la trajifpofr.ion. 




SA- 



4J S A T I R A IL L I B. IL 



^^^^fci 



S A T I R A IL 

QU/E Virîus 5 & quanta , boni^ fit vivere 
^ parvo : 

(Nec meus hic fermo ejî^fed quem pracepit 

Ofeîlus 

Rujîicus^ abnormis fapîens^ crajfâque Mlnervâ) 
Difcite^ non inter lances^ menfafque nitenteSy 
^um Jîupet infanis acies fulgoribus, ^ quum 5 
Acclinh falfis animus meliora recufat : 
Verùm hic impranfi mecum difquiriîe. Cur kcc f 
Dicam fi potero. Malè verum examinai omnis 
Corruptus Judex. Leporem Jecfatus , equove 
Lajfus ab indomitOy vel^ fi Romana faùgat 1 
Militia ajjuetum gracari \ feu pila vehx, 
Moîliter aujïerum ftudio fallente laborem \ 
Seu te difcus agit^ pete cedentem a'èra dijco : 
^um labor extuderit fafïidia^ fucus ^ inanis 
Sperne cibum vilem: nift Hymettia meîla 15 

Falerno 
Ne biberis diluia, Foris efî promus^ (J atrum 

Defen- 



s A T I R E IL L I V. II. 43 




SATIRE IL 

VE N E z , mes amis , venez aprendre ici 
avec moi, quelle grande vertu c'eft, que 
de fa voir vivre de peu: (Mais au moins ce 
n*eft pas moi qui parle: c'eft le campagnard 
Ofellus, ce Philofophe fans fede, cet homme 
libre & naturel.) Venez, & quitez ces tables 
fomptueufes, où les yeux font éblouis par l'é- 
clat d'une folle magnificence, & où l'efprit 
enchanté par des aparences trompeufes , refu- 
fe d'écouter la fobriété. Examinons donc ici 
enfemble cette matière à jeun. Pourquoi à 
jeun ? Je vais tâcher de te le faire entendre. 
Tout Juge corrompu examine mal la vérité. 
Cours un lièvre ; monte à cheval ; fais tous 
les exercices de la guerre : ou, fi ces exerci- 
ces font trop violens pour toi, qui n^es ac- 
coutumé qu'à faire la débauche, joue fi tu veux 
au palet , ou à la paume , qui par l'attache- 
ment qu'elle donne, empêche de fentir la pei- 
ne qu'on prend. Quand le travail & l'exercice 
auront chalîe tes dégoûts, demi mort de faim 
& de foif, méprife tant qu'il te plaira les vian- 
des les plus viles; Se refufe de boire du vin de 
Falerne , s'il n'eft mêlé avec du miel d'Hy- 
mette. Que le maître d'Hôtel ait emporté la 
clef de l'Office , & qu'une horrible tempête 

rende 



44 S A T I R A II. L I B. IL 

Defendens pifces hiemat mare : cuw fale panis 
Latrantem jîomachum hene Uniet, Unde putaSy 

aut 
^t parttim ? Non in caro nidore voîupîas 
Summûy fed in teipfo ejî: tu pulmentaria qua- 
re 20 

Sudando: pinguem vitiisy albumque nec ojirea^ 
Nec jcarus^ aut poterit peregrina juvare îagoh, 
Vix tamen eripiam^ pofito pavone^ veîis quin 
Hoc potiîis quam gaUind tergere palatum, 
Corruptus vanis rerum: quia veneat auro 25 
Rara avis^ ^ pi5îâ pândat jpeSiacuîa caudâ : 
Tanquam ad rem attineat quicquam, Num vefw 

ris ijîây 
^lam laudasy pluma? co6lo num adejî honor 

idem P 

Carne tamen quamvis d'i/ïat nihïl hac magis illa, 
Jmparibus formis deceptum te pat et : ejîo, 30 
Unde datum fentis^ lupus hic, Tiberinus, an alto 
Captus hiet ? ponte/ne inter jaStatus, an amnis 
OJîia fub Tu/ci ? Laudas, infane, trilibrem 
Muîhm : infmgula quem minuas pulmenta ne- 

cejfe eJî. 
Ducit te fpeàeSy video : quo perîinet ergo 3 5 
Proaroi cdijje lupoi ? quia Jcilicet illis 
MaJQrem Natura modum dédit; kis brève pon- 
dus. 



SATIRE II. L I V. II, 41? 

rende la mer inacceflible aux pêcheurs , je te 
répons, qu'un gros morceau de pain noir avec 
un peu de fel , apaifera le tumulte de ton 
eftomac, & que tu le mangeras avec un très 
grand plaifir. D'où penfes-tu que cela vienne? 
La volupté ne dépend pas de la fumée exquife 
des viandes fort chères: elle dépend de toi. 11 
faut que tu te prépares toi-même tes ragoûts, 
en aiguifant ton apétit par le travail & par la 
fueur. Celui qui eft tout bouffi k tout pâle des 
cvxès de la bonne chère , ne trouve plus de 
goût ni aux huitres, ni au farget, ni aux oi- 
leaux qu'on porte des pays les plus éloignés. 
Avec tout cela, tu es ii fort prévenu Si trom* 
pé par tout ce qu'il y a de vain & de fuperflu 
dans les chofes, que je ne pourai obtenir de 
toi, que fi l'on te fert un paon, tu ne manges 
plutôt de ce paon que d\m chapon ; parceque 
cet oifeau fort rare fe vend au poids de l'or» 
& que fa queue étale aux yeux un fpedacle 
très agréable: comme fi cela faifoit rien au 
fond. Manges- tu cette plume qne tu trouves 
Il belle ? & quand il eft cuit , conferve-t-il la 
même beauté ? Cependant la chair de chapon 
n'eft nullement différente de la chair de paon. 
11 eft donc vifible que tu es trompé par un ex- 
térieur qui eft différent. Voilà déjà un point 
vuidé. Pqffdns à un autre. Quand on te fert un 
loup marin , à quoi connois-tu , je te prie, 
s''l a été péché au milieu du Tibre, ou dans 
la haute mer ; s'il a été pris entre deux ponts, 
ou fous l'embouchure du fleuve ? Infenfè, tu 
vantes & tu admires un barbeau de trois li- 
vres, qu'il faut que tu mettes en morceaux, 
pour le manger. D'où vient donc que tu ne 
faurois fouffrir un gros loup marin ? C'eft par- 
ce que la Nature a fait] les loups marins fort 

grands. 



46 S A T I R A II. L I B. II. 

yejunusjîomachus raro vulgaria iemnlt, 
Porredium magno magnum fpeSf are catïno 
Vellem , ait harpyis guîa digna rapacibus at 
vos^ 40 

Pra fentes Jujîrîy coquite horum opfonia^ quamvis 
Putet aper , rhombufque recens , mala copia 

quando 
^grum folicitat Jîomachum: quum rapul(t 

plenus 

Jtque acîdas mavult inuîas, Necdum omnis 
abacîa 

Paupenes eptilis regum: nam vilibus ovis 45 
Nigrifque ejl okis hodie locus : haud ita pri- 

dem 
Galloni praconis erat acipenfere menfa 
Infamïs, ^id ? tum rkombos minus aquor ale^ 

bat? 
7'utus erat rhombus^ tutoque ciconla nido^ 
Donec vos au5îor docuit Praîorius. Ergo 50 
Si quis nunc mergos fuaves edixerit aj/ôs^ 
Parebit pravi docilis Romana juventus. 
Ssrdidus à tenui vicfu dijîabit^ Ofello 
Judice : nam frufîra vitium vitaveris ilîudy 
Si te alio pravum detorferis, Avidienus^ 55' 

Qui 



SATIRE II. L I V. II. 47 

grands, & les barbeaux , fort petits. Un ello» 
mac à jeun méprife rarement les viandes com- 
munes. Je voudroia bien voir un gros barbeau 
remplir feul un grandiflime baffin, dit ce glou- 
ton, plus digne d'être une Harpye qu'un hom- 
me. Vents de Midi, venez, je vous prie, ve- 
nez corrompre les viandes de ces goulus. Mais 
votre recours n'ell pas nécefîliire: quelque 
frais que foient le fanglier 5c le turbot , ils 
leur paroifîènt gâtés, parccqu'une malheureu- 
fe abondance leur fait foulever le cœur, èc 
que ralîàiiés des meilleures viandes , ils font 
réduits, pour fe ragoûter, à chercher des her- 
bes & des racines. Les mets les plus fimples ne 
font pas encore bannis de la table des grands. 
Les œufs Se les olives y trouvent encore pla- 
ce: & il n'y a pas bien longtems , que le 
feul éturgeon, fervi à la table de Gallonius, 
pafla pour un excès condamnable. Se d'un ex- 
emple pernicieux. Quoi donc ! eft-ce qu'en ce 
tems-là la mer ne nouriflbit pas de turbots ? 
Le turbot nageoit en fureté dans fes gouffres. 
Se la cicogne étoit paifible dans fon nid, juf- 
ques à ce qu'un infâme Prétorien vous eut a- 
pris à les manger. J'ai donc raifon de conclu- 
re de-là, que li quelqu'un s'avifoit de publier, 
que les plongeons font excellens rôtis , toute 
la JeunelTe Romaine, trop docile pour le mal, 
ne manqueroit pas d'aplaudir à cette nou- 
veauté, & de fuivre ce goût. Une table mef- 
Guine & affamée eft très opofée à une table 
iimple & frugale, au moins au jugement d'O- 
fcllus. Car ce feroit en vain que vous éviteriez 
la prodigalité & la folle dépenfe, fi vous vous 
lailTiez aller à l'excès contraire. Avidiénus, à 

qui 



4S S A T I R A II. L I B. II. 

Çui Canis ex vero àiâîum cognomen aaha* 
ret, 

^dnquennes oleas ejï^ tff fyîvejîria corna : 

Ji , «//z mutaîum , farcit defundere vinum ; 

Cu]uî odorem oïei nequeas perferre (iicebit 
lïle repotia^ natales aliofve dterum 60 

Mos aîbatus ceïebret) cornu ipfe bilîbri 
CauUbus inJîUIat^ veteris non parcus acetî, 
!^ali igitur viâfu fapiens utetur ? ^ horum 
Vtrum imitabitur ? hac urget lupus^ hac canîs^ 

aiùnî, 
Mundus erit ^ qui non cffenàet fordibus ^ ai^ 

que 65 

In neutram partem cultûs mifer. Hic neque 

JerviSy 

Jlbuîi pnis exempïo, dum munia didit^ 

Savus erit: neque -i ftcut fimplex Navius unSîam 

Convïvh pr abêtit aquam: vitium hoc quoque 

magnum. 
Aicipe nunc, viiius tenuis qu^ quantaque fe- 

cum 7® 

Afferai : in primis vaUas bene : nam varier res 
Ut nocmnt homini, credas, memor iîlius efca^ 
^a fwiplex oUm tibifederit. At fimuî ajfis 
Mifcuerïs elixa^ fmuî conchylia turdis. 



SATIRE II. L I V. II. 49 

qui l'on a donné fort juilement le nom de 
Chien, à cr.ule de Ton infâme avarice, ne 
mange que des olivts de cinq ans, & des cor- 
mes fauvages: il ne fait Tes libations qu'avec 
du vin tourné : quoiqu'il célèbre en robe 
blanche, ou le jour de fa naiflance , ou un 
iendemain de noces, ou quelque autre gran- 
de fête, il arrofe fes choux d'une huile dont 
vous ne fauriez fuporter l'odeur, & qu'il ver- 
fe lui-même goûte à goûte d'une corne qui 
Tient deux livres. Mais en revanche il n'y é- 
pargne nullement fon meilleur vinaigre. Quel- 
le manière de vivre fuivaa donc le Sage ; & le- 
quel de ces deux hommes imitera-t-il ? Car le 
danger eft égal, & comme on dit fort bien, 
de ce côté-la eft le loup, & de l'autre eft le 
chien. L'homme propre eft celui qui ne cho- 
que ni par la faleté, ni par la magnificence, 
k qui ne panche vers aucun de ces deux ex- 
cès. Celui qui fait garder ce milieu ne fera ni 
fi fcrupuleux, ni fi exact pour les préparatifs 
d'un repas, que le vieillard Albutius, lorf- 
qu'il diftribue fes ordres à fes domeiliques, èz 
qu'il règle à chacun fon emploi. U ne fera pas 
non plus fi mal-propre, ni fi négligent que 
Névius, qui fouftVe que l'on donne de l'eau 
fale à fes conviée. C'eft-là auffi un très grand 
défaut. Voici prefentement tous les grands 
avantages qui fuivent un petit ordinaire : Pre- 
mièrement vous vous portez bien; car fi vous 
vous fou venez du bon état où vous vous ête^ 
toujours trouvés après n'avoir mangé que d'u- 
ne viande , vous comprendrez ailément de 
quel préjudice font au corps les difFerens 
mets. Si- tôt que vous avez mêlé le rôti avec 
le bouilli, les huîtres avec les grives, tout ce 
Tm, FIL C qu'il 



50 S A T I R A II. L I B. II. 

Duîcia Je in bilem vertent , Jîomachoque tumul- 
tum y 5 

Lenta feret pituiîa. Vicies ut pallidus omnis 

Cœnâ defurgat dubid ? quin corpus onuflum 

Hefternis vitiis animum queque pragravat «- 

Aiqui affigit humi divines particulam aura. 
Alter^ ubi diiJo ciiiïis curata fopori 80 

Membra dédit ^ vegetus prcefcripta ad munia/ur- 

gif. 
Hic tamen ad meîius poterit tranfcurrere quon- 

dam<i 
Sive diem fejïum rediens advexerit annus, 
Scu recreare velet tenuatum corpus^ ubique 
Accèdent anni^ i^ îraâîari molîiùs atas S 5 

Im bec il la volet: tibi quidnam accedet ad /• 

Jïam 
^am puer ^ validus prafumis molîitiem^ Jeu 
Dura vaktudo inciderit. Jeu tarda fenecius ? 

Rancidum aprum antiqui laudabanî : non quia 

nafus 
îîlis nuUus eraty fed credo ^ hac mente ^ quod 

hofpes fo 

Tardiùs adveniens, vitiatum cômmodiùs quàm 
Jntegrum edax dominus confumeret, Hos utinam 
inter 

Henas 



SATIRE II. L I V. II. SI 

qu'il y a de doux fe change en bile, & la len- 
te pituite venant à fe mêler avec cette bile, 
excite une guerre civile dans votre eitomac. 
Ne voyez-vous pas qu'on fe levé toujours pâ- 
le d'une grande table où l'on ne fait que choi- 
fir. 11 y a bien plus encore, c'efl que le corps, 
accablé des excès du jour précédent, accable 
en même tems l'efprit , & plonge dans la 
boue ce fouffle de la Divinité dont nous fom- 
mes animés. Au lieu que celui qui vit limple- 
menr, après avoir pris le foir un léger repas, 
goûte toutes les douceurs d'un paifible fom- 
meil: & le lendemain, il fe levé fort Si vi- 
goureux, pour vaquer à fon emploi. Ce mê- 
me homme poura pourtant fe traiter un peu 
mieux, foit que le retour de Tannée lui ra- 
mené une fête, ou qu'il lui furvienne quel- 
que hôte : foit qu'il veuille réparer fes forces, 
& refaire fon corps atténué par le travail : ou 
enfin lorfqu'une longue fuite d'années l'au- 
ront conduit dans l'âge infirme, qui demande 
un traitement plus doux. Mais toi, quand tu 
feras malade, ou quand tu feras vieux , qu« 
pouras-tu ajouter à cette molefîè & à cette 
delicatefle que tu anticipes ainfi, pendant que 
tu es jeune & robufte ? Nos pères vantoient un 
fanglier rance: ce n'eft pas qu'ils n'euflent le 
nez fort bon ; mais c'était, à mon avis, pour 
faire entendre, qu'il valoit encore mieux, 
qu'un hôte arrivant chez eux fort tard, & fans 
être attendu, y trouvât cette provifion, quoi- 
qu'un peu gâtée, que fi le maître du logis l'a- 
voit mangé frais & entier. Plût à Dieu que 
C 2 la 



52 s A T I R A II. L I B. If. 

Heroas naium tellus me prima tulïjfet ! 

Dûs aliquid famée , qucs carminé gratîor aure?n 

Occupai humanam? Grandes rhomhi patines- 

que 95 

Grande ferunt unà cum damno dedecus : adde 
Iratum patruum^ vicinos^ te tihi iniquumy 
Et frujira mortis cupidum^ quum deeriî egen- 

ti 
Au laquei pretium. Jure^ (inquis) Trafius /- 

Jurgatur verdis : ego ve^igalia magna^ i o« 
Divitiafque habeo tribus amplas regibus. Er- 

J^ûd fuperat^ non ejî melius quo infumere pof- 

Cur eget indignus quifquam^ te divite ? quart 
Templa ruunt antiqua Deûm ? cur^ tmprobi^ 

cara 
Non aliquid patria îanto emetiris acervo? 105 
Vni nimirum tibi re^è femper erunt res ? 
O magnus pojîhac inimicis ri/us ! Uterne 
Ad cajus dubîos fideî fibi certïïis : hic^ qui 
Pluribus ajjuerit mentem corpufque fuperbum ? 
/n quiy cententus parvo^metuen/que futuri, iio 
Inpace^ ut fapiens^ aptarit idm<i i^flio? 



SATIRE IL L I V. lî. 5j 

la terre, alors encore jeune, m'eût fait nar- 
tre parmi ces Héros ! Fais- tu quelque cas de 
la réputation , qui flate d'ordinaire l'oreille 
des hommes beaucoup plus agréablement que 
les vers les plus mélodieux ? Sache donc, qu€ 
les grands turbots Si les grands plats de viande, 
avec la perte du bien aportent auffi la honte 
& l'infamie. Ajoute à cela la colère de tes pa- 
rens, qui ne peuvent fouftrlr tes foies dép n- 
fesi le mépris de tes voilins; la haine que tu 
es forcé d'avoir pour toi-mêm^e ; enfin hs im- 
patiens 5c vains dcfirs de finir ta malheureufe 
vie, quand tu n'auras plus de quoi acheter un 
fimplc cordon, vil inftrument de la m.ort. Al- 
lez faire ces belles leçons à Trafius, me dis- 
tu ; pour moi j'ai de grands revenus, & des 
biens immenfes, qui futiiroient à trois Rois. 
N'y a-t-il donc rien à quoi tu puilTes mieux 
employer ton fuperflu ? Pourquoi ^ pendan^t 
que tu es fi riche, voit-on un homme de me- 
ri-te dans la pauvreté ? Pourquoi laiiîès-tu tom- 
ber en ruine les anciens temples des Dieux? 
Pourquoi ne tires-tu pas d'un fi grand mon- 
ceau quelque petite chofe pour le foulagement 
de ta patrie ? Sans doute que la Fortune re- 
nonçant pour toi feul à fon inconftance, te 
laiflera toujours dans la profperité ? Ah ! que 
tu ferviras un jour de rifée à tes ennemis! 
Mais dis-moi, lequel crois-tu devoir plus s'af- 
furer de lui-même contre les attaques de la 
Fortune ennemie, ou celui qui aura accoutu- 
mé fon efprit fuperbe, & fon corps trop dé- 
licat à une grande abondance de toutes chofes, 
ou celui qui fe contentant de peu, & fe pré- 
cautionnant toujours contre l'avenir , aura 
fait en homme fage pendant la paix fa provi- 
C 3 r]on 



54 S A T I R A IL L I B. IL 

^è magîs his credas , puer hune ego parvus 
Ofellum 

Integriî opibus novi non latih ufunîy 

^uàm nunc accijn. Vidcas ?nêtato in ûgello 

Cum pécore ^ gnatis forte?n mer cède cch- 
num^ 115 

Non ego y narrant em^ îemcrè edi luce profejlâ 

^icquam prater ûlus^ fumofa cum pede per- 
na, 

Ac mîhi quum longum poft tempui venerat ho- 

Sive operiim vacuo gratus conviva per imbrem 

VicinuSy bsne erat^ non pifcibus urbs petitis, 1 20 

Sed pullû atque hœdo, Tum yenfïlis uva fecun- 
das 

Et nux ornabai menfis, cum duplice ficu, 

Pojl hoc ludus erat cupâ pciare magijîrâ : 

Ac venerata Ceres ut culmo Jiirgeret alîo^ 

ExpUcuit vino contraria Jeria frontïs. 125 

Saviat, atque novos moveat fortuna tumultuSy 

^antum ht ne imminuet ? quant aut ego par- 
cm y aut vos 

O pueriy nituiflis^ ut hue ncvus incola ve- 
nit ? 

Kam 



SATIRE II. L I V. IL 55 

fion de bonnes armes pour la guerre ? Et afin 
que ces préceptes fafîent plus d'impreflion fur 
vous, je me fouviens d'avoir vu dans mon 
enfance ce même Ofellus les pratiquer lui-mê- 
me, & ne vivre pas plus largement dans fon 
abondance, qu'il vit aujourd'hui dans fa pau- 
vreté. Vous verriez encore ce bon-homme au 
milieu de ki troupeaux Sz de fes enfans, dans 
fon petit champ, dont il n'eft plus que le 
fermier, conter à fa famille: Jamais jour 
ouvrier ne m'a vu manger que des herbes,^ Se 
quelque pied de cochon fumé. Et lorfqu'un 
hôte, que je n'avois pas vu depuis longtems, 
venoit chez moi, ou que la pluie, en faifant cef- 
fer nos travaux , m'amenoit quelque voifin , 
nous mangions avec plaifir, non pas des poif- 
fons que j'eulTe envoyé acheter à la ville, 
mais un chapon de ma balTe-cour, ou un che- 
vreau de ma bergerie. Quelques raifins de m.on 
plancher, des noix, & quelques groiles figues, 
ornoient ma féconde table. Après le fruit, 
nous nous divertiffions à boire chacun à fa 
fantaifie, fans aucune loi tirannique. Quand 
nous avions donc fait nos libations à la blonde 
Cerès, pour la prier de faire meurir nos moif- 
Jbns , l'efperance rempliflbit nos coeurs de 
joie, & nous faifoit noyer dans le vin toutes 
nos inquiétudes Se tous nos chagrins. Que la 
î^ortune excite derechef contre moi toute fa 
rage, & qu'elle me prépare de nouveaux af« 
fauts , que poura-t-elle retrancher de cette 
manière de vie? Vous êtes- vous aperçus, 
que vous ou moi ayons fait moins bonne chè- 
re, depuis que ce nouveau fermier >'eft empa- 
C 4 r« 



56 S A T I R A IL L I B. IL 

Nam propria UÎluris herum Natura neque U- 

Nec me^ nec quemquamftatuit. Nos expulit il- 
le: 13a 

lllum aut ne quittes^ aut vafri infcitia juris : 
Pojîremo expellet certè vivacior hères» 
Nunc ager Umbreni fub nomme ^ nuper Ofelli 
Di^uSy erit nuUi proprius : fed ceàet in ufum 
Nune mihiy nunc alii. §uQcirca vivite for- 
tes, 135 
Fsrtiaqui aàverfis oppinîte pelfora rébus. 




SATIRE IL L I V. IL 57 

ré de ce bien ? A^^ vous cUnnez pas que fapeU 
le fermier^ celui que vous regardez comme le 
maître. La Nature n'a donné la propriété 
de cette terre ni à lui, ni à moi, ni à aucun 
autre. Il m'en a chalîé, il en fera chalîe à fon 
tour, ou par fon intempérance & par fee dé« 
bauclies, ou par l'ignorance de toutes les rufes 
du droit, ou enfin par un héritier qui lui fur- 
vivra. Ce champ, qu'on apelle aujourd'hui le 
champ d'Umbrénus, h qu'on apelloit autre- 
fois le champ d'Ofellus, n'eft à perfonne en 
propre. L'ufufruit feul en pallè tantôt à moi, 
tantôt à un autre. C'eft pourquoi, mes enfans, 
ne vous laiflèz point abatre par la mauvaifc 
fortune ; & opofez toujours un courage mâle » 
l'adverfité. 




RX- 



5« R E M A R Q^U E S 

REMARQUES 

Sur la satire IL 

HORACE veut blâmer h bonne chers, S( louer 
la frugalité. Il réfute donc d'abord Topinion. 
de ceux qui croyent, que la bonne chère ne le trou- 
ve que dans les grands repas. Il fait voir que ces 
gcnï-là ne jugent pas des viandes par le goût, mais 
par les yeux, & qu'ils tirent de fauiTes ccnféquence?, 
qui les trompent. Il prouve, que le plaifir de la ta- 
ble ne confifte pas dans les mets les plus exquis & le» 
plus chers, mais dans i'apétit, qui affaifTonne tou- 
jours un repas beaucoup mieux que ne faurcit faire 
la glus grande dépenie. Il loue enfuit^ la frugalité 
par le bien qu'elle fait & à 1 efprit & au corps, & 
par les commodités qu'elle donne de fe faire comme 
de diiFerens dégrés de plaifir, qu'on ménage à fon 
gré, félon les occafions & félon les tems. De forte 
que la frugalité pouroit être apellée juftement un 
refer^otr de 'volupté. On a cru qu'Horace avoit vou- 
lu expliquer cette matière, parcequ'elle fait honneur 
à Epicure, qui foutenoit, qu'on pouvoit trouver au- 
tant de plaifir dans le manger le plus fimple k le plus 
commun, que dans les viandes les plus cxquifes & 
\ti plus rares. Mais comme les Epicuriens avec tou- 
tes ces belles paroles n avoient pourtant garde de re- 
jetter la bonne chère, fi nécefîaire au fond à des gens 
qui faifoicnt confifter leur fouverain bien dans les 
plaifirs peu limités, cette Satire n'eft point du tout 
dans la doftiine de ce Philofophe. Elle n'eft pas non 
plus dans celle des Stoïciens, qui étoient fur cela trop 
durs & trop rigides. Elle tient le milieu entre les 
deux. Car elle n'exclut pas entièrement le plaifir 
de la bonne chcre : elle l'admet, au contraire; mais 
elle enfeigne les moyens de le ménager & de le difpen- 
fer fvbrçmcnt. C'çft prççiféfliçjij ç§ juftç milieu qui 



SUR LA S AT. II. DU Lzv. II. 59 

étoit également inconnu à ces deux Philofophes, & 
c'eù celui que fuivoit Ofellus. CMl pourquoi auiîi il 
cil apellé abnormis fapiens, comme je l'expliquerai 
dans les Remarques. Horace en failant parler Olellus, 
donne un exemple vivant des vérités qu'il veut en- 
feigncr ; & c'ell: ce qui frape davantage. Cet Ofellus 
ayant été dépouillé de Ion bien, après la bataille de 
Philippes, lorfqu'Augufte diilribua aux vétérans les 
terres du reflbrt de Crémone -Se de Mantoue, ne trou- 
va rien de changé dans fa condition, parcequ au mi- 
lieu de fon abondance, il s etoiî accoutumé â une 
manière de vivre fimple Se commune, qui empêcha 
la Fortune d'avoir aucune prife fur lui. Cette pièce 
n'a aucun caraderc marqué qui puifTe faire juger de 
fa date. 

1 ^^ njirtiis vîf quanta^ boni ] Eqt:!^ c'ell-à-di- 
re, mes amis, comme les Grecs difent Ayct^^oi. Il 
ne faut donc pas lire bonis, qui fait un fens ridi- 
cule. 

Fi-jere par^vo ] Fivre de peu, ne manger que dej 
chofes fimples à communes, qui ne coûtent guc- 
res. 

2 l^ec meus hic ferma eft, fed quem prtecepitj 
Cette précaution d'Horace eil: plaifante. Il ne veut 
pas que ion croye que c'eft lui qui parle: car il fen- 
toit bien que cela fsroit ridicule dans fa bouche, Se 
qu'on fe moqueroit de ics préceptes, parcequil étoit 
connu pour un homme qui aimoit la bonne chère, 8c 
qui, comme tous les Epicuriens, après avoir dit des 
merveilles de la frugalité, qaitoit volontiers fon plat 
d herbes pour un bon repas. D'ailleurs, il veut 
donner du poids à fes maximes par l'exemple m.émc 
de celui qu'il fait parler. 

* Sed quem pr.-ecepit] Quelques M S S. ont yJ^ ^//d? 
pracepit ; k M. Bcntlei a reçu cette leçon. Mais 
il ïi't^ pas nécellaire de rien changer. * 

Ofellus'] C'eft un nom inconnu. C'eft aparem- 
ment un homme de Crémone ou de Mantoue, ce qui 
n'étoit plus que le fermier d'un pçtit bien, dont il a- 
avgit été le propriéiairç. 

C 6 3 i?«- 



^ô R E M A R Q^U E S 

3 Ruflicus'] Qui vivoit à la compagne, comme ce- 
la paraît par la fuite. 

Abnormis fapiem^ Mot à mot : Philofophe fans rt- 
gîe, c'ell-à-dire, Philofophe qui ne fuit point de maî- 
tre, & qui n'a été ni dans les écoles des Stoïciens, 
ni dans celles des Epicuriens ; mais qui s'efl fait une- 
manière de philofophie naturelle, qui tient le milieu 
entre ces deux feâes. Ceux qui ont fait Ofellas 
Epicurien, & ceux qui l'ont fait Stoïcien, fe font éga- 
lement trompés, & n'ont point du tout examiné fcs 
maximes, qui ne font ni fi relâchées que celles d'E- 
picure, ni fi rigides que celles de Zenon. 

Crajfâque Minewâ^ Ce n'eft pas à dire qui eft 
rude Se groffier, mais naturel, fans étude & fans art, 
qui n a rien de fardé. C'eft ce que Ciceron dit, //«- 
gui Minewâ, dans Lelius : Agamus igitur pingui Mi" 
nervâ, ut aiunt. C'ell-à-dire, fans feinte, fans fard, 
&c. 

5 ^um fiupet înfanis actes fulgorihus\ Il apelle 
injanos fulgores^ le trop grand éclat qui vient de la 
folle magnificence de la table , & de la trop grande 
fompîuolité du buffet. Cet éclat éblouît les yeux & 
Tefprit, qui par-là n'eft plus en état de juger. 

6 Jcclinis falfis animus ] Cela eft heureufement 
exprimé, un efprit qui aquiefce à des chofes fauf- 
fes, qui s'en contente, qui les reçoit avec plaifir. Il 
apelley^^, toute cette magnificence & tout ce grand 
apareil qui trompent, & qui féduifent Tefprit par de 
faux dehors. 

Meliora recufat^ Il n'écoute point les préceptes 
(àlutaires de la tempérance. 

7 Impranjt^ à jeun; car alors l'efprit eft dans 
fa force, & rien ne l'empêche de faire fes fonc- 
tions. 

Cur hoc ? ] C'eft la réponfe de ceux â qui il 
parle. Ils lui demandent pouquoi il veut qu'on exa»- 
mine cette matière à jeun. Cela ne plaît pas à la 
plupart des gens qui aiment bien à parler d'afî*aires 
i^uaziid ils on( bien dinç^ comme Perle a dit: 

» » « ■ Bcti 



ruR LA SAT. II. DU Liv. IL 6t 

- Ecce inter pocula qu^erunt 

Romuîidce fatuH quid dia po'émata narrent. 

8 Dicam frfotero ] Je h dirai fi je puis. C'eil 
ans façon de parler dont on fe fert, quand on cher-r 
che une comparaifon qui puifTe bien faire entendre la 
choie dont on parle. Et cela mérite d'étie remarr 
que. 

Maie ^jerum examinât omnis corruptus Judex } 
On ne fauroit trouver de comparaifon plus jufte* 
Comme un Juge examine toujours mal la vérité, 
quand il eil corrompu, de même un homme ell très 
mal difpofé à écouter & à goûter les préceptes de la 
tempérance, au milieu d'un feftin où tous fes fens font 
également prévenus par des objets qui le fiatent & . 
qui le trompent 

9 Leporem fe£îatus'] Il entre en matière. 

10 Vel fi Romana fatigat militia J On a expli- 
qué ce Romana militia^ de l'exercice de la chaffe Se 
du manège. Mais on s'ell trompé. Les Romains 
n étoient pas les feuls qui alloient à la chaiTe, & qui 
montoient à cheval. Il y a ici une efpece de tran.- 
fition bien fine, & qui échape à la plupart des gens. 
Au lieu de dire: Apres avoir fait les exercices mili'. 
taires ', ou fi ces exercices 'vous paroiffent trop rudes 
four un homme accoutumé a boire, i^c. Il faute le 
premier membre, &: dit Amplement : Ou fit Us exef 
cices militaires 'vous paroifient trop rudes , CrV. Car 
celui-ci enferme néceffairement lautre. Il eft bon 
d'être accoutumé à ces tours-là, qui font afiez ordi- 
naires dans les Anciens. 

1 1 Gracari J Ce mot ne figniile pas jouer aux 
jeux des Grecs, mais boire à la Greque, boire comme 

les Grecs, qui buvoient fort bien, & qui étoient 
longtems à table. 

6V« pila hjçIqx J Comme dans Ovide, teleres pi" 
la: 

. ^unt illii çtltrefiqui fila • - 5 - 



(i R E M A R Q^U E S 

Les Anciens avoient quatre efpeces de paume tou- 
tes différentes. Fol/is, le balon, qu'on pouflbit avec 
les bras armés de braffards : ou, s'il étoit périt, on 
le pouiToit avec le poing. Pi/a, qui e'toit à peu près 
comme notre paume^ & qui fut enfuite apeliée trigo- 
9ialîs, parcequ'on s'avifa d'y jouer à trois, qui étoient 
difpofés en triangle, & qui fe renvoyoient la baie l'un 
à l'autre. Celui qui la laiiToit tomber à terre, per- 
doit. Paganica, qui étoit garnie de plumes. La 
quatrième étoit apeliée Harpafium. C'étoit la plus 
petite. Je crois que c'étoit à peu près notre jeu de 
longue paume. Le jeu le plus ordinaire étoit le ba- 
lon & la paume à trois. Nos ra quêtes & nos batoirs 
n'étoient point connus en ce tems-là. Il n y avoit 
rien qui en aprochat. 

1 2 MoUiter aujîci-um] Ce vers eft heureux. Mol- 
liter, peu à peu, infenliblement. Studium, laplica- 
tion, rattachement que l'on a pour le jeu. 

13 Pete cedentem aéra difco] Car c'étoit non feu- 
lement à qui jetteroit le palet le plus loin, mais le 
plus haut. Il a été affez parlé de cet exercice dans 
le premier Livre. 

14 Extuderït] Exiu72dere,àera.cmery arracher com- 
me à coups de marteau. * Ce mot vient fort bien 
ici. Se je fuis étonné qu'on ait voulu le corriger ici & 
lire extuîerit ou expulerit. * 

Siccus] Sec y qui n'a point bu. Ileft opofé àmadi- 
dusy qui a bu. 

15 l\îji Hymettia meîla Fakrno ne biheris] C'ell 
pour ne biberis Falernum, nijî illi Hymettia melîa di- 
lutafint. Quand le vin étoit trop gros & trop rude, 
comme le gros vin de Falerne^ on l'adouciffoit avec 
le miel Attique, ou avec du vin de Chio. 

17 Dsfendins ùifces hyemat mare'\ Hyemare, yei- 
l^.et^eiv, être obicurci par les tempêtes. Arunt^ius 
dans Séneque: totus hyema'vit annus\ toute Vannée a 
été plein de tempêtes. Et ce Ibnt les tempêtes qui 
défendent les poiffons, en rendant la mer inaccelTiblc 
aux pêcheurs. C'dt pourquoi les pêcheurs difent 

dans 



SUR LA SAT. II. DU Liv. IL 6^ 

dans le Rudens de Plaute : 

Atque ut mine valide JïuSIuat mari, nulla nohiî 
fpcs ejl. 

De la ^violence ditit je l'ois que la mer eji agitée ^ 
nous nU'vons pas grande efperance. 

Cum fais panis] Le fel étoit la viande àes pau- 
vres, qui le mangeoient avec le pain, ou féal ou avec. 
du vinaigre. Grypus dans le Rudens dit : 

Sed hic Rex cum acsto pranfurus ejî, ^ Jale^ fine 
bono pulmento. 

Mais ce beau Roi n'aura pour toute fauce ce Joîr a 
fiuper qu'une pincée de fel, i^ un peu de nj inaigre ou il 
trempera fon pain. 

Au commencement de îa République c'étoit la nouritu- 
re ordinaire du peuple, comme C-la paroît parVarron. 
i8 Lalrantcm fomachuml Un eftomac qui aboyé; 
c'eft-à-dire, qui demande par le bruit qu'il fait, â 
caufe des vents qui y foni: renfermés. Lucrèce a mis 
latrare dans le même fens : 



mi aliud fibi naturam latrare. - 

Ennius avoit dit auparavant : 

- - - - Animus cum pe clore latrat, 

Bene] Ceft-à-dire, à <votre goût y fans que vous y 
trouviez rien de mauvais : & ceil ce mot qui fonde 
tout le raifonnement. 

Unde putaSi aut qui partum ] D'où penicz-vou5 
que vienne à ce pain & à ce fel cette bonne qualité 
de contenter votre goût & votre apétit ? 
^ 20 'Tu fulmentaria quare fudando'^ La bouilHc 

ctoù les ddices des prçjniers Komaius. £t z^ûi que 

levjr 



Sf R E M A R Q^U ES 

leur goût eut changé, ils conferverent encore cd 
mot dans les noms qu'ils donnèrent à leurs meil- 
leures fauces & à leurs meilleurs ragoûts , qu'ils 
apellerent pulmenta & pulrî-.entaria , du mot fuh, 
pultisy qui f]gni£e de la bouillie* 

Sudandol Car la Tueur caufe la faim & la foif, 
qui aflaifonnent mieux les viandes que les meilleurs 
cuifmiers. Socrate difoit, que le meilleur ajfaifonne- 
tnent du manger c'' était la faim y. i^ de la boijjon la. 
foif. 

21 Pinguem 'vitiis albumque'\ Cette exprelîion eft 
fort belle. Horace apelle 'vitia les excès de bonne 
chère; & il dit, qu un homme accoutumé aces ex- 
cès, qui s'y cft engrailTé, &c qui en eft tout pâle, 
ne trouve prefque plus de goût aux mets les plus 
exquis. 

Albumqiie^ Torrentius a eu tort de douter fi ce 
mot devoit être entendu de la pâleur, ou du beaa 
teint que donne la bonne chère. Albus eft ici aflu- 
rcment pour pallidus, pâle, à caufe des excès, &c. 
Comme Sulpitia a dit dans fa Satire, inglwvie albus ^ 
Les Grecs ont dit Aêujv;? dans le même fcns. La trop 
grande chère rend paie, parcequ'elle éteint la chaleur 
naturelle. C'eft pourquoi il dit dans la fuite: 

Vides ut pain du s omnis 

Cœnâ defurgat dubiâ, 

OJîrea'\ Les Romains aimoient fort les huîtres-. 
On peut voir les Remarques fur l'Ode II. du 
Liv. V. 

22 Scarus'\ Cétoit un des poifibns les plus eftimés 
à Rome. On peut juger de (on excellence par ce 
vers d'Ennius, qui l'apeile plaifamment la cer'vdU 
ée Jupiter; 

Scarum praterii, cerebrum pêne Jo'oV fuprem. 

On n'en tiouvoit que depuis les côtes de TAfie Se 
iela Grèce jui^^a^d Sicii^; & il n'en entroit jamais 

dani 



SUR LA S AT. II. DU Lrv. II. 6^ 

dans la mer Tofcane, que lorfque le vent d'Orient 
avoit excité des tempêtes. J'ai expliqué cela au long 
dans les Remarques lur l'Ode II. du Liv, V. 

Peregrina juvarf lagùïs'] On ne fait point ce que 
c'eft que lagcis. Les uns difent, que c'eit un poif- 
fcn; les autres difent, que c'eft un oifeau. L'épi- 
thete me perfuade que les derniers ont raifon : car je 
ne crois pas qu'on l'ait jamais donnée aux poilTons. 
D'ailleurs, fi l agoïs étoii un poiflbn, ce ne pouroit ê- 
tre que /epus marinus, dont on n'avoit garde d; 
manger, car il ell mortel. On avoit fans dou:e a- 
pellé cet oifeau lagoïs, parceque fa chair étoit com- 
me celle du lièvre, qui eft apellé des Grecs lagos. 
'Les Romains faifoient tant de dépenfe en ces fortes 
d'oifeaux qu'on portoit pour leur table des pays les 
plus éloignés, que les Cenfeurs furent obligés de les 
défendre. 

23 Vix tamen erîpîam ] Ce pafîhge eft fort beau ; 
mais il eft difficile. Horace dit : Quoique je vienne 
de te faire voir, que la bonté des viandes dépend de 
tonapétit, & que ceux qui font accoutumés aux gran- 
des tables, ne trouvent plus aucun goiit aux meilleurs 
morceaux, jaurois pourtant bien de la peine à obte- 
nir de toi, que fi 1 on te fervoit un paon & un cha- 
pon, tu couruffes plutôt à celui-ci qu'à celui-là. Tu 
quiterois encore le chapon pour le paon ; parceque 
cet oifeau eft plus beau. Se plus cher que l'autre, 
quoiqu'il ne foit pas meilleur. Le défaut dont Ho- 
race parle eft très ordinaire : la plupart des gens ne 
cherchent pas ce qui eft bon, mais ce qui eft eilimé. 

Pofito pwvone^ Quintes Hortenfius fut le premier 
qui donna aux Romains le goût des paons, qui ï\x- 
•rent fi fort à la mode, que les gens de qualité en a- 
voient toujours à leur table, & qu'on n'ofoit donner a 
manger à perfonne, fans en fervir. C'eft pourquoi 
Ciceron écrit à Pétus, qu'il a ofé donner à fouper à 
Hirtius fans paon : ^ed -lide audaciam^ etîam Hirtio 
cœnam dedi Jlne panjone. C'eft dans la lettre XX. 
du Liv. IX. On peut voir la Remarque fur ce veri 
de h. Sat. II. du Liv. I. 

• .. - prat(f 



(r6 R E M A R Q^U E S 

- — - prater 
Pauonem rhomhumque. 

* M. Aufidius Lucro fut le premier qui s'avila 
d'en engraifTer pour les vendre. Ce qui lui fit un 
revenu de foixante mille iefterces qui font près de 
fept mille cinq cents livres. *^ 

24 Tergere falatuml C'eft une façon de parler de 
gloutons & de gens plongés dans la débauche. Hora- 
ce s'en fert ici, paicequ'il parle à un débauché. 

25 Corruptus 'vanis rerum ] Vana rerum^ c'eft ce 
qu'il y a d'inutile & de fuperflu dans les chofes, 
comme par exemple dans le paon, la beauté de fes 
plumes, & fa chereté, comme Horace l'explique 
dans la fuite. 

^ia weneat auro rara a^is ] On vendoit les paona 
jufqu'à vingt- cinq francs la pièce. Se leurs oeufs jus- 
qu'à cent fols chacun. 

26 Et pi a a pan dut JpeBacula caudâ] Cela efl 
heureufement exprimé. Il femblc qu'Horace ait eu 
en vue ces vers de Théocrite, ou de Mofchus, qui 
dit du paon : 

Cet olfeau qui ejî tout fin de la beauté de fes plumes 
de dlverfes couleurs^ l^ qui étale ja queue comme un na- 
fvire fes <v ailes. 

27 Kum ^efceris iftâ quam laudas pluma 'l Ho- 
race a une jufteffc admirable dans fa manière de 
décider & de réduire les gens à l'abfurde. Il prouve 
à cet homme, qu'il eft trompé & corrompu par ce 
qu'il y a d'inutile & de fuperflu dans les chofes qu'il 
eilimc. II ellimc le paon, à caufe de fes plumes. 
Cependant fes plumes ne lui fervent plus de rien 
quand il efl cuit. Il y a dans ces quatre mots un 
précepte qui cft prefque génsral. Si nous jugions tou- 
jours des chofes par ce qa'ellcs ont d'utile & de fu- 
perflu, 



•SUR LA S AT. II. DU Liv. II. 6^ 

perflu, par raport à Tufage que nous en voulons fai- 
re, nous ne {erions jamais trompés dans nos jugc- 
mcns, & nos goûts & nos defirs feroient toajouri 
fimples. 

* 28 Coâîo m>.m adefï honor idem] M. Bentîei a 
fort bien remarqué qu'ici num ne s'élide point 8c qu'il 
fe prononce comme dans ce vers de Lucrèce, feà 
dum adeji quod ai: émus. * 

Honor idem ] Honor ^ beauté, honejîus, beau. 

29 Carne tamen guam'vis] Ce vers eil dur & dif- 
ficile, parcequ'Horace a été contraint de renfermer 
en un i'eul vers la comparaifon delà chair du cha- 
pon & du paon. Mais il n'y faut rien changer. Les 
Interprètes qui ont ^ oulu le coniger, ont fait voir 
qu'ils ne l'ont point entendu. En voici la conftruc- 
tion : Tamen il/a caro (pa'vonis) quam<vis nihil di" 
Jiat hac carne ( gallincs) . Et quam<vis nihil eft pour 
quantum'vis nihil. Horace veut prévenir la feule ré- 
ponfe que cet homme lui pouvoit faire, que la chair 
du paon ell meilleure que celle du chapon. 11 dit 
donc, que cela eft faux i que la chair du paon n'çft 
nullement plus excellente que la chair du chapon : 
& qu ainfî il eft certain, que dans la préférence qu il 
donne au paon, il eft trompé par l'extérieur de ces 
deux oifeaux, qui feul met de la diiFerence entre eux. 
DiJIat, pour ex ce m t. 

30 Imparibus for mis ] Il eft trompé par Texi?- 
ricur du paon dans la préférence qu'il lui donne. Se 
il eft auffi trompé par l'extérieur du chapon, dans Is 
peu de cas qu'il en fait. 

£/io] C'eft un mot que l'on metcoit ordinairement 
à la fin, quand les choies ctoient bien prouvées Se é- 
claircie:. 

3 1 Unde datiim fentis ] Horace attaque ici un 
autre abus, qui étoit fort ordinaire à Rome, où il 
y avoit une infinité de gens qui prétendoient avoir 
le palais afîez fin, pour difcerncr fi un poilTon a- 
pellé bar, ou loup marin, avoit été pris dans la haute 
mer, ou dans le Tibre, entre deux ponts, ou près 

de 



68 RE M A R Q^U E S 

de rembouchnre du fleuve, & qui n'eftimoient que 
celui qui avoit été longtems batu entre deux ponts. 
Pline, dans le chap. LlY. du Liv. IX. ^anda 
eadem aquatilium gênera aVuhi atque aliubi meliora : 
ficut lupi pi/ces in Tiheri amne inter duos pontes. Car 
Us mêmes poîjjons font meilleurs en certains endroits 
quen d'' autres: comme le loup marin ejî meilleur, 
quand il eJî pris dans le libre entre deux ponts, 
C*eft fur cela quVft fondé le mot de M. Phili. pus, 
qui foupant un foir à CafTinum, & ayant mis dans fa 
bouche un petit morceau d'un loup marin, que fou 
hôte lui avoit fervi, il connut d'abord que ce n'étoit 
pas un poilTon du Tibre, mais de la rivière voifmc, 
& le rejetta auiTitôt, en difant : "Je veux mourir, fi 
je ne croyais que cètoit-là un poiffon. Columele, qui con- 
te cette hiftoire après Varron , ajoute: Hoc igitur 
ferjurium multorum fuhtiliorem fecit gulam, doSiaque 
i^ erudita palatafajiidire docuit Jtu-vialem lupum ni' 
a quem Tiberis ad'verfo torrent e defatigajjet. Ce par- 
jure de Philippe raffina le goût a une infinité de gens y 
iff leur aprit à méprifer le loup marin que le libre 
na'voit pas attendri entre deux cour ans. Luciliua 
dans la IV. Satire: 

lllum fiimina ducebant atque altilium lanx'. 
Hune pontes Ttberinu duo inter captu catillo- 

Celui-là était attiré par un tetin de truie, iff par 
un plat d'oifiaux engraijfési isf celui-ci par tin loup 
marin du Tibre, qui a-voit été pris entre deux ponts. 

* Vnde datum fentis. C'ell à dire d'oîc 'vous fient a 
fentiment? ^i njous a donné ce difcernement, cette 
connoij/ance F * 

3 2 Captus hiet ] Horace a mis hiet , parceque 
tous les poifTons morts ont la gueule ouverte. 

3 3 Laudas, infane, trilibrefn ] La delicatefle des- 
Romains ne s'arrétoit pas à difcerner, fi le loup ma- 
rin avoit été pris dans le Tibre, ou ailleurs; ils 
vouloient encore qu'il fût fort petit, & que le bar- 
beau fût fort gros, fans quoi ils méprifoicnt l'un & 

l'autre. 



SUR L A S A T. IL D u L I V, IK 69 

l'autre. Et c'eil ce qu'Horace condamne ici avec 
raifon. Car la folie des Romains alloit iu: cela à un 
excès, qu'un barbeau de trois livres auroit été d'un 
très grand prix. Afmius Celer en acheta un de deux 
livres, huit mille feflerces, c'elt-à-dire mille livres de 
notre monnoie. * Et fous le règne de Tibère trois 
barbeaux furent vendus trente mille ieilerces, trois 
mille huit cents vingt livres. * 

34 /« ftngula quem minuas pulmenta'] Tu ne fau- 
rois manger ce barbeau tout à la fois. 11 faut que tu 
le mettes en morceaux. Qu'importe donc qu'il foit 
grand, ou petit .> 

35 Ducit te fpecieSf 'video^ C'eft l'aparence qui te 
plaît, & qui te trompe : tu prcns plaifir à voir un plat 
rempli d'un feul barbeau, écc. 

^X) pertinet ergo^ Puifque tu prens tant de 
plaifir à voir un gros barbeau ^ans un plat , d'oii 
vient donc Taverfion que tu as pour i^n groi loup ma- 
rin ? 

36 ^ia fciUcet illis'] C'efl Horace qui répond, 
& qui fait voir la caufe de ce goût bifare, qui porte 
les hommes à s'opofer à la Nature en tout. La Na- 
ture a fait les loups marins fort gros, & ils les veu- 
lent fort petits. Elle a fait les barbeaux fort petits, 
& ils les veulent fort gros. 

38 Jejunus Jïomachus ] Voilà la caufe de ce 
goût bifare : c'eft la trop grande abondance, la pléni- 
tude. Car un homme qui auroit bien faim, ne re- 
fuferoit jamais un loup marin, paicequ'ilferoitgros; 
jii un bai beau, parcequ'il feroit petit. Nihil con» 
temnit e/uriens , comme dit Séneque. * Dans lâ 
plupart des éditions ce vers eft écrit de cette ma- 
nière ; 

Jejunus raro Jlomacbus. • • » i^ 

Et fur cela j'admire le dégoût de M. Bentlei. Il co«- 
damne ce vers & le croit fupoi'é, parce, dit-il, qu'il 
interrompt la fuite du raifonnement, & que d'ailleurs 
il fait une équivoque; car on ne (ait û rarç fe raporte 



70 R E M A R Q.U E S 

àjejunus ou à temnit. Pitoyable critique ! Ce vers 
fert très fort au raifonnement d'Horace, qui a voulu 
marquer d oii provenoit ce goûtbifare. Et pour ce qui 
cft de réquivoque, il n'étoit pas mal-aifé de voir que 
raro devoit être placé après Jîomachusy & qu'ainii il 
n'y a nulle équivoque. * 

Fulgaria'] Il apelle vulgaires Se commune?, les 
viandes que Ton prend comme on les trouve, & com- 
me la Nature les a faites : un petit barbeau, un gros 
loup marin, &c. 

39 Pcrreâum magno magnum'] Ce vers efl fort 
ingénieux, en ce que par la lenteur de fes fillabes, 
qui font quatre fpondées de fuite, il exprime admi- 
rablement la grandeur du barbeau que ce goulu vou- 
droit voir dans un plat. 

40 Harpps gula digna rapadhus] Il dit, que la 
bouche de ce glouton devroit être la gueule d'une 
Harpye, & non pas la bouche d'un homme. Car 
les tiarpyes étoient dans la Fable des oifeaux af- 
freux, qui avoient le vifage de ftmme, & que rien 
ne pouvoit jamais raflafier. Virgile dans le troifieme 
Livre de l'Enéide ; 

Virginei 'volucrum ^vultus^ fœdîjjtma njentris 
Prohmes, wicaque manus iff pallida femper 
Ora famé. 

At voSi prajentes Auflrt^ coquite ] Horace apoftro- 
phe ici les vents de Midi, dans Tindignaticn où il eft, 
de voir la gloutonnerie de ces débauchés, qui pour 
contenter leur apétit, demandoient que la Nature vio- 
lât toutes fes loix. Vents de Midi, dit- il, accourez^ 
njenez, gâter i^ corrompre par <vos haleines empoifon- 
nies les 'viandes de ces enrages ^ ^c. 

41 Coquite] Cuirc, pour gâter, corrompre, flé- 
trir, comme dans Properce : 



Fidi ego odoratî viâlura ro/aria Pajîi 
Sub matutiuo co£iajacere Noto, 



^uam- 



su^ LA S AT. II. Du Li V. II. 71 

^amiîs putet aper"] Il fc repent d'avoir invoqué 
les Vents, & il leur dit, qu'il n'a pas befoin de 
leur miniftere, parceque l'abondance & la plénitude 
font fur les viandes de ces gens-iâ le même effet qu'ils 
pouroient faire. Elles les corrompent de manière, 
que le fanglier & le turbot, quelque frais qu'ils foient, 
leur paroilfent entièrement gâtés. Ce paiihge eft fort 
beau, & d'un tour peu commun. 

42 Rhombufque ] Il a été aflez parlé de ce poif- 
fon dans les Remarques fur l'Ode deuxicmc du Livra 
cinquième. 

Mala copia'] Une abondance pernicieufe, faneile, 
qui leur tourne à poifon, à caufe du dégoût quelle 
leur caufc. 

43 ^grum foUcitat /îoniacbum'] jEger f.omachîiSf 
un eftomac affoibli }:ar la bonne chère. Solicitât, 
blelTe, charge, débilite, fouleve. 

^um rapula plenus] Sa plénitude lui caufe un il 
grand dégoût, qu'il préfère des raves k de Taulnée 
aux viandes qu'il ellimoit le plus. 

44 Acidas manjult inulas ] Inul^e , de Taulnée, 
qu'il apelle acides à caufc de fon aigreur, qui la rend 
ennemie de l'ellomac. Mais les Romains la confi- 
foient & la préparoient de manière, qu'elle étoit ex- 
cellente & fort laine. Pline dans le chap. V. du Li- 
vre XIX. hiula p;r fe flomacho iîiimictjjîma, eadetn 
dulcibui mijîis faluherrima, phiribus modis aujîeritate 
^jicîâ, gratiam in<venit. Columelle enfeigne trois 
manières de la préparer, dans le chap. XLVI. du 
Livre XÎL 

IJec dum otnnU abaEla fauperies epulis Regum J 
Il veut faire voir, q':e ce luxe pour la table, & ce 
dégcut qu'on ::voit alors pour les viandes fimples & 
communes, n étoient introduits chez les Romains que 
depuis fcrfpeu de lem^ & que par conféquent ils ne 
venoienc point, de la Nature, mais du caprice des 
hommes, qui aiment la nouveauté. Encore aujour- 
d'hui, dit-il, malgré cette grande delicatcfTe qui rè- 
gne, les mets les plus communs trouvent place fur la 
ublc des grands Sèigncuib. 

45 P^ui 



7z R E M A R au E S 

45 Pauperies] Il apelle pauperies, pauvreté, les 
mets les plus f^mplcs, parceqa'ils couroient peu, & 
qu'il étoient communs aux pauvres comme aux ri- 
ches. Il fait auffi par là une opontion tacite à la 
prodigieufe dépenfe que Ton faifoit alors. L argent 
que l'on mettoit à un feul piat, auroic fufH ielon les 
îoix à nourir touce une famille un an entier. 

Regu7/t'i Des gens riclies, des grands Seigneurs. 
Nam 'vi/ii-us o-uts] Car on n: faifoit point de re- 
pas fan-: oeufs. On commençoit toujours par-là. 

46 N^^fi/que eji o!e/s'\ Il apelle les olives, noires, 
parcequ'cn ne cueilJoit celles que l'on vouloit gar- 
der pour la table , que quand elles étoient déjà 
noires & près d être mures. Columelle dans le chap. 
XLVllI. da Liv. Xli . Has igitur cu?njam nigrue- 
rlnti nu adhuc tamen pertnatura fuerint, fereno cœh 
dejlringere manu con-ocnit^ <Sc. 

Haud ita pri'deîn'\ Voici une féconde raifon qui 
prouve, que ce luxe des Romains s'Jiioit gliilé depuis 
peu de tems. Car il n'y avcit pas plus de cent ans 
ue Gallonius b'étoii furicafcmeiit décrié, pour s'être 
ait fervir un éturgeon. 

47 GaUoni pr^conis] C'efc ce P. Gallonius que 
Lucilius avoit déchiré dans fes Satires, & qu'il a- 
voit apelle ^^uiges, gouffre, parcequil aimoit la bon- 
ne chère, & qu'il avoit commencé à manger des é- 
turgeons. Voici fes vers ue la IV. Satire, comme 
ils foî:t raportés par Ciceron, dans le II. Livre de 
FirJtus. Il fait parler Lelius : 

O Lapathe^ ut jaSfere nece(fe ejî, cognitu cuîJtSt 
ht quQ heeîiu clamores fophos ille folebat 
EderCj ccmpellans gumias ex ordine nojîros. 
O Publi! 6 gurges Galhni ! Es bomo tnifery inquit, 
Cœnajîi in "Jitâ numquam hene, cum omnia in ijîa 
Confumis fquillâ atque acipenfere cum decumano. 
Lesliu preeclarè ^ reâfè /cphost iliaque ^verf. 

OzetlUf il faut néceffairement qu\n vous njante, 

quand 



l 



SUR LA S AT. ir. DU Liv. II. 75 

quand on 'vous connoit. C'ejî fur cela que le fage LL- 
lius faifoit des exclamations^ en s''adreJJ'ant à tous nos 
gloutons l'un après Vautre. O Publius, ô Gallo- 
nius, 'véritable gouffre! Tu es bien malheuieux, tu 
fias jamais bien foupé de ta 'vie^ quoique tu dtpcn- 
fcs tout ton bien en fquiles^ ^ en gros éturgeons. Lé- 
lius difoit cela a'vec beaucoup de rai/on ilf de jujîice. 

Lélius vouloit dire, que la bonne chère ne fait 
pas les bons repas ; Se que pour lui, il foupoit tou- 
jours bien, quoiqu'il ne mangeât que des herbes. 
Car bien fouper, c'eft manger des choies bien cuites 
Se bien aprétées, & accompagnées de diicours agréa- 
bles & divertifTans. Ce que Lucilias exprime de cet- 
te manière: 

- - - _ bene cocîo, i^ ■ 
Condito Jermone bono. 

Gallonius s'étoit rendu fi infâme par /à bonne chè- 
re, que Ton nom pafTa comme en proverbe, pour dire 
un homme entièrement adonné à fon ventre & à Tes 
plaifirs. Ciceron dans le fécond Livre de Finibus : 
Sed qui ad 'voluptatem om7îia referens, 'vi'vit ut Gallo- 
niuit loquiiur ut f rugi ille Fifo, non audio. Mais je 
il écoute point les gensy qui raportant tout à la iwlup- 
téy 'vi'vent comme Gallonius, O' parlent comme le fags 
Pi fon. Et à la fin de TOrailbn pro ^in^io, il en 
parle d'une manière qui fait connoître que Gallonius 
n'étoit décrié que pour fa dépenie excilTive, Se pour 
le gain qu'il faifoit ; & que d'ailleui-s ce n'étoit pas 
un mal-honnête homme : /;" qui reliai â bonorum 'viro- 
rum difciplinâ iâ qu^ejîum i^ J'umptum Gallonii Jequi 
tnaluerunt y atque etiam quod in illo non fuit , cum au- 
daciâ perjidiâque 'vixerunt. 

Acipenfere ] Acipenfer elt un éturgeon apellé par 

les Grecs ^£fc/,£fcjf et?,' & par les Italiens /orcW^//?. 

Il écoit fi eitimé à Rome, qu'on le fervoit avec 

une pompe furprenaate. Car non feulement il é- 

l^.toit couronné, mais ceux qii le portoient avoient 

^ 7:m. VIL Ù aufH 



'74 RE M A R Q^U E S 

aulïï des couronnes fur la tête, & marchoient au Ton 
des flûtes. 

48 '^id? tunt rhomhos minus (^qmr ahbat'\ Vous 
avez aujourd'hui pour le turbot le même emprefTe- 
jnent que Gallo:nus avoit pour léturgeon. N'y 
avoit il donc pas de turbot du tem de Gallcnius? 
Ce n'ell pas cela : il n'y avoit point encore e jde fou 
qui l'eût mi: en vogue. Car ce n'ell pas par votre 
propre goût que vous jugez des viandes, mais par 
le caprice du premier venu. De manière que fi 
quelque étourdi inventoit aujoard'h^ii quelqu^ ragoût, 
ou découvroit quelque mets nouveau, quelque mé- 
chant qu'il pût être, vous le recevriez avec joie ; 
vous ne mangeriez plus que cela, & vous do neriez 
tout pour ravoir. Voilà le raifonnement d Horace. 

40 'Tutoque ciconia ni do ] Avant le règne d'Auguf- 
te on ne favoit ce que c'étoit que de manger des ci- 
cognes. Mais de fon tems un C-rtain Afmius Sem- 
pronius Rufus s'aviia de les mettre en vogue: & Ton 
ne manqua pas de les préférer aux grues. Du tcms 
de Pline on étoit fort revenu de ce goût-là On ne 
touchoit point aux cicognes , & on eftimoit fort les 
grues. 

50 Donec 'VOS auBor docuit Pr/storius~\ Ce parta- 
ge eft fort plaifant. Vous ne con.-.oiiTiez pas, dit-il, 
la cicogne. Elle étoit en repos dans ion nid, juiqu'à 
ce qu'un certain Prétorien vous enfeigna à la man- 
ger. Ce Prétorien , c'efl: Afinius Sempronius Ru- 
fus, qu il apelle Prétorien, par derifion , parce- 
qu'il avoit brigué la Préture, & qu'il avoit été re- 
fufé ; fur quoi on fit fur lui cette chanfon en vers 
fcazons .• 

Ciconiarum Rufus ijle conditor. 
Hic eji duohus elegantior Plancis, 
Suffragiorum funêia non tulit feptem. 
Ciconiarum populus ultus eji mortem. 

Ce "Rufus i qui fait Ji bien apréter hs cicogne s, 

eji 



SUR LA S AT. IL D u L 1 V. 11. 75 

(Jl plus galant homme que les deux Plancus* mais il 
na pas eu fept toix pour lui. Le peuple a <vengc la 
mort des ei cogne s. 

Ergo fi quis nunc mtrgôs ] Avant Gallonius on ne 
connoifîbit pas l'étjrgeon. On ne connoiiïbit ni le 
turbot, ni la cicogne a\ant Sempronius Rufus. Ho- 
race ccnclud donc de là, que fi quelque fou s'avifoit 
de publier, que les plongeons ibnt excellens rôtis, 
toute .'a JeunefTe courroit après, & on ne verroit que 
plongeons chez les rôtifleurs. Il a pris le plongeon, 
pour rendre la chofe plus ridicule ; car c'eil: un oi- 
feau qui na que la peau colee lur les 05, & qui ne 
fauroic être mangé bouilli- moins encore rôti. \\ 
feroit fec comme du bois. 

51 Sua^jts edixcrit] EJixtn't, à'MVi ton de maître Sz 
de Légiflateur. Ceii pourquoi il niec enfuite/^jr^- 
hit. La jeunefTe obéira comme à un arrêt dont il 
n'y a poinî d apel 

53 bcraidus à tenui 'jicîu'\ Comme il eil difficile 
aux hommes de garder un jufte milieu, il y avoit 
du danger, qu Horace en les corrigeant du luxe & 
de l'intempérance, ne les jettat dans une avarice 
fbrdide: & ceil ce qu'il prévient ici fort finement, 
en fâiTant voir que i.icîus wufidus U' tenuis , une 
tab'e propre Se fimple eil également éloignée des 
mefquineries de lavare, Se de l'excelnve magnifi- 
cence du prodigue Se du débauché. 

54 Vltium <vitan;eris illud^ Le vice du luxe & 
de rimemperance. 

55 Si te alio] Dans le vice d'une avarice for- 
dide. 

J-vidiefius"] Il nefû point parlé ailleurs de cet 
Avidiénus. Ainfi nous ne pouvons rien lavoir de lui 
que ce qu'Horace nous en aprend. 

56 Cui Canis ex <vero dicîum cognofnen'\ On don- 
na à Avidiénus le furnom de Chien , à cauie de 
Ton avarice fordide. DiSïujn cognomén^ ccwnme di- 
cere cognomen. Il n'eil pas néceiîàire de lire 
duclxm, 

D 2 Ex 



1^ R E M A R Q_U E S 

Ex 'vero\ Tiré de la vérité, c'eft-à-dire, des vices 
qui étoient véritablement en lui, 

57 ^ànquennes okas ej}'\ Les olives ne peuvent 
être bonnes tout au plus que deux ans. Mais Avi- 
diénus ne pouvoit Te re foudre à manger les fiennes fi 
récentes. Il ne mangeoit que les plus vieilles, cel- 
les qui avoicnt cinq ans. Ainfi il les mangeoit tou- 
tes mauvaifes. 

58 Mutatum'\ Du vin tourné, njappam, 

Parcit defundere] C'eft ainfi qu'il faut lire, & n^ 
^^s diffundere. Defundere, c'eft verfer de la coupe, 
pour faire les libations. Coirme dans TOde V. du 
Livre IV. 

- - - - Te prefequitur mero 
Defu/o pateris. 

Horace ne pouvoit pas mieux marquer l'afFreufe 
avarice d'Avidiénus, qu'en difant, qu'il n employoit 
que du vin tourné, pour les libations même -qu'il 
faifoit aux Dieux. 

ÇQ Cujus adorem olei nequeas perferre'] * C'cft 
pour Injlillat oleum cujus^ûdorem nequeas perferre ^ 
Avidiénus n employoit que de Thuile gâtée Se cor- 
rompue. 

60 Rcpotia] C'elt le lendemain des noces. Le pre- 
mier jour ctoit apellé ycLy-ot^ vupti^, les noces. Se le 
lendemain que l'on loupoic chez le marié, étoit a- 
pellé l'TriCS'ct Se f^ctKict chez les Grecs, & repotia 
chez les Latins. On peut voir les Remarques fur 
Fertus. 

Natales'\ Les Anciens celébroient avec beaucoup 
de joie non feulement le jour de leur naiffance, mais 
les jours de la naiffance de leurs amis & de leurs a- 
mies. On peut voir l'Ode XL du Livre IV. Epi- 
cure ordonna par fon teflament à fes héritiers Amy- 
nomachus Se Timocrate, de donner tous les a'ns une 
fomme fufHfame aux Philofophes de fon école, pour 
bien célébrer le jour de fa naiiîance. Ce qui attira 

Se 



SUR LA S AT. II. DU L I V- il. 77 

& fur le fondateur, & fur les obfervateurs de cette 
règle les railleries de la plupart des gens, qui s'en 
moquoient comme d'une chofe entièrement opofe'e 
aux maximes de cette fe(5le. 

61 /Jlbatus"] Les Romains n'étoient jamais à ta. 
ble avec une robe noire, ni en public, ni en particu- 
lier : non pas même dans les repas des funérailles. 
Ils ne paroiflbient même jamais dehors qu'avec leurs 
toges, qui étoient blanches. Le peuple feul o.'bit 
fortir en tunique, ou avec le manteau noir, penulo.. 
Augufte étoit au delefpoir, quand il voyoit un Ro- 
main habillé de noir. Et un jour qu'il en voyoit p.u- 
fieurs de cette manière, il prononça ce vers de Virgi- 
le avec une indignation qui parut dans le ton de fa 
voix & dans fes yeux : 

Romanos rerum dominos gentemque togatam. 

Cornu ] Comme on voit encore de ces cornes â 
huile chez les payfans. 

Ipfe ] Lui-même. Il ne fe fie pas à fes efclaves. 

62 Caulibusl Des choux bouillis avec des oi- 
gnons, qu*on arrofe d'huile & de vinaigre. 

Injlillai ] Verie goûte à goûte. Quoique cette 
huile foit abominable, il ne laiffe pas de 1 épar- 
gner. 

Veteris non parcus acefi] Il femble qu'Avidié- 
nus en prodiguant ainfi fon vieux vinaigre, s"cloi- 
gne de fon caraétere , parceque Is plus viei x cft 
toujours le meilleur. Cela a obligé Cruquius à 
croire, qu'florace a mis njeteris, vieux, pour la^-.-ui- 
di, msrientis, foible, fans force. Mais il fe trom|-e. 
Avidiénus met fon vieux vinaigre, parceque le \ic. x 
ne coûte pas plus que le nouveau, & qu'il eit plus 
propre à effacer le goût de l'huile, & à cacher ia 
mauvaife odeur. On voit cela tous les jours chez ki 
payfans. 

64 Hac urget lupus, hac canis, aiuvt'\ C'étoit un 
proverbe dont on fe fervoit pour dire qu'on é- 
D ^ toit- 



78 R E M A R Q^U E S 

toit au milieu de deux dangers prefqu'e'gauK, 8c 
qu'on ne pouvoit pas manquer de tomber dans l'un 
ou dans 1 autre , de quelque côté que l'on tour- 
nât. On ne Tauroit voir une aplication plus 
heureufc que celle qu'Horace fait ici de ce proverbe. 
Car par lupusy loupy il veut parler de ces prodigues, 
qui n'épargnoient rien pour avoir le loup marin qui 
avoit été péché entre deux ponts : & par canis, chien, 
il fait ailufion au furnom d Avidiénus, qui avoit été 
apellé Chien^ à caufe de fon avarice. Cela efl par- 
tait. Et ce qui! y a de remarquable, c*ell qu'il eil 
fort bien amené par at qui prccevie ; horum utrutn 
imitabitur. 

65 Mundm erit qui non ] 11 dit, que le milieu 
que Ton doit garder entre l'avarice & îa prodigalité, 
eil la propreté, qui n'eil pas plus éloignée de U fa- 
leté, que de la magnificence. Mundusy propre, eft 
un mot général, qui va à tout. 11 eil ici queilion 
de la table. * Mundus eiî) un adjeclif & non pas 
un fubilantif, comme le prétend M. Bentlci , qui 
a lu fort mal à propos mundus erit quâ non. Rien 
n'eft plus éloigné du ili e d'Horace. * 

66 In neutram partent cultus tnif'er ] Quitus eft un 
génitif, comme le vieux Commentateur l'a fort bi3n 
va , & il faut fous-en endre ivcidet: il m tombera, 
ni dans Vun, ni dans Cautre excès, ni dans la faleté, 
ni dans la magnificence. 11 faut bien remarquer 
(ultus, employé pour la dépenîe de la table. C'eft 
un mot général comme mundus. Mifer tombe au- 
tant fur cïlui qui pèche pir la magnificence, que fur 
celui qui pèche par la laicé. 

Hic neque fer-vis Albuti fenis exemple ] Le vieux 
Interprète, Lambin & Cruquius ont cru, qu'Albu- 
tius eil accule d'avarice, & Névius de prodigaliié. 
Mais ils fe trompent aiîurément, & ils n ont pas en- 
tendu le dum munia didit. Horace dit, que celui 
quifaura garder un julle milieu, ne fera pas d'une 
exaftitude outrée &■ fuperilitieuie, dans les prépara- 
tifs d'un repas, comme Albutius; ni d une fimplici- 
îé vicieufe & trop relâchée, comme Névius. Albu- 
tius 



SUR LA S AT. II. DU L I V. II. 79 

tlus faifoit trop de façon, Se Névius en faifoit trop peu. 
67 J/hutî fenis extmplo dum muni a didit ] Al- 
butius étoit fi outré dans les repas qu'il donnoit, que 
ii ies eîclavcs manquoient à la moindre cho!e de 
ce qu'il leur avoit ordonné, c'étoit un crime irré- 
miUible : & en cela il avoit une exa6litude trop fcra- 
puleuie & trop recherchée. Torr^ntius a cra, qu'Ho- 
race ne donn^ pas ici 1 exemple d'un homme de Ton 
tems, & que cet Albutius eft le Titus Albutius dont 
il rft parlé dans les Satires de Lucilius, qui lui re- 
proche, qu'il afredoit fi îbrc en tout la politefTe & 
î'elegance des Grecs, quii vouioit pafTer pour Grec. 
Voici ies vers de Lucilius, que je rapor:e, parce- 
qui!s font pleins de grâce k de Tel. 11 fait parkr 
Alutius Scévola ; - 

G}<£cum te, /ilouîiy quàm Rovianum atnue Sahi- 

nuuî, 
Munidptm Pc;//?, 77///, Anniy Csiiturionum^ 
PrailarQium hsmhiumy ac primorumy ftgniferum.- 

que, 
Maîuîjîi dici. Grâce ergo Prator Athenisy 
Jd quod maluijlî, te cum ad me acce.di Jaluto : 
Xcuoi> inquam, Tite : Licîores, turma omn'i ca- 

herfque 
Xoufî. Hinc hofiis Mulî Albutius, hinc initnicus. 

Albutius, t'ous ai}sz toujours mieux aimé pajjer 
four Grec, que pour Romain ^ pour Sabin, pour le 
compatriote de Portius, de T^itius, d'Annius, de ces 
taillans Centurions, hommes de marque, les preinierr 
de leur pays^ qui ont été En feignes dans 710s légions. 
Sachant donc la pajjion que 'vous a'viez pour cela, 
un jour que 'vous tne njintes <voir, pendant que j^tois 
Préteur à Athènes, je 'vous faluai en Grec psur 'vous 
faire plaifir. Chaire, Titus, 'vous dis je. Mes huif- 
Jîers, mes gardes, i^ tous ceux de ma Cour ^ dirent 
tous après moi : Chaire, Chaire. Et 'voilà T origine, 
'Voilà la caufe de l'inimitié qu Albutius a pour Mu- 
tins, 

D 4 Albu- 



8o REMARQ^UES 

Albutias s*étoit aperçu, qu'on ne le faluoit ainfi, 
que pour le railler, & pour fe moquer de lui. Mais 
1 AlbuLius d'Horace pouroic bien être le fils de ce- 
lui-là. 

Dum munîa didit'] Didere, partiri, di'videre, par- 
tager. Albutius partageoit les emplois à fes eicla- 
ves, quand il vouloic traiter quelqu un. Il difoit à 
l'un : Vous aurez foin de ceci ; & à l'autre, vous aurez 
foin de cela, &c. Et il étoit là-delTus d'une fi gran- 
de féverité, qu'il ne pardonnoit pas la moindre faute. 
On peut voir un exemple de ceci dans la féconde 
fcene du premier Acte du Pieudolas de Plaute, & un 
autre dans la XIV. Satire de Juvénal. Molière a i- 
mité cela dans fon Avare, Aà.. 111. fc. I. 

68 Simplex N<^--oius'] Simplex, jimphy pour relâ- 
ché, négligent, mal propre. 

Unétam con-jinjis presbebit aquam ] Ce Névius é- 
toit fi peu foigneux, & fi mal-popre, qu'il IbufFroit 
que les efclaves ferviflent de Peau fale, pour la mê- 
ler avec le vin, ou plutôt pour le bain qae l'on don- 
rioit aux conviés. C'eft pourquoi Horace dit dans 
1 Ode XIX. du Livre III. 

■ ■ * - ^?-f aquam tempérât ignibus. 

^i ejî-ce qui fera chauffer de Veau pour le hain? 

Aqua unBa, de l'eau grafie, fale, &c. & non pas de 
Teau parfumée, comme les Interprètes l'ont cru. 
Cela eft ridicule. On peut voir ma Remarque fur 
le vers 88. de la Satire IV. du Livre I. 

70 ViSîus tcvuis qua quantaqus fecum ] Il vient à 
la frugalité, qu'il loue par les biens qu'elle fait à 
Tefprit & au corps. C eîl proprement la fuite du 
premier vers. 

7 1 "Nam 'varia res ut mceant homini credas ] 
Il n y a rien de fi nuifible à la fanté, que le mé- 
lange de diffevents mets ; & Horace ne donne d'au- 
tre preuve de cette vérité, que l'expérience même 
que tout le monde peut avoir faite du contraire. 
Car ou n'a qu'à fe louvcnjr de Tétat ou l'on s'e/^ 

trouvé 



SUR LA S AT. II. DU LiV. II. 8i 

trouvé, après avoir mangé d'une feule viande, pour 
être convaincu, que tant de viandes ne peuvent qu'ac- 
cabler reftomac. Au refte, pour dire cela en paf- 
fant, cette queltion, iî une feule viande eft meilleure 
pour reilomac que la diverfué des mets, eïi traitée 
fort au long dans les Saturnales de Alacrobe, Lh'i<i 
VU. Se on y allègue plufieurs raifons pour Se contre. 
Le fentiment d'Horace eil celui d Hippocrate, & ce- 
la fufîît : c'eft aulfi celui des plus fages. Dans l'Ec- 
clefiallique il eft dit : No?i te effumias fupe?- omnem 
efcam ; in multis cnim efcis erit infirmitas. Tu ne te 
jetteras point fur toutes fortes de ?nets. Car de plufieurs 
mets 'vient la maladie, 

73 ^jiee fimplex olim tihi federit"] S triplex, fi ntple, 
^mTl feule, comme dans Pline, Livre XL chap. 53. 
Homini cibus utiliffimus limplex i acer-catio japorum 
pefïifera ; condiment a pernicicfiora. 

Sederit^ Placuerit, t'aura plu. On pouroit auiîi 
expliquer yîVm/, fera allée à fond, aura pafie fans 
peine, comme étant de facile digeftion. 

75 Dukia fe in bilem ='usrtent] Tout ce que Tef- 
tomac ne peut digérer, fe change en bile, fur- 
tout les douceurs. * Et de là viennent les maux 
d'ertomac, les coliques^ les diflenteries, comme il va 
le dire, & comme TEcclenaftique nous en avertit: 
Labcr <vigilieSi choiera, izf. tortura i7ifatiahiU. XXXI. 

23. » 

Stomachoque tumuhum lent a fer et pituita j La pi- 
tuite, qui eft une humeur froide, venant à fe mêler 
avec la bile, qui eft chaude, caufe dans reftomac 
un fort grand delbrdre, Se comme une guerre civi- 
le que l'eftomac ne fauroit apaiier, fa chaleur natu- 
relle étant prefque éteinte. Ce tiimultus eft un fort 
beau mot. Horace en a pris l'idée dans ce beau 
paffage d Hippocrate : Tct -fb elvlij.oitt TctJid^eiy 

xj TA (JlÏV è-a.(T(TOVi TA Q ^OhOÂTÎ^V '7r'\(î (T iT C'J^ . 
Ces 'viandes diff'erï.ntes font une (édition dans l ejio- 
mac. Les unes font digérées plutôt, i^, les autres plus 
tard. 

77 Defurgat'] Horace a dit defurgere, comme depro- 
D 5 perur.e: 



§2 R E M A R dU E S 

ferare : & c'eft une compofition imitée des Grecs, 
qui joignent la prépofition avec les verbes. Cœnâ 
defurgat^ -^owx furgat de ccenâ. Car defurgere n'eft 
point ici pour dire d^oS'îvetv^ al'vum exonerare. 

Duhia] Terence explique dans le Phormion, Afte 
II. Scène II. ce que c'eft que cœna dubia, un repas 
douteux; c'efl à dire, où la divcrfité, & la quantité 
des mets vous réduiient à ne favoir que choifir. Voi- 
ci le paffage : 

- - - - P H. Caena dubia apfonîtur. 
Gl. ^uîd iftud'vârhi ejî? PH. Vbi tu dubites 
quid fumas potij/imum. 

Cela eft remarquable, en ce qu'il paroît que Te* 
rence a été le premier qui a hafardé ce mot. 

78 Hejle-nùs 'vitiis'] Des excès du jour précé- 
dent, comme il a dit plus haut ; pinguem 'vitiis al- 
humque. 

Animv.m queque pvfegramat unà ] Car les vapeurs 
du vin & des viandes abrutiffent i'efprit, & le ren- 
dent incapable de faire fes fondions. On peut voir 
fur cette matière deux beaux chapitres d'Hieroclèa 
fjr les vers de Pythagore, pag. 136. & 145. du fé- 
cond Volume. 

79 Jt(jî4e ajigit humi di<vina; particulam aur/e ] 
Il eil indiffèrent de lire affigity ou afflïgït. L'an 
& l'autre font fert bons. Ce vers eft admirable: 
une chofe toute divine & toute celefte devient tcr- 
reftre & groffiere par la débauche, qai coupe les- 
ailes de l'ame, en éteignant fa chaleur, & en chan- 
geant fa fechereffc en humidité. Car ce iont ces 
deux qualités que les Anciens ont nommée les ailes de 
l'ame. 

DU'hi^ particulam aurge ] Une particule du fouf- 
fle de la Divinité ; c'eft à dire une partie de la 
Divinité même, qni n'eft qu'un efprit, & que Pla- 
ton apellc Yame du monde. Cette idée du fouffle de 
la Divinité, eft venue fans doute aux Anciens de 
rhiftoire de la crcation, qui leur étoit connue. Diea 

^près 



SUR LA SAT. II. DU Liv. II. S5 

après avoir formé V homme de la pouiHere, lui inf- 
pira un foufflc de vie : infpira-vit infaciem ejus fpi- 
racuîum ^jit<e. Et c'elt ce foufHe de vie qu'ils ont 
apellé particulam di-cime aune. Marc- Antonin 
Papelle parfiitement bien ctVûfl-x^tfl-//* ^)\v^. dans 
ce beau pallage, où il dit, qu il fiut faire tout ce 
qui plaît au Génie que Dieu nous a donné pour 
cous conduire, & qui eil une partie de lui même : 
ce qui n'eft autre choie que l'efpric & que la railbn. 

80 Alter'] Celui qui vit frugalement. 

Di3o citius curata ) Car un léger repas efl bien- 
tôt pris, & la fobrieté n'eft pas long:ems à table. 

8 1 Vegetiis fmfcripta ad tr.unia furgit ] Horace, 
après avoir parlé du lendemain de la débauche, ne 
manque pas de parler du lendemain du repas fobre, 
& c'eil cette opofition qui fait la plus grande beauté 
de ce palfâge. Le plaihr des repas lobres fe fait 
encore plus lentir le lendemain que le jour même. * 
C'eil ce que 1 Ecclefiaftique dit fort bien : Sonnus 
fanitatis in hsmine parce ; dormiet u'que mam àf a- 
nima illius cum ipfo deledaoitur. C eil- à- dire, quen 
fe kvant il fera maître de fon efpric, & le trouvera 
prêt à faire lés fondions. * 

82 Hic tamen ad melius] Ofellus n'exclut pas 
entièrement la bonne chère, comme les Stoïciens. 
Il ne i admet pas non plus avec les excès que les 
Epicuriens permectoient. li prend le milieu entre 
ces deux 1e<5tes ; & c eil ce qui prouve, qu'il n'cil ni 
Epicurien, ni Stoïcien. C eil pourquoi il efi apellé 
aknormis fapiens. Ces vers font admirables. 

;-?3 Rediens adn.'£xerit aHnus'\ Rediens anr.u; , eft 
proprement ce que les Grecs dilent -s^/TAoy.îj's/ 
iviaurh^ car l'année eil un cercle dont chaque point 
eil .Se le commencement & ia fn, 

Advexerit ] C'eil ainfi qu'il faut lire, 5f non pas 
adduxerit. \\ a dit de même dans l'Ods XXIX. du 
Liv III. 

^od fugiens femel hora njexit. 

Et Virgile: ^id <vefpcr férus 'vehat. 

r> 6 çja Tf' 



84 R E M A R CLU E S 

84 Tenuatum corpus ] Le corps exténué par le tra 
vail, ou par quelque maladie. Ofellus ne reconnoît 
que trois chofes qui puiffent obliger if s hommes à ie 
traiter un peu plus délicatement que de coutume, 
les fêtes, la foiblefle que caufent ou les maladies ou 
le trop grand travail, & les incommodités de la vieil- 
lefTe. Mais fous le nom de fêtes font corn prifes tou- 
tes les occafions extraordinaires, comme la vifite d'un> 
ami, &c. 

85 jEtas imbecilla] La viei leffe que Socrate a- 
pelle en quelque endroit le rendez-vous de toij^tes les 
incommodités de la "Nature. 

87 Pncfumisl Pr^/z^tw^/-^, prendre avant le tems. 

89 Rancidum aprum] Les anciens Romains di- 
^ient aiiurément en proverbe rancidia apcr ; mais je 
ne me fou viens pas de l'avoir lu ailleurs. Horace 
en donne la véritable explication. Il eft certam que 
ces premiers Romains, dont il parle, avoient retenu 
beaucoup de préceptes de Pythagore, qui enfeignoit 
la m^orale fous des envelopes, & par des paraboles : 
comme quand il diioit, qu ''on ne dè-voit jamais s'af^ 
feoir fur le boij/eau, pour dire, qu'il falloit toujours 
garder quelque chofe pour le lendemain ; car on ne 
s'aiTied fur le boiffeau qu'après Tavoir renverfé, & 
l'on ne le renverfé qu'après qu'il eft vuide. Je crois 
même que c'eft lui qui infpira à ces bonnes gens le 
fcrupule, de n'ôter jamais la table vuide, & de n'é- 
teindre point la lampe qui les avoit éclairés pendant 
le fouper. Pour leur faire entendre, qu'il falloit tou- 
jours lé tenir en état de pouvoir régaler un hôte» 
s^'il en furvenoit quelqu'un. Comme les Latins di- 
foient rancidus aper, les Grecs difoient d'mKii^.iv&ç 
\ty^viy poijfon ferré^ gardé, t^c. 

go Sed credo hac mente ] Il y a une politefle & 
une fagelTe merveilleufe dans cette explication. 

91 ^àm integrum edax dominus"] Integer a deux 
figniiîcations, car il fignific entier & frais. II eft 
ici pour frais, recens, opofé à ^itiatus. \.t?> pre- 
miers Romains ne virent jamais fur leur table un 
&ngUçr entier, P. Sçrvilius Rullus fut le premier 

qui 



SUR LA S A T. II. DV Liv. II. Ss 

qui en fît fervir un, & cet excès, qui jufques au 
tems de Cefar avoit été inouï, devint eniuite une 
chofe ordinaire. On en fervoit même deux & trois» 
C'eft pourquoi Juvénal s'écrie : 

« _ - - quanta eft gala quiS Jlhi totum 
Ponit aprutn^! 

Tibère dans fes feftins les plus folemnels n'en eut 
jamais que la moitié d'un. 

92 Hos uîinam ïnter Heroas ] Je fuis charmé ds 
ce fouhait. Il apelle ces premiers Romains, ^es Hé- 
ros, à caufe de leur frugalité. 

93 Te/lus prima] Car du tems de ces Romains, 
dont il parle, la terre étoit plus jeune que de fon 
tems. C'étoit le premier, ou le fécond âge. Il n'y 
a pas de raifon à croire qae prima foie une épithete 
ordinaire de la terre, parcequ'elle fut tirée la premiè- 
re du chaos, avant les autres élémens. Se avant le 
ciel même. Horace n'y a jamais penfé. 

94 Das aliquid fama J Après le foin de la fanté, 
vient le foin de la réputation, qui touche fouvent, & 
qui doit même tcucner plus que le foin de la fan^ 
te. 

^jia carminé gr ai lor aiirem occupat~\ Car il n'y a 
point d'harmonie plus agréable à l'oreille que celle 
des louanges. Pindare dit avec raifon, que quand 
un homme eft afléz heureux, pour joindre la for- 
tune à la bonne réputation, il ne doit pas fou- 
haiter d'être un Dieu ; car les Dieux n'ont pas 
plus de plaifir que lui. Au lieu à^ occupât, on a lu 
occupa qui fait aulfi un beau lens. En ce cas c'eft 
un précepte. La renommée, qui doit être plus agréa- 
ble, &c. Jaime mieux le premier. * Horace dit ici 
une vérité, & ne fonge nullement à donner un prér 
cep té. * 

95 Grandes rhomhi patina que'\ Le luxe des Rcv 
mains pour la grand-^-ur des plats étoit fi exceilif, 
que Sylla en avoit d argent qui pefoient deux ceniS 

marcs. Et Pline remarq le, qu'on en auroit trouvé 
D 7 alors 



86 R E M A R Q^U E S 

alors à Rome plus de cinq cents de ce poids-U. 
Cette fureur ne diminua pas dans les fuites, puifqne 
du tems de Claudius un de fes efclaves , apeilé 
Drufillanus Rotundus, avoit le ^pht zptllé promu/JÎ s, 
de mille marcs pei'ant, qu'on lervoit au milieu de 
huit petits plats de cent marcs chacun. Ces neufs 
plats étoient rangés à table fur une machine qui les 
foutenoit, & qui du nom du grand plat, étoit apeilé 
fromulfidarium. On connoît le plat de Vitellius, 
qui à caufe de fa grandeur énorme fut apellée le hou- 
citer de Minewe. 

99 Js, laquei pretiuml L'as Romain valoit un 
fol de notre monnoie. 

Jure, inquis, Tra/îus] Car Trafius s'étoit ruiné 
par l'es folles dépenfes. Ce nom eft aujourd'hui in- 
connu, * & il foi t inutile de s'amufer à rechercher 
fl c'eil Trajîus, Tr au/tus, Tro/tus , OU Tofius. * 

IJîis jurgatur l'erèis] Jurgatur eft paffif , quoi 
qiïe Torrentius en veuille dire. Les Anciens n'é- 
toient pas fl fcrupuleux fur cela. 

1 00 Feciigalia magna ] Veâiigal eft ici pour toute 
forte de rentes & de revenus d'un particulier. Ci- 
ceron s'en eft ibuvent lervi dans ce même fens. 

* 103 Cur eget indtgnus^ Cette réponfe d Hora- 
ce à ce riche prodigue, eft admirable, & très digne 
du Chriftianifme. * 

Indignus quifquam ] Indignus qui egeat. Mot à 
mot, indigne d^ être pauvre. Mais en notre langue 
indigne n eft jamais pris qu'en mauvaife part. * Il y 
a pourtant des occafions o\x on peut le hasarder en 
bonne part avec grâce. * 

^are templa ruunt antiqua Deâm] Jl fait fâ 
cour à Aug'ifte, qui avoit rebâti à Rome ks tem- 
ples qui étoitnt tombé:, de vieillelTe, ou qui avoient 
été comumés par le feu. 

107 Uterne] Ce ne eft comme dans le vers n. 
delà X. Satire: gui^ie putetis. 

108 Ad cafus dubios^ Cafus dubU^ comnic duhia 
tsfnpora de TOdç IX. da Livre IV. 

E^ 



SUR LA SA T. II. DU L I V. II. 9r 



------ l^ fecun^is 

Tempiribus d'ubiifque réélus. 

On peut voir là les Remarques. 

1 09 Corpufque fuperburn] Superbe eft ici pour dé- 
daigneux, qui méprife tout, qui ne trouve rien de 
bon, comme cette femme qui penfa ruiner Chi^emès,, 
en tâtant feulement aux vins qu'il faifoit fervir ; 

^ - - - - pyùjjando modo mihi 
^id, quid 'vini abfumpjlt ? 

Terence dans rHéautontim. hà.. III. fcene I. 

110 Metuenfque /uturi] Metuifis n'eft pas qul- 
craint, mais qui prévoit, & qui fe précautionne, 
&c. 

1 1 2 %5 magis bis credas ] C'eft Horace qui par- 
le de fon chef. 

Puer hune egs parlas Ofellum^ Horace pouvoit 
avoir vu cet01:*ellus à Rome, ou ce Poète paiTa de- 
puis 1 âge de neuf ou dix ans jafqu'â vingt ou vingt 
& un qu'il partit pour aller étudier à Athènes. 

114 Fi de as metato in agello^ Dans fon champ 
qui a été mefaré, c'efl-à-dire qui a été donné aux 
foldats. Car poar diitribuer les terres, on les mefu- 
roit, afin que chaque foldat eût tant d arpens. La 
tsrre d Ofellus échut en partage à Urabrénus, & cC' 
la arriva fans doute après la bataille de Philippes, 
quand Augufte ramena en Italie les vétérans, & leur 
affigna les terres municipales. Virgile fut chafié de 
fa terre par le même accident, comme il s'en plaint 
dans ce vers : 

Pertica qu^e n^flres mHaia ejî improha ageîlos. 

Mais il la recouvra bientôt après par la faveur 
d*Augufte. Properce, qui fe trouva envelopé dans 
k mêiac malheur, ne fut pas û heureux que lui : 

Abp^ 



83 R E M A R Q_U E F 

Abjîulit excultas pertica trîftis opfs. 

115 Fortem mercede colonuml^ Fortem ^ plein d" 
fermeié oc de courage, & parlant de ia fortune paf- 
fée, comme n'y ayant aucun regret. Co/onus dans fa 
première origine fignifioit fimplement maUrSy ha- 
bitant. Car Varron apeile Mercure Mercurium 
Arcadum colonum. Mais enfuite on la déterminé 
â fignifier un homme qui cultive une terre pour 
un maître. Horace ne laiiîe pas d ajouter mercede, 
pour mieux expliquer la chofe, & pour la rendre plus 
grave. 

116 Non ego narrantem^ Horace réiuTit parfaite- 
ment à faire parler les gens félon leur véritable ca- 
raélere. Ce difcours d'Ofellus,eft très ienlé, & d'un 
ftile net & coulant, où il n'y a rien de groiner : & 
c'ell ce qui prouve que le crajpz Miner^â du troifie- 
me vers ne fignifie pas ce que l'on avoit cru. 

119 Operum n;acuo] Car la pluie & le mauvais 
tems font ceiTer les travaux de la campagne. 

120 Bene erat'\ C'eft le propre terme pour dire, 
nous faijiom bonne chère. 

1 2 1 T^um penjîlis uva] Les Romains confervoient 
fi bien leurs raifms, qu'ils en avoient prefque tou- 
te l'année. Caton, Varron, Columelle, & Palia- 
dius, ont fait des chapitres entiers, pour enfeigner 
la manière de les conlerver. Ils tâchoient même 
d'imiter le foin des Grecs, qui prétendoient avoir 
trouvé le fecret de les conferver pendus à la fouche 
dans la vigne même jufqu'au printems. Le bon 
homme Ofellus n'y cherchoit pas tant de fineffe j il 
pendoit fes raifins au plancher, comme on fait com- 
munément en Languedoc : & c'eit de ces raifms ain- 
fi gardés que Varron dit, in carnarium afcendunt. Et 
Pline : Durant alia per hyemem penftli conca7neraice 
no do. 

Secundas menfas'\ Il a été affez parlé de la féconde 
table dans les Remarques fur l'Ode cinquième du LU 
vre IV. 

122 Cum duplice Jiçu'] On n'çft pas d'accord fur 

1 expli- 



II 



SUR LA S AT. II. DU Liv. IL 89 

lexplication de duplex feus. Les uns difènt, que 
c'eft une figue de deux efpeces; les autres que c'eft 
une figue de deux faiions, que les Latins apellent bi- 
feranii Se qu'Augufle aiinoit plus que toutes les au- 
tres. Enfin il y a un troilieme parti, qui veut que 
duplex ficus foit une groffe figue qu'on apelloit mari» 
fcam. Et je fuis de cet avis : car il efl certain que 
les Latins on dit double, pour grand. Caton dans le 
XX. chap. ^ habeat quas figat cla-vis duplicihus, ne 
cadant. Voilà des clous doubles, pour de grands clous, 
Lucilius a dit de la même manière, duplici corpus fie- 
caljem pila, une double paume, pour une grojje paume, 
un balon. Virgile dit duplex dorfum, duplex fpina, 
duplex corona, dans ce même fens. Cette double figue 
dont parle ici Ofellus étoit la moins eftimée de tou- 
tes. C'eft pourquoi elle convenoic fort bien à la fé- 
conde table d'un homme fi fimple & fi frugal. 

123 Pojî hoc ludus erat] Ce pafiage eft plus con- 
fiderable que ne l'ont cru les Interprètes, qui l'ont 
fort bien pafTé fans rien dire. Il renferme pour- 
tant une coutume confiderable, & qui fait un véri- 
table plaifir. Les Romains commençoient ordinai- 
rement à s'échauffer à boire au milieu du repas. Il 
y en a un exemple remarquable dans la vie de Bru- 
tus. Les débauchés commençoient à boire avant le 
repas, & même avant le bain : & c eft contre ces 
gens-là que Séneque dit dans la Lettre CXXIIL Non 
fideKfur tibi contra Naturam 'vinjere qui jejuni bi- 
hunt, qui innum recipiunt inanibus njenis, ^ ad cibum 
ebrii tranfeiint? Jtqui frequefis hoc adolefcentium t'i- 
tium ejî, ^i <vires excolunt, in ipfo peve balnei limi- 
ne, inter nudos bibunt: irnb potant ut fudorem qiiem 
rno'Jierunt poticnibus crebris ac fernjentibus fubinde di- 
Jir ingant. Ne 'vous femble-til pas que ceux là nji-vent 
contre toutes les règles de la Nature, qui commencent 
à boire à jeun, qui remplirent de <vin leurs veines 
fuides, l5f qui ne fe mettent à. table que quand ils 
font fous ? Cependant c'efi le l'ice ordinaire des jeu- 
7ies gens. Ceux qui exercent leurs forces, boinjent 
tout nus ù Venir h du bain , afin dç pourvoir ef- 

fuyer 



90 REMARQ^UES 

Juyer enfuit e la grande futur que la quantité de 'vtn 
quils ont pris fait fortir par leurs pores. Ceux qui 
étoient fages & modères n? commen^ oient à boire 
qui la fin du repas, après la féconde table, où l'on 
lailoit les libations. Mais A y avoit fi peu de gens 
qui pulTent avoir cette modeiation, qu'elle n'etoit 
prefque plus en ufage que chez les payfans, qui font 
toujours les hôtes de la frugalité & de la tempé- 
rance. C'efl pourquoi le mêoie Séneque ajoute â 
ce que je viens de raporter: Poft prandium aut cœ- 
nam bibere njulgare eji. Hoc patres famille rufiici 
faciunty ^ 'vera 'voluptatis ignari. De bcire a- 
près le repas, cela eft trop commun. Les pères de fa- 
mille le font à la campagne , par ce que ces bons payfans 
nont pas le goût de la -véritable ^jolupté. Séneque 
dit cela en fe moquant : car il parle félon les fenti- 
mens de ces débauchés qui buvoient à jt:un. On 
voit prefentement pourquoi ce bon Ofelius di: ici pojï 
hic, après ^ re^as. Et cela meritoit ians doute d'ê- 
tre expliqué. 

Ludus erat cuppâ potare nta^ijira'] Les comjncn- 
tateurs difputent ici, s'il faut lire cup^.-ay ou f«/^«. 
Expliquons l'un & l'autre. Se nous ferons moins fu- 
jets à nous tromper dans le choix. Les Anciens é- 
tablifîbient ordinaire : em dans leurs feâins un Roi, 
qu'Horace apelle dans le fécond Livre de^ Odes, ar- 
bitrum bibendi, parcequ il avoit un pouvoir abiolu. 
fur tous les conviés, & qu'il dépendoit de lui de les 
faire boire autant & fi peu qu'ii vouloit. Le bon 
Ofeilus, dont la table étoit trop frugale pour avoir 
un Roi, cherche à prenure des plailirs plus fimpies ; 
& au lieu d'un Roi, il convient avec fon hôte, qu'à 
chaque faute qu'ils feroient en parlant, ils boiroient 
un coup de plus. C'eit pourquoi il apelle cette fau- 
te la maitrejfe, parcequ'elle obligeoit à boire celui 
qui avoit manqué. Voilà donc culpâ pot are magi- 
Jira. Pour Tautre leçon, cuppâ potare magijirâ, fi 
c"eft la véritable, Ofeilus vouloit qu'on fe divertît à 
boire à fa foif, & fans avoir d'autre règle, ni d'autre 
aaefure que celle de la taiTe même. Et je me dé- 
clare 



SUR LA S AT» II. DU Liv. IL 91 

chre pour cette dernière, parceque je la trouve beau- 
coup plus fimple que l'autre, qui n'a nulle vraiiem- 
blance. Car il n'H pas naturel, que de bons pay- 
làns fe mettent en tête de remarquer les fî^utes les 
uns des autres. Je ne vois pas même quelles fautes 
ce pouvoient être. Théodore Marcile au lieu de cup- 
fa a lu cupay qui eil proprement une cave, comme n 
Ofellus avoit ofïert à Ton hôte de boire tant que le 
tonneau pouroit durer. Cela eft trop outré. Il faut 
afTurément retenir cuppn, qui vient du Grec kvCCa' 
HeiVchius, yjjCCa., rrorveiov^ cuppa, coupe. * De 
tous ceux qui ont touché à ce paiTage, M. Bentlei eft 
celui qui s'ell le plus éloigné du vrai. Après une 
longue remarque, il fe réduit à lire nuHâ potare ma- 
gijirây ou cupâ potare magiftra, Se il explique cupa, 
une cabaretiere^ y,A7rr?'Jç- On ne ^auroit traiter plus 
mal Horace, que de lui attribuer de telles abfurdi- 
tés. * 

I 24 j^c fvenerata Ceres ut cu/^o^ Ces bons pay^ 
fans n'avoient garde d'oublier la bonne Cerès. Mais 
je fuis charmé de ce qu'il dit, qu'ils ne commen' 
«çoient à s'abandonner à la joie, qu'après qu'ils a- 
voient fait leurs libations à cet^e Déeflè. Vemrata 
au paflif. Les Anciens diiOient njenero. Se 'veniror» 
Virgile : njenerata Sactrdos. Piauce a dit : 

Date tnihi hue JîaSlam atque îgnem in aram, ut 

<venerem 
hucinam tneam. 

Donnez-moi de V encens cf du feu, afin que je faj^e 
mes prières a Lucine. 

* Vt culmo furgerct alto ] Cet ut dépend de imie- 
rata. Ceres priée de Sec. t'enerata ut furgeret. J'a- 
voue que je ne puis tenir contre T imagination de 
J\l. Bentlei qui a lu ita culn:o furgeret. Se qui pour 
fonder fa corrcdion a fubtilement imaginé que ce 
repas d'Ofellus s'étoit fait pendant un tems de pluie; 
Si comme c'eft la pluie qui nourit U fait croître les 

moilTons, 



92 R E M A R Q_U E S 

moifTons, il afTure que ces bons payfans prient Cerès 
de croître, comme elle croît pendant qu'ils font à 
table à bien boire, ita furgeret ut jam nunc Jurget, 
Cela n eft-il pas bien ingénieux ? * 

125 Explicuit 'vino corifraSl^ feria'\ Il faut re- 
marquer cette façon de parler : Venerata Ceres ex- 
plicuit <vino feria contraries frontis. Il attribue cet 
effet-là à Cerès, parcequ'après Tavoir priée, & lui a- 
voir fait les libations, refperance qu'ils concevoient 
d'une heureafe moiffon, portoit leur efprit à la joie, 
& aplaniffoit toutes les rides que le travail & le foin 
avoient tracées fur leur front. Il y a là beaucoup de 
politeffe. 

126 SeS'viat atque kovos ] Quand on vit de cet- 
te manière, & qu'on a trouvé le fecret de trouver 
l'abondance dans la pauvreté, on peut juftement 
défier la Fortune ; elle ne trouve plus de prife fur 
nous. 

127 ^antum hinc imminuet ] Quand on s'eft 
réduit à ce que la nécefllté demande, la Fortune ne 
peut plus lôter. Car comme Séneque Ta dit admi- 
rablement dans la Lettre XVIII. Ad faturitatem non 
opus eje Fortunâ: hoc enim^ quod necejjitati fat ejî, 
débet etiam irai a. Pour Je raj/djier, il nejî pas né- 
cejjaire d"* avoir la Fortune favorable : quelque irri- 
tée quellefoity elle ne /aurait refujer ce qui fuffit à la 
nécej/ité. 

128 Nîtuijlis2 Nitere fe dit proprement du teint 
frais que donne Tembonpoint. Gnathon dit dans 
Terence : ^ui color, nitor, ^vejlitus. Il fe dit auiîi 
par la même raifon de toutes les chofes qui 
font en bon état, & qui contentent la vue-, com- 
me Caton l'a dit des terres qui font bien culti 
vées. 

Nô'vus incola] Umbrénus. Remarquez qu'il ne 
dit point maître y mais habitant : ce qui marque feu- 
lement l'ufufruit. 

131 Jllum aut nequitiesl Umbrénus m'a dépof- 
{Jédé, dit Ofelîus, 8c. il fera lui-même dépolfédé par 

fon. 



SUR LA S A T. II. DU L I V. II. 95 

fon intempérance Se par fes débauches. Neçuzties 
comprend tous les vices des prodigues, des luxurieux 
& des débauchés. 

132 Poflremo expellet'\ Si les débauches ne le 
chalîènt pas de cette maifon, ou Ç\ les chicanes 
dun voifin ne le dépoiTedent, il eft toujours bien 
fur qu'il en fera dépollédé par 1 héritier qui lui lur- 
vivra. 

1 3 3 Nunc ager Vmbreni fuh nomine, nuper Ofelli 
di5ius'\ Il y a fur ce même fujet une jolie épigramme 
de Lucien : 

ky^U Axûw//«f 'A yivoy.iv TroTi, vvv 3 Ms^'/tt», 

y*éfois autrefois le champ d"" Achèménidès : aujour^ 
d ''hui je fuis le champ de Ménippe^ ^ je pa/jferai tou- 
jours comme cela de l'un à l autre. Car celui-là 
cro)'oit me pojféder autrefois', celui-ci croit me poffeder 
aujourd'hui. Mais je ne fuis ni à Pun^ ni à V autre ^ 
ni à perfonne : je fuis à la Fortune feule. 

134 Erit nulli proprius "^ Publius Syrus dit admi- 
rablement fur cela : 

Nil prop rium ducas quod mutarier potefi. 

Ne dis point quune chofe efî à toi, quand elle peut 
changer de maître. 

Et Ciceron dans le IV. Paradoxe: Nihil neque 
meum eji^ neque eu ufquam, quod auferri^ quod eripi, 
quod amitti potefi, 

Sed cedet in ufum nunc mihi nunc alii'\ Juflement 
comme les hoteleries font aux voyageurs. C'eft pour- 
quoi Epiétete dit excellemment : A'V «/^/cTûj' (;)^»e^c{',) 



.94 R E M A R Q^V ^ S &c. 

0/ 'TS-ietovjii. Si celui qui t'a donné la terre, te la 
laijfe, ufes-en comme d'aune chofe qui ne fapartient 
foint^ 6f comme les njo-^ageurs ufent des hoteleries. 

155 ^jiocirca 'vii'ite fortes ] Cette confequence fe 
tire natureilement: des principes qu'il vi^n: d'expli- 
quer. Car puiiqa'il eft certain que toutes les cho- 
ies du monde font iujettes au changement, & que 
le changement efi la détermination de leur être, c'eft 
ctre fou, de s'affliger quand on voit qu'elles vont 
leur train. 11 faut que no:re eiprit acquieice à cette 
loi générale & univerlélie. Faire autrement, c'eft 
gronder contre la Nature, & chercher plutôt à cor- 
riger Dieu, qu'à le corriger foi-méme. Au reite le 
caradtere aimable qu'Horace donne ici à Ofellus, & 
le charmant portrait qu'il fait de lui, me font con- 
jecturer que ce Poète, en travaillant à faire une Sa- 
tire utile pour les moeurs, pouroit bien aufîi avoir 
cherché à rendre un bon office à ce fage villageois 
au:rès d Augufle, &à porter ce Prince à adoucir la 
fortune d'un homme fi digne de fes grâces par ibn 
bon efprit. Je donnerois quelque chofe de bon., 
qu'Augufte l'eût rétabli dans la petite terre. 




NOTES 



I 



Notes sur la S AT. II. L i v. II. ^ 



m m m b m m m ^ m m m m m m m m 



N O TES 

Sur LA S AT. II. Liv. II. 

SU R le vers i î 4. le Père Sanadon juge que cette 
Satire ne fut faite qu'a^^Tes 1 année 712. 

2 '^/em'] Le P. S. lit gu<^. Cette leçon, dit-iî, 
a pour garan. de bons manuscrits & des Editeurs cri- 
tîq -les, & il re.x. arque qu on ne dit point prescipers 
fcrmonem. 

6 Jcc/im'sl M. Cuningam a mis aciclînus, après 
un manuîcrit, & le P. S a re^u ce:te leçon. 

17 HycTnat wûrg'\ Sal; lie a dit de même, aguJs 
hyemantihus. Se Pline, reliquum tempus Lyyematy comme 
le P. S l'a remarqué 

21 OJirea^ Le P. S. fait remarq-jer que ce mot 
eflici àz deux fillabes- J'ajoute que cila eft très 
ordinaire chez les Poètes Latins. Virgile: 

Bis patrie cecidere manus : quî?i protinus omnia. 

Et cette réunion de trois fillabes en deux fe fait auffi 
partout ailleurs qu'à la fin du vers. On en trouve 
• plufieurs exemples dans Horace, comme dans Vir- 
gile. 

29 Carne tamen quamnjis ^c. ] Cependant quoi- 
qu'il ny ait aucune différence pour le goût entre le paon 
ijf la poularde ', quoiquil feit é'uident que <vous êtes 
féduit par un pompeux extérieur^ je njeux bien 'vous 
pa/Jer cette préférence, comme l'a traduit le P. S. qui 
ajoute ^ après ///«. Par où l'on voit qu'il prend 

quamvis 



.96 NOTES 

quam'vîs dans la fignification naturelle, & ejîo pour 
un terme de conceliion. 

38 Jejunus Jîomachus'] Le P. S. a retranché ce 
vers, qui caufe de Tinterruption dans la iuite des 
penfées, & prefente une ambiguité vicieufe. 

48 JEquor alebat] Le P. S. lit ^quora alehant^ 
après pluliears manufcrits h {\^ des meilleures édi- 
tions. 

55 Pra^'ufn'\ Un manufcrit porte pravus, & le 
p. S. a employé cette leçon. Elle elt élégante, dit- 
il, & tout à fa-t dans le goût d'Horace. La penlée 
en efl même plus jufle, & trois Critiques l'ont déjà 
rétablie dans le texte. 

^ 56 Diérum] Le P. S. lit du^îum^ après un manuf- 
crit & deux favans Editeurs. 

59 Ciqus odorem olei'] Il y a ici une ellipfe, com- 
me le P. S. l'a remarqué: Ipfe bilibri cornu infiillat 
caulibus oleum^ cu]us olei odoretn perjerre ncqueas. 

65 ^ii non'] On trouve dans les manufcrits Se 
dans les éditions qua non y & le P. S. a employé cette 
leçon, comme M. Bentlei, & c'eil, félon ce Père, y2î- 
piens eatenus mundus erit, quâ non offendat fordibus. 

73 Sederif\ fédère, ^ouï facile concoqui, optime di- 
gerif fuivant le P. S. 

84 Ubique] M. Bentlei a propofé de lire ubi've, 8c 
le P. S. Ta reçu, après M. Cuningam, fur l'autorité 
du Scholiafle, qui paroît l'avoir lu dans fon manuf- 
crit, par l'explication qu'il en donne ; ^um languef- 
cere cœperis aut fenefcere. 

99 Inquisy Trafius] On trouve dans les meilleurs 
manufcrits & dans plufieurs éditions tant anciennes 
que modernes, inquit^ Tra/îus. 

1 14 Metato in agello'] Voyez la Note fur le v. 1 ç. 
Ode XV. Liv. IL 

118 ^um longum pofl tempus~\ Le P. S. a mis 
feu longo pofl tempore. Tous les manufcrits & tontes 
les anciennes éditions portent feu pour quum^ & ce 
Père remarque que dès le tems de Lambin un favant 
avoit jugé que longo pojî tempore^ que M. Cuningam a 
employé, étoit la véritable leçon. 

T22 £)?.'- 



SUR LA S AT. II. DU LiV. IL 97 

122 Duplice feu] Le p. S. entend cela comme 
M. Dacier, & aux autorités raportées par M. Dacier 
il joint celle-ci de l'Auteur du poème fur l'Egrette: 

Ur.um quem duplici fitUarum îumine 'vidî. 

La feule d'entre les confie liât ions que f ai vu répan- 
dre une greffe lumière. 

123 Cupfâ potare magijîrâ'] Le P. S. a mis cul- 
pa potare magîfîrâ, que 1 on trouve dans tous les 
manufcrits fans exception, comme M. Bentlei le té- 
moigne. C'eft-à dire, fuivant le P. S. potare citra. 
culpanif culpâ tenus, ut foîa culpa potationem modère- 
tur ac coerceat, & comme ce Père le rend en Fran- 
çois, boire en liberté^ fans autre loi que d''é'viter Vex- 
ées : ce qui revient à peu près au fens de M. Da- 
cier. 

124 Ut culmo"] Tous les manufcrits portent ita 
eulmoy & le P. S. les a fuivis. C'efl- à-dire, comme 
il l'explique, itafurgeret, ut pur a mente Dea coleha- 
tur. 

1 27 ItHminuet] M. Cuningam a lu eminuet, k le 
P. S. a adopté cette leçon. 






7om. VIL E SA- 



r|8 S A T I R A m. L I B. II. 
S A T I R A III. 

DAMASIPFUS, HORATIUS, 

Dam.Ç/C rard fcribis, ut îoîo non quater 

Memhranam pofcaSy fcriptorum quaque reiexenSy 
Iratus tibi quod vint fomnique benignus 
Nîl dignum ferfnone canas. ^idfiet ? ab ipfts 
Saturnalibus hue fugijîi : fobrius ergo 5 

Die aliquid dignum promijffïs : incipe^ nil efl. 
Culpantur frujîra calami^ immeritufqus Me- 
rat 

Iratis natus paries Dtis atque Pûëtis. 

jftqui vuîtus er-nt multa ii prcsclara minan- 

tiSy 

Si vacuum tepido cepiffet villula teâfo. 10 

^orfum pertinuitjîipare Platona Menandro ? 
Eupolirty Archilochum comités eduare tantos ? 
Invidiam pîacare paras virtute reliôîâ ? 
Contemnêre^ mifer : vitanda ejî improba Siren 
Defidia : aut^ quidquid vitâ meliore parajli^ 1 5 
Ponendum a que animo, HoR. DU te^ Dama- 

fippiy Decequi 
V.erum ah mjilium donent tênfire: fid unâe 

Tarn 



SATIRE III. L I V. IL 9, 

SATIRE III. 
DAMASIPPE, HORACE. 

Dam. T TOUS écrivez fi rarement, que vous 
V êtes des années entières ians de- 
mander quatre fois du papier ; &c vous vous 
amufez à retoucher toujours vos premiers 
ouvrages, irrité contre vous-même, de ce 
qu'un peu trop adonné au vin & à la parefîè , 
vous ne pouvez rien faire qui mérite d'être lu. 
A quoi aboutira tout cela? Vous êtes ici de- 
puis' les Saturnales: revenez donc à vous, & 
donnez-nous enfin quelque chofe qui réponde 
aux promelîès que vous nous aviez faites. Com- 
mencez : vous n'avez point d'excufe. C'eft 
une méchante défaite, que de fe plaindre de 
fes plumes, & cette malheureufe muraille, 
qu'on peut dire née avec la m.alédidion àos 
Dieux & des Poètes, pâtit injuftement de tous 
vos chagrins. Cependant vous aviez l'air d'un 
homme qui promettoit de grandes & de bel- 
les chofes, fi libre d'affaires, vous étiez une 
fois bien chaudement dans votre petite maifon 
de campagne. A quoi bon avoir mené ici avec 
vous une fi bonne compagnie, Platon, Mé- 
nandrc , Eupolis , Archiloque ? Prétendez- 
vous apaifer l'envie, en quitant le chemin de 
la vertu, & en ne faifant plus rien ? Mifer:\ble, 
vous tomberez dans le mépris. 11 faut éviter 
la parefie, cette dangereufe Sirène, ou renon- 
cer de bon gré à toute la réputation que vous 
avez acquife, pendant que vous meniez une vie 
plus réglée. Hor. Damafippe, que les Dieux 
& les DéefTes, pour vous récompcnier de vos 
E z boni. 



loo s A T ï R A Iir. L I B. II. 

Tarn hene me nojîi ? Dam. Pojîquam otnnït n* 

mea Janum 
Ad médium fra£i a ejfy aliéna negoùa curo^ 
Excujfus propriis, OUm nam quarere ama- 

bam 20 

^io vafer ille pedes îavîjfet Sifyphus are^ 
^iid fcuJptum infabrèy quid fufum duriùs tf- 

fet: 
CaUidus huic figno ponebam millia ccntum : 
Horîos egregiafque domos niercarier unus 
Cum lucro noram^ unde frequentia Mercuria- 

le 25 

Impûfuere mihi cognomen compita, Hor. ^0- 

vi : 
Et morbi mirer pur gatum te iîlius. Dam. Ât- 

qui 
Emovlt viierem mire novus ui foîet, in cor 
Trajeâîo lateris miferi capitifque dolore : 

Vt îethargicus hic, quum fit pugil, iff medicu?n 

urget. 30 

Hor. Dum ne quid fimile huic, ejïo ut libet. 

Dam. bone, ne te 
Frujlrere : infanis & tu^Jîuîtique propi omnes ; 
Si quid Stertinius veri crepat : unde ego mira 
Defcripfi docilis pr^ecepta hac, îempore quo me 
Sûlatus, jujjit Japientem pafcere bar bam, 35 

Atque à Fabriciô nm triftem Ponte revertt, 

Nam 



SATIRE IIL L I V. II. loi 

bons avis , vous envoyent un bon barbier. 
Mais d'où me connoillez-vous fi bien ? Dam. 
Depuis que j'ai perdu tout mon fait entre les 
deux Janus, n'ayant plus dafFaires pour moi- 
même, je me mêle des affaires d'au trui. . Au-^ 
trefois j'étois un curieux ; je cherchois avec 
grand foin des cuvetes antiques dans lefquel- 
les le rufé Sifyphe fe fût lavé les pieds ; je me 
connoilTois parfaitement en fculpture & en 
ouvrages de fonte. Il y avoit telle petite ftatue 
que j'achetois des cent mille feiterces; k je 
n'employois pas mal mon argent, Pcrfonne ne • 
s'entendoit mieux que moi à acheter avec pro- 
fit de beaux jardins èc les plus belles maifons. 
C'eft pourquoi dans toutes les places on m'a- 
pelloit ordmairement le favori de Mercure. 
HoR. Je le fais, Se je m*é tonne que vous fo- 
yez guéri de cette maladie. Dam. Elle a fait 
place à une nouvelle, comme il arrive fou- 
vent qu'un mal de tête, ou qu'un mal de côté, 
au lieu de nous quiter , ne fait que changer 
de lieu , & pafle à l'eftomac , ou commue le 
léthargique qui tombant tout d'un coup en 
phrénefie, devient athlète, & charge de coups 
fon Médecin. Hor. Pourvu que vous ne faf- 
fiez pas de même, à la bonne-heure : foyez 
tout ce qu'il vous plaira. Dam. Mon ami , 
ne vous y trompez pas: vous êtes fou, vous 
& tous les vicieux, li Stertinius dit la vérité, 
ce Stertinius de qui j'apris ces excellens pré- 
ceptes, un jour qu'après m'avoir confolé, il 
me donna l'envie de laiiTer croître cette grande 
barbe, véritable caradlere de la fageffe, ôc me 
renvoya du pont Fabrice tout joyeux. Car ii 
faut que vous fâchiez que mes affaires ayant 
E 3 mal 



102 S A T I R A III. L I B. II. 

Nam maU re gejlà quum vellem mitiere optrU 
Me capite in flumen , dexHr Jîetit , ^, Cave 
faxis 

T<? quicquam indignum, Pudor^ inquit^ te ma- 
lus urgety 

Jnjauûs qui inîer vereare Infanus haberi. 40 
Primùm nam inquiram^ qui d fit furere : hffc ft 

erit in te 
Solû, nil verbij pereas quin fortiter^ addam, 
Quem mala ftultitia, k qu?ecunque infcitia 

veri 
Caecum agit, injanum Chiyfippi porticus ^ 

gre..' 
Juturr.ai : hsei pcpuhsy hac ffiégnoi formula r^- 

i^h 45 

Excepta fapientey tenet. Nunc accipe quare 
Defipiant omneSy aquè ac tu^ qui tibi nomen 
Infano pofuere. Velut fjlvii^ ubi pajjim 
Paîantes error certo de tramite pellit ; 

nie finijirorjum^ hic dextrorjum abit : unus u- 
trique 5q 

Error j fed variis iîludit partibus : hoc te 
Crede modo injanum ; nihilo ut fapientior ille^ 
^i te deridet^ caudam tradat. Eft genus unum 
Stultitia, nihilum metuenda timentis^ ut igneSy 
Ut rupes ^ fiuviofque in campo ohjlare quera- 
tur, S S 



SATIRE ill. L I V. II. 103 

mal tourné, j'étois fur le point de me jetter 
dans la rivière la tête couverte. 11 palfa heu- 
reufcment près de moi, & en me prcLaiit par- 
la robe : Donnez-\ ous bien de garde, me dit- 
il, de rien faire qui foit indigne de vous. C'ell 
une fote honte , ajouta-t-il , d'apréhender de 
palier pour fou, quand on vit avec des fous. 
Car je vous demande: Que croyez- vous, que 
ce foit qu'être fou .? Parlez. Si cela fe trouve 
en vous feul, je ne vous dirai pas un feul mot, 
pour vous empêcher d'exécurer courageufe- 
ment votre deilein. Celui qui Je Jaljje conduire 
aveuglément par fes pajjions vicieujes , ^ qui 
prend le faux pour le vrai en quelque manière 
que fe puiffe être^ le Portique Si toute la fec- 
te de Chrylippe déclarent cet homme-là fou. 
Vous voyez donc bien que cette règle corn- 
prend tous les peuples, julqu'aux .Rois mê- 
me, & qu'il ny a que \q feul Sage qui t\\ foil 
exempt. 11 faut maintenant vous aprendre 
comment ceux qui vous apellent fou , ne 
font pas moins fous que vùu-% Comme on 
voit fouvent dans les grandes forêts les voya- 
geurs s'égarer dans des routes diflerenics: Tun 
prend à droite, l'autre à gauche, h ils s'éloi- 
gnent tous également du but , quoique par 
différents chemins ; croyez que c'tiî aiiifi que 
vous êtes fou. Ceux qui fe m.oquent de vou.s 
ne font nullement plus fages, & ils ont une 
queue qui leur pend au dos, tout comme ù 
vous, il y a une efpece de fous qui craignent 
ce qui n'eit point, & qui croyent voir au m.i- 
iieu de leur chemin de grands feux , des ro- 
chers efcarpés, & de grandes rivières, il y en 
a une autre efpece toute contraire, & dont la 
E 4 folie 



104 S A T I R A III. L I B. II. 

Alterum^ ^ huic varîum, ^ nihiU fapientiùt^ 
ignés 

Ter medios Jluviojque ruentis : clam et arnica 
Mater , honejîa foror , cum cognatis , pater , 
uxor : 

HU fojja ejî îngens^ hîc rupes maxima ; ferva : 
Non magis auàierïî^ quàm Fufius ebrius o- 
lim^ 60 

^u?n llionam edormït^ Catienis mille ducen- 
tu, 

Mater, te appelle, clamanti'bus, Huic egovul- 
gîim 

Err$ri fimikm cuncïum injanire doceb^j. 
Injanit veteres Jlatuas Damafippui emendo, 
Integer eJî mentis Damafippi creditor ? ejls. 65 
Accipe quôd nunquam reddas mihi, fi tibi di^ 

cam^ 
Tune infanus eris^ fi acceperis F an magis ex- 

Rejeciâ pr^ddy quant prc^fens Mercurius fert ? 
Scribe decem à Nerio : non eJî fatis j adde Ci- 

eut a 
Nodoft tabulas centum \ mille adde cafenas : 70 
Effugiet tamen hac [cèlerai us vincula Pr<7- 

teuSy 
^um rapies in jus y mails f^îdentem aîieniSy 

Fiet 



SATIRE IIÏ. L î V. IL 105 

folie n'eft pas moins grande. Je parle de ceux 
qui ne craignent rien, & qui fe jettent tête 
baifîee au milieu des feux & au tra\ers des 
eaux. Que père, mère, femme, foeur ^ tous 
les parens enfemble, crient de toute leur for- 
ce à un de ces derniers : Prenez garde, il y a 
là un précipice, un rocher épouvantable ; il ne 
les entend non plus que Fulius, jouant le rô- 
le d'Ilione endormie, entendit un jour, après 
avoir trop bu, cent mille Catiénus qui fe 
tuoient de crier ; Ma mere^ je vous apelle à 
mon fecours. Je vous prouverai, que tout le 
peuple eft fou de cette forte de foire. Dama- 
iippe eft fou , d'acheter des itatues antiques. 
N'eft-il pas vrai ? Mais celui qui vend à Da- 
maiippe fes ftatues à crédit, ou qui prête de 
l'argent pour les acheter, à votre avis, eft-il 
bien fage ? Voyons un peu. Si je vous difois : 
Prenez cette fomme d'argent ; vous ne me 
la rendrez jamais. Seriez-vous fou de la 
prendre ; ou plutôt , ne feriez-vous pas fou 
de refufer le gain que Mercure favorable 
vous oiFriroit ? Que votre créancier vous me- 
né chez fon Banquier ; qu'il vous fafîè" écri- 
re fur le regiftre : J'ai reçu de Nerius dix.mil- 
le fefterces. Qu'il ne fe contente pas de cela, 
qu'il confulte toutes les rubriques du fameux 
Cicuta, qui fait fi bien lier les gens; qu'il 
prenne enfin toutes les furetés imaginables, 
fcelerat que vous êtes, vous faurez fort bien 
vous tirer de {qs chaînes, comme un fécond 
Protée. Quand il vous traînera en juftice , 
vous ne ferez que rire à fes dépens ; vous lui 
jouerez de vos tours ordinaires ; vous vous 
métamorpho ferez en fanglier, en oifeau: il 
E 5 croira 



io6 S A T I R A m. L I B. II. 

Fiet apery modo aviSy modo Jaxum^ ^, quum 
volet , arbor. 

Si tnaîè rem gererty infant ejî: contra^ hene 

fani : 
Putîdtus multo cerehrum ejï (mïhi crede) Pe- 

rillî, 7 s 

DiSfûntis quod tu nunquam rejcr ibère pojfts. 
Audire, atque togam jubeo componere^ quifquis 
Ambitione malâ aut argenù pallet amore : 
^i/quJs luxurià, trijïive Juperftitione^ 
Aut ûHq mentis morbo cakt. Hue pnpim 

me y 80 

Dum doceo injanire omnes^ vos ordine adiîe. 
Danda eJî helleboH multo pars ma xi m a ava- 

ris : 
Nefcio an Anticyram ratio illis dejîinet omnem, 
Heredes Staberi fummam incidêre Jèpulchro: 
Niftc fecîjjent^ gladiatorum dare centum 85 
Damnati populo paria, atque epulum, arbitrio 

Arri : 
Frumenti quantum metit Africa, Sive ego pra- 

vè, 
Seureiîè, hoc voîui: ne fis patruus mihi. Cre- 
do 
Hoc Staberî prudentem animum vidiffe 

Dam. ^id ergo 

Senftty 



s AT I R E IIL L I V. II. lo; 
croira vous tenir , & il ne tiendra qu'un ro- 
cher, ou qu'un arbre même, quand vous vou- 
drez. Si c'eft être fou que de mal faire fes 
affaires , & fage, que de les bien faire, croyez- 
moi, le cerveau de Perillius eft bien plus bief- 
fé que le vôtre, de vous faire pafièr une obli- 
gation que vous ne payerez jamais. Que tous 
ceux qui font travaillés de la funefce ambi- 
tion, ou de l'amour de l'argent 3 que les luxu- 
rieux, & ceux à qui la trille fuperllition ne 
donne pas un feul moment de relâche ; enfin, 
que ceux qui font tourmentés de quelque m.a- 
ladie d'efprit que ce foit, vienr.ent m'enrendve, 
& qu'ils accommodent bien leur robe, pour 
m'écouter avec attention. Aprochez l'un a- 
près l'autre en bon ordre, pendant que je vais 
vous faire voir, que vous êtes tous fous. 

La plus grande partie de l'hellébore eft pour 
les avares. Je ne fais pas même, fi le bon fens - 
ne veut pas qu'on leur referve Anticyre toute 
entière. Les héritiers de Staberius furent 
obligés par une claufe du teftament, de mar- 
quer fur le tombeau du défunt la fomme dont 
ils heritoient. S'ils y avoient manqué , ils 
étoient condamnés par le même teftament, 
à donner au peuple cent couples de gladia- 
teurs, un feftin au gré d' Arrius , & autant de 
bled qu'on en cueille dans toute l'Afrique. 
Si j'ai bien ou mal fait d'exiger cela de mes 
héritiers , difoit le Teftateur , ce n'eft pas à 
vous que j'en dois rendre compte. Ne faites 
pas ici le Cenfeur. Je crois que le lage & pru- 
dent Staberius prèvoyoit que. ... Dam. Que 
prévoyoit-il donc, quand il ordonna, qu'on 
E 6 mai- 



ïo$ s A T I R A ÎIL L I B. IL 

Senfity quum Jummam patrimoni infculpcre fa- 
xo 90 

Haredes voluit ? Ster. ^luoad vixiiy credidit 

ingens 
Pauperiem vitium^ tf cavit nihïi acrïui^ ut fi 
Forte minus locupks uno quadrante periret^ 
Ipfi videreînr fibi nequicr. Omnis enim res, 
Virtus^ famûj deciis^ divina humanaque pul- 

cris 9 S 

Diviélis parcni : quas qui conftruxerit^ ille 
Clarus erit^ fortls yjujîus y fapiens etiam ^ H- 

Et quicquid vole'. : hoc , veîuti virtute para- 

tu m , 
Speravit magna îaudifore. ^Adfimile ijli 
Grczcus Arifiippus^ quifsrvos projicere aurum 1 00 
In média jujfit Libyâ^ quia tardius irent 
Propier snus fegnes ? uter eft injanior horum ? 
Dam. m/ agit exemplum^ litem quod Vite re* 

felvit. 
Ster. Si quis emat citharas^ emptas comportet 

in unum, 
Necjîudio cithara^ net Mufa dédit us ulli : 105 
Si fialpra ^ formas^ non jutor : nanti ca vêla y 
Averfus mercaturis : delirus ^ amens 
Undique dicatur merito, ^id difircpat ijîis 



SATIRE m. L I V. IL loq 

marquât fur fon tombeau tout le bien qu'il 
lailîbit. Ster. Pendant qu'il a vécu, il a- tou- 
jours cru que la pauvreté' étoit le plus grand 
de tous les vices. Il n'y a rien qu'il ait évité 
avec tant de foin : & il auroit cru être le plus 
grand coquin du monde, s'il étoit mort plus 
pauvre d'un liard. Car il fa voit que toutes 
chofes , la vertu , la réputation , la beauté , 
la gloire, enfin tout ce qu'il y a dans les cieux 
& fur la terre, obéît aux richeflës ; & que ce-= 
lui qui a fu en amafler eft illuftre , vaillant , 
jufte, fage. Roi même, & tout ce qu'il veut. 
Il prévoyoit donc que cette fomme gravée fur 
fon tombeau, feroit beaucoup d'honneur à fa 
mémoire : Si que l'on ne manqueroit pas de 
dire, qu'il avoit acquis tout ce bien par fes 
foins & par fa vertu. Qu'y-a-t'il de femblable 
dans l'adtion du Grec Ariftippe, qui au milieu 
de la Libye commanda à fes efclaves, de jet- 
ter tout l'or qu'ils portoient, parceque cette 
charge les faifoit marcher trop lentement ? Le- 
quel efl le plus fou de ces deux hommes-là ? 
Dam. Toute comparaifon qui ne vuide une 
quellion que par une autre queftion, eft inuti- 
le. Ster. Si quelqu'un achetoit quantité de 
luts & de guitarres , & qu'il en garnît un 
cabinet , fans aimer ni les guitarres , ni hs 
luts, & fans avoir aucun goût pour nulle 
forte de mufîque : ou fi n'étant point du tout 
Cordonnier , il achetoit des tranchets & des 
formes-, ou, enfin, li ne pouvant feulement 
foulFrir la vue de la mer, il faifoit provifîon 
de voiles: n'elt-il pas vrai, qu'un tel hom- 
me pafleroit juftement pour fou dans l'efprit 
E 7 de 



110 



s A T I R A III. L I B. IL 



^7// 7îu?n?nos aurumque recondit, nefcius uti 
Compefitis , îr.etuenfque velut contingere fa- 

crum f 1 1 o 

5/ quU aà î?ige?item frumenù femper acervum 
Porre^us vigilet, cum longo fufe^ neque illinc 
Judeat efunens dominus contingere granum^ 
A( potiîis foliîs parcus vefcatur amaris : 
Si pofitis intus Chii veîerifque Falerni 1 1 5 

Mille cadis (nihil eji , tercentum millibus) acre 
Pûtet acetum : âge \ ft ^ Jïramentis inciibet^ 

unde^ 
c^oginta annes natus^ cuijlraguïa vejlis^ 
Blaîiarum ac tinearum epula^ putrejcat in ar- 

câ, 
Nimtrum infanus paucis videatur^ eo quod 1 20 
Maxima pan hominum morho ja^atur eodem, 
Filius^ aut etiam hac îibertus ut ebibat hereSy . 
Dis inimice fenex^ ciiftodisy ne tibi defjt ? 

^antuîum enim fumma curtâbit qui/que die- 

rum^ 
Vngere fi eau les oleo meliore^ caputque 125 

Cœperis impexâ fœdum porrigine ? ^are^ 
Si quidvisjatis ejî^ perjuras^ furripis^ àufers 

Undiquef Tun" fanm P Populum fi cadere fa- 
xis 

IncipiaSy fervojque tuos quoi are pararis : 

Jnjanum 



SATIRE m. L I V^ IL fiî 

de tout le monde ? Quelle différence y a-t-il 
de cet homme-là, à celui qui entalîè tout l'ar- 
gent qu'il peut amafler, lans jamais s'en fer- 
vir, & fans y toucher non plus qu'à une chofe 
facrée ? Si quelqu'un armé d'un long bâton, 
palToit les nuits à garder un gros monceau de 
froment, fans ofer en tirer de quoi apailër fa 
faim, & qu'il vécût cependant de méchantes 
herbes: ou fi ayant dans fon cellier mille,., 
ce n'eft pas aflèz, trois cents mille tonneaux 
de vin de Chio, ou de vieux vin de Falerne , 
il ne buvoit que du vin aigri : ce n'eft pas 
encore tout : li à l'âge de quatre^ingts ans il 
ne couchoit que fur la paille , pour épargner 
fes beaux lits & (os belles couvertures, qu'il 
Jaifîéroit manger aux vers dans fes coffres, fa 
folie feroit fans doute remarquée de peu de 
gens y parceque la plupart ont la même ma- 
ladie. Vieux radoteur haï des Dieux, c eft 
donc de peur de manquer un jour de quelque 
chofe, que vous gardez toutes vos richeiîès 
pour votre fils, ou même pour votre affran- 
chi, qui les dilfipera en feftins & en débau- 
ches ? Mais, je vous prie, la brèche que vous 
y feriez tous les jours feroit-ellc fi grande, fi 
vous mangiez de meilleure huile fur vos choux, 
& fi vous employiez de meilleures ellènces à 
vous froter, & à nétoyer cette tête craffeufe & 
mal-propre? Si l'on peut vivre de li peu de 
cholé, pourquoi commettez- vous donc tant 
de parjures, tant de rapines, tant de vols ? Et 
vous, olez-vous dire que vous êtes fage ? Si 
dans les rues vous jettiez des pierres à tous 
les paiTans, & à vos efclaves mêmes que vous 

avez 



I.I2 S A T I R A III. L î B. Il, 

hifanum te omnes pueri clament que puellce, 130 
^uum laqueo uxoreîîi intirimis^ 7?:atremque ve- 
fie no ^ 

Incolumt capite es f SCiî:v. ^id enim? 
Ster. Ne que tu hoc facis Argis^ 

Nec ferro^ ut démens genîtricem cccidit OreJIes, 

An tu reris eum occifâ injantjfe parente ? 

An mn ante main dementem a6fum Furîis^ 
quàm 135 

In matris jugulo ferrum tepefecit acutum f 

^in ex quoejl hahitus malè tut a mentis OrefleSy 

Nil fane fecit quod tu reprendere pojjis. 

Non Pyladen ferro violare aufufve fororem 

EleSîram : tantùm maledicit utrique^ vocando 1 4s 

HanCy Furiam^ hune, aliud^ jujfit quodjplendf- 
da ht lis. 

Pai^per Opimius argenti pofitt intus i^ auri^ 

^i Vejentanum. fejîis potare diebus 

Canrpanâ fûlitus trullâ^ z'appatnqne profejîis^ 

^ondam lethargo gra-ndi ejî opprejjus : ut his 
rei 145 

Jam circum kculos & claves Utu: ovanfque ..-, 

Curreret, Hune medicus multum celer atque û- ' 
dclis 

Excitât hoc paclo : menfam poni jubety atqus 

Effundi faccos nummorum^ accéder e plures 

Ad numerandum, Hommemfic erigit j addit ^ 
illud: 150 

Ni 



SATIRE m. L I V. II. 113 

avez achetés de votre argent, tous les enfans 
ne manqueroient pas de courir après vous, & 
de vous apeller fou. Quand vous étranglez 
votre femme de vos propres mains , & que 
vous empoifonnez votre mère, croyez-vous 
être de fens bienraffis? ScJE. Que voulez- 
vous donc dire? Ster. Oh? je fais bien que 
vous n'avez pas fait ce crime à Argos, & que 
vous n'avez pas employé le poignard, comme 
Orelle. Mais croyez-vous qu'Orefte n'ait été 
fou que quand il tua fa mère, & qu'il ne fut 
pai agité des noires Furies longtems avant 
qu'il plongeât le poignard dans le fein de Cly- 
temnedre? Au contraire, il eft certain, que 
depuis qu'il fut reconnu pour fou, il ne com- 
mit pas la moindre chofe que vous puiffiez 
condamner. Il ne fe jetta point fur Pylade : il 
ne fit aucun mal à Eledre : il fe contenta de 
les charger d'injures & de malédidions, en a- 
pellant fa foeur une Furie, & en donnant à 
Pylade tous les noms que fa rage lui fuggera. 
Opimius, qui pauvre au milieu de fes trc- 
fors, ne buvoit les jours de fête que du vin 
de Vejentum dans un gobelet de terre, & les 
jours ouvriers que du vin tourné, fut attaqué 
d'une ii profonde léthargie, que déjà fon hé- 
ritier plein de joie, s'étoit iaili de fcs clefs, & 
faifoit la revue de fes coffres. Son Médecin 
prompt & fidelle fit fans perdre tems porter 
une table près de fon lit, ver fa delTus plufieurs 
facs d'argent, & mit plufieurs perfonnes après 
pour le compter. Avec ce bruit ayant réveil- 
lé le malade , il lui dit : Si vous ne gardez 
vous-même vos trefors, votre héritier avide 

elt 



ri4 S A T I R A III. L I B. IL 

Nituacujîûdis, avidus jam hac auferet hère:-, 
Mefî' vivo ? Ut vivas igitur^ vigila. Hoc a^s. 
^idvisP ^ 

Déficient inopem vena te^ ni cibus atque 

Ingens accédât Jîomacho fultura menti. 

^uid cejfas? agedum fume hoc ptifinarium ory^ 

^anti emta P Parvo. Quanti ergo F O^o af- 
fihus, Ekeu ! 

^id refert^ morboy an furtis perea??ique rapi- 
nis ? 

Dam. ^ifnam igiturfanuif Ster. ^i non 
Jîultus. Dam. ^îd avarus f 

Ster. Stultus & infanus. Dam. ^id? fi 
quis non fin avaruif 

Cmîiniù Janus ? S'T ë R . Minime. Dam . Cur, 
Stoïce? Ster. Ditam. 160 

1^6n tfiî tardiacm (Craterum dixijjè pufato) 

Hic ager. Re^è eji igitur^ fiurgetque? Ne- 
gabit : 

^od latus aut renés morbo tententur acuto, 

Nên efi perjurus neque fiordïdus : immolet aquis 

Hic porcum Laribus : verùm ambitiofus ^ au- 
dax : 165 

Naviget Ânticyram. ^id enim differt^ bara- 
throne 

Dones quicquid habeSy an nunquam utare para^ 
tisf 

Servius Oppidius Canufi duo pradia diveSy 

An- 



SATIRE m. L I V. IL 115 

cft fur le point de les emporter. Quoi ! pen- 
dant que je vis encore ? Veillez donc, pour 
faire voir que vous vivez. Que fais-je donc , 
& que faut-il faire davantage ? Vos veines e- 
puifées vont manquer, fi vous ne prenez allez 
de nouriture, pour foutenir votre eftomac 
foible. Qu'attendez -vous? Allons donc, pre- 
nez vite cette bouillie de ris. Que coute-t-el- 
le ? Peu. Mais encore, combien ? Huit fols. 
Helas! qu'importe que je perilTe , ou par la 
maladie, ou par les rapines & par les vols ? 
Dam. Qui cft donc fage? Ster. Celui qui 
n'ell pas fou. Dam. Et l'avare, qu'ell-ilr 
Ster. Il eft fou & enragé. Dam. Eh quoi. 
Il quelqu'un n'eft pas avare, dès-là eft-il donc 
fage? Ster. Non. Dam. Pourquoi, grand 
Stoïcien ? Ster. Je vais vous le dire. Voilà 
Cratcrus, cet habile Médecin, qui vous dit : 
Ce malade n'a pas des maux d'eftomac. Si 
vous lui dites fur cela : Il fc porte donc bien, 
& il va fe lever bientôt ? Il vous niera la con- 
féquence ; parceque le malade a un grand mal 
de reins, ou un grand mal de côté. Un tel 
n'eft ni un parjure, ni un avare : qu'il immo^ 
le un cochon aux Dieux Lares, qui lui ont été 
fi propices. Mais c'eft un ambitieux & un té- 
méraire : qu'il fafîe un voyage à Anticyrc. Car 
vice pour vice, n'eft-ce pas toujours la mêrne 
chofe, que vous jettiez votre bien par les fenê- 
tres, ou que vous ne vous en ferviez point du 
tout ? 

Servius Oppidius, homme riche & de qua- 
lité, fe voyant près de mourir, partagea à ks 

deux 



£i6 s A T I R A III. L I B. II. 

Antique cenfu^ natîs diviffè duobus 

Fertur-, ^ hisc morîens pu fris àixijfe vtca- 
tis 170 

Ad leâfum: Pojiquam te talos y Aule ^ nucef" 
que 

Ferre fmu laxoy donare ^ ludere vidi : 

Te y Tiberi , numerare , cavis abfcondere trïf- 
tem : 

Extin:ui ne vos ageret vefania difcors : 

Tu Nomentanuniy tu ne/equerere Cicutam. 17 1 

^are per Divos cratus uterque Pénates^ 

Tu cave ne minuaSy tu ne majus facias id 

S^od Jatis ejfe putat pater , i^ natura mr- 
(et, 

Pratetea ne vos titiîlet gloria jure- 

"jurandû okjîringam ambfi : uter /Edilis fuerit- 

ve 180 

Vejîrûm Pratory is intejîahiîis l^ facer ejlo. 

In cicere atque fabâ hona tu perdafque lupi- 
niSy 

Latus ut in Circo Jpatierey aut aneus ut Jles^ 
Nudus agrisy nudus nummisy infaney paternis ; 

Ecilicet ut plaufus , quos fert Agrippa , ferai 
tu^ 1 85 

Afiuta 



SATIRE m. L 1 V. II. 117 

deux enfans deux terres fort anciennes qu'iî 
avoit à Canufe : & les ayant fait aprocher de 
fon lit, il leur parla de cette manière : Vous, 
mon fils Aulus, pendant votre enfance, je 
vous ai toujours vu porter vos oflêlets & vos 
noix nonchalament dans votre fein , les 
jouer hardiment, & en faire largeiTe à vos ca- 
marades ; & vous, mon fils Tibère, je vous ai 
toujours vu les compter avec grand foin, & 
en faire des magaiins que vous cachiez dans 
des trous. C'eft ce qui m'a fait aprehencer, 
que vous ne tombiez dans les deux excès o- 
pofés: que vous, mon fils Aulus, vous ne 
marchiez fur les traces de Nomcntanus; Se 
vous, mon fils Tibère, que vous ne fuiviez 
l'exemple de Cicuta. C'eft pourquoi , mes 
chers enfans, je vous conjure par ces Dieux 
Pe'nates, vous, Aulus, de ne pas diiTiper vo- 
tre fonds; & vous, Tibère, de ne pas l'aug- 
menter, & de vous contenter de ce que votre 
père croit vous devoir fuffire, k à quoi la na- 
ture même borne tous vos defirs. De plus, je 
yeux que vous me promettiez l'un Sz l'autre, 
avec ferment, que jamais vous ne vous laifle* 
rez chatouiller par la gloire & par lambition. 
Si quelqu'un de vous deux eil jamais Edile, 
ou Préteur, je lui donne ma malédiOion, Se 
je le déclare indigne de jouir des privilèges des 
hommes libres. Quoi ! vous auriez la folie de 
^.épenfer tout votre bien en pois, en fèves, & 
en lupins , pour vous promener à votre aife 
daqs le Cirque, ou pour avoir une ftatue près 
du Capitole, après que vous n'auriez plus ni 
le fonds, ni Targent que votre père vous au- 
roit laifîe? Oferiez-vous bien prétendre aux 

aplau= 



n8 S AT IRA IIL L I B. IL 

AJîuta ingenïum vulpes imitata îtonem ? 

Ne quh humajje veîit Ajacem^ Atrida^ vetas 

cur? 
AcAM. Rexfum. Ster. Nil ultra quaro pie- 

beiiis. Aga. Et aquam 
Rem imperito : ac fi cui videor non jujîus^ inuîts 
Dicerey qua fentit^ permitto. Ster. Maxime 

reguîTîy 19*^ 

Dt tîbi dent capta clajjem reducere Trojâ: 
Ergo conJuUre^ ^ mox refpondere licebit ? 
Agam. Confule. Ster. Cur Ajan héros ab 

Achille fecundus 
Putrefeity toties fervatis clarus Achivis f 
Gaudeat ut populus Priamiy Pria mu/que inhu- 

mato^ 195 

Per quetn tôt juvenes patrio caruere fepuïcro ? 
Agam. Mille ovium infanus morti dédit ^ inclj^ 

tum UlyJJem 
Et Menelaum unà mecum fe occidere damans, 

St£R. Tu quum pro vitulâ Jîatuis duUem Auli* 

de natam 
Ante aras^ fpargifque molâ cûput^ improbe, /ai- 

Jây 200 

Redtum animi fervas? Agam, ^orfi^mf 

S T E R T . Infanus quid enim Ajax 
Feeif^ quum Jf ravit ferra peçusf abfinuit vim 

Uf(ore^ 



SATIRE III. L I V. II. 119 

aplaudifièmens que Ton donne tous les jours 
à Agrippa, vous, mon fils, qui ne feriez tout 
au plus que le renard qui contrefait le lion? 
Fils d'Atrée, pourquoi defendez-vous d'enter- 
rer Ajax? A G A M. Parceque je fuis Roi. 
Stert. Un particulier comme moi n'en doit 
pas demander davantage. Agam. Et je fou- 
tiens, que j'ai raifon de le défendre. Et li quel- 
qu'un ne le trouve pas, je lui permets de dire 
fon fentiment, fans rien craindre. Stert. 
Grand Roi , le plus grand des Rois , que les 
Dieux vous faflent enfin la grâce de prendre 
Troye, & de ramener en Grèce votre flote 
vidoneufe. Vous me permettez donc de vous 
faire des queftions, & de vous répondre enfui- 
te ? Agam. Oui. Stert. Pourquoi eft-ce 
qu'Ajax, qui pour la valeur n'avoit qu'Achil- 
le au-dclTus de lui , pourit aujourd'hui mife- 
rablemcnt fur la terre, après avoir fauve tant 
de fois les Grecs ? 0:-ce pour donner aux 
Troyens Se à toute la Cour de Priam la joie 
de voir fans tombeau ce Héros par qui tant de 
leurs plus braves Guerriers ont été privés de 
la fépulture ? Agam. C'eft qu'Ajax étoit fou, 
& qu'une nuit il égorgea un troupeau de mou- 
tons, en criant, qu'il nous égorgeoit Ulyfle, 
Ménelas & moi. Stert. Et vous, malheu- 
reux, quand en Aulide vous mettez votre pro- 
pre fille fur un autel, pour y être immolée 
■comme une viélime , au lieu d'une génilTe „ 
& que vous-même vous verfez fur fa tête Taf- 
pernon de lorge & du fel, croyez- vous être bien 
fage? Agam. Comment? Stert. Qu'a fait 
Ajax, quand dans l'accès de fa folie il a égorr 
gé des moutons? Après avoir Jait bien des 

impré- 



120 S AT IRA IIL LIB. IL 

Uxore , i^ gnafo , maïa multa precatus Atri- 
dis : 

Non iïk aut Teucrum aut îpfum vioîavit Vlyf- 
fem, 

Agam. Verum ego^ nt harenîes adverfo îitiore 
naves 205 

Eripertm^ prudens placavi fanguine Divos. 

Ster. Nempe tuo^ furlofe. Agam. Meo^fed 
non furiofus 

St£R. ^î fpecies alias vsris^ fcelerifque iumul- 
tu 

Permiftas capiet^ commotus hahcbiiur : ûîque 

Stuîtitiâ'ne erret^ mhïlum difiablî^cn ira, 210 

Ajax immeritos dum occidit^ defpit, ûgnm f 

^ium prudens fcelus oh iituîos admittis ina- 
nés y 

Stas animo P & pur uni ejï vitio, iihi quum tu- 
midum eji cor ? 

Si quis îeâîicâ nitidam gejlare amet agnam^ 

Huic vefiem^ ut gnata^ parety ancillas pani^ 
âurum j 215 

Pufam aut pufiUam appeUet^ fortique marito 

Dejîinet ux$rem : interdire huic owie adimat 
jus 

Prator^ ^ ad Jams aheat tuteîa propinquôs, 

^uidF 



SATIRE m. L I V. II. 121 

imprécations contre votre frère & contre vous, 
il n'a trempé fes mains ni dans le lang de fa 
femme, ni dans celui de fon fils, & il n'a fait 
aucun mal ni à Tcucer, ni à Ulylle même, 
qui étoit fon plus cruel ennemi. Ag a m. Mais 
moi, pour faire partir mes vailîèaux, qui e loient 
arrêtés dans le port , je fis en homme fage, 
d'apaifer les Dieux par le fang. Stert. Di- 
tes par votre jang , furieux que vous êtes. 
Agam. Oui, par mon fang; jnais fans être 
furieux. Ster. Tout homme qui fe fait de 
faufi'es idées des chofes, & qui ne fait pas dif- 
cerncr ce qu'elles ont d'innocent , d'avec ce 
qu'elles ont de criminel, doit néceiîàirement 
être fou: & cela ne change rien à ja chofe , 
qu'il pèche par les mouvemens de fon naturel 
vicieux & corrompu, ou par les tranfports de 
fa colère. Ajax étoit fou, quand il tuoiî des 
agneaux innocens ? Et ^ous, iorfque de gave- 
té de coeur , le voulant k le fâchant , vous 
commettez un crime abominable, pour con- 
tîçnter votre vanité, & pour acquérir de vains 
titres, êtes- vous fage? Et votre cotur eil-iî 
exempt de toutes fortes de vices, quand il eit 
bûuth d'orgueil ?• Si quelqu'un menoit partout 
avec lui dans fa litière une jeune brebis bien 
propre, qu'il lui donnât des habits, des fer van- 
tes, qu'il lui préparât une grollè dot, qu'il 
l'apellat fa petite miignone , fa fille , & qu'il 
lui cherchât un mari, le Préteur ne m^anque- 
roit jamais d'ôter à cet homme-ià le maniment 
de fon bien, & de lui donner le plus proche 
parent pour tuteur. Eh quoi ! celui qui dévoue 
fa propre fille, & l'immole au lieu d'une brc- 
Tcn, FIL F b-.% 



122 S A T I R A Iir. L I B. IL 

^id P fi qtiis gnatafîi prê muta devovet agnâ^ 
hiteger eji animi ? ne dixeris, Ergo ubi pra- 

va 2 2© 

Stuliitia , hU fumma eft infanU : qui fcelerâ- 
tus^ 

Etfurîofus erit : que m cepit vitrea fama^ 

Hune eircumtonult gaudens Bellona cruenùs, 

Nunc^ âge y luxuriam ^ Nomentanum arripe 
mecum : 

V'incet enim Jîultôs ratio infanire nepotes. 225 

Hie fnnul accepit patrimonî mille talenta^ 

Edicity pifcéitor uti^ pojnariuSy auceps, 

UnguentarîuSy ac Tuf ci turba impia vici, 

Cum fcurris fartor , cum Velabro omne macel- 
lum^ 

Manè dèmum ventant . ^id tum ? Venere fré- 
quentes. 230 

Verha facit leno, ^lidquid mibi, quidquid ^ 
horum 

Cuique dsmi efi^ id crede tuum : ^ vel nu ne pe^ 
te y vel cras, 

Âccipi ^uid c^nîra juvenis refpsnderit aquus : 

In nive Lucand dormis ocreatus^ ut ûprum 

Ccenem 



SATIRE IIL L I V. II. 123 

bis, vous paroît-il bien fage ? Vous n'oferiez 
le dire. 11 eft donc conftant & vifible, que par- 
tout oii il y a de la fotife & du dérangement 
d'efprit, là auffi fe rencontre nécellairement 
grande folie. Tout Icelerat eft en même 
tcms furieux : Si quiconque fe laiiTe éblouir à 
i'éclat de la réputation, plus fragile que le ver- 
re, on peut dire qne Bellone, qui n'aime que 
le fang & que le carnage, lui a fait tourner 
refprit. 

Lntrcprenons maintenant un peu les luxu- 
rieux comme Nomentanus. Je vous prouve- 
rai par de fort bonnes raifons , que ces dé- 
baucîiés font auffi fous que les autres. Celui- 
là n'eft pas plutôt maître d'un patrimoine de 
mille talens qu'il fait afficher partout, que les 
pêcheurs, les vendeurs de fruit, les chaf- 
feurs, les parfumeurs, & toute 1 infâme troupe 
de la rue Tofcane, les bouffons, les rotiiTeurs, 
enfin tout le corps des bouchers, avec tout le 
Velabre, ayent à fe rendre le lendemain ma- 
tin chez lui. Qu'arrive- 1- il ? Aucun ne manque 
au rendez-vous. Le marchand d'cfclaves, corn- 
me le plus confiderabk , porte la parole : Je 
viens vous offrir, lui dit-il, tout ce qui dépend 
de moi, 5c tout ce qui dépend de tous ces hon- 
nêtes gens. Vous pouvez difpofer de notre 
bien comme du vôtre. Envoyez tout prendre 
chez nous , aujourd'hui même , ou demain , 
quand il vous plaira. Voici ce que ce jeune 
homme, plein d'équité, répond à ce compli- 
ment: Vous, chailèur , vous couchez toutes 
les nuits fur les neiges de la Lucanie, pour me 
faire manger d'^n fanglier; vous, pécheur, 
F 2 vous 



124 s A T I R A III. L I B. II. 

Cœnem ego: tu pi/ces hyberM ex aquore ver- 
ris: 235 

Segtiis ego^ indignus qui îantum pojjideam : au- 
fer: 

Sume tîfi decîes j tihi tantundem i tihi tri- 
plex , 

Vnde ux^r mediâ currat de nèfle vocata, 
Filîus Mjopi detraHam ex aure Metellcs^ 
{ Scilicet ut decies jolïdum ex/or béret ) ace- 
io 240 

Dihii injlgnem haccam. ^t fanior ce fi 
lllud idem in rapidum flumen jaceretve cka- 

lam? 
j^inti progentei Arrt^ par nubile fratrum^ 
Nequitid lif nugis^ pravorum ^ amore gemeU 

lum^ 
Lufcinias fcliii impenjo prandere co'èmtai^ 245 
^orfum ûheant fani ? cretâ an carbone ns- 

tandi ? 
JEdificare tafas^ plofieîk adjungere mures^ 
Ludere par impar^ equitare m arundïne Ungi^ 
Si quem dele^et barketum-, amenda verfet, 
Si puerilius bis^ raiio ejft evincet^ amare : 250 

Nec quicquam âiffsrrt^ utrumm in pulvere tri^ 
mus 

^uêU prm iudai opuh ^n mentriçis âmêr£ 

Ml* 



SATIRE m. L I V. II. i2| 

vous courez les mers au milieu des hivers , 
pour couvrir ma table de poiiîbns , pendant 
que je pafTe ma vie dans la moleffe & dans 
l'oifiveté. Je ne mérite pas de pofTéder tant de 
bien. Je veux que vous le partagiez avec moi. 
Tenez, voilà un million de fefterces ; à vous 
autant, k à vous le triple, afin que votre fem- 
me vienne à toute heure me trouver la nuit , 
quand je la manderai. Le fils du comédien 
^fopei pour avoir le plaifir d'avaler tout d'un 
coup un morceau d'un million de leiterces, fit 
diiîbudre dans du vinaigre une groiîe perle, que 
Métella avoit ôtée de fon oreille pour lui en 
faire prefent. Quoiqu'il avalUt cette perle ^ 
étoit-il moins fou , que s'il Teût jettée dans 
un cloaque, ou dans la mer ? Les fils de Quin- 
tus Arrius, ces deux illullres frères, véritable- 
ment jumeaux en toutes fortes de méchancc* 
tés , de fotifes , & de mauvaifes inclinations , 
ne fe font fervir que des roffignols, qu'ils achc* 
tent fort chèrement. Que dites-vous de cc« 
gens-là ? Faut- il les mettre au nombre des fa- 
ges, ou les prendrons-nous pour de véritables 
fous? 

Si un homme à longue barbe fe dirertifîbit à 
faire de petits châteaux de carte, à atteler de 
petits rats à un chariot, à jouer à pair ou non- 
pair, à aller à cheval fur un bâton y n'eft-il pas 
vrai qu'il ne pouroit paifer pour fage? Mais 
li le bon fens & la raifon vous prouvent invin- 
ciblement, que l'amour eft une chcfe encore 
plus puérile, & qu'il n'y a nulle différence que 
vous badiniez fur la poufTiere , comm.e vous 
badiniez à l'âge de trois ans , ou que l'amour 
inquiet que vous avez pour une courtifane 5 
F 3 vous 



126 s A T I R A III. L I B. II, 

Soîîcitus pisres : quaro^ facîafne quoà tîîm 

Mutatus Polemê ? ponss infignia morbi, 

FafcîûîûSy cubital^ fôcalîa F potus ut ille 255 

Dicîtur ex colk furttm carpfijje ccronaSy 

Pojîquam ejï impranfi correptus 'voce megiflrh 

Pcrrîgis irato puero quiim poma^ recufat, 

Sumây Cateîle ; negat : fi non des^ optût, Ama^ 
isr 

Exdufus qui àïfiat f agit ubi femm^ eat^ an 
norty 260 

^0 rediturus erat non aryjjitus ; c^ baret 

Invifis foribus. Nec nunc ^ quum me vocet uU 
trOy 

Accedam ? an potîus ?neditdr finir b dokres f 

Exclufii , revotât : redearn F non^ fi ohjecret, 
Ecce 

Servus , non paulo fapïenùor : hère , qua 
res 265 

Nec modum habety neque confilium^ rations mc^ 
doque 

Tra^ari non "jult. In amore hac funt mala^ 
bellumy 

Fax 



S-A T I R E IIL L I V. II. 127 

vous fafle verfer des larmes ; je vous demande, 
imiterez- vous le changement de Polémon? 
Quiterez-vous les marques de votre maladie , 
ces bandeletes, ce petit manteau, ces linges, 
& tout cet attirail, comme ce fage Grec, dès 
le moment qu'il eut entendu les leçons de 
tempérance & de fobriété, que lui fit un Doc- 
teur encore à jeun, déchira les couronnes qu'il 
avoit fur fa tête 5c autour de fon cou ? Quand 
vous offrez des pommes à un enfant en colère, 
il n'en veut pas. Prenez , mon petit mignon. 
Il n'en fera rien. Et li vous ne voulez pas les 
lui donner, il meurt d'envie de les avoir, 
Qiielle différence y a-t-il de cet enfant-là à 
cet amant exclus, que Von voit "fi bien dépeint 
fnr notre théâtre^ lorfqu'il délibère en lui-mê- 
me, s'il ira, ou s'il n'ira point chez fa mai- 
treife, où il fait bien qu'il ira malgré lui, quand 
on ne Tapellera plus ? Et cependant il eft collé 
â cette porte qu'il croit haïr. N'irai- je point, 
dit-il, à cette heure qu'elle me rapelle de fou 
propre mouvement ? Ou plutôt, prendrai-je la 
refolution de finir toutes mes douleurs, en ne 
fouffrant plusj^es affronts & les caprices de ces 
courtifanes ? iLlle m'a chalîe , elle me rapel- 
le. Y retournerai-je : Non: quand même elle 
viendroit m'en prier. Mais voici un efclave 
bien plus fage. Mon maître, dit-il, une chofe 
qui n'a en foi ni confeil, m raifon, ni mefu- 
re, ne veut être gouvernée ni par mefure, ni 
par raifon, ni par confeil. L'amour eft tou- 
jours néceiîàirement accompagné de l'un & dç 
l'autre de ces deux maux qui fe fuccedent, de 
F 4 l3 



i2g S A T I R A m. L I B. II. 

Pax rurfum, Hac fi cuis tempejîatis propi ri- 
tu 

M9hUia^ ^ cacâ fluiiantia forte lahoret 

Reader e certa Jihi , nihïlo plus esplicet , ac 
fi 270 

Infanire paret certâ ratione tnodoque, 
^uid f ^um Picenis excerpens femina pomiSj 
Gnudes fi cameram percufîi forte, pênes te es ? 
^id ? ^um halba ferïs annofo verba palato, 

Màificante cafas qui fanior f Adde cruo- 
rem 275 

Stuhitia, atque ignem gladio fcrutare, Moio^ 

inquam 
Hellade percujfây Marins quum praàpïtat fe.y 
Cerritus fuit ? An commotce cri mine mentis 

Ahfçlves himinem , ^ f céleris damnahis eun* 

de m y 
Ex more imponens cognata vocahula rébus ? 280 
Liber tinus erat^ qui circum compita ficcus 

Lautîs manè fenex manibus currebat : ^ a- 
numy 

^id tam magnum f addens, unum me furpite 

morti : 

Dis eîenim facile efi : orabat : fanus utrifque 

Auribus atque ocu/is> Menîem , nift litigio- 
fus^ 285 

Emperet dominus, quum venderet. Hoc quoque. 

vulgus 

Cbrv^ 



SATIRE III. L I V. IL 429 

la guerre, & de la paix. Et fi quelqu'un en= 
treprenoit de rendre fixes Se confiantes ces 
deux chofes plus inconftantes Se plus légères que 
la tempêie, il n'avanceroit pas davantage que slî 
travailloit à allier la folie avec la raifon. Quoi ! 
quand vous avez tiré les pépins d'une pcmme, 
éc que vous êtes ravi d'avoir frapé par hafard 
quelque endroit du plancher , êtes-vou3 dans 
votre bon fens? Mais quand vous fardez vo- 
tre prononciation , tout vieux que vous êtes , 
& que vous bégayez comme un enfant, com- 
ment prétendez-vous être plus raiibnnable que 
celui qui fait des châteaux de carte ? Ajoutez 
à cette folie le fang & les meurtres qui font j-i 
effets ordinaires^ & fondez, comme on dit, Is 
feu avec le poignard. Quand Marins fe préci- 
pita il n'y a pas encore iongtems, après avoir 
tué fa maitrelfe Hellas, extravaguoit-il? Ou, 
pour l'empêcher de pafier pour fou, le condam- 
derez-vous comme un fcelerat, en donnant aux 
chofes, félon votre belle coutume, des nom.s 
difFerens, qui reviennent pourtant toujours à là- 
même chofe ? 

Il y avoit un vieux affranchi , qui tous Iss 
matins les mains lavées, & fans avoir encore 
ni bu ni mangé, couroit par toutes les rues, 
en criant: Sauvez-moi, moi feul, ce n'eft pas 
grand' chofe, ajoutoit-il , fauvez-moi de la 
mort , grands Dieux , cela vous eft facile. 
Cet homme- là avoit la vue & Tome parfaite- 
ment faines. Mais fon maître en le vendant , 
à moins qu'il n'eût bien aimé les procès» n'au- 
loit pas voulu répondre de fon efprit, & le ga» 
rantir fort bon. Chryfippe met toute cette for-i 
F s t^^ 



130 S AT IRA III. LIE. II. 

Chryfippus ponit fœcundâ in gente Mènent , 
Jupiter^ ingénies qui das adimifque dolores^ 
( Mater ait pueri menfes ja:n qiiinque cubantïs) 
Frigida fi puerum quart ana reliquerit : ilîo 2 9 «y 
Mane die quo tu indicis jejunia nudus 
In Tiberifiabit, Ca/us rnedictifve levarit 
JEgrum ex pracipiti, mater délira mcabit 
Jn gelidâ fisum ripà^ febrimque reaucet. 
^one malo mentem concujfa? Timoré Deo- 

rum 295 

Hcec mihi Stertinius^ fapientum oâîavus^ amico 
Arma dedit^ pojîhac ne compellarer itiultus. 
Dixerit infanum qui me^ totidem audiet : atque 
Refpicere ignoti difcet pendentia ter go. 
H o R. Sto'icû^ pojï damnum Jîc vendas omnia 

pluris: 300 

^â me fwltitiâ (quoniam non ejl genus unum) 
Jnfanire putas ? ego nam videor mihi fanus. 
Dam. ^id? caput abfcijfum démens quum por* 
tat Agave 

Cnati infehcis^ fibi tum furiofa viditur ? 
HoR. Stuîtum me faîeor ( liceat concéder e ve- 

ns) SOS 

Atque etiam injanum : tantum hoc edijfere^ qiin 

me 
Sgrotare putes animi vitio. Dam. Accipe: 

primùm 

^di- 



I 



â^ A T I R E III. L I V, II. 131 

re de gens dans h nombreufe ccnfi€x*-ie de 
Ménénius. Grand Jupiter, qui donnez 6c qui 
ôrez aux hommes les plus grands maux, dit 
une mère qui a Ion fils malade depuis cinq 
mois, Il la fièvre quarte quile mon fils, le 
matin du jour que vous ordonnez de jeûner, 
je le plongerai tout nu dans le Tibre. Qi.£ I2 
hafard , ou les foins du Médecin , tirent de 
danger le malade, cette mère folle ne manque- 
ra pas de le tuer, ou tout au moins de lui ùl^ 
re revenir la fièvre, en le tenant dans l'eau 
froide. Dequeiie maladie lui croyez-vous i'ef- 
prit attaqué? Delà fuperftitieuie crainte des 
Dieux. 

Voilà les armes que Stertinius, je huitiema 
Sage, me donna, pour me micttre en état de 
repouffer les inlultes que l'on me fera défor- 
mais. Celui qui m'apellera fou , recevra de 
moi fur le champ la même injure, & je lui a- 
prendrai à voir ce qui lui pend au derrière, où 
il ne regarde jamais. Hor. Grand Stoïcien, 
après les grandes pertes que vous avez faites, 
puiifiez-vous vendre toutes choies le triple de 
ce qu'elles valent. Au nom des Dieux, puif- 
qu'il y a tant de fortes de folie, dites-m^oi quel- 
le eft la mienne. Garpour moi, il me femble 
que je fuis fort fage. Dam. Eh penfez-vous 
que la furieufe Agave croye être folîe, quand 
elle porte au bout de fon thirfe la tête de fon 
fils, qu'elle a mis en pièces? Hor. li faut fe 
rendre à la vérité. J'avoue donc, que je fuis 
fou, & enragé même, fi vous voulez. Je vous 
pris feulement de me dire quelle eft ma fo- 
lie. Dam. La voici. Premièrement vous bâ- 
F 6 tiHèz,, 



132 S A T I R A IIÎ. L r B.- IL 

JEdificas^ hoc ejî^ longos imitaris^ ab îmo 
Ad fummum tQtus moduU hipedalis^ ^ idem 
Corpore majore m rides Turbonis in armis 310 
Spiritum & i?îcejfum : qui ridiculus minus il'o ? 
An quodcunque facit MacenaSyte quoque verum 

Tanto àîjfimiîem^ & tanto certare minore m ? 
Abfentîs rance pulîis vituîi pede prejfis^ 
Vnus ubi effïigit , înatri de narrât , ut in- 
gem 3 1 s 

Bellua cognatos eîiferit, Illa rogare, 

^antane f Num tandem^ fe injîam^ fie magna 
fuijfetf 

Major dimidio. Num tanto? ^um magis atqu^ 

Se magis injlaret : Non^ fi te ruperis^ inquit, 

par eris, Eac à te non multum abludit ima-- 

go, 320 

Adde pûë mata num \ ho: ejîy oleum adde camino: 
^a fi quis fanus fecit^ Janus facis ^ tu. 
Non dîcû horrendam rabiem, HoRe Jam define. 

Dam. Cultum 
Majtrem tenju, Hor. TeneaSy Damafippe^ tuis 

te. 
Dam. Mille pudUrum^ puerorum mille furs* 

res. 325 

Hqr. O maj9r tandem pctrcês^ infiim^ mimru 



s A T I R s ÎII. L î V. IL Î33 

tilîcz. C'eft-à-dire , vous voulez imiter les 
Grands, vous qui n'avfez pas en tout deux pieds 
de haut. Et tel que vous êtes, vous ne fauriez 
jamais voir le nain Turbo fous les armes, fans 
vous moquer de fa démarche plus fiere que fa 
taille ne le permet. Penfez-vous donc être 
moins ridicule , & beaucoup mieux bâti que 
lui? Eft-il juilc, que vous vouliez faire tout 
ce que fait Mécénas ; & que nonobftant la 
grande différence qu'il y a, vous tâchiez d*aller 
du pair avec lui, & de le furpafler même, s'il 
é.toit pofTible. Un taureau ayant marché fur 
les petits d'une grenouille, un feul échapé da- 
danger va conter à fa mère, qu'un animal 
d'une grofîeur épouvantable a voit écrafé fes 
frères. Sa mère étonnée lui demande : De 
quelle grofîeur étoit-il? Et en s'enflant de toute 
fa force : Etoit-il bien aufli gros ? De plus de 
la moitié, lui dit ce petit. Et à cette heure, 
rétoit-il bien autant ? Et comme elle s'enfloit 
toujours de plus en plus: Quand vous vous 
crèveriez, lui dit-il, vous ne régaleriez jamais. 
Voilà votre portrait au naturel. Ajoutez à cela 
les vers, c'eft-à-dire, verfez de l'huile dans le 
feu. Si jamais Poète fut fage, je confens que 
vous le foyez aufli. Je ne parle point des horri» 
blés emportemens. ... Hor. C'eft aflèz. Dam. 
De cette dépenfe qui excède votre revenu. . . . ^ 
HoR. Seigneur Damafîppe, mêlez-vous de vos 
affaires. Dam. De mille paflîons pour dos fil- 
les & pour des garçons. Hor. Oh le plus 
grand de tous les fous, aprenez enfin à fuporter 
les défauts de ceux qui font bien moins foux que 
vous. 

E 7 RE- 



154 R E M A R Q^U E S 

REMARQUES 

Sur la SATIRE IlL 

HORACE feint dans cette Satire, que Dama- 
fippe, Philolbphe Stoïcien, l'étant allé voir à 
la campagne, ils entrent tous deux en converration. 
Damafippe commence à le gronder, de ce qu'il ne 
fait rien de nouveau, k qu'il s'amufe toujours à re- 
toucher fes premiers ouvrages, & avec une gravité de 
Stoïcien, il lui donne Tur cela des avis, qu'Horace re- 
çoit d'i:ne fort plaifante manière. Ce dialogue fait 
une icene fort agréable. On n'en fauroit trouver une 
plus vive, ni plus animée dans Platon. Le Timée 
même, que l'on apeile par excellence T'^oaejLVofy.ivov 
TifXMO'/, parcequ'il le paiïà tout en action, n'a p?vs 
plus de feu, ni plus de vivacité. Outre la fcene d'Ho- 
race & de Damafippe, il y en a une autre de Dama- 
fippe avec Stertinius, laquelle vient fort naturelle- 
ment, & que Ton doit regarder comme une corié- 
die que Damafippe & Stertinius jouent devant Hora- 
ce. Stertinius foutient que tous les hommes font fous. 
Il n'en excepte que le leul Sage, tel que ces Philofo- 
phes le definiffoient, & qu on ne pouvoit, diloient- 
ils, trouver que dans leur fecle. Jl fait voir que la 
définition du fou comprend tout le monde, fans ex- 
ception. Et il le prouve en parcourant les différen- 
tes conditions d;is hommes : ce qui fait autant de 
Icenes différentes qui divertilfent admirablement le 
Lefteur par leur variété. Cette variété ell même 
augmentée par troi«^ ou quatre efpeces d'épiiodei, qui 
viennent fort à propos, & qui ont beaucoup de liai- 
fon avec le fujet. Tout ce que Damafippe & bter- 
tinius difent eft rempli de préceptes excellens; & 
ce que j eftime infiniment, c'eft que ces préceptes 
coQliUeoi pour la plupart daos des fentimens vifs 8c 

nata- 



SUR L A s AT, IIÎ. D u Liv. Il; 135 

naturels, qui ont plutôt frapé le coeur, que touché 
l'efprit. Cependant Horace ne penie qu'à le moquer 
ici de la féveriuc outrée de ces Philolophes de ibn 
tems, qui abuio'ent des maximes de leur fondateur. 
Il eft bien difficile de concevoir comment il peut ve- 
nir à fon bat, en leur faifant dire de 11 bonnes cho- 
ies. Mais cei\ en cela que coniîfle la principale beau- 
té de cette Satire. Le delfein d'Horace n'eft pas de 
renverfer ou de combatre toutes ces vérités, dont il 
eft auffi perfuadé queux. Jl connoifibit trop les hom- 
mes, & le ridicule qu'on peut trouver dans toutes 
leurs adions. Auffi écoute-t-il toutes ces belles le- 
çons avec beaucoup de patience. Il n'ell point cho- 
qué de fe voir traité de fou ; au contraire, il veut 
defcendre jufqu'au particulier de fa folie ; Se il voit 
faire avec plailir ion portrait au naturel. Mais enfin 
il humilie tous ces Phiioiophes en la perfonne deDa- 
mafippe, & il rabat leur orgueil, en ajoutant la feu- 
le vérité qui manquoit à toutes celles qu'ils faifoient 
profeJTion d enfeigner. Et cette vérité eit, qu'ils é- 
toient eux-mêmes plus fous que ceux qu ils accu- 
foient de folie. Ce tour eft fort fimple 8c fort heu- 
reux. Plus les principes d'un Philofophe fervent à 
nous faire découvrir de vérités, plus ces nouvelles 
découvertes font d'honneur à ce Philolophe. Ici c'eft 
tout le contraire : une feule vérité ajoutée aux vé- 
rités que les Stoïciens enfeignoient, les rend tous ri- 
dicules, & les dépouille de tous les titres qu'ils a- 
voient ufurpés. Je fuis charmé de voir de quelle 
manière Horace fe fert de ces Stoïciens, pour fe mo- 
quer de tous 'es hommes, & de lui-même tout le 
premier; & comment après en avoir tiré Tufage qu'il 
en vouloit, il tourne contre eux-mêmes les armes qu ils 
lui avoient fournies contre tOut le g nre humain, 
& conclut naturellement de tout ce qu'ils ont dit, & 
de la manière dont ils Pont dit, qu'ils font encore 
plus fous que les autres. Nous allons voir en dé- 
tail dana les Remarques toutes les autres beautés de 
cette Satire. Elles font fi grandes, & en fi grand 
«ombre, qu'elles me perfuadent qu'Horace n'étoit 

pas 



t36 R E M A R Q^U E S^ 

pas jeurcquand il la fit. C'eft tout ce que Ton peut 
dire de ià date ; car il n'y a rien qui la marque pré- 
ciiément, comme on le verra fur le v. 185. 

* I Sic raro fit ibis] Il faut avoir une grande 
envie de critiquer, que de changer un paflage fi fim- 
ple & fi clair, & de lire, /i raro firibesy comme a 
fait M. Bentlei. Comment n'a-t-il pas femi qae cela 
gâte toat le naturel de ce paffage ? * 

2 Membranam pofcas^ fcriptorum qu^que retexens] 
Quand les Anciens compoloient, ils écrivoient dans 
des tablettes enduites de cire. Ce qui leur donnoit 
la libw^rté d'effacer tant qu ils vouloient. Car ils 
n'a voient qui tourner leur aiguille qui étoit plave 
par un bout, & qu'à aplanir la cire. Mais quand 
ils avoient mis la dernière main à leur ouvrage, ils 
le mettoient au net iur du papier, qu'ils apelioicnt 
tharta^ 8c qui étoit fait de la petite écorce de la plan- 
te papyrusy qui croilToit en Egypte, ou fur des peaux 
d'animaux préparées comme notre parchemin, & 
qu'on apelloit proprement membrana:. Ce parche- 
min étoit plus cher que le papier. On a eu tort de 
croire qu'il étoit inconnu avant Euménès. Il com- 
mença leuiement à être plus commun fous ce Prince. 
Mais on s'en fervoit longtems avant lui, comme on 
le voit manifell'.ment dans Hérodote & dans Jofephe. 
Horace donc, qui ne faifoit que retoucher les ouvra- 
ges, n'a voit pas fou vent befoin de papier ni de par- 
chemin. C'étoit tout le contraire de SufFénus, dont 
parle Catulle : 

Puto ego illi milîïa^ aut decem^ aut pîura 
Perfiriptat nec ftCy ut fit ^ in palifnpfejïs 
Relata. Chart<e régime ^ tionji libriy 
Nonjt umbilici, lora rubra^ tnembrana 
DireÛa plumba, ^ pumice omnia aquata. 

7# croii quil a dix mille 'volumes de fes écrits, 0» 
davantage. Et ils ne font point, comme c^eji la cow 
fumt, fur dts tablettes tu Ion a la liberté d'effa- 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 137 

r.er. Ceji du plus beau papier, iSf du plus fin. 
Les livres font tout neufs. Us crnemens de mê- 
me, les couroies teintes en écarlate , toutes les 
fsuîUe4 réglées, i^ polies avec la pierre de ponctt 

Ceux qui vouloient épargner, écri voient même 
leurs lettres fur ces tablettes. Ceft furquoi Ciceron 
raille Trébatius dans la Lettre dix-huicteme du Li- 
vre feptieme : Na^n quod in palimpfefio, laud§ equi' 
dem parfimoniam. 

Scriptorv.m quaque retexensi Retexere eft le con- 
traire ds texere, comme refgere ert le contraire de 
figer e: fixit leges atque refixit. Texere ell un terme 
de tiflêran. Les Poètes l'ont apliqaé à leurs ouvra- 
ges, comme ils y ont apliqué aulfi le mot ordiri, 
qui eil tiré du même métier. Virgile dit dans le 
Culex : 

Atque ut araneoli tenuem fiormavimus orfum. 

Retexere eft donc défaire ce qui cft fait. Horace 
ctoit fort difficile fur fes ouvrage?, & il les corrigeoij 
continuellement. Ceft pourquoi il ne faut pas s'é- 
tonner qu'il donne aux Pilons dans 1 Art Poétique ce 
beau précepte fur la néceluté de la correétion : 

- - - - Carmen reprehendits quod non 
Multa dies ^ muîta litura co'ércuit, atque 
Perfeâium decies non cajîigavit ad unguwi, 

3 Vini fomnique henignus'] Car Horace ainfloit le 
bon viu; & il étoit naturellement parefTeux. Il dit 
lui même, qu'il ne fe levoit ordinairement qu'à dix 
heures ; ad quart am jaceo. 

4 Dignum fermons ] Rien qui mérite qu'on en 
parle, rien qui nnerite d être loué. Les Grecs difent 
de même, ét^iov Koy\i- 

Ab ip/îs SaiurnaliOî'.s ] Les Saturnales étoient une 
des grandes fétés des Romains. Elle commençoit 

le 



138 R E M A R Q^U E S 

le feizieme jour de décembre, Se duroit trois jours» 
Ceux qui lui donnent fept jours, y comprennent les 
quatre jours de la fête apelléc Sigillaria, la fête des 
ftatuesy qui fuivoit les Saturnales immédiatement. 
Ces jours-là Rome étoit pleine de débauche & de 
diflblution, & les rues retentiffoicnt du bruit de ceux 
qui s'abandonnoient à la joie & au plaiilr. Jrlo- 
Tâce, qui aimoit le repos, prenoic ordinairement ce 
tems-là pour fe retirer à la campagne, oii il pafiuit 
l'hiver. 

Hue ] Horace nous aprend lui-même qu'il alloit 
quelquefois pafTer l'hiver à Tarente. Voyez l'Epi- 
tre VII. du Livre I. Et il en dit la râiion datis 
1 Ode VI. du Livre IL 

Fer uhi iongum, tepUufque frabet 
Jupiter brumas. 

Le prîntems y eft mg. Jupiter y donne des hivers 
tiedes. 

Mais ici il parle de fa petite maîfon des Sabins, oa 
il fe retiroit très fouvent. 

Fugijii ] Ce mot marque remprefTement avec le- 
quel Horace quitoit Rome au mois de décembre, 
pour fuir les excès que l'on y faifoit pendant les Sa- 
turnales, & pour aller jouir du repos de fa petite maî- 
fon. 

Sobrius ergo ] Puifque vous êtes fi fâché d'aimer 
tant le vin, & de tant dormir, & que vous avez mê- 
lae quité Rome, pour nêtre pas obligé de faire com- 
me les autres, corrigez-vous donc, & faites une bon- 
ne fois eifort fur vous-même, &c. * Jl faut bien fe 
garder de joindre febrius avec fugijii. H doit être 
joint à die. Se c eft une fuite de ce qu'il vient de di- 
re, 'vini fçmnique benignus, * 

6 Ni/ efi] Ce n'eit pas Horace qui parle, c'eâ 
Bamafippe, qui lui dit: Vous n'avez plu: d'excufe. 

7 Culpantur frufira calami^ Cela eft plaifant. 
Comme fi Horace pour excufer fa parefte, fc fervoit 

de 



SUR LA S AT. HT. DU Liv. II. 139 

de ces défaites d écolier, que fes plumes ne valent 
rien. Comme ces parelTeux qui difent dans la troi- 
iieme Satire de Perle : 

^func querimur crajjus calamo quod fendeat humor: 
Nt^ra quod infufâ <vanefcat fepia lymphâ: 
Dilutas querimur gsminet qïàd jijiula guiias, l^g. 
An tali Jludeam calamo ? 

Alon nous 7iaus p/aigncus, que notre encre ejî frsp 
grajfe, ou quelle ne marque -pointy parcequon y a viij 
trop d'eau, quelle coule de la plume, isf qu elle fait des 
pâtés, i5fc. ^(o: ! pouriom-nous travailler a'vec une. 
Jl méchante plume F 

Im?nerîtufque laèorat] Les Interprètes expliquent 
ceci de la muraille qui touchoit le lit. Car les lits 
des Anciens touchoient d*un côté à la muraille: $s 
ils veulent, que cette muraille fût enduite de cire, a- 
iin qu'on y pût écrire la nuit fans lumière. Mais 
j'aime mieux Tentendre fimplemcnt. Damafippe 
dit à Horace, que c'eft à tort qu'il fc met en colère 
contre la muraille de fon cabinet, ou de Ton lit, û on 
veut; & qu'en y donnant de grands coups, il lui 
fait porter la peine ds fa parelTe, Ceux qui écrivent 
donnent fouvent de grands coups à la muraille, lorf- 
qu'iîs ne trouvent pas ce qu'ils cherchent. Quintilien 
n'a pas manque de remarquer cela dans le troifieme 
chapitre du Livre X. où il traite de la manière d'é- 
crire : Tum illa, ques apcrtiorem animi nietum fequun- 
tur, quisque ipfa animum quodammodo conciiant, quo' 
rum ejî jaâîare manum, torquere ^oultum jîmul, i^ in- 
térim objuygare, quaque Perjiui notât citm le-viter di" 
cendi genus ftgnijîcat, 

Nec pluteum, inquit, cadlt, nec demerfos fapit un- 
gués, 

etiam ridicula funt, ni/i cum/oli fumus. D'ailleurs^ 
les chofes au/quelles on s'abandonne, quand on nejl 
point contraint, i^ qui échauffent même P imagination', 

comme 



140 REMARQUES 

comme de jetter la main çà ^ là, de faire mille ton- 
torfionst de fe gronder quelquefois, ^ ce que Perfe dit 
en parlant d"" un file plat : îl ne paraît paiiit^ dit-iî, 
que ion ait frapé la muraille ^ ni quon Je foit rogné 
les ongles jufques au 'vif: tout cela eft ridicule ^ quand 
on n^ eft point feuL 

8 Iratis natus paries Dis atque Poëtis] Les In- 
terprètes ont cru, que Damafîppe apelle cette mu- 
raille née avec la malédi^lion des Dieux ^ des Poè- 
tes, parcequ*Horace n'y écrivoit rien defius. Mais 
ce n*efl point cela : c*eft une reflexion générale. Da- 
mafîppe dit, que les murailles des cabinets des Poè- 
tes font faites Diis iratis, avec la malédiction des 
Dieux, parceque les Dieux les ont aflujetties aux ca- 
prices des Poètes, & qu'elles font faites Poetis ira- 
tis, avec la malédidlion des Poètes, parceque les 
Poètes les accufent de leur fterilité, dont elles ne 
font point la caufe, & qu'ils déchargent fur elles 
toute leur mauvaife humeur. Natus, né, pour/i- 
élus, fait, comme il a dit d'une bouteille : O nata 
tnecum, 

9 Atqui 'vultus erat ] Il faut fupofer, qu'Horace 
avant que de partir, s'étoit exculé de fa parefie fur 
les embaras qu*il avoit à Rome j Se qu'il avoit 
promis de faire des merveilles, s'il ctoit une fois 
en repos , & bien chaudement dans fa petite mai- 
fon. 

Minantîsl Les Latins difoient menacer pour pro- 
mettre^ Se promettre pour menacer. 

I O Si 'vacuum tepido cepiffet ^illula teSîo ] Horace 
étoit fort frilleux. C*ert pourquoi il demande un 
grand feu à Taliarchus, dans l*Ode neuvième du Li- 
vre premier : 

Dijohe frigusi ligfta fuper foco 
Large reponens, 

Chaffcz donc U froid y en mettant beaucoup de bois 
dans le feu. 

Et 



SUR LA SAT, III. DU LlV.IL 141 

Et dans l'Epitre Vil. du Livre I. il fait entendïô, 
qu'il lifoit tout amoncelé pendant le frcid ; contra- 
Ciufque leget. 

Cepi/Jet <vi//ula] Il y avoit quantité de g-ns qui fe 
retiroient l'hiver à la campagne, pour être plus chau= 
dément. C cil pouiquoi Perie écrit à Ceitius Baffus. 

^Jmo'vitjam hrumafoco te^ Bajfe, Sahîno. 

Vhi'ver ^ous a rendu au foyer de 'votre mai/on du. 
pays des Sabins. 

Et il ajoute en parlant de lui-même ; 

• . mihi nunc Ligus ora 

Intepet. 

Je jouis de la douceur de l'air de la Ligurie. 

II Stipare Platêna Menandro'^ On pou roit croire, 
qu'Horace ne parle pas ici de Platon le Philoiophe, 
mais de Platon Poète comique, & Poète de la vieil- 
le comédie, comme Eupoiis. Car ces gens là con- 
venoient plus à Horace, qui tâchoit de les imiter dans 
fes Satires. Pour moi, ]e luis perfuadé, que c'efl: 
de Platon le Philofophe, qu'Horace étudioit jojr & 
nuit, & dans la ledure duquel il a puilé ce bon fens 
& cette droiture d'efprit, qui paroiiTent dans Tes ouvra- 
ges. 

1 2 Archilochum ] C'eft le Poète Archiloque, fi fa- 
meux par les vers ïambes qu'il fit contre Lycambe, 
qui fe pendit de defeipoir. 11 en a été parlé dans les 
Odes. 

1 3 Innjîdîam flacare paras njirtute relia a ] Ceci 
eft fondé fur ce que les Satires d'Horace lui avoient 
attiré beaucoup d*enne is. C'ell pourquoi Dama- 
fippe a raifon de lui demander, fii c'ell pour apaiièr 
Tenvie qu'il a renoncé à écrire. 

14 Contemneye mi/er] 11 n'y a point de milieu; 
on eil envié, ou méprifé. 

Improba Siren dejîdia ] Les Sirènes étoient des fil- 
les qui habitoient trois petites ifles près de Caprées, 



142 R E M A R Q^V E S 

vis-à-vis de la ville de Surrentum, fur le rivage de 
la Campanie. Ces ifles étoient apellées Sirenuftr. 
L'antiquité a fein:, que ces Sirènes etoient des monf- 
tres qui dévoroient les paffans. Mais c'étoient des 
courtifanes qui attiroient les hommes par leur beauté 
& par les charmes de leur voix. Ce qui leur donna 
le nom de Sirènes, de l'Hébreu Sir, qui fignifie chan- 
fon. Jl en fera parlé plus au long far l'iipitre 11, du 
Livre I- Horace donne avec raiion le nom de Sirensy 
à la Parefie, qui eii en effet une enchantereffe très 
diiïîciie à éviter. 

I 5 ^idquid 'vit a melïore ] Toute la réputation 
que vous avez acquife pendant une meilleure wie. 
11 apelle meilleure <vie, la vie qu il a paffée dans le 
travail. La vie que les parelîëux mènent, tient plus 
de la mort, que de la vie. Et Séneque avoit raifon 
de dire, quand il pafToit â la campagne devant la 
maifon de Servilius Vacia, qui s'étoit retiré pour ne 
rien faire: Vacia hi: fi tus e]î. Ceft-lày que Vacia 
tjî enterre. 

l6 va te, Damafippe, De.'^que 'uentm ob conjllium 
donent tonfore^ Ce remerciment d'Horace eft tout-à- 
fait plaiiant, & il marque un fang-froid qui jette ici 
un grand ridicule. Après les ferieufes leçons que 
Damafippe vient de lui faire, ce Poète ne trouve rien 
de mieux à lui fouhaiter, pour le payer de fa chari- 
té, qu'un fort bon barbier. Ce ridicule eil d'autant 
plus grand, qu'il n'y avoit rien don: les Stoïciens 
Sffent ttnt de cas, que de leur longue barbe. C*é-' 
toit cette barbe qui faiioit toute leur fagelfc. Auifi 
î)amalippe l'apele t-il plus bas, fapientem hmrbam. 

Dameijippe^ Junius, ou Licinius Damafippe, Sé- 
nateur, & Philosophe Stoïcien. Avaat que de s'at- 
tacher à cette fefte, il s'étoit ruiné à acheter & à re- 
vendre des ftatues, & toutes fortes d'antiques. 

1 8 Janum ad médium ] Il s'agit ici de favoir fi 
^ mnum ai médium fignifie au milieu des deux Ja- 
91US, ou eu yanus du milieu. Le vieux Commenta- 
teur ^t, qu*il y avoit dans la place Romaine trois 
fiatifes de Janus ; une à chaque bout, & une au mi- 
lle» » 



SUR LA S AT. III. DU Liv. IL 145 

lieu ; & que les Banquiers fe tcnoient près de celle- 
ci. D'autres difent, que Janus n'eft pas ici une fta- 
tue, mais une arcade, un gmnd portail tout ouvert. 
Portant ; & qu'il y avoit de ces arcades aux deux 
bouts de la rue Tofcane, qui étoit la rue des Mar- 
chands & des Banquiers ; & qa'ici Je.num ad mC' 
diumy iignifie le milieu de la rue. Cette difficulté 
femble décidée par deux endroits de Publius Vider, 
qui met dans le troifieme quartier, & dans la place 
Romaine : Jani duo, celebris Mercatcrum locus. Les 
deux yanusy lieu où fe tiennent les Marchands. Et 
ailleurs : yani per omnes regiones incrujiatï^ ^ or- 
rati (îgnis. Duo pracipui ad arcum Fabianum, fit- 
perwry inferiorque. Il y a dans tous les quartiers 
des Janus (des arcades) incrujïés i^ ornés de Jîa- 
ttiss. Les deux principaux font près de Varc triom- 
phal de Fabius, celui d'en haut ifj celui d'*en bas. 
Janus médius ell donc refpacc qui étoit entre ces 
deux flatucs de Janus. D'un autre côté il paroît 
par un endroit de Titc-Live, que dans cet endroit-là 
il y avoit trois de ces Janus ou arcades. Car il dit, 
que Fulvius Flaccvs fit enfermer la place Romaine de 
portijues iff de boutiques, ^ ;; fit faire trois Jarus 
ou arcades. Forum porticibus tabemifque clauden- 
dum, très Janos faciendgs locaJTe. Mais, dira-ton, 
pourquoi Viélor ne parle-t-il donc que de deux, s*il 
y en avoit trois ? Peut-être que Vidor n*a v«uîu de- 
figner cette place du Change que par fes deux bouts. 
On peut voir l'ancienne Rome de Nardihi. Ciceron 
a parlé de Janus médius en plufieurs endroits. A 
la fin du fécond Livre des Offices, il dit que tout ce 
qui regarde les emprunts, les prêts, i^ les moyens de 
placer l^ défaire ^valoir fon argent, ejî mieux traité 
par cette forte de gens qui fe tiennent ad médium Ja- 
num, que par tous les Philofophes. Dans la VL Phi- 
lipp. il dit : Janus médius in Antonii client elâ ejf. 
Le Janus médius, la place du Change, efi fous la 
proie aion dAutffine, & dans la Y II. Antonius Jani 
medii patrtnus, 

19 Fra^a 



144 R E M A R Q^U ES 

1 9 FraSia eji ] C'eft une métaphore tirée des nau- 
frages. 

Aliéna negotia euro ] Belle occupation pour un 
Philorofhe, & four un Philofôphe btoiclen, de ne 
fe mêler que des affaires de5 autres, lorfqu'ii ne de- 
vroit penser qu'à lui ! Horace donne à ceue fede a- 
vec beaucoup d'adreffe tous les ridicules qu'on fau- 
reit imaginer. 

20 Olim 7jafn qnàereri amaham ] Il paroît paf 
deux ou trois pa»Tages de Ciceron. que ce Damafip- 
pe étoit un curieux, mais un CL^rieux fort peu con- 
Boifleur, qui achetoit ce que les autres ne vouloient 
pas ; qui achetoit fort chèrement, & qui par dégoût 
revcndoit enftite à bon marché. C'efl pourquoi 
ceux qui fouhaitoient de fe défaire de quelque chofe, 
ou d'avoir quelque chofe à bon marché, s*adrefibient 
toujours à lui. Ciceron ne pouvant avoir les jardins 
de Silius, ni ceux de Cotta, ni ceux de Lamia, au 
prix qu'il vouloit, écrit à Atticus, pour voir s'il ne 
pouroit point avoir ceux de Damafippe : Dame/îppi 
expériendum tft. Car ce bon Sénateur ne traliquoic 
pas fealement en antiques: il vendoit auffi des mai- 
fons, des jardins, comme ille dit ici lui-même. Ci- 
ceron qui veut acheter ici fes jardins, veut lui vendre 
ailleurs quelques flatucs, que Fabius Gallus lui avoit 
achetées, dont il n étoit pas content, & dont on lui 
avoit dit que Dama/ippe pouroit s'accommoder. C'eft 
pourquoi il écrit à Fabius Gallus dans la Lettre vingt- 
trcifieme du Livre feptieme : Zed njelim Damajîppus 
maneat in /entent id. Mais je fouhaite de tout mon 
toeur, que Damafippe ne change pas de dejfein. Et 
plus bas : 5; enim Damajtppas in fententiâ non mane- 
hitf akquem pfeudo-Damafippum n)el cumjadurâ repe- 
ritmus. Si Dametfippe nen njeut point, je trouverai 
quelque faux Damajippe^ quand même je de<vroîs y 
perdre. 

21 Slu9 *eafer iîle pedes la'viffet Sifyphus ^re"] 
Il parle du vieux Sifyphe, fils d'Eolus qui fonda 
Corinthe. II 1 apelle 'va/er, parcequ'ii étoit le plus 
fn & le plu? n:i'c*de tout le^ >;'^'^vr; ■:. C il rr-:r- 



SUR L A S A T. m. D U L 1 V. II. 145 

quoi on di oit en proverbe: T lus fin que Si/yphe^ plus 
Javuni que Si/yphe. Théognis : 

^a: d 'Vcus auriiz toute la fagejje de Rhadamanthe 
fneme^ ijf que (vous Jetiez plus Janjant que Si^^phe, iSc» 

Une cuvette qui auroit fervi à Sifyphe, auroit ea 
pour le moin; treize cents ans. 

22 ^id fculptum infabre^ Ceci regarde les fcul- 
ptears, qui travaillent le marbre & la pierre avec le 
cileau. 

^uid fu/um duriùs] Ceft pour les ouvrages de 
fonte, il faut remarquer le mot durOis, fo.iau du- 
re?nent. Car il eft ctrcain qu'une Hatue eft dure, oa 
tendre, félon Thribileté de l'ouvrier. La pneciion 
coniale dans le tendre, parceque le tendre eft toujo Jrs 
dans la nature ; & par coniequcnt il imite la vèiiL-é. 
On voit dans le Bruius de Ciceron, que 1 en repro- 
choit au Statuaire Canachus, que dans fes ihtues il 
n'y avoit point de vérité, parcequ'elles étoient trop 
dures Se trop roides : CanachiStatuarii Jigna ri^^idiorét 
ut imitetitur njeritatem. Virgile a dit au contraire: 

- - _ - » Spirantia mollius ^era. 

23 C allia us huic Jt^tîo foneham millia centuml II 
y avoit telle ftatue qu'il achetoit cent mille fefterces, 
qui font juftement douze mille cinq c.nts livres de 
noire monnoie. Ce callidus elt plailant : il fut fi fin, 
qa'il i'e ruina. 

24 Hcrtos egregia/que dofncs'] Il avoit acheté beau- 
coup de terres lUr le bord du l'ibre, & il en avoit fait 
plufieurs jardins, qu'il avoit mis chacun à certain prix, 
Ciceron dans la Lettre XXXIII. du Livre X\l. à hi- 
ticus: Ego ut heri ad te fcripfi, ft ^ Silius is fue>ity 
quem tu putas, nec Dru/us facilem fe pr^hueritj Da- 
ma/ippum njelim aggredtare. Is opiner ita partes fe- 
cit in ripa nefcio quotenorum jugerum, ut certa pretia 
conftituerit. S'il eji qjrai que SHius ne l'euille pas 

'Tem. FIL G av-r-^ 



146 R E M A R Q^U E S 

rvendre, comme 'vous le croyez, i^ que Dru/us faJJ'e le 
difficile i je *vous prie de <vous adrejjer a Damajîppe, 
comme je ^vous récri'vis hier, Je crois qiiil a jéparé 
les terres quil a fur le bord du Tibre y bf quil en a 
fait di<verfes portions de je ne fais combien d'arpensy 
pour y mettre differens prix. 

25 Cum lucro'\ En effet il gagna tant à ce beau 
métier-là, qu'il y perdit tout fon bien, & qu'il pen:à 
s'aller noyer de defefpoir. 

Frequeniia compita"] Compita font des carrefo.:rî, 
des places où l'on entre par diverfes rues. C'etoit 
dans ces places que fe tenoient ordinairement les ai- 
femblées des Marchands & les foires. Cefl pourquoi 
Damafippe dit, que dans les plus fréquentées de ces 
places, on Tapelloit ordinairement le favori de Mer- 
cure, parcequ il achetoit toujours fort bien. 

Mercuriale] Les Interprètes ont cru, que Dama- 
fippe vouloit dire, qu on Tapelloit Mercure. Mais 
cognomen Mercuriale, ne peut jamais fignifîer cela. 11 
fignifîeroit plutôt qu'on Tapelloit Mercïirialis. Et ce 
n'eil pas ce qu'Horace a voulu dire. Car tous les 
Marchands éioient apellés Mercuriales. Ainfi Dama- 
fippe n'auroit eu aucun avantage fur les autres. Ce 
Philofophe dit, qu'on lui donnoit un des furnoms de 
Mercure, qui étoit un des Dieux qui avoit le plus de 
furnoms. C'eil pourquoi Curion lui dit dans le Piu- 
tus d'Ariflophane : 

^ue c'efî une bonne chofe, d''a'voir plufîeurs furno7n5 . 

26 Nonji[ Horace ne pouvoit pas manquer de 
connoîtrc Damafippe, qui étoit un Sénateur. 

27 Atqui emo'vit ^veterem mire no'vus'] ] Horace 
cft plaifant, de faire avouer à Damafippe, qu'il n'a 
fait que changer de maladie, & que la dernière eil 
plus grande & plus dangereufe que la première. 

28 Vt folet in cor trajeSlo lateris miferi y capi- 
tifque dolorel Cor ne fignifie pas ici U coeur. Car 

il 



SUR LA S AT. III. DU Li V. II. 147 

il eil faux qu3 les maux de côté, ou les maux de tê- 
te, puiflènt le changer en maux de coeur, puiflent 
palier au coeur. Cor, le coeur, ell ici pour Vcjhmacy 
à rimitation des Grecs, qui lapelloient kadJ^-av '■ Se 
Damafippe parle ici de ceux qu'on apeliou cardia- 
cos, qui ont des maux d'eftomac. Avant Horace 
Lucrèce avoit mis le coeur, pour Vejïamac, dans cette 
belle d-ifcription qu'il fait de la pelte, qui commen- 
çant par la tête, defcend dans la poitnne, & de-l« 
dans Tellomac : 

Inds uhi perfauces pe^îus cotnplerat, ^ ip/um 
Isîorhida 'vis in cor mœjium cor.fiuxerat agris. 

Car il n'eil pas raiibnnable d'accufer Lucrèce de 
s'é:re trompé, & de n'avoir pas entendu le ka^S'ia 
de Thucydide, qui cil Toriginal fur lequel il a fait 
cette belle copie. 

50 Ut Icthcirgicus hic quum ft pugii'] La léthar- 
gie eit une maladie qui vient de la méchante con- 
ftit.:tion du cerveau, quand il eft trop froid Se trop 
humide. La pituite venant à fe déborder, plonge le 
malade dans un profond afïoupiiTement, comme Lu- 
crèce 1 exprime admirablement dans cc5 vers du liL 
Livre: 

interàutticue gra'vi Uthargo fertur in altum 
j^ternumque foporem. 

Et plus bas il parle des flots de la léthargie : 

Adde quod in nigras hthargi mergitur undas. 

Quand les Médecins veulent guérir cette maladie, 
il y a du danger qu'ils ne jettent le malade dans la 
maladie opolce, qui eft la phrénenc. Car la pituite 
venant à le changer en bi!e, par la grande chaleur des 
remèdes, elle allume un feu, qui fe portant au cer- 
veau, produit la fureur. Et alors îe malade devient 
véritablement /«g/7, un athlète sedoutable qui aiîaqu; 
G 2 ion 



hs r e m a r q^u e s 

ion Médecin, Se le charge de coups de poings. C eft 
le véritable fen=; de ce paflage. On n'a qu'à fe fca- 
venir du combat du Médecin & du malade dans les 
Lapithes de Lucien. 

3 1 Dum ne quhi Jîtnile huic ] Pourvu que vous ne 
vous jettiez pas fur moi, comme ce malade i'c jette 
fur Ton Médecin, foyez fou tant que vous voudrez. 
Horace prend ici fes précautions, comme on les prend 
avec les fous, & il traite adroitement de fou ce pau- 
vre Philo'bphe, qui s'en aperçoit i k c'eft ce qui fon- 
de fa réponfe : O bone. 

O bone, ne te fruftrere^ infants iîf fu'] Dama- 
iîppe dit à Horace : Fous me traiter, defou^ mais cejl 
fvoui qui V êtes. 

'3^2 Infanis '^ tu, Jîultïque prope omnes] Socrate 
prouve à Alcibiade dans le fécond dialogue qui por- 
te ce nom, que la plupart des hommes font fous, 
parcequ iis font dans Tignorance, & qu'ils ne favent 
ni ce qu'ils doivent faire, ni ce qu'ils doivent dire, 
k que comme il y a diffcrens dégrés d'ignorance, 
il y a auifi difrcrens degrés de folie ; & c'eft ce plus 
ou ce moins que les Stoïciens ne recevoient pas. 
Car ils foutenoient, que tous les vicieux font éga- 
lement fous, également furieux, quoique Ion ne 
donne pas à tous l'hellébore. Sénequc dans le fé- 
cond Livre des bienfaits : lafanire omnes fiultos dici- 
mus, me tamen omnes curamus hellébore : his ipfis quos 
'vocamus infanos, fiiffragium i^ juriJdiSîionem com- 
mittimus. Ncus difons que tous les 'vicieux font 
fous. Nous ne leur donnons pourtant pas à tous P hel- 
lébore ', ^ à ceux-là même que nous apelUns fous, 
nous leur donnons le droit de fuffrage, ^ la permijr 
Jion d'exercer les charges àe Magiji rature. Mais c\^ 
ientiment des Stoïciens étoit outré & ridicule. La 
folie eft opofée à la fageife, comme la maladie à 
la fanté ; & s'il y a diverfes fortes de maladie, les 
unes plus grandes que les autres, il y a auffi di- 
verfes fortes de folie plus ou moins grandes, Tout 
malade n'a pas la iievrc chaude, & tout fou n'eft pas 
furiçux. 

Pr9- 



S^UR LA S AT. III. Du Liv.II. 149 

Prope] Ce mot n'ôte rien de la propofitionj qui eil: 
univerfelle. On pe'Jt voir ce qui eft remarqué fur le 
V. 96. de la troifieme Satire du Livre premier. 

55 Si guiJ Stertiriius -veri crepat"] Stertinius étoic 
un Philorophe Stoïcien. Il elT: parlé d'un Ludus 
Startinius dans une oraifon de Celius, citée par Fe- 
ftus fur le mot orca. Mais ce n'eft pas le même. 

Crepaf] C répare ne ûgniHe pas fimplement dire, 
mais dire plufieurs fois, redire toujours. On peut 
voir ce qui a été remarque fur ce vers de lOde 
XV] II. du Liv. I. 

^hiis P'J/? 'Vina gravem milltiam aut pauptriem 
crepat ? 

^i rf.-ce q:ù après an::lr lu parle a\'s peines de la 
gu:rre, ou d^s rigue.-.rs de la fawvreté? 

Vnde ] De qui, a quo, comme dans Virgile : genux 
unde Latinum^ Se dans la Xll. Ode du Livre pre- 
mier: 

Un de nil majus gtneratur ipfo. 

35 J^^JF^ fapientem pafcere barbam'\ Les pre^ 
miers Philofophes , pour marquer le mépris qu'ils 
faifoient de leur corps, & le peu de foin qu'ils en 
avoient, laifToient croître leur barbe. Mais ce qji 
ne fut au commencement que TaccefToire, la fuite 
Si, l'effet de hur phiioiophie, devint bientôt le prin- 
cipal. On fit enfuite par aifedation & par vanité, 
ce qu on avoit fait d'abord par mépris, ic par non- 
chalance, Se la barbe, qui n'étoit dans ces fondateurs 
qu une marque accidentelle de leur lageife, fut pref- 
que la feule fageffe qui pafla à leurs fuccefléurs. 
Aulîi étoit-ce un de leurs principaux préceptes : n<y- 
yuVQT^^^Vy barham pafcere, de nourir fa barbe. 
Et Stertinius n'avoit garde de l'oublier. Cette épi- 
thete, fapientem, eil plaifante. Damafippe entend, 
qui cf. la marque de la fagefe. Se Horace veut dire, 
fiu elle fait toute leurfagefe. Et cela me fait fouvenir 
G 3 d'un 



150 R E M A R Q^U E S 

d'un mot qai eft dans Lucien : que fi les Phiîofophes 
font _f âges ■par leur barbe , lui bouc eji attjji fage 
queux. 

36 Atque à Fabricîo non trijïem ] Le pcnt Fa- 
brice eft le pont qui joint Rome avec l'ifle du Ti- 
bre, vis-à-vis du pont Ceilius, qui eft de l'autre cô- 
té fur l'autre bras du fleuve, h qui joint l'iUe avec 
le quartier au delà du Tibre. Le pont Fabrice eft 
apellé aujourd'hui le pont des Juifs h ponte di quat- 
tro capit à caufe de la ftatue du Dieu Janus à quatre 
faces, qui eft au bout du côté de Fifle. 

37 Cum njellem ?nittere operto me capite~\ Ceux 
qui fe dévouoient à la mort, couvroient leur tête 
dès le moment qu'ils avoient pris cette refolution, 
pour témoigner par-là, qu'ils renonçoient à la vie 
dès ce moment, en fe privant ainfi de ia lumière du 
jour autant qu'il étoit en leur pouvoir : & c'étoit pro- 
prement un fcrupule de religion. Car ils fe cou- 
vroient la tête, pour marquer aux Dieux infernaux, 
qu'ils vouloient tenir leur parole, & qu'ils ne vou- 
loient rien voir qui pût troubler le facrifce qu'ils a- 
voient reiblu de faire deux-mêmes, ou les empêcher 
de l'achever. Tite-Live dit, que dans une famine, 
plufieurs fe jetterent dans le Tibre, la tête couverte : 
Capitibus ohnjoliitis fe in Tiberim prtecipitasjerunt. Et 
Pétrone: Praligemus 'veflibus c-apita, l^ nos in pro- 
fundiim mergamus. 

38 Dexter ftetit'] Il arriva près de moi heureufe- 
ment. Les Latins ont mis la droite, pour le côté 
heureux, à l'imitation des Grecs. Car pour eux 
c''€toit la gauche. Cela a été remarqué ailleurs. 

Ca've faxis te quidquam indignutn ] Cela eft plai- 
fant; il lui va prouver qu'il eft fou; & cepen- 
dant il l'exhorte à ne rien faire qui foit indigne 
de lui. Comme s'il y avoit rien d'indigne d'un 
fou. 

39 Pudor, inquif, te malus urget ] Jl eft certain 
que les hommes font les efclaves d'une fotte honte, 
qui les empêche de fe porter au bien. Mais l'u- 
jage que Stertinias fait de cette vérité, eft indigne 

d lin 



.UR LA SAl. III. DU LiV. II. 151 

vl'un Philofophe : car il s'en fert pour confirmer 
Damafippe dans fa folie, au lieu de tâcher de Tea 
guérir. 

40 Infar.oi qui inter njenare infanus huheri'\ Un- 
A'iedecin, qui au lieu de guérir fon malade, tàche^ 
roit de le confoler, en lui difant : Vous êtes fou de 
vous plaindre ; tout le monde a le même mal que 
vous, pafferoit afTurément pour un méchant Méde- 
cin. C'eil ce qu^ Stertinius fuit ici. Il ne cherche 
point à combatre la folie de Damafippe, poar la 
déraciner de fon coeur : il ne travaille qu'à Texcu" 
fer, .î: qu'à i'aatorifer même par des exemples ; &: 
dans la Morale il n'y a rien de plus pernicieux. Car 
plus le poiion à.\ vice ell répandu, & plus il efl à crain- 
dre. Et dans les maladies de l'ame on ne peut pas 
fe fervir de cette confolation : Hoc tibi non Joli. Vous 
n êtes pas le feuî, comme on s'en fert quelquefois uti- 
lement dans les accidens de la fortune, pour les faire 
fuporter plus patiemment. Horace donne ici aux 
Stoïciens un ridicule d'autant plus grand, qu'il ell 
fort ferieux, & qu'il ell mêlé avec des vérités connues 
dont il ell bon de fa voir faire la différence. Et ce 
qui rend même ce ridicule plus plaifant & plus fen- 
iibie, ceit que Stertinius corrompt ici une des plus 
fages maximes des Stoïciens, qui difoient avec beau- 
coup de raifon à ceux qui par une fotte honte, & de 
peur de s'attirer les railleries des hommes, conti- 
nuoient de vivre comme les autres, & s'empéchoient 
d'entrer dans le chemin de la vertu : oToy ici ro et" 
y'j/jo'/ ïv]coç &.'7rQKi-iÇ>^m'cu SiÀ ro fj.» voujd-Tiycu rolç 
etmiToiç dv'iïïTav. ^lelie extravagance de derneurer 
^centabL7}ient fouy de peur d^être pris pour fou par 
les fous ! Simplic. fur Epict. 

41 Hoc Ji erit in te folo, nil 'verhi'\ Voilà une 
fuite digne du faux principe que nous venons de 
voir. Ces bons Stoïciens n'avoient-ils point d'au- 
tres remèdes à donner aux hommes, qu'à les confir- 
mer dans leurs vices par les exemples ? Ou fi ces vi- 
ces étoien; fans exemple, n'avoieut-ils d'autre ref- 

G 4 fouvce 



I5S R E M A R Q^U E S 

fourcs, que d'abandonner ces vicieux à leur dekî- 
poir ? Parcequ'un liomme eft feul malade, deibr^'eie- 
t-on de fa gaei iicn ? Cela eil: fort ridicule. Il y a 
beaucoup de finefîe dans la manière dont Horace fc 
moque des Stoïciens. On peut remarquer ici les 
manières d'Ariftophane, quand il fe moque de So- 
çrate. 

43 ^sm niala finltitia^ &' aufscuftcus infàtia 'Vê- 
r/] Voici une excellente deFnition de la folie des 
vicieux, qui n'ell: qu une inconiliance & une agitation 
continuelle de leur efpril remp'i de fau/Tes idées. 
•Mais cette définition n'étoit pas particulière aux Stoï- 
ciens : Zenon Tavoit prife de Socrate, qui difoit, que 
la folie ne vient que de Pignorance. 

^tacunque'\ Tous les Commentateurs veulent 
qu'on life quemcunqiu y mais ils fe trompent, ^jtem- 
cunque n'ajoute rien au fens; & qu^cu:tr-ie y ajoute 
beaucoup. Car ces Philofophes prétendoicnt que la 
moindre ignorance de quelque vérité q.ie ce ï^i^ 
rendoit un homme fou, infa>nim. Et c'eil ce que la 
définition doit faire entendre. 

44. Chfyjtppi portic'us] Le Portique étoit le lieu oà 
les Stoïciens tenoient leur école ; k c'ert ce qui leur 
donna ce nom. Car ils furent ainfi apellés du Grec 
2rs£j\ q'ji fignifie Portique. Stertinius dit le Porti- 
que de Chryfippey parceque Ciiryfippe pafibiî pour le 
fondateur de leur fede. On n a qu à voir la Re- 
marque fur le vers i 26. de la troifieme Satire du Li- 
vre premier. 

45 H^c magnos formula Reges ] Formula eft un 
mot de droit. Jl fignifie le formulaire, la régie de 
la pratique, Se tout ce qu'il faut obferver dans la 
conduite u'un procès. Stertinius aplique ce mot à fa 
définition, q ■! eft la feule règle que les hommes doi- 
vent confulcer, pour fe connoître. 

46 Excepta Japiefite^ Le feul Sage. C'eft-à-dire, 
le Stoïcien. 

ISlunc accipe ] C'fft tou'ours Stertinius qui parle à 
Damafippe. On a eu tort d*en douter. 

48 Velut Jyhï^ ubi pajim J Cette comparaifon efl 

mer- 



SUR LA S AT. m. DU Liv. II. 153 

merveilleufe, êc convient parfaitement à la définition 
qu'il vient de faire. Car les voyageur? ne s'égarent 
que parcequ'ils ne connoiflent pas le bon chemin, 
qu'ils ne fauroient démêler parmi tant d'autres rou- 
tes qui ié refiemblent. 

53 Caudam trahat^ Le vieux Commentateur a 
fort bien remarqué, que c'ell: une figu.e prife de là 
cûutLime des enfans, qui attachoient une queue au 
derrière de ceux dont i!s vouloient fe moquer. Et 
c'ell ainfi qu'on doit entendre ce paiTage de Velîeius 
Paterculus, lorfqu'en parlant de Plancus, qui fe ren- 
dit ridicule & méprifable, parcequ'il reprelénta Phif- 
toire de Glaucus dans un feilin devant Antoine, il 
dit : Cum ceerulcatiis iff nudus, capu^qut rcdimïtus 
arundine^ isf caudam trahens^ genihus irMixus^ faltaf- 
fet in con'-jlvÏQy ^c. Turnebe a fort mal expliqué 
ce pafTage, & je m'étonne que Torrentius ait pu don- 
ner dans ce lèns-là ; car il veut que caudam trahercy 
traîner la qiieue^ fignitîe marcher Juperhe/Kcnt, par une 
métaphore tirée des coqs & des paons qui s'énorgueil- 
liiTent de leur queue. Mais cela ne fauroit convenir. 
On ne peut jamais dire de ces oifeaux, caudam tra- 
hère Car au contraire c'eft par la queue relevée qu'ils 
marquent leur lierté. Ce leroit plutôt, comme Tor- 
rentms l a remarqué, une figure empruntée des joueurs 
de flut^, qui dans les choeurs des tragédies avoient 
de longs manteaux, & trainoient une longue queue., 
comme Horace a dit dans l'x-^rt Poétique : 

Tibicen, traxitque 'uagus fer pulpita njejlem. 

Il fe promena fur le théâtre avec une rohs traï^ 
nante. 

Mais ce paiTage d'Horace prouve feul q'.^e cnudam 
trahere eil die ici pour le ridicule. 1 orrcntîus re- 
porte un mot de quelque ancien Schoîialle : Caudam 
pariter dicuntur trahere l^ ebrii Cf infani. On dit 
également des fous Iff des gens it^-es^ qu'ils traînent 
la queue. C'eil parceqa'ils font ordinairement iuivis 
dans les rues par les enfans qui le moquent; d'eux. 

G s 54. ^^- 



Î54 R E M A R CtU E S 

54 Nthilum inetîien<fa ] Qui ne font nunemeiît 
à craindre, parcequ'elles ne font point. Les deux 
genres de folie, dont Stertinius* parle ici, doivent ê- 
tre pris comme des comparaiTcrs un peu fortes. 
Car autrement il auroit confondu la folie avec la 
fureur. 

56 Aïtcrum^ huîc 'varium'] Vanumy pour con- 
traire, opofé. Ce mot eft remarquable. 

57 Clamet arnica mat£r'\ Arnica mater , comme 
les Grecs ont dit, ç/am fJnWnp- Peut-être même, 
comme Torrentius & Alarcile 1 ont remarqué, arnica 
water, eft ici pour diliinguer une véritable mère, 
d'une marâtre : comme honefia Joror, une foeur hon- 
nête &■ vertueufe, pour la diftinguer d'une foeur dé- 
bauchée. 

60 Non magis audierit quant FuCtus ehrius olim ] 
Stertinius explique admirablement fa penfée, par une 
comparaifon que lui fournit un accident arrivé à 
des comédiens qui jouoient TJlione d'Accius, ou de 
Pacuve. Dans cette pièce l'ombre de Polydore ve- 
noit aprendre à Ilione, qu'il avoit été tué par Po- 
lymneftor. Roi de Thrace, & la prier de l'enter- 
rer. Onvoyoit donc fur le théâtre Ilione endormie 
dans fon lit, & Polydore qui fortoit de deiîbus le 
théâtre, & qui difoit. Mater, te appello. Fufius ou 
Fufius, jouoit le rôle d'Ilione, & Catiénus celui de 
Polydore. Mais Fufius qui avoit trop bu, s'endormit 
véritablement; & les cris de Catiénus ne purent l'é- 
veiller. 

61 Ilionam e dormit ~\ Il joue le rôle dUlione en- 
dormie. 

Catienii mille duceniis'] Il faut fupofer oécef- 
làirem.ent que Catiénus, qui jouoit le rôle de Poly- 
dore, ayant à\t trois ou quatre fois : Mater, te ap' 
feîloy fans éveiller Fufius, qui s'étoi-t véritablement 
çndcrmi, \t^ fpedlateurs s'impatientèrent, & fe mi- 
rent tous à crier avec Catiénus : Mater, te appello. 
On n'a qu'à fe reprefenter ce que le parterre feroit 
aujourd'hui en pareille occafion : mille voix ne man- 
^ueroicnî pas de fe joindre â celle dç Tapeur. Voilà 

pour: 



su R L A SA T. lîl. DU L 1 V. IL is> 

pourquoi Stertinius dit: Cattems mille tlucentîs cla- 
tnantibus, des deux cents mille Catiémis criont. 

62 Mater te apello ] Ciceron nous a confervé ce 
paflage entier: 

Matery te apello, tu qua fomno curant fufpen/am 

lenjasy 
Neque te mei miferety furge l^ fepeli natum 
Priîts quàm fem njolucrefque » - - - 

Ma mere^ je 'vous apelle à mon fecours, ^jous dont 
le fomtntll fufpend les Joucis, ^ qui ne penfez point à 
mon malheur ; lei-ez-vous^ 'venez enterrer 'votre Jils, 
avant quil foit la proie des betes ^ des oifeaux. 

Ilione s'éveillant, & voyant dlfparoître lombre, 
difoit : 

j^ge, adfla : mane, audiy itéra dum eademmtt ijïa 
înihi. 

Attensy arrête, écoute-moi j mon Jilst redi-tnoi encore 
les mêmes chofes. 

La feule difRculté de ces vers confîfte à favoir 
pourquoi Polydore apellc Jlione fa mère, puiiqu'eilê 
n'étoit véritablement que fa foeur. Car il eft ridicu- 
le de psnl'er qu'Hécube foit apelléc ici liione, h en- 
core plus ridicule de vouloir qu'Horace ait confon^ 
du, & qu'il ait mis Ilione pour Hécube. Ciceron a 
parle comme Horace, ^àd Iliona, dit-il dans le H, 
Livre des Queli. Academ. fom}io illo'f Mater te ap^ 
tello. lionne illa crédit Jilium locutun:, ut 'verè ex- 
perreéla etiam crederet? Unde enim illa? 

Age, adjîa j tnane : audi : 

Polydore apelle fa foeur fa mère, parcequ'il étoit é- 
levé chez elle comme fon iils, Se qu'elle étoit la plus 
âgée des filles de Priam. 

Huic ega njulgum errori fimilem cunBum ] Il faut 

bien remarquer ce jugement, car il eft fur. La folie 

de la plupart des hommes tient toujours plus de la^ 

G 6 téme-^ 



isS R E M A R CtU E S 

témérité & de la précipitation aveugle, que de la trop 
grande timidité. 

65 Integer ejî mentis Dama/lppi creditor ? ] Da- 
mafippe efl: fou d acheter des ftatues: il eii vrai. 
Mais celui qui lui vend ces itanies à crédit, ou qji 
lui prête de largent pour les acheter, n'eil-il pas 
plus fou que lui ? Car celui qui lui prête voit fa 
perte afturée : k cependant Tenvie qu*il a de vendre, 
ou de prêter, le fait pafîer par delïus toute force de 
confiderations. 

EJlo ] Si efio fc doit raporter à ce qui précède, il 
fignifie: Que ce foit donc une choie conitante, que 
celui qui donne ces fiatues à crédit, efl plus fou que 
Damafippe qui les acheté. 11 a déjà été parlé de ce 
mot dans le premier Livre, b'il ie raporte à ce qui 
fuit, c*eft un terme de fupofition : Voyons un peu, 
fupofons un peu ceci, &c. 

66 Accipe quod nunquam reddai tnihi J Stertinius 
va prouver, non feulement que Damafippe n'eil 
point fou , d'acheter des ftatues , puiiqu'il ne. les 
paye point ; mais qu^il feroit fou, de ne pas le? 
prendre , & de ne pas profiter de la facilité du 
Marchand, & des faveurs de Mercure. Voilà en- 
core un autre ridicule qu'Horace donne ici aux Stoï- 
ciens, 

68 Prafens Menurius ] Mercure propice, favo- 
rable. 

f^g Scribe decem à Nerio] Ce paSage efl très 
difficile : Se je n'ai encore vu perfonne qui l'ait ex- 
pliqué. Voici de quelie manière je crois qu'on doit 
l'entendre. Les Anciens prétoient leur argent d« 
deux manières ; ou ils Is compioient chez eux, Se 
faifoienr pafTer chez eux Tobligation, dans laquelle 
ils ne manquoient pas de mettre, ex domo, ex arcâ 
que cet argent avoit été tiré de leur coffre, Se livre 
fur le champ ; cj, comme lis avoicnt d'ordinaire leur 
argent chez les Banquiers, ils alJo.ent le faire comp- 
ter chez ces Banquiers, & on paiibit-là l'ooligation, 
qui fe faifoit de cette manière. L'emprunteur écrivoiî 
for le Livre du Banquier ; J^ai reçu tant d'un te/Ban^ 



( 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 157 

gutefy de r argent d'un tel. C'eft pourquoi Donat 
écrit fur un paffage des Adelphes de Terence : Tune 
enim in foro ^ de TntnJ/e fcripturdy magis quàm ex ar» 
cd dotnoque 'vel cijld pecunia numerahatur. Et on a« 
pelloit cela ''cribere. Et qjand le débiteur vouloit 
payer, il alloic chez ce Banquier; Se après lui avoir 
compté Targenc, il eîfciçoit & rayoit ce qu il avoit é- 
crit ; & c'ell ce qu'on apelloit refcnbere, comme chez 
les Grecs ,^iA'ypy.^v. C^and au lieu de payer comp- 
tant, on ne faiibit que donner des billets, ou de^ let- 
tres de change fur un autre Banquier, on apelloit ce- 
la auffi refcribere ; car refcribere ell proprement don- 
ner à prendre fur un autre, aflîgner iur quelqu'un. 
D'où l'on a encore en notre langue le mot de refcrîp- 
tioH. Horace introduit donc ici le créancier de Da- 
mafippe, ou celui qui lui vend les ftatues à crédit, 
& qui lui didle l'obligation chez le Banquier, com- 
me pour argent prêté ; afin d'aflurer mieux la det- 
te. Ecri'vtZy dit-il, que rjoui avez, reçu de Nerius 
dix mille fejlercesy c'ell- à-dire, douze cents cinquante 
livres de notre monnoie. Stertinias reprend la pa- 
role, & dit à ce Perillius : Ne t'ous contentez pas de 
faire écrire cela Jimplernent ; prenez toutes les furet es 
dont on peut s'a-vifer, iîfc. Ce qui a trompé les 
Commenta reurs, c'tH: qu'ils ont cru que Perillius é- 
toit le même que Cic ta, ou le même que Nerius, 
& qu'ils n'ont pas compris qu'il y a là trois perlon- 
nages : Perillius, qui prête; Ûamafippe qui emprun- 
te; Se Nerius le Banquier, q^i a l'argent de Peril- 
lius, & dans le Livre duquel on pallé l'obligation, 
comme s'il fourniiîoit 1 argent. Cela eit aflez clair. 
La fuite le f-ra encore mi;ux comprendre. 

Non ejl latis] C'eft Stertinius qui dit à Perillius : 
Ne vous contentez pas d'obliger Damafippe d écrire 
Amplement dans le Livre du Banquier : J^ai reçu 
de Nerius f ilfc. Faites-lui faire une obligation dans 
toutes les formes , & tachez de h bien lier. J'ai 
changé le tour dans la traduction, & j adrefTc tou- 
jours la parole à DamaP.ppe; car je trouve que ces 
difcoars gbùqaes ne réalnffent point en noue lan- 
G 7 guc, 



ïrçS R E M A R Q^U E S 

gae, quand on quite tout dun coup la féconde perfon- 
ne, pour parler par la troifieme. 

Jdde Cicutce nodofi tabulas centum ] Cicuta étoit 
un célèbre ufi^rier, & un vieux routier de Notaire, 
qui dans les contrads qu'il pafToit, n'oublioit rien 
pour bien lier les débiteurs. 11 avoit pour cela mille 
tours & mille finefiès, dont il tenoit un grand regi^ 
ftre, que Stertinius apslle ici centum tabulas. Scer- 
tinius dit donc à Perillius : Pour bien lier Damafip- 
pe, employez toutes les rufes & toutes les finefTes 
qui font dans le Livre de Pratique du Notaire Ci- 
cuta, qu'il apelle mdofus , à caufe de Ton habileté 
à bien lier & engager les gens. On pouroit auifi l'en- 
tendre : Faites-lui faire une obligation auifi longue 
& aufTi étendue que les obligations que l'on pafîe de- 
vant le Notaire Cicuta, qui fait écrire cent pages, 
th il ne faudroit que fix lignes. Cela revient tou- 
jours au même fens, 

7 1 Effugiet tamen hesc fceleratus <vincula Proteus ] 
Protée étoit fîls de Neptune & Roi d'Egypte. Il fe 
changeoit en toutes fortes de formes, pour échaper 
à ceux qui le pourfuivoient. C'eft pourquoi fon nom 
convient admirablement à des débiteurs, qui ont 
mille rufes & mille reffources, pour s'empêcher de 
payer leurs dettes, & pour éluder toutes les pourfaitcs 
de leurs créanciers. 

72 Malis rident em alienis] On ne fauroit trou- 
ver dans Horace un endroit plus facile que celui-ci. 
Cependant il n'y en a point qui ait été plus mal ex- 
pliqué. Tous les Commentateurs ont pris malis rî- 
dentem alienis, riant a'uec un bouche empruntée, pour 
ridentem <vultu in'uito, riant d\n ris forcé. A lais 
je voudrois bien favoir pourquoi Damafippe auroit ri 
d'un ris forcé, puifqu'il étoit affuré d'éluder toutes 
les pourfuites de k% créanciers, & d'échaper comme 
un fécond Protée. Un homme qui a cette adreffe- 
là, n'a qu'à rire de toute fa force : & c'éft ce <jae 
Damafippe fait auffi. Car ridere malis alienis, eft 
afTurément rire à gorge déplir^^ée, comme un homme 
qui riroit avec une bouche d'emprunt, qu'il n'apré- 

henderoit 



SUR LA S AT. III. DU L IV. II. 159 

îienderoit point de fendre jufqu'aux oreilles ; parcc- 
que rcn n'épargne gjeres ce qui cft aux autres. Ho- 
race n a fait que traduire un vers d Homère qui s'eft 
fervi du même proverbe. Et ce qui a trompé les 
Commentateurs, ceû. 'a remarque d'Eullathe, qui a 
fort mal expliqué le vers Grec, & q^ii a pris en effet 
rh-e anjec une bouche empruntée, pour rire du bout des 
dents. Mai pour voir clairement qu'Euliathe s'étoit 
trompé, il ne faloit qu'examiner le pafiage d'Homère- 
Le voici, il eft à la fin du XX. Liv. de rOdyiTée,v.346. 

AffCiçov y'ihov «yp^-s, 'srapîT^Ay^èV 9 vonfjLnl 
Ol cT* «cT» yiVA^^iitn yihowv dKKGTejLniTiv. 

Aliner've fit naître à ces amatis une en<vîe démefurée 
de rire, ^ leur 6 ta le jugement. Ils riaient donc de 
toute leur force. Mot à mot: Ils riaient a^ec des bou- 
ches empruntées. 

Homère ne laifTe aucun lieu de douter que ces 
gens-là ne rifiènt de tovît leur coeur, puifqu'il apelle 
ce ris ajCiçoVy dé me fur é, que rien ne peut arrêter; 
qu'il ajoute un moment aprt-s, «/'o yiKeL(T(retVi Us ri- 
rent wvec plaifir ; 8c qu'il dit enfin v. 390. 

AuTVov p^ ;^ TQi yî yi^ozeûyjî^ tîtiko/Jo 

En riant ainfi, ils donnaient ordre, quon apriiat un 
fiiuper magnifique. 

Ces jeunes gens-là ne manquoient pas de rire de 
bon coeur, furtout quand il étoit queftion de donner 
ordre au fouper. Cela n'a pas belbin d'autre preu- 
ve : le fens mené naturellement à donner au paffage 
d'Homère & à celui d'Horace cette explication, con- 
tre le fentiment de tous les Interprètes. Les Grecs 
ont dit de la même manière ÏTi^'oyvA^^y d'un che- 
val qui eft fort en bouche, & qui, quand on le goar- 

îBîmdç avec Iç mors le plus fgrt; ne ient non plus, & 

n'épar- 



f6o R E M A R CtU ES 

-fi*épargne non plus fa bouche, que fi elle n'étoit pas 
â lui, Se qu'il en eût une d'emprunt. 

75 Penllî diâiantis] Ce Perillius efl le créancier, 
^ noii pas le Notaire. Car ce n'eft pas l'afFaire du 
Notaire, de fe mettre en peine fi l'argent qu'on prê- 
te eft bien ou mal placé. C'eft à celui qui le donne, 
a voir s il efl content des furetés qu on lui offre. Le 
Notaire n'a qu à pafTer lobligation : il ne ïc met nul- 
lement en peme du payement. 

76 DiSiantis ] Qui diète lobligation. Car c*efl 
Perillius qji dide lui-même à Damafippe: Scribe 
decem à l^erîo. 

Refcrihere ] Payer argent comptant, en rayant vo- 
tre dette, ou donner des billets payables par un 
autre Banquier. * Car refcrihere figniîie propre- 
ment payer par une lettre de change fur un Bin- 
quier. * 

77 Audtre atijue togam jubeo componere^ Sterti- 
nius demande à Tes auditeurs une longue audience, 
L'efl pourquoi il les prie d'accommoder leur robe , 
afin que rien ne les embarafTe, & qu'ils puifTent Pen- 
tendre fans interruption. Ce tour-là efl plaifânt, & 
Horace donne ici à btertiaius tout Pair d'un véritable 
charlatan. 

y^r Jmbîii&ne mald] JI ajoute Pépithete mala, une 
ambition mawvaife, déréglée. Car il y a une. ef- 
pece d'ambition, qui peut être apellée bonne, par 
raport aux autres maladies de Tame ; parcequ el- 
le efl utile, & qu elle aide même à nous corriger 
de nos défauts. C'efl pourquoi les Philofo jhes par- 
lant de toutes les paffions qui envelopent 1 ame 
comme autant dhabits, ont dit, que Pambit^on en 
efl la chemife, ityctr^ p^/TjyV '» & que comme 
un homme quite la'chemiie ia dernière, quand il 
veut fe dépouiller ; de même , Tame qji veut fe 
défaire de tojs fes vices, ne doit quiier celui de 
Pambition qj 'après avoir quité tous les autres. 

Atgenti paliet amore ] Car la pâ.eur efl l'effet du 
defir. 

79 Luxn'^ 



SDR LA SAT. III. DU Liv. II. i6c 

79 Luxun'a] La luxure comprend Se renferme 
tous les plaifirs criminels. 

Trijîi-ve fuperfïit'.one^^ La ruperftitlon eft une 
faufle opinion de Dieu, mêlée de crainte. 

8i Dum doceo infa7îi.-e omnes'] Il eft beaucoup 
plus facile ds faire voir aux hommes qu ils font 
fous, qu'il ne lefi de les rendre fages, Se de s'empê- 
cher d'être aufii fou queux. Les Stoïciens prou- 
voient admirablement aux malades, qu ils étoient 
malades; mais ils n'étoient pas eux-mêi es plus fains 
pour cela; & ils tom.bolent prefque tous dans le dé- 
faut qu Epiélete reproche aux Phiîcibphes de foa 
tems. Ce grand homme, qu'on ne devroit jamais cef- 
fer de lire, dit, que dans la philo'ophie il y a trois 
chofes néceflaires. La première, Tufage Se la prati- 
que des préceptes ; la féconde, la raifon Se la démon- 
jtration des préceptes ; & la troifieme, la preuve de 
la vérité & de la certitude de ces démonftrations. 
Nous nous arrêtons, ajoute-t-il, à la preuve: & c'eft 
en quoi nous excellons. Mais nous ne pafions point 
à la pratique, qui eft poirtant la plus nécelTaire 
des trois. Stertinius prouve bien aux hommes qu'ils 
font fous, & en quoi ils font fous; mais il neft pas 
lui-même plus fage qu'eux. Il eft tout dans la preu- 
ve, & point du tout dans la pratique. 

ros ordine adite^ Il leur dit de venir devant lui 
en ordre, les uns après les autres, & fans confuiion. 
Ariftophane apelle cela ïvTctyfJu^, en parlant des é- 
coliers qui alloient à Técole. 

82 Danda ejl hellehori^ Caries Anciens {t fer- 
voient de l'hellébore pour les maladies de Tame, 
perfuadés qu'elles venoient de Tintemperie des hu- 
meurs du corps. Bien plus, ils s'en Tervoient fans 
aucune maladie , & feulement pour donner à l'ef- 
prit plus de force & plus de vigueur. Valere Ma- 
xime nous aprend que le Philolophe Carnéade en 
prenoit toutes les fois qu'il devo;t difputer avec 
Chryfippe, & il ajoute que le facces fit rechercher ce 
purgatif de tous ceux qui aimoient les louanges fo- 

lidcs. 



i62 R E M A R Q^U E S 

lides. JJem cu?n Cbryjtppo difputaturus helleboro fe 
ante purgahat, ad exl>rîmendum ingenium fuum attenr 
tius, iff iîlif-s rcfcihndum acrius. ^as potiones tri' 
dujiria folidts laudis cupidis appetendas effecit. 

83 Ne/ào an Jnticfrajii'] li y avoit deux Anticy- 
res. Tune dans la Phocide, fur le bord du golphe de 
CoriiKhe, Se l'autre près du mont Oèta. Dans cette 
dernière croilToit le plus excellent hellébore. Mais 
on le préparoit mieux dans la première, parcequ'on 
le mêloit avec une certaine graine qui croiffoit là. 
C'eft pourquoi les malades n'alioient qu'à l'Anticyre 
de la Phocide. On peut voir fur cela un pafiage de 
Strabon, flans le neuvième Livre. Pline dans le 
chap. XXV. du Livre XXII. marque la dofe de cha- 
que drogue pour le mélange. Jl dit, que l'on met- 
toit dans du vin doux une pincée de la graine dont 
je viens de parler, avec une obole & demie d'hellé- 
bore blanc, & que cela purgeoit toute forte de bile 
& de mélancolie. 

84 Heredes Staher'i ] Pour faire voir qu'il a raiiôn 
de dire, que toute Anticyre ne fuffiroit pas pour 
guérir la folie des avares, il cite un exemple d'una- 
vare outré, qui pouiTa fon avarice jufqu au delà du 
tombeau, &: qui voulut qae fes héritiers marquaient 
dans fon épitaphe les fommes qu'il leur lailîbit. Car 
toute fa vie il avoit fi fort craint la pauvreté, qu'il 
voulut encore après fa mort s'empêcher de paifer 
pour pauvre. 

Staberi'] Ce Staberius cR inconnu d'ailleurs. Dans 
ks anciennes infcriptions on trouve un T. Staberius 
Epigonus, qui avoit écé un des Officiers des Confuls, 
*ifiator. 

Summam incidêrt fepuîchro~\ Ce foin ou plutôt 
cette vanité de vouloir que les héritiers marqualfent 
fur le tombeau les fommes dont ils heritoient, n'étoit 
pas fans exemple. Torrentius raporte l'épitaphe 
d'un Médecin, qui marque ce quil avoit donné pen- 
dant fa vie, & ce qa il laiffoit après fa mort. Hic 
fro libertate dédit H S. L. M. Hic pro Se'viratu in 
rsmp. dédit H S. x x. m . Hic in Jîatuas pons-ndas 



SUR LA SAT. ÎII. DU Liv. IL 163 

in esdem Henulis dédit H S. x X x. m . Hîc ta 'vias 
fternendas in publicur/i dédit H S. xxxvii. m. Hic 
pridie quàm mort nus ejl reliquit fatrirnonii HS. XVI. 
'M. 

86 Damnati fopulo paria"] Il fait allufion à la 
formule du teflament, que Ton apelloit, par condam- 
nation^ où le teilateur exigeoit quelque chofe de fes 
héritiers, en ces termes : Hères damnas ejio. Stabe- 
rius charge fes héritier--, s'ils n'accompliiToient pas la 
claufe de ion teilamcnt, de donner au peuple des 
combats des gladiateurs, & un feltin, & de lui dirtri- 
buer tant de bled ; comme cela fe pratiquoit fouvent 
aux funérailles des perfonnes confiderables. 

Epulum arhitrio Arri] Cet Arrius étoit un hom- 
me de baffe naiffance, qui alloit dans les grandes 
maifons, & qui par fes baffelfes amafla de grands 
bien?, & acquit qaelque forte de réputation d'aifez 
bon Orateur, quoiqu'il n'eût ni efprit ni favoir. Il 
étoit fort prodigue, & aimoit l'éclat & la magnifi- 
cence. Ceft pourquoi Staberius Tavoit choifi ponr 
le maître & l'ordonnateur du feftin qu'il vouloit que 
fes héritiers donnaifent au peuple, en cas qu'ils man- 
quaflent d exécuter ce qu'il leur ordonnoit par fbn 
teftament. Ou peut-être même que cet Arrius ou 
Arius eft le même Q^ Arius dont Ciceron parle dans 
fon Oraifon contre Vatinius, qu'il apellé fon ami, 
& dont il dit qu'il donna un magnifique feftin dans 
le temple de Callor, auquel il reproche à Vatinius 
d'avoir affifté en robe noire, tct in epulo ^ Ani fa- 
miliaris met cum togâ pullâ accumheres. Ciceron ne 
marque pas sil le donnoit de fon ch-f, ou pour 
quelque autre. Mais voici fur cela ma penfée. II 
paroît par tout cet endroit de Ciceron, que ce feftin 
d'Arius étoit un îeSlifternium, un de ces feftins pu- 
blics que l'on donnoit aux Dieux dans des occafions 
importantes, & qui étoient réglés & ordonnés par des 
Prêtres établis à cet effet, & apellés Epulones^ Se fep- 
tem 'viri Epulonum. Les fept maîtres des feftim. 
Je crois donc que cet Arius étoit Tun de ces fept. 

Voilà 



164 R E M A R Q^ U E S 

Voilà pourquoi Stabcrius l'avoit choifi pour l'ordon- 
nateur du fellin, ou il chargeoit fes héritiers de don- 
ner au peuple, il l'a voit choifi comme homme pu- 
blic, qui ayant fouvent fait de ces feftins, était plus 
capable qu'un autre de s'en bien acquiter, C'eft le 
véritable fens d^ ce palTage. Car il ne faut pas s'i- 
maginer que le feilin. dont parle Ciceron, foit le mê- 
me que celui dont Horace parle. 

Jrhitrio ] C étoit le terme dont on fe fervoit dans 
les teftamens; on difoit arbitrio dîf arhitratu; au gi é 
d'un teU à la dîJpofi.tion d'un tel. 

87 Frumeràï quantum tnetit Africa'\ Ln fertilité 
de TAfriq-e a été toujours fort vantée. C'eft Cile 
qui no'iriiloit Rome. Aulfi eft-clle rcprefentée fous 
la iîg' re d une femme qui tient deux épies dans cha- 
que miin, & qui a fois fes pieds deux vaifiéaux 
chargés d-e bkd, avec cette infcription/F/ûroj. A- 

fricfs. Monfieur Bochard a même fait voir que 
l'Afrique a été ainfi apellée de 1 Arabe feric, qui 
fignifie un épi. Terra Africa, c'eft-à-dire, terra 

Si^'e ego pra^'e ] C'eft Staberius qui parle, & qui 
ne veut point qu'on lui demande la raison pourquoi 
il a fait un teftament fi bifare. Chacun eft le maî- 
tre de fon bien. Ces pcrfonnages qu Horace intro- 
duit, outre les acfteurs ordinaires, donnent beaucoup 
de grâce à {^ vers. Torrentius s'cft fort trompé à 
ce paiTage. 

88 Ne Jts patruus rnihi^ Oncle, -pour cen/eur. Par- 
ceque les oncles font ordinairement moins indulgens 
que les pères. On peut voir la Remarque fur ce vers 
de rOdeXn. du Livre IH. 

metuentés patrua *verhera lingua. 

En apréheniant la mawvaife hutneur d'un oncle. 

Credo hoc Staberî prudentem ] C'eft Stertinius qui 
parle. 
S-:^ Vid'tJJe ] Perfonne n'a encore bien explique ce 

paffage. 



SUR LA SAT.III. DU Liv. II. 165 

pafiage. Lambin a voulu le corriger, & il l'a gâté. 
Ce qui a tro.npé tous les Commentateurs, c'éfl qu'ils 
ont cru que le fcns étoit parfait. Mais ils dévoient 
s'apercevoir qu'il eli lufpendu, jufques au versçS. 
Hoc, 'veluti njtrtute paratum, i^c. qui en fait la fuite. 
Vidijfe eil pour pro'vidijfe, comme Donat explique 
dans Tercnce 'videndum, prcvidendunif êc l'idijfemj 
p'0i>idlj/em. 

^id ergo fenfit ] C'ell Damafîppe qui prend la 
parole, & qui s'impatiente, de voir que Stertinius 
veut colorL^r ce que Staberius avoit fait. Ce font ces 
trois mots, prudent em animum ^'idijfe, qui échauffent 
la bile de Damafîppe. Fn effet iis ont Tair d'une 
excufe. Si Damafîppe ne voit pas d'abord que c'efl une 
ironie. 

91 ^oad t'ixif, a-fdidif] C'efl Stertinius qui ré- 
pond, & qui va expliquer les raifons qu'il croit que 
Staberius avoit eues de faire ion teftament comme 
il lavoit fait. Et ces railcns fe tirent de fes incli- 
nations, &: de la manière de vie qu'il avoit menée. 
Il y a ici une vivacité furprenante. Se une admirable 
variété. 

94. Omnis enim res, nfirtus, /ama, decus ] Ster- 
tinius parle ici félon les fentimens de Staberius, 
qui étoit perfuadé, que les richelfes font au-deffus de 
tout. 

* 96 ^as qui conjîruxerif] Cefl ainfi qu'il faut 
lire, & non pas contraxerit. C'eil ainfi qr'il a dit 
des richelfes, confirudus acewus^ Se extruéiis in al- 
tum dinjitiis^ Se Ciceron, conjiruclam C5f coacewatam 
pecuniam, conme M. Bentlei l'a fort bien remar- 
qué. * 

97 Clarus erit^ fortis, jujîus, /apiens ] Staberius 
difoit des richelfes, ce que les Stoïciens difoient de 
la vertu. 

9 8 Hoc, 'veluti njirtute paratutUy fperanjit ] Voi- 
ci la fuite du vers quatrevingmeuf : Credo hoc Staherz 
prudent em animum njidijfe. Que prévit- il? Il pré- 
vit que cette fomme gravée Tur Ion tombeau, fe- 
roit honneur à la mémoire, comme étant une mar- 
que 



i66 R E M A R Q_U E S 

que évidente de fa grande fageffe & de fa ver- 
tu. 

99 ^uicl f^mile ijïi Gracus Arijîïppus ] II vient 
de citer un exemple d'une prodigieuie avarice ; il 
en va donner preientement un tout opoié, qui ell da 
trop grand mépris des richeiîès. 

100 Gracuî Arijîippus^ Jl ctoit Afriquain, ou 
plutôt de l'ifle de Thera. Mais comme Thera étoit 
une colonie Greque, Ariftippe étoit Grec par cette 
raifon. Ariftippe étoit le fondateur de la fede Cy- 
rénaïque. 

^ui jewos projicere aurum'] Stertinius accommo- 
de Thiftoire d' Ariftippe à fa fantaifie. Car Ariftippe 
n'avoit qu'un efclave, qui portoit Ton argent, & il ne 
commanda à cet efclave d en jerter que ce qu'il avoit 
de trop. Voici ce que Laèrce en a écrit après Bion. 

Ccu ^a.Çàt.<7cfj, iJon ejc/a-z-e, qui portoit /en argent 
dans le <vojage^ fe trou-van t trop chargé y jette ce que 
tu as de trop y lui dit-il, ^ m porte que ce que tu peux 
porter. Mais Ciceron parle de quelque argent qu'A- 
riftippe £t jetter dans la mer ; & il loue même fon 
a£lion : ce qui fait voir que cette hiftoire a été contée 
bien difFeremment, & qu'il eft bien difficile d'en fa- 
voir la vérité. 

102 Vter ejî infànior hornm~\ Il eft difficile déju- 
ger laquelle eîl la plus grande de deux folies qui font 
toutes deux pouftecs à 1 excès. 

103 Nil agit exetnplum litem quod H te refolvit'\ 
On n'a pas moins de peine à concevoir la folie 
de celui qui a ce giand mépris pour les richef- 
itiy que la folie de l'avare qui les préfère à tout, 
& qui les entaflc fans y toucher. C'eft pourquoi 
c'eft vouloir décider une queftion par une autre 
queftion, que de vouloir faire juger de l'un par Fau- 
trc. 

1 04 Si quis emat cytharas ] Stertinius va expli- 
quer par des exemples fenfib! es la folie de Tavare. 

Et 



SUR LA SAT. m. DU Liv. IL 167 

Et tout ce qu'il va dire elt excellent. Les richef» 
fc5 iont entre les mains d'un arare, comme un luth, 
une flûte, entre les mains d'un homme qui n'en 
joue point. C'eft une compai-aifon de Xenophon 
dans fon Oeconomique. En effet les richeflès ne 
font pas moins un inftrument qu'un luth. C'eil 
pourquoi Ariftote dit : Ô j^ tâS't®^ tcov ^fT^y.caVy 
& les Grecs les ont apellées ^iffxATet, c'eit -a-dire «- 
tibilta, des cho/cs ujables, {\ fon pouvoit parler ainfi. 
Et elles ne le font plus, dès que l'on n'a pas fart 
de s en bien iervir, & d'en faire Tufage auquel elles 
font deftinées; ce que faint Chryfoftome apelle le 
plus grand de tous les arts. Ariftote parle de cet art 
dans ce paflage qui eft admirable : E'kolçù) ACtÇA 
^TOJL 'iyjàV jh -2^/ tïtoLçav etpîTviv. ¥ixc ïlK^sTa 

Celui-là Je fert bien de chaque chofe , qui a rart, 
Vadreffe qui regarde cette chofe-là. Ainji un homme 
Je fèr^vira fort bien des richejjes^ s" il a rart qui con- 
cerne cet injîrument. 

105 l^ec Mufis deditus ulli'\ En Latin les Mufea 
ne fignihent pas moins la mufiquc que les fciences, 
comme aulfi le mot de mufique fignifie autant les 
fciences que la mufique. 

ic6 «S/ fcalpra ^ formas'] Formas ce que nous 
apellons aufîî des formes. Forma calcei, dans le Di- 
gefte, parceque le foulier fe form.e là-deffus, Colu- 
melic apelle de même des formes de buis, les vaif- 
feaux où l'on forme le fromage. Cafeus <vel manu 
fguratur, 'vel buxeis formis exprimitur. 

1 1 Metuenfque 'velut contingere facrum ] C'eft 
comme il a dit dans la Satire première : 

- . congeflis undique faccis 

Jndêrmis inhianSy ^ tanqu^m parcere facris 
Cageris. 

Tu couches la gueule béante fur des facs d ' argent , 
que tu ai amaffes de tous.eUés par toute forte de 'voies t 



i63 R E M A R Q^U E S 

i^ ton a'varice te force à ne fen Jer'vir non plus que 
d^une choje facrée. 

* 112 Porredus 'vigilet ] On a voiilu encore 
changer ici le porreéîus en pto-edus, vomme dans 
rode X. du Livre 111. Lcia n'ell pas bien impor- 
tant. Mais j'aime mieux /ijrrf^ai, qui marque ! at- 
titude de cet homme qai eft co ché lort ^e lon long 
pour attendre les vol urs & n erre coin; \u *. 

113 Audeat efuruns doi>.li.us'\ Le mo dominus 2.- 
joute beaucoup au ridicule de i image que Stertinius 
fait ici. DomîmiSf tout maître qu'il eit. 

l\/\. Ac potiùs foliis par:us <vefcatur amaris ] 
On explique ces feuilles ameres, des herbes de la 
campagne, qui font plus faavage? & moins dou- 
ces que les herbes qui viennent dans le-^ jardins Mais 
on le trompe. Horace apelle des htrhes ameres, des 
herbes fans aucun aprct , fans haiie, ni heure, 
&c. 

1 1 6 Acre potet aceti-.tn ] Acetum ne figniiîe pas 
ici du vinaigre proprement, mais du vin tourné, 
du vin aigri. On l'apelle 'vinaigre par comparai- 
fon. 

117 Si iff Jîramentis tncuhet J Stramenta font 
proprement des lits de paille, de nate, qu'on apelioit 

fegejiria. On couchoit lur ces nates avant qu'on le 
fût avifé de coucher fur des peaux ; & enf. n on fit 
des matelas que Ton emplit de boure, & que l'on a- 
pelloit culcitras. 

UndeQ5logvnta'\ Quatre vingt mo'ns un. JJnde^ 
9Boginta^ c'eft pour u7io de odoginia, un ôté de qua- 
tre-vingts. 

118 Cuî ftragula 'veftis^^ Cela peut fignifîer toute 
forte de couvertures pour étendre fur les matelas, fur 
les lits, & fur foi, quand on eft couché. Car njeftis 
cil un mot commun, qui fignihe des étoffes. Cepen- 
dant je crois qu'Horace a mis 'vejîisy parcequ'on a- 
voit accoutumé de couvrir le lit, & de ie couvrir foi- 
même la nuit des mêmes habits que l'on portoit le 
jour. Ovide a dit : 

... 7îeque 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 16^ 

- neque m Léîo pallia nojîra fedtnt. 

Mes habits tombent de mon lit. 

Et Properce : 

Tunt queror in ttto non Jidere f allia leSîo. 

Alors je me plains que mes habits ne tiennent point 
fur mon lit. 

Mais voici un pafTag? de Sénque où cette coutu- 
me tlt marquée bien clairement. l\ dit dans la 
Lettre LXXXVIII. Culcitra in terra jacet. Ego itt 
culcitrâ. Ex duahus penulïs altéra Jîragulum^ altéra 
opertorium fada efî. Je couche à terre fur un ma- 
telas. De mes deux robes l'une me jert de tapis à 
coucher deffus^ U' l 'autre de couverture à mettre fur 
moi. 

119 Blattarum ac tinearutn'] Blatta ^ù. un petit 
ver qui a des aiits, & qui naît dans les livres Se dans 
les habits. Il ne vole qae la nuit : c'ert pourquoi Vir- 
gile 1 apelle 'u ifu^e. 11 elt différent des teignes, qui 
n'ont point d ailes. 

123 DU s iniviice fenexy cujîodis, ne tibi défit? '\ 
Il ne faut poin: mettre de point interroga; if après 
cuftodis. Le fens ei\ tort beau & fort naturel de cet- 
te manière. Ces vieillards avares, po^r excafer 
leur avarice, ne manquent pas de dire, quMs n*é- 
pargnent que pour leurs enfans. Mais leur épargne 
n*a en effet d'autre fondement, que la peur de man- 
quer de quelque chofe un jour. On s*eit trompé à 
ce paffage. 

124 t^antulum enim fumma'\ Cet enim eu re- 
marquable : car il y eft pour fed, comme la fuite du 
d'fcours le prouve manifeflement. Il ne leroit pas 
difficile d en trouver des exemples, 

I 26 Impexafatdum porrigine ] Porrigo eft propre- 
ment c tte craflV. blanche qui tomb^ comme du on 
de la tète des gens mal propres, quand ils le pei- 
gnent. C*eft pourquoi les Grecs lont apellée ^ij^j^ 
eUfftv t & les Latins aulli furfures. Quintus Sere^ 
nus : 
5a/». VIL n Cm 



I/O R E M A R Q^U E s 

Cum caput immenfa pexum porrîgine ningit 
Copia far ri s uti f rendent ibu s édita /axis. 

^are , fi quidnjîs fatis ejî, perjuras"] Tous ces 
avares tâchent de pallier & de déguiier leur avarice, 
en difant, qu'ils ne fe refufent pas le néceflaire, & 
que la nature fe contente de peu. Et Stertinius re- 
torque fort bien cette railbn contre eux-mêmes. Car 
fi la nature eft contente de fi peu de chofe, pourquoi 
commettent-ils donc tant de crimes, pour amaffer des 
biens qui leur font inutiles, & dont ils n'ont pas be- 
foin? 

i2?> Tun fanusP ] Voici une autre fcene. Sterti- 
nius s'adrefle à quelque autre de ceux qu'il a apel- 
les, & qu'il fait paffer en revue devant lui : Vos ordi- 
ne adite. Il parle à un Scéva, qui avoit empoifon- 
né fa mère, & à quelque autre fcelerat qui avoit é- 
tranglé fa femme. Ces changemensde fcene font ici 
une grande beauté & une grande variété. 

Populum fi cadere faxis] C'eft une comparaifon 
à minori ad majus, du petit au grand. Si un hom- 
me qui pourfuit dans les rues tous les paffans à coups 
de pierres, eft pris pour un fou, que doit-on dire d'un 
avare qui tue fa femme, pour jouïr feul de fa dot ; Se 
fa mère, pour avoir plutôt ion bien, & pour ne la 
plus nourir ? Plaute a parlé de la folie de ceux qui 
pourfuivent les palTans à coups de pierres. Car Tin- 
darus dit dans la quatrième fcene du troifieme Ade 
des Captifs: 

Jam iîlic tios infiSîahït îapidibus, nijl iîlum jubés 
Comprehendi. 

Il <va nous pourfuivre tout^arP heure à coups de 
pierres, fi 'vous ne le faites prendre. 

129 Ser'vo/que tuos quos are pararis'\ Monfieur le 
Févre a eu raiion de corriger fernjofque tuo quos are 
pMraris, Ce tuos quoi e&, rude à i'oreilie. 

130 ^uum 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 171 

130 ^iim laq:ieo uxorem interhnts, matremq^ue nje- 
ncno ] Il ne faut pas douter qu'Horace ne faffe allu- 
fion à deux hiiloires arrivées de fon tems, «Se qu'il ne 
s'adrefle ici à deux hommes, dont l'un avoit étran- 
glé fa femme, & Tautre empoifonné fa mère. Nous 
ne favonà pas qui eil le premier ; mais pour le der- 
nier, c'ell ailurément le même Scéva dont il a parlé 
dans la première Satire de ce même Livre, vers 

53- 

_ ^cccvee 'vi'vacem crede nepotî 

Md.trem, fiil faciet /céleris pia dextera: mirutn^l^c. 
Sed maîa tolht anum lùtiato melle cicuta. 

Prenez ce garnement de Scé^va^ confiez lui fa mère, 
q:ii ^nt trop longtems à fon gré. Sa main ne commet- 
tra point de crime : // eji trop pieux^ i^c. Mais ce 
qitil fera^ il abrégera les jours de cette bonne <vieille 
avec un breuvage de miel, qu'il accommodera dé^vote- 
ment a^vec la ciguë. 

1 3 2 ^id-enim ] On n'a pas connu la grâce de ce 
paflage. Stertinius introduit ici Scéva lui-même, 
qui entendant qu'on l'accafe d avoir empoifonné ia 
mère, veut fe juftifier, & demande d'abord à Sterti- 
nius: '^le njoulez-njous donc dire F * M. Bentlei don- 
ne tout ceci à Stertinius & corrige quidni. Ce qui 
perd toute la vivacité Se le naturel de ce pafTage. * 

Neque tu hoc facis Argis ] Voici une plaifante fa- 
tisfadion que Stertinius fait à Scéva : J'ai dit, que 
l'ous anjez tué votre mère, mais je fais bien que ^jous 
fia-vez pas commis ce crime à Argosy iff que njous navez 
pas employé le poignard comme Orejie. Ces j unifica- 
tions dans lefquclles on defavoue certaines circonftan- 
ces vaines, pour mieux confirmer & alTurer un fait, 
font fort agréables, & divertiflent extrêmement le 
Ledleur. 

133 Ut de:rens gcnitrlccm cccidit Orejîes ] On 

fait l'hilloire d'Orefte, qui retourna exprès à Ar- 

gos, pour tuer fa mère Clytemnellre, & pour 

H z venger 



172 R E M A R Q^U E S 

venger fon père Agamemnon, qu'elle avoit aflàf- 
finé. * Dans quelques MSS. M. Bentlei a trouvé 
occîdis. Et cette leçon eft très bonne : Fous ne tuez 
fas 'Votre mère a-vec un poignard comme un autre O- 
rejle * 

134 Jn tu rerîs eum ocàfa înfan\ffe parente^ A- 
près avoir prouvé, qje les avares Tont fous, il va 
prouver, que les fous ont fous avant que de com- 
mettre des crimes, & c*efl: ce qu il établit fort claire- 
ment par Texemple même dOrelle. I] eil certain 
que le crime naît toujours de la folie, & que la folie 
ne naît jamais du crime. 

135 An non ante malis dementetn aSîum Furiis'] 
Ce paflage eil beaa : Les remords d'une conxitnce 
effra)ée de les crimes, ne font pas les feuleo Furies 
qui tourmentent les hommes. Les plus dangeieu es 
Fur es pour eux, ce font leurs palTxns effrénées : 8c 
ce font celles-là qui portèrent Orelle à tuer la propre 
mère 

* 137 Maie tiit.^ mentis^ M. Bentîci a fort bien 
cbfervé qu Heinfius avoit grand tort de :ire tna'.e mo- 
ia mentis ; & que tuta eil excellent. Car tutus fi- 
gnifie (anus, incolumis, & e tû un terme ufité dans la 
médecine. * 

138 Nil fané fecit quod tu reprendere pojjïs ] Ce 
jug-ment eil admirable. \\ eil certain que depuis 
qi'Orefle paffa pour fou, il ne fit rien qui ne doive 
donner plus de pitié que d'indignation. Après qj'il 
a tué fa mère, on na peut le regarder que comme 
un malade qji croit voir ce qu'il ne voit point, & 
qui a q .eiquefois de bons intervalles. Mais aviint 
cela c eil un véritable fou qui fuit aveuglement la 
pallion, &■ q:ji ne connoit ni mefjres, ni bernes II 
en eil de même de tous les fous: q and leur folie a 
éclaté, ilo ne font plus fi dangereux ni fi méchants, 
qje q'.'.and elle eil cachée ^ous les aparenjes irompeu- 
(es du bon fens & de la rai on. Si nous prenions la 
peine d'aprofoncMr toutes les ver-tés qae ce paliage 
d*Horac : découvre, nous en trouverions de très pro- 
pres à mortifier notre oj^uui. 

140 T. an- 



SUR LA SA T. ITT. DU Li V. Ul 173 

1 40 Tantum maledicU utrlque 'vocando hanc Fu' 
riam] Il eft très certain qu'Horace fuit ici une aJtre 
tradition que cel'e d Euripide. Car s'il avoit mar- 
ché lar les traces de ce Poste, il n auroit pu dire 
q..'Or^lt3, après avoir tué fa mère, ne fit rien que 
Ion p^ilTe blâmer, pui qu'il voulut tjer encore Hé- 
lène, & qi il tint longtems le poignard fur la gorge 
d'Hcrmione. Il eft même faux, qu'Orefte dite des 
injures à Pylade dans la tragédie d'Euripide. Ho- 
race va démêier cette vérité , fans s arrêter à tous les 
changemens que les Poètes y ont aportés. Je na 
doute pas même que Thiftoirc d Orefte ne fût 
jouée fur le théâtre de PvOme, comme on 1% voie 
ici. 

1 4 1 JuJlJît qu^d fplendida h: Us ] Splendida b'tlis 
eft la bile jaune, qui eft plus luifante que la noire, 
&: qui porte les gens à la fureur, au lieu que la noire 
porte plus fouvent à la trifteffe. Cette bile luiiàntc, 
c'eft celle que les Médecins Grecs apellent vaKuS'H 
^oKvt , & CctKuJ^v^i thiyfJLA , l'îtream biUm , 'vi- 
treum phîegma. C'eft pourquoi Perfe a dit, 'vitrea 
bilis. 

id.2 Pauper Opimîus argenti ] \'"oici un autre 
exemple d'un avare outré, qui aimoit mieux fe laif- 
fer mourir, que de prendre dans une extrémité fort 
grande une bouillie de ris, qui ne rcvenoit pas à huit 
lois. Le conte eft fort plaiiant & fort vif 11 y avoit 
à ^omQ gens Opimla, qui étoit une famille confidera- 
ble, dont é:oit L. Opimius, qui fut Conful l'an de 
Rome 632. 

133 P'ejentanum'] Le vin de Vejentum, OU Veïe?, 
danr- la Tofcane étoit le moins eftimé de tous les vins 
d''ta'ie. 

144 Cav.panâ fiîitus irulîâ'] Trulfa vient dc 
trua, & trua vient du Grec TOfJvty & l'un & 1 autre 
fignifie proprement une grande cuilliere de cuifme a- 
vec un ^ong manche. Peu à peu on a étendu la fi- 
gnif cation de trulla. Se on lui a fait fgnifier une 
bouteille à long col, Se une taife. Horace remployé 
ici dans le dernier fens. 

H 3 1 45 f>uon- 



174 R E M A R Q^U E S 

145 ^ondam Lethargo grandi^ Voyez la Re* 
marque iur le 30. vers de cette Satire. 

147 Medicus multum celer atque Jîdelis'] Deux 
grandes qualités pour un Médecin, la fidélité, c'efl à- 
dire laplication , l'aifiduité , rattachement , & la 
promptitude à profiter des occafions, qui s échapent 
dans un moment, Se d'où dépend le luccès de la Me- 
<iecine. Ciceron écrivant à Servius loue le Médecin 
Afclapon de fa icience & de la fidélité ; In quâ mihi 
cum ipfâ fcientiâ tum etiam Ji délit ate benevolentiâqrte 
fatisfecit. 

148 Menfam pont jubet'\ Cela peut être vrai, au 
pied de la letre, Se il n'y a rien ici que l'on n*aiî vu 
de nos jours. 

152 ^uid'visP] C'eft le malade qui demande au 
Aledecin, ce qu'il veut donc qui] faiTe. 

1 5 3 Déficient inopem 'ven^ te ] Cet inopem eft re- 
marquable : car il fignifie/o/^/^, qui 71 a rien dans h 
corps, i^c. 

* 154 Ingens accédât ftomacho'] M. Bentlei trou- 
ve ^ingens ne convient point ici & qu'il eft trop 
fort ; en effet il ne faut pas une grande quantité 
de nouriture à un malade affoibli, pour foutenir fou 
ettomac. C'eft pourquoi il croyoit qu'il falloit li~ 
re pr^fens. Mais il ne faut rien changer a u texte . 
Ingens peut fignifier aufil forte ^ pitijfante. D'ailleurs 
Horace parle ici d'un malade épuifé par la diète, & 
qui a befoin de beaucoup de nouriture pour fe réta- 
blir. Le même M. Bentlei a trouvé dans p'iuf:eurs 
MSS. accedit & il a fuivi cette leçon, que je crois 
auffi la meilleure: accedit marque un befoin plus 
preffant. * 

Stomacht) fultura ruenti] C'eft une heureufe ex- 
preflion. Il y en a une toute femblable dans le XIX. 
chap. des Juges, verf. 5. 'Zrii^Krov tviv y^^S'icLV (t\s 
'4'«y//.û> afTK. Soutenez, 'votre ejiomac par un mor- 
ceau 'de pain; & dans le Pfeaume CIV. Kcw afT^ 
v^^^lcLV dvd-feûTTu Ç»pî^ît. Le pain foutient fejio' 
7nac de rhomtne. Et Lucrèce a dit de la même m.a- 
nicre: 

Trop' 



SUR LA SAr. III. DU LiV. II. 175 

Propterea capitur cibus, ut fuffuîciat artus, 

155 S urne hoc ptifanarium oriz^e'] ^'Jto'ccViii cil de 
rcrge mondée du Grec ^i(7(TèiV-, piler, purger, de- 
corticare. De ptifuna on a fait le diminutif ptifana- 
rium ; & c'étoit proprement de la bouillis d'orge. 
Quand on la faifoit d'autre chofe, on avoit foin d a- 
joutex le nom, comme Horace dit ici ptifanarium ori- 
s^, de la bouillie de ris. 

156. Ocîo ajjîbus'] Chaque as Romain valoit un 
fol de notre monnoie. * Car il y en avoit deux cS^ 
demi au feikrce, & dix à la drachme qui valoit dix 
fols. Dans quelques IMSS. il y a oBujJïhus qui ell 
fort bon & fort Latin, comme M. Bentlei l'a fort 
bien remarqué. Feitus : Tarpeiâ lege cautum ejî ut bas 
centujjîbm^ o'vis decujfibus ajïimaretur. * 

159 S tu/tus iS' injanus] L'avare eft vicieux & 
fou. C'cft pourquoi il a dit, qu'on devoit lui refer- 
ver Anticyre toute entière. Il y a la même diffcrence 
entre fîultus Se in [anus, qu'entre le fjLupoç & le ^.a<- 
voiAiv!^ des Stoïciens- 

161 Non ejr cardiacus"] Cardiaci (ont proprement 
ceux qui ont leilomac débile, & qui tombent fou- 
vent dans dea folbleffes qui caufent dc"4*^andes lueurs. 
Le fouverain remède pour ce mal, cell le vin. Pline, 
dans le Livre XXIL Cardiacorum morbo unicam fpe7n 
in fui no certum eJî. L unique efpcrance de ceux qui 
font tra'vaillés du mal d' efomac^ cefï le ^uin. Varron 
a écrit, qu'il n ctoit entré du vin de Chio chez lui 
que lorfque fon Médecin le lui eut ordonné pour 
fon mal d'efiomac; cum Cibi cardiaco MeJicus dedif* 

fi'- 

Craterum dixiffe putato'\ Craterus étoit un célèbre 
Médecin du tems d'Augufte. Ciceron en parle dans 
les Lettres à Atticus : Commo^vet me Attica, etft af- 
fentior Cratero. Et dans une autre Lettre : De AttU 
cd doleo ', credo tamen Cratero. La fie^jre d'Attica 
me fait de la peine. J'ai pourtant beaucoup de con- 
fiance en Craterus, qui affure quil ri y a point de dan- 
ger, 

H 4 164 Non 



176 R E M A R Q^U E S 

1 64 îfm ejl perjurus negue fordidus j Comme 
ce vieillard dont il a parlé, à qui il a dit dans le cent 
Vingt '.epiieme vers : ^lare, perjurasy furripisy au- 
fers F 

Immolet tpquis htc porcum larihus. ] On attribuoit 
ordinairement aux Dieux do.neftiques tous les biens 
& tous les ma'jx qui arrivoient dans les familles, 
comme Horace a dit dans l*Odc IV. du Livre IL 
q e Phylis (e plaint feulement de Tinjuilice de fes 
Dieux domelliques: 



- ^ Pénates 

Mceret iniquos. 

C'eft pourquoi on leur faifcit des facriLce?, ou pour 
les remercier, ou pour les adoucir. Et parceque les 
Dieux Lares étoient les fils de la Déeflè Manie, les 
fous s'adrefibient particulièrement à eux, pour être 
guéris. Et ceux qui n'étoient point tombés dans la 
folie, ne leur offroient pas moins des facrifices, pour 
leur témoigner, que c'éioit par leur fecours qu'ils 
croyoient avoir été garantis de cet accident. Voilà 
donc la raifon i^cur laquelle Horace dit à celui qui 
n'efl ni parjurée, ni avare, qu'il doit remercier les 
Dieux Lare;, qui lui ont été fi propices, Se leur of- 
frir un cochon Car le cochon é:oit leur victime or- 
dinaire, comme on la vu dans l'Ode XXIII. du Li- 
vre IIL 

Si thure placaris U horna 
Fruge Lares, anjidâque porca. 

Et Tibulle, en parlant des Lares : 

Hofîiaque è pienâ myjika porcus harâ. 

Ce que Tibulle dit myjiica porcus, Plaute l'avoit a- 
"ç^iporci /acres ^ dans la féconde fcene du II. Ade 
des Ménechmes, oii Ménechme demande combien 
on vend les cochons pour le lacrifice, parcequM en 

veut 



SUR LA S AT. lu. DU Liv. IL ij-f- 

veut acherer un, afin que Cylindrus, qu'iJ accule d'ê- 
tre foj, i*oiFre aux Dieux Lares, pour eue délivré 
de ia folie. 

165 Verum amhitiofia i^ audax'\ Car l'audace & 
la témérité lont les compagnes ordinaires de l'ambi- 
tion ; mais il y a cette diiFerence entre l'audace & la 
témérité, qje Taudace n'a jamais été prife qu'en 
mauvaile part chf z les Anciens. C'eil pourquoi Ci- 
ceron écrit à Atticus : Aut nos temeritatem bonorum 

Jequamur, aut aiidaàam improhorum in/eSiemur. Sui- 
'vons la témérité des bons, ou opofons-nous à l'audace 
des méchans. 

166 ^hiîd enim diffcrt barathrone dones, Ciff.l Ce 
paiTage n'a jamais été bien expliqué. Horace pa.rle ici 
des avares & des ambitieux ; & il veut faire voir, que 
les uns îont au'Ji fous que les autres, & qu'il n'y a 
pas moins de foîie à prodiguer fon bien, & à le jet- 
ter, comme on dit, par les fenêtres, qu'à le garder 
fans ofer s'enfer\ir. Barathrone dones, c'eft le ca- 
raclere des ambitieux, qui facrifiant tout pour fuivre 
leurs eperances chimériques, jef.ent tout leur bien 
dans un abime qui n'a point de fond. Et cet abime, 
ce barathrum^ nell autre que l'ambition. * Cette 
leçon peut donc êire fort bonne. Mais M Bentlei a 
fait fur ce palTage un;; iavante remarque dont je fuis 
obligé de rendre compte. Dans quelques MSS. il y 
a balatrone, & dans d'autres balatroni. Si l'on re- 
çoit la première, balatro ell un nominatif & il faut 
expliquer comme un autre balatro, car balatro ell un 
prodigue, un débauché qui fricaiTe tout Ton bien, & 
M. Bentlei panche beaucoup à recevoir 1 autre qu'il 
explique fort bien, en difant q^ie ces ambitieux pour 
acquérir la faveur du peuple dépenfoient tout leur 
bien auprès des hilirions & des balatrons ; ce qu'il a- 
puie par un paiîhge de Vopifcus qui paroît avoir eu 
celui ci d'Hoiace devant les yeux : A''^ patrimonia 
fua, profcriptis legitimis heredibus tnimis ^ balitroni- 
bus depiitarent. Car donare balatroni, & dcputare ba^ 
Jatronibus eft la même expreffion. 

169 Jnti^uo cenju] Ces deux mots ne doivent 
H 5 poiat 



178 R E M A R Q^U E S 

point être joints avec dives : ils dépendent de pr^- 
dia\ Se pradia antiquo cenfu, des terres fort ancien- 
nes qui étoient dans la famille d'Oppidius depuis 
longtems, & qui ne payoient point de tailles. CJ'ell 
ce que Séneque apellc patrtinomutn liberum ^ inge- 
nuum dans la Lettre XXVII. Cahiftus Sabir.ius me- 
fnoria nofira fuit di'vts i^ patrifnonium habehat libf^ 
rum l^ ingejîuum, 

1 7 1 Pojîquam te talos , Aule, nucefque ] Tali ne 
font pas ici des dfz,, mais des offelets. Les enfans 
jouoient avec des ofTelets, avec des noix, & avec de 
petits cailloux, quon apelloit ocel/atos. Suétone, en 
parlant d'Augufte : Modo talis aut ocellatis, micibnj- 
que ludebat curn pueris minutis. Il jouait a^vec de 
petits enfans aux ojjelcts , à la pierre^ l^ aux 
noix, 

* 172 Ferre finu laxo^ donare l^ ludere'] M. Ben- 
tlei a lu perdere au lieu de ludere^ & il faut avouer 
qu'il donne à cette conjedure beaucoup de vrailem- 
blance & que fa remarque eft très ingénieufe : cepen- 
dant je crois qu'il ne faut rien changer. Ce perdere 
paroit inutile après donare^ Se ludere renferme même 
ce fen- ; car par ce mot Horace fait entendre qu'il 
les hafardoit au jeu fans aucune retenue, & Fimage 
cft plus fenfible. * 

174 Extimui ne 'vos] Car des inclinations que Ton 
voit aux enfans dans le bas âge, on peut juger pref- 
que toujours furement de ce qu'ils feront un jour. 
Ces inclinations dans ce bas âge ne font donc pas 
tout-à-fait indifférentes; auffi la philofophie les re- 
garde, non comme des moeurs, mais comme la cau- 
fe des moeurs futures. 

175 Tu NomentanuM , tu ne fequerere Cicutam } 
Nomentanus ce fameux débauché dont Horace a dé- 
jà tant parlé, qui avoit mangé tout fon bien. Ci- 
cuta le Notaire, ce grand ufurier qui prenoit fi bien 
fes furetés, & qui lioit fi bien ceux à qui il pré- 
toit fon argent. Horace vient d en parler au verf. 
69. 

178 £/ Natura coercet] Ce coércet eft remarqua- 
ble: 



SUR LA S A T. III. DU L I V. II. 179 

ble : Natura co'ércet illud, la Nature fe contente de 
cela. Elle met après cela des bornes & des barrières 
qu'elle défend de paficr. 

179 Ne ^jos titilkt gloria ] Titillo, du Grec t/a- 
Aflj',, 'veilâre, piquer. Tillo, en répétant la premiè- 
re fillabe, titillo. 

Jurt-jurandy) ohjînngam ambo ] Il n'y avoit rien 
de plus iacré que les fermens que l'on avoit fait faire 
de cette manière. 

180 Uter ^dilîs fuerit^oe njejîrùm Pr/^for] Tcr- 
rentius veut nous perfuader, que ce père ne parle à 
fes enfans que des IvJagifti-atures de fon pays de Ca- 
nufe ; mais ce femiment eft démenti par ce qui fuit 
du cirque, d'Agrippa, &c. Ce qui marque évidem- 
ment qu'il eft queftion ici des charges de Rome, qui 
feules pouvoient remplir l'ambition de ces gens-ià. 
D'ailleurs, pour ces charges municipales, il n'étoit 
pas néceffaire de faire de fi grandes largefles au peu- 
ple. 

181 Intejlabilis ^ facer ejio ] Inteftahiîîs fîgniHe 
qui ne peut pas fervir de témoin, & qui ne peut pas 
faire teflament. Car il n*y avoit que ceux qui pou* 
voient tefter qui pufTem fervir de témoin. 

Et facer'] Sacer fignifie maudit y dé-z'oué aux Dieux. 

On pouvoit tuer impunément un tel homme. Homo 

facer is ejî quem populus judicarit ob maUficium^ neque 

fas eft eum immolariyfed qui occidit parricidii no7i dam- 

natur. Feftus. 

182 In cicere atque fabâ] Ceux qui afpiroient 
aux charges tâchoient de gagner les fuffrages du peu- 
ple, par les largeiTes qu'ils lui faifoient. Ces iar^ 
gelTes confiftoient en pois, en fèves, en bled, en aï- - 
gent. Et les Romains faifoient en cela une dépende 
fi prodigieafe, que beaucoup de gens très riches s'y 
rumoient entièrement Cefar avoit employé à ces 
fortes de libéralités plus de dix-huit millions de livres 
au dt-là de fon bien. 

183 Latus ut in circo fpattere'\ Latus, à votre ai- 
fe, fans être preffé de k. foule, qui fe retire par ref- 
peét. C'eû le véritable iens. 

H ^ dut 



î%o R E M A R Q^V E S 

jfuf ^fteus ut ftes ] Mot à mot : ^ue tu fois po/é 
d''airaini c' eu.- k dire y qu'ion t''érigf publiquement une 
fiatue de hronx.e. Paufanias a dit de la même ma- 
nière en parlant de la courtiiane Léena, Tamie 
d'Harmodius, o^etA.jcîif KieLlva. \çy^: Lé^na Jietit a- 
tiea. On irigta à Léena une Jîatue de brotix.e. Et 
pour marquer fa profefîîon on mit auprès d'elle une 
llatue de Vénus. Ce qui me parok allez remarqua- 
ble. 

185 ScîUcet ut plaufu! quoi fer t Agrippa ^ ferai- 
/«] Sur ce que ce p^re vient de dire à Tes enfans 
qu'il donne la malédidion à celui d'eux qui fera E- 
dile ou Préteur, & qu'ici il parle des ap^audiffementi 
qu on donnoit à Agrippa, Monlieur Adalibn conjec- 
ture que cette Satire fut fait l'an de Rome 71g. Ho- 
race étant âgé de trente-deux ans, parcequ alors A- 
grippa fut Edile, & qu'il s aquita de cette charge a- 
vec me magnificence que rien n'égaloit. Mais cet- 
te conjedure ell bi';n foible ; car comme il elt auffi 
parlé de la Prérure, & qu'Agrippa fut Préteur l'an 
de Rome 719. on pouroit croire tout de même que 
cette pièce eft de ce tems-Ià. Tout cela ne fait que 
confirmer ce que j'ai avancé dans l'argument, qu'Ho- 
race étoit déjà vieux. Les largefles & les magnifi- 
cences d' Agrippa a\ oient été li grandes qu on s'en 
fouvenoit longtems après. 

Agrippa ] Ce n'eft pas fans raifon qu'Horace choi- 
fit Agrippa, quand il eft queftion daplaudiffemens, 
car c'étoit fans contredit le plus grand homme de ce 
tems là. Mais autant qu il étoit au defTus de» 
autres hommes par fa vertu, autant fc tenoit-il au- 
deifous d Augofte par fon humilité. Ce qui lui atti- 
ra fi bien 1 s bonnes grâces de cet Empereur, qu'il 
lui f t tous les honneurs imaginable?, & qu'il le trai- 
ta non pas comme un Sujet, dont il faioit un favo- 
ri, mais comme fon afTocié à 1 Empire. Il lui don- 
na (a nece en mariage, & enluite la fille Julie. Et 
quand ils éioient à 1 armée, il voulut toujours qu'A- 
^Cij;pa cu( un« tente pîireille à la l^enné, U. qu il 



SUR LA S AT. m. DU Liv. Jî. i8i 

donnât le mot comme lui. Quand il fut mort, ce 
qui arriva l'an de Rome 742. Horace eiant âgé de 
cinquante-cinq ans , Augiilte ht lui-même ion orai- 
fon funèbre , & voulut qu'on mît un voile devant le 
corps. Les Hiftoritn> lont en peme de t.o ver la 
raifon dVme aclion î"; extraord.nairc. Il u g icmb'e 
qu'elle le prefcnie bien na.urcliem' n:. AL'guite ne 
pO'.voit ibutenir la vue dun ami mort , q 'il avoit fi 
tendrement aiir.é , & dont la perte lui duimoit une 
douleur très lenfible. Quo.qr. ii eût im tombL'aj par- 
ticul.cr dans le Champ de Aiars , ce i^ rince oraonna 
qu il fut porté dans le iun. 

186 Afîuta tngenuum fulpes imitata Uonetn ? ] II 
faut bien s'em.écher de lire afiuta ingenturn : cela 
eft plat , & indigne d'Horace. Cet in^^ttiuus tiwj^nt 
fort belle épithéte du lion , & entièrement opo ée à 
ajîuta. Torrentius s' il t: omj;é. 

Leonem ] Cela convient fort bien à Agrippa , dont 
il a fi dignement vanté le courage & les grands ex« 
ploits, dans l'Ode VI. du Liv. I. 

187 Ne q-uis humajfe <velit Aiacem , Atrida , nje^- 
tas curP] Voici une nouvelle fcen^. Après que 
Stcrtinius a raporté les deux petites hillo res , l'une 
de l'avare Opimius , & Tautre de Servius Oppi- 
dius, pour prouver que les avares & les prcdigueg 
font égalemen; fojs, il revient à léo gens qu'.i fait 
paiîèr en revue devant loi : 8c comme il a déjà in- 
inué q" e l'ambition eft une autre forte de folie , qui 
n eil pas moins grande que ceiles dont il vient de 
parle/ , il s adreflè à Agamemnon lui-même , qui 
étoit ape ;é le Roi des Rots , & il attaque l'ambition 
dans ion fort même ; car fi elle e^l une folie dans 
un il grand Frince , que ne doit elle pas être dans 
les particuliers. Cette fcene eft très forre , très vi- 
ve & très ûtXé. Horace pafTe d'une choe à une au- 
tre lansav.Ttir. Maiç quoiqu il n'employé pas des 
tranfitions , & que par là il iemble que ceci, n'ait au- 
cune liaifon avîc ce q"i précède , il ne laifle pas 
d'être hé fort naturellement. Ce n*eft que le tour 

H 7 U 



i82 R E M A R Q^U E S 

& la vivacité de Taélion , qui le font paroître déta- 
ché. Horace s'eft propoie de faire voir , que les am- 
bitieux ne (ont pas moins fous que les avares. Jl fait 
donc venir tout d un coup fur 1 s rangs Agamem- 
non. Et par cet exemple il fait voir que Tambition 
jette les hommes dans de fi grands excès de folie , 
qu'ils facritient jufquà leurs propres enfans , pour 
contenter leur vanité. En même tems il donne la 
prtuve de ce qu'il a avancé dans le 45. ver- ; que les 
Roi"^ même iont compris dans la définition que les 
Stoïciens ont faite des fous : 

- - - /jo^c fnagnos formula Reges » 
Excepta Scipiente tenet. 

Cette règle comprend les Rois mêmes , excepté le 

Sage. 

Encore une fois il n y a rien de plus fort & de p^us 
vif que toute ccte icene, & l'on ne peut rien voir de 
mieux imaginé , ni de mieux conduit. C eft tou- 
jo^rs Stertinius qui parle, & qji fait paffer en revue 
devant lui tous ces tous , l'un après Tautre, comme 
il a dit : f^os ordine adite. 

Jtrida njttas cur? ] Dans l'Ajax de Sophocle , 
c'eft Alénelas qui fait cette defenfe de la part d'Aga- 
memnon. 

i<,8 /V// ultra qu^ro plebeius] Un particulier 
ne doit rien demander davantage à un homme qui 
lïi rend d'autre raixbn de ce qu il a fait , quV^n di- 
fànt qu'jl eft Roi. Mais Agamemnon qui voit que 
Cf. tte reponfe eft dur^ & tirani.ique , ajOute , ^ -c^- 
quam rem imptrito. Après avoir fai: voir q l'il Ta 
p : faire , parcequ'il ell Roi , ii veut montrer qu il I a 
dû faire , parceque cela eft jufte. Et c tic là la qnef- 
tion. * Le .avant Can^erus ayant trouvé ru^^.rt dans 
un ancien IvlS. a reçu ctfe leçon. & v. . B-ntlei l'a 
fuivi : iclon eux c eft Agamemnun qui dit t0L;t de 
fuite : Je fuis Roî^ ne m e^ demand-z, fas daijuntagi 
1-9US particulier. Ce n'eft pas à un hûmme du peuple 



SUR LA S AT. III. D U L I V. IT. I s$ 

à demander raifon à un Roi. Mais je ne faurois 
être de ce lentiment. C'eft Stertinius qui dit nec 
ultra qutero pibeius. Cela ell plus vif & plus natu- 
rel. Stertinius n aaroit rien demandé davantage (i 
Agamemnon n eût ajouté, iîf a^quam rem imperito y 
ac &c * 

I 89 Ac fi cuî 'videor ] Il femble qu'il eft mieux 
de lire at. Je fais une chofe iujîe ; tnais pourtajitji 
qiielqiiuTiy i^c. Cela ne fait rien au fens. 

190 Maxime Re^um , Dî tihi dent capta"] Il fjit 
ici le ftile des Grecs & de tous les Orientaux , qni 
commençoient toujours par des fouhaits Se par des 
bénédidtions les diicours qu'ils faifoient aux Princes. 
Et ce paiTage ell particulièrement imité à.z ces vers 
du premier 1 ivre de Tlliade , où Chryfès demande fa 
fille à Agamemnon & à Ménelas; 

'EKTi^^TAt Tlef.cllJ.0lO 'TTùKlV , E't/ cT' OlKctJ^' tKiijaj. 

^ue les Dieux , qui régnent dans le ciel , -vous don- 
nent de ruiner la 'ville de Priam ^ i5 de 'vous en re^, 
tourner heureujement dans 'votre patrie y t2fc. 

Ce Maxime Re^um eft fort plaifant: il apcFe le 
pl'.'s grand des Rois , celui qu'il va déclarer fou dans 
un moment. 

191 Reducere'] C'eil ainfi qn'il faut lire & non 
pas deducere. 

192 Confulere^ Interroger, faire des qu eft ions , 
des demandes. 

193 Aiax Héros ab Achille fecundus] Il eft cer- 
tain qa\Ajax ét^it le plus vaLlant des Gr^cs, a- 
près Achille. C eft une juftice qù L'iylîl même lui 
rend dan. TAjax de Sophocle. Homère parle auf- 
fi très avantageusement de fa valeur , qji le ren- 
doit fi fier , quildifoit, qj'ilny avoit que les lâ- 
ches q-ii imploroiem dans le.rj <.ombîts le fecours 
des Dieux ; % que poar lui , il faur^i- to-jiours vain- 
lïre fes ennemis iàns leur afiiftancc. iia uiJ- étoit fi 

avan- 



t84 R E M A R Q^U E S 

avantageufe, qu'il avoit toutes les épaules au deflusdc 
tous les ajtres Grjcs. 

194 Putre/cit] On di'pute inutilement s'il faut 
lire pute/ci f y oi putreiàt. Cela eft je très petite con- 
féq uence. Il me femble pourtant que le dernier ell 
le meilleur. 

195 Gau'ùat ut populus'\ Cela efl imité d'un paf- 
fàge d Homère, du 1. Liv. de i Iliade : 

ifxgf yYi^i)<T'tt UezoLix^, UeUiJ.Qio ts. 'tsuJ^î^, 
^ellejoie Priam ^ Ja enfam n auront -ih point > 

C'eft une maniera adroite, pour faire connoître à 
qu:"lqa'an le tort qu'il a de fair<; une cno.e que de 
lui r^prefenter la. joie que Tes ennemis en auront, & 
l'avantage qu'ih en pouront tirer. 

197 Mille onjium infanus morti dedity i^c.'\ A- 
près qu'LJlyfTe eut rem^ oné iur Ajax les armes d'A- 
chille, le defefpoir plongea Ajax dans une mélan- 
colie qui lui fit tourner Telprit. Une nuit il fe jetta 
fur un troupeau, qu'il égorgea, croyant tuer Aga- 
memnon, Ménelas, & les autres Grecs ; & il mena 
dans fa tente des boeufs, comme autant de prilon- 
niers, parmi lefquels il croyoit tenir Uiyflê. 

199 Tu quum pro <vitulâ /^atuis] Ce retour-la eft 
admirable ; Ajax efl fou, parcequ'il tue des boeufs 
& djs mouions, pour des hommes. Et vous Aga- 
me.nnon, lorfque vous tuez votre propre iille, au jïeu 
d une geniffe, croyez vous être bien iage ? Tout le 
monde lait le iort d'Iphigenie, qui fut immolée au 
port d'Aulide. Cette fajla a été forgée fur 1 hiUoire 
d^ Jephté, qui voua à Dieu fa fille unique. Car 
Jephré étoir â p^u près de ce tems là. On peut voir 
le chap, XL du Liv. des Juges. 

200 Spargifque molâ ] i\iQla falfay de 1 orge rôti 
mêlé avec du fel, que 1 on mettoit fur la tête des vi- 
ilimes. 

201 ^or/um'\ C'eft Agamemnon qui parle. 

202 Abjîinuit njim uxore^ isf gnato] 11 ne fit au- 

ciaa mal à. la femme Tecmeiië, ni à ion iîîs Ëury» 

laces. 



SÛR L A S A T. lîl. D u L I V. ir. I 85 

faces. Il le ir rarle au ccntraîre a\ec beaucoup de 
do"ce'ir. Se dm fen^; fore raŒs, comme on le voit 
dans r Àjax de Sophoc.e. où il fe fait po;terEury- 
iâccs, qui éioit encore fcrt petit; & il lui dit : 

Mo» /ils, fois plus heureux que ton père ; mais dans 
tout le reficy tâche de lui reffembler. 

Virgile a imité ce pafiage de Sophocle, dans le 
Xil. Livre de TEnéide, où Enée dit à ion fils: 

"DiCce, puer, *virtutem ex me, *verumque laborem, 
Fortunam ex aliis. 

204 Ujft ille aut Teucrum aut ipfutn vielavit U- 
fg^cm \ H n*auroit pu faire aucun mal ni à UlyfTe ni 
â Teucer, q land il Tauroit vonlu , car depuis qu'il 
fut devenu fou, il ne le^ vit ni IVm ni l'autre. Dany 
Sophocle Ulyffe paroît bien devant Ajax ; mais Mi- 
nerve Tempéche d'en être connu. Pour Teucer, 
quand cet accident arriva, il étoit allé au-devant des 
Thrace?, qui dévoient amener du fecours aux Tro- 
yens. Ajax dit lui-même : 



en Ta. wv 



Ce que T Interprète La.in a fort mal traduit: 

- ^ fi «^«i' 

Procul abej}y pradam agens ex agro hojîili 

^jioiqu il fait maintenant km d"" ici i menant It bu- 
tin du pays ennemi, 

II 



i86 R E M A R Q_U E S 

Il faloit traduire : ^oi quil /oit maintenant loin 
d^ici , obfernjant les démanhes des ennemis. 

205 Verum ego, ut h^retites adnjeyfo in littorel 
Les Anciens avoi nt donné un autre prétexte au fa- 
crilîce d 'ph-gen e. Car ih diioient, qu Agamem- 
non avoit voué à Diane ce qù naitroit de plus beau 
cette annee-là dans ion Royaume. Jphigénie na- 
quit: & comme elle fe tro 'va plus belle que tout 
ce qui étoit né , Agamemnon la lacrilia. Ciceron 
dans le III. Livre des Offices: ^id Jgameninon , 
cùm dcvo'uijfet Dian^ quod in fuo regno fulcherri- 
num natum ejfet illo anno ; immoia'Vît Iphigeniam , 
i^ua nihil erat eo quidem anno natum pulchrius. Ce 
qui aproche beaucoup plus de Thiftoire de Je]:hté. 

Adnjerfo littore^ D'un rivage qui nous étoit con- 
traire , & qui retenoit nos vaifleaux , qui ne pou- 
voient iortir du port. 

206 Placa^oi Janguine Di=vos ] Cela efl fpécieux : 
car il n'y avoit rien de plus jufte que d'apaifer les 
J)ieux par le Ikng des vidlimes. Agamemnon fait 
ici comme ceux qui , poar excufer une mauvaife 
adion, la pr_rentent du bon côté, en fuprimant 
ce qui fait le crime. J'ai apaifé les Dieux par le 
fang: cette aftion efl bonne. J'ai apai/é les Dieux 
far mon propre fan^: ^oilà la plus déteftable de tou- 
tes les aétions. C'eiî: pourquoi Stertinius ne manque 
pas d'ajouter le /7<;f3 qu' Agamemnon avoit fuprimé : 
trempe tiio ^ furioje. Dites par 'votre fang , furieux 
que "VOUS êtes. 

207 Meo , fed non furiofus ] Agamemnon preflc 
par la vérité , avoue que c'eft par fon propre fang , 
qu'il avoit apaiié les Dieux. A'îais il nie qu'il fût 
furieux , car il piétendoit avoir de très bonnes rai- 
fons pour cela : & ce font ces raiions que Stertinius 
va combatre. 

208 ^i fpecies alias 'veris'] Stertinius ne donne 
pas le tems d'Agamemnon d'expl'qucr Jes raifons 
qu il avoit eues , parcequ il les connoifibit aufii-bien 
que lui. Ces railbns étoicnt , que i'intcrêt parti- 
culier doit céder «u bien public, & que là flote 

des 



SUR LA S AT. m. DU Liv. II. 187 

des Grecs ne pouvant pa/tir dE bée . que les Dieux 
ne f^lTent auparavant apai:t's par le fang d*Jphi- 
génie , que Diane demanJoi: , il avoir dû en cette 
occafion oublier qu il étoit père , po ar ^e fouvenir 
qu il écoic Roi. Stertinius fait voir la fauiïeié de 
ces railbns , par une defini;ion qu'on peut apeller 
divine. En efFec la folie de; hommes ne vient 
que de leur ignorance , qui leur fait prendre leurs 
faufles idées pour U v^erité , & qui les aveugle fi 
fort , qu'iis ne fauroient difcerner ce qu il y a d'in- 
nojent dans une choiC , d'avec ce qa'il y a de cri- 
miael. Et cV-ft ce qu'il fauc expliquer en détail, 
par raport à Agamemnon ; afin q le les coniéqacn- 
ces que l'on pouroit tirer de ce principe , ne nous 
faflènt pas tomber nous-mêmes dans ces faufTes 
idées qu Horace combat. Les Dieux demandoient 
qu'Iphigénie fut immolée. Il n'avoit que le fang de 
cette Princeffe , qui pût ouvrir aux Gr.cs le che- 
min di Troye. Agamemnon cède à ce:te nécefli- 
té. Ces railbns étoient plaufibles. Cependant ce 
Philorophe ioutient , que ce font des ideei fa ifTes, 
En quoi confifte donc cette fauiîeté ? En ce que ce 
Prince prend pour un zélé de religion , & pour un 
véritable amour pour fes Sujets, ce qui netoit 
qu un pur effet de Ta vanité , q li le forçoit a fa- 
crifier fa propre fille , pour fatisfaire fon ambition. 
Il ne vouloit pas perdre cette occafion , de fe voir 
à la tète d^ tant de Rois. Cette ambi:ion confond 
dans fon eiprit c? qu'il y a d'innocent Si de crimi- 
nel dans ce lacrifice. Mais quoi ? Diane demande 
Iphigénie. Ne doit-on pas obéïr aux Dieux? Voilà 
enrore des idées fauHes , & qui pallient le crime Si 
Agamemnon avoit bien connu la nature de Dieu , il 
auroitété perfuadé, q:e Dieu ne demande pas le fang 
des hommes. Ainfi , au lieu de facriner fa fille , il 
auroit donné un lens tout contraire à l'oracle , S: il 
auroit compris la volonté des Dieux , qui ne lui àe- 
mandoient la fille, que pour le détourner d'un voya- 
ge qui lai devoit être fi fmefte. Que deviendront 
donc les facrifices que Jephcé & Abraham firent de 

leurs 



i8S R E M A R Q^U E S 

leurs enfans ? 11 eft conllant que Jephté ne pen/a point 
à Faire mourir la iille: il ne fit que la conlacrer au 
f^rvice de Dieu. Et pour Abraham, bien )oin de 
fuivre des fauiTe> idce , il fuivoit la vérité éterneile, 
qu' lai avoit parié elle même, &c non par 1 organe 
d'un homme. Il étouffe fa railon, pour aimer la toi; 
il aime mieux obéir qu^ rai onner; & il laifle à Dieu 
le fo'n d'accomplir fes promefies. 

Scelerifque tumultu permixtus ] Mêlées du trouble 
^ du de/ordre du crime. Cela eil parfaitement ex- 
primé. L*idée qi'Agamemnon fe faiioit du facri- 
hc't de fa Aile, étoit mêlée de ce defordre du crime 
que Ion amb'tion lui dégaiibit fous des aparen:es de 
religion. Apai.er les l3ieux par un facritîce, rien 
n'ell plus julte. Mais les apaifer par le facrifice de 
fes propres enfant, rien n'eft plus injufte, ni plus cri- 
minel. Et ii faut être fou, pour confondre deux cho- 
fes fi contraires Que les hommes leroient fages, s'i!s 
pouvoient examiner fur ce pied là toutes leurs adtions 
& touies leurs penfées. * J'admire ici Taudace de 
M. Bentlei qui a défiguré ce partage en lifant qui fpe- 
des alias, ^veri fcelerijque tumultu ptrmixtas. Co • me 
fi Horace avoir dit permixtas tumultu <veri ^ fceleris. 
Voilà une malheureufe critique. * 

209 Commotus] Emû, ipouT /ou, troublé i car alors 
Tefprit ell hors de fa place. C eft comme il dit plus 
bas commot/^ mentis. 

210 Stultitiâ-ne erretyftihilum diflahit an zV^jCettC 
conféquencc eft parfaitement bien tirée. Toute < les 
folies des hommes ne viennent pas de colère. Il y a 
des allions qui femblent partir d'un efprit b.en raflis, 
le qu'on prend pour l'effet d'une reflexion bien mû- 
re, qui cependant ne font pas moins folles que toutes 
celles que I emportement produit. Ajax, q-e la co- 
lère fait agir, n eft pas plus fou qu'Agamemnon. qui 
n agit que par les mouvemenc. de (on naturel vicieux 
& corrompu : Aa contraire, la folie d Ag.umemncn 
eft plus grande & plus incurable, parccqu eiie vient 
de fa rai'on. 

212 ^um prudens fcelus oh titulos ] Stertinius ju- 
ge 



SUR LA SAT.III. DU LiV. II. 1^9 

ge bien mieux de l'adion d'Agamemnon, que ceux 
qui, comme Lucrèce, i on: attribuée à la iuperftition 
feule. Les hommes ne pounent pas d oruinaire leur 
religion lî loin. Cétoit i'ambition qui le dcgui- 
fo'-t ùins .on coeur lous ces aparenc:'fr trompe-îTes. 
Il étoit dcceptus cupidine falfa^ comme Horace a dit 
dan. a I. Sût re. Jl n'y avoir qu'un Stoïcien qui 
pût aller fouiller dans iojs les replis (Je ce tofur, & 
ôter à C-tce funeite amb tion le mafqae qu eJe y a- 
voit pi-ib. 

Oh tituks inanej] Comme détre aj e-ic le Roi des 
Rois, la Lumière des Grecs, le Vainqueur ûcs Barba- 
re.., ts'c^ 

213 ^uum tumidum eji cor P "j L'enflure marque 
touours un? maladie. Ici c eil i'org eii, l'ambi- 
tion. Homert a dit de même: It/^dyîTcu Kt^c-S'i» 
yoK(». Ira tutnldurn ejl cor. £t comme Cccrou a Lra- 
duit : 

Corque rr.ium peniius turgefcit trifàhus iris. 

214 5/ quis IrSficd fjitidam'] Cette imnge eil a- 
gréabie li en fal oit une de ce-te doue, l r, i our 
te.'.îferer la r-deifc d une matière cmi ^ft d'ellt- même 
fort éverc. Ere rit en q .oi i^ad.efle d'Ho^-ace dl 
admirable. Il femble ^u*ii en ait pui é ,'i^ée dans 
ce't'- belle parabole que le Prophète Nathsn fait â 
Da-. id dan^ le XFI. chap du fécond Livre des Rois: 
Pauper auttm mhiihabehat omîiiro, fr/fter oxiem unam 
fartuîam, quam emerat iz^ rutrierat, iff çu^r cre^ve- 
rat apiid eum, cum Jiliis fin u', de pane illius ^çmedtnSy 
l^ de calice e'us hihsns, ^ in Rnu ejus dormiens, erat- 
que illi fi eut fi lia. Et le pawvi e na-uoit pour t'ut 
bien qu une petite brebis, quila^oita:htée,k3 eu il 
ti'voit nourie. Elle a--uoit été éle-ute cktic lui a^ec fes 
en fans, elle rr.angeoit de /on pain, elle bwvoit dans fa 
coupe, eile dortnoit dans fon Jein, erfn elle étoit comme 
fa file. 

21 ç Huir 1-epjfr, ut ç:raf f'] Co^^me Caligula à fon 
cheval. 11 lui fie une ûiiti.on,;ui doima des ineuble5 & 

des 



190 REMARQ.UES 

des valets, & lai dellinoit le Confulat. Suétone dans 
le chapitre LV. 

216 Pufam aut paJiHam"] C'eft ainfi qu'il faut 
lire, & non -çàs putam , Sz putilla?/i , comme Scali- 
ger vouloit corriger. Car puta , & putilla , lont 
des noms obfcenes , qui fwnt fort bons pour une coar- 
tifane i mais qu'un père ne donneroit jamais à fa fille. 
Pu/a y ^A[^'^.v(^ , jeune fdle: & le diminutif pufiU 
la , petite iiile. * Et ces diminatifs pufa &c pufilla 
font des noms que le* pères donnent 01 dinairement 
à leurs filles pour les carelfer, comme encore aujour- 
d'hui parmi nous. M. Bentlei a perdu toute la grâce 
de ce paffage en fubilituant des noms de f=mme. Il 
a lu Rufam & Po/îliam. Parcequil a trouvé dans les 
infcriptions une Rufa , une Po/il/a , il a voulu d a- 
bord les fourer ici contre toute raiion. C'ell un mal- 
heur d'avoir tant lu. * 

217 Interdicto huîc omyie^ Toutes les fentences 
du Préteur étoitnt proprement apellées Interdida: 
foit qu'elles ordonn^illent, ou qu'elles défendirent, 
&c. 

218 Et ad fayios alwat tuteJa propifiquoi] Horace 
m^l '\QÏ tatele , pour curât J/e ', car les majeurs n'a- 
voient pa:- de Tuteur , mais un Curateur. Et pro- 
pinquos , pour agnatos. Jjftinien dans le 3. §. du I. 
Liv. des Inltitutes : Furïofi quoque i^ prodigi , licet 
t?: a/Ci es 25 a72nis fi fit , tamen in curât ione funt ag- 
natoium ex lege XII Tahularum. Les furieux & 
les prodigues , qtioiqu au dejjus de ^vingt-cinq ans , nS 
laijj'ent pas d^étre fous la curât' le de leurs parens par 
la loi des XII Tables. Voici la loi : Si furiofus 
exijîit , aft ci cujîos nec efcit , agnatorum gentiliumque 
in eo pecunidque ejus potcjîas ejlo. S il ejî furieux , 
^ quil n ait pcrjonue qui le garde , que fes plus pro' 
ches parens ^ ceux de fa famille ayent foin de lui 
I5 de fon bien. C'tll ce que Va ron & Co'umelle 
ont dit après Caton : Mente ef captus atque ad agna- 
tos ^ gentiles eJî deducendus- Il tfï fou ^ ^il 

faut le mener à fes parens 13' à ceux de fa fa' 
mille. 

220 Er^ 



SUR LA oAT. III. DU L I V. II. igi 

2 20 Ergo ubi fra'va Jiuhïtia y hic fiimma ejî in- 
fania\ Cette conféqjence eil fùre. Partout où il y 
a de la fotile * & da dérangement d efprit ( car c'ell 
ce qu'il veut dire par prava Jîultitia ^ * ià le trou- 
ve aum la folie. Mais Stertinius ne fe contente pas 
de dire la folie', il dit, la grande folie. En quoi 
il enchérit iur ceux qui avoient bien retenu ce lèn- 
timent de Socrate, que tous les 'vicieux font fousi 
mais qjï diftinguoient la folie de la fureur, & qui 
diloiem, q le le Sage pouvoit devenir furieux , /ans 
pouvoir jamais devenir fou. Stertinius ne met point 
de différence entre fou & furieux. Tout fcelerat eft 
furieux ; tout homme entêté de gloire & de réputa- 
tion, eft furieux, &c. Ce qui eil conforme au fen- 
timent de Socrate , qui prouve dans le fécond Al- 
cibiadc , que comme un même fujet ne peut avoir 
deux con.raires , la folie & la fureur , qui font o- 
pofées à la i'agefTe , ne font au fond qu'une feule Se 
même choTe , autrement la fagefTe auroit deux con- 
traires, ce qui ne le peut. La folie & la fureur ne 
différent donc que par le plus ou le moins. Une 
moindre do.e fait la folie , une plus grande fait la 
fureur. 

222 ^em cep^t %'itrea fama'\ Fitrea , qui a de 
l'éclat , comme il a dit dans l'Ode XVII. du Liv. I. 
Fitream Circen. 

223 Hicn: circumtonuit gaudens Bellona cruentis"] 
Bellone, femme ou foeur de Mars , étoit la Déefîe 
de la guerre , & par confequent la DéelTe de la fu- 
reur. Aulfi avoit-elle des Prêtres que l'on apelloit 
B-'llonarios , qui la ferv'oient d'une manière bien 
digne d elle : car dans fes facrifices publics ils fe fai- 
foient de grandes incifions fur tout le corps. Sterti- 
nius comoare Agamemnon à un de ces Prêtres: & il 
ne pouvoit jamais faire une comnaraifon plus j iile. 
Car ce Prince , n'ayant que la guerre en tête , lacri- 
fioit à cette Déeffe Ion propre lang , comme Ladan- 
ce dit de ces Prêtres, dans le L v. 1 de la fauffe re- 
ligion : A lia Firtutis , quam eandem Belknam 'vo- 
tant y in quibm îpfi facerUotei non aliéna , fed fuo 

cruori 



tgz R E M A R Q^U E S 

cruore facrificant. Il y a d'autres facrljîces de la 
Vertu qutls ape lient Belloney dans le [quels les Prêtres 
njerient, non pas un fani étranger, mais l-ur propre 
fang. 11 faut ben remarquer ici la beauté de li- 
mage. Hirace représente Bellon'i portée (ur u . char, 
où elle promené le tonnerre, avec 'aquelle elle donne 
à Agamemnon & à tojs ceux qui comme lui fe laif- 
fent éilouïr par 1 éclat d'une vaine gloire, comm. un 
fignal qui les remplit de fureur. 

224 l^unc âge] Voici une autre fcsne. Agamem- 
n.n eîl palTé, & voici Nomv.ntanas qui paroît. iviais 
le uiaîogue change." Nomentanjs ne parle point. 
Sierdnias fait iei Lmcnt Ion portrait à Damalippe : Se 
CCia fait une agréab'e variété. 

225 VitîCét enim fu'toi ratio infanire nepotes'\ 
Cela eft fi vrai, que les loix ne don noient pas moins 
un Curateur aux prodigues qu'aux furir.ux. 

226 Patrimonî miiie tnlcnta^ iMille talens, â 
mi:le écus le talen»; , font trois millions de li- 
vras. 

227 P'frator utty Pomarius] Voici une belle com- 
pagnie, to.ie composée de gens tei.us four infâmes â 
Roine comme en Grèce. Ciceron dans le prcmi^-T 
Livre des Office, : Mlnimeque artes ha prohandee^ 
qué^ m n-fir^e Junt 'voluptatum : cetarii, lan:i, coqui, 

fartoresy pifcatores^ ut ait Terentius. On ne do't 
éprouver ies métiers qui /ont les minifires de la 'volup' 
té: les -vendeurs de marée, les bouchers, les rotil,curSy 
les pécheurs, comme dit ^ference. Le paffage de 1"e- 
rence eft dans la féconde içene du 11. Atc^ de i K i- 
n' que. A '^thénesil y avot rn p a: :-n' p-o.. r,,e 
fur les re^heuis On di oit : ^hcu pi hf k-TTAK' 
T?i<yJ', ^itCenV 'j f^». On peut d:n,. ■ .oie jl . ^ un 
fé h.ur, naii ot he doit point prenài e la fille d^un pe^ 
chiui- pour femme. 

Pomarius] Ven.'eur de fru't. 

Juccps] Ceil frocrement '--//f^*5% î|?uTrf, qui 
prcr.d ('es oifeatx .yec de l* g: j. i\ aii ii.,r.i:e .ui 
donne ici [lus u'ciendué : il i? met oir «L-f/jcjA^r, 
chalicur. C«r c eii uiui i qui U dit |:Lw bfts; h: mve 

Lu(.anâ 



SUR LA S AT. m. DU Li V. IL 195 

Lucanâ dormis^ &c. Vous couchez fur la neige de Lu- 
canie. 

zi'j Unguétitarius ] Parfumeur, Tharmacopoîa. Il 
en a été alïez parlé fur le i. vers de la II. Satire du 
Livre premier. 

Tufci Turba impia njià ] Vicus Tu/cus eft propre- 
ment le quartier des Tofcans. Du tems d'Horace 
cétoit le quartier des Marchands d'eidaves & des 
parfumeurs. Aufiî étoit-il apellé 'vicus thurarius: 
& Horace dit, i^pla turba, parceqae tous ces gens- 
là étoient fans honneur, Se adonnés à toutes iortes 
de débauches & d'infamies. C*eft pourquoi Plaute 
dit dans la première fcene du quatrième Ade de Cur- 
culion : 

In 'vico TufcOi ihî funt homines qui ipft fe njendi' 
tant. 

Dam le quartier Tofan, là font les hommes qui 
cherchent a fe rendre. 

Ce quartier aboutiflbit à la place Romaine. En y 

allant du pont Palatin, on laiifoit à gauche le mar- 
ché aux poiflbns & le velabre. 

229 Cum fcurris fartor'\ Fartor, et,\\ciV%'reo\ïfç, 
vendeur d'andouilles, de fauciffes, Se de bouains. Il 
fignifie auiTi un homme qui vend des volailles graf- 
fes, qui engraifîe la volaille chez lui, pour la vendre. 
Scurr^, les bouffons, qui étoient les grands amis de 
tous ces gens qu'il vient de nommer. Car ils leur fai- 
foient débiter leurs denrées, comme Gnathon dit dans 
l'Eunuque : 

^iibus ^ re fakoâ Cff perdit a profueram ^ prt» 
fum fcepc. 

Tous ces gens à qui f ai bien fait gagner de l' argent ^ 
quand P ai été riche éff depuis que f ai été pauvre^ ^ à 
qui f en fais encore gagner tous Us jours. 

Gum Vtlahro ofnne Macellum ] Le Velabre étoit 
Ttm. VIL I près 



194 R E M A R Q^U E S 

près du quartier des Tofcans : le marché aux poif- 
Ibns le féparoit en deux. Il étoit tout garni de ces 
boutiques de Marchands, & furtout de ceux qui ven- 
doient Thuile. Plaute dans les Captifs : 

Ornées compaâio res gerunt qua/î in Vdahro O- 
learii. 

Ils C entendaient y l^ ils s^étoie7it tous donné le mot, 
comme Us n;endeurs d'' huile dans le délabre. 

Macellum] Proprement une boucherie. Il ny en 
avoit que deux à Rome qui porcoient ce nom de Ma- 
cellum. Et l'on n'y vendoit pas feulement de la vian- 
de, mais des poifTons, & toute forte de provifions de 
bouche. Voyez les Remarques fur Feltus. 

* 230 ^id tum'\ C'efl celui à qui Stertinius par- 
le, qui l'interrompt & qui dans Timpatience d'apren- 
dre ce que vont faire là tous ces honnêtes gens, dit 
^idtum? Eh bien, quarri've-til? Cela ell vif & 
naturel. Et M. Bentlei perd tout cela, en lifant ^«Z- 
€um l'enere fréquentes. * 

231 Verba facit leno"] Le vendeur d'efclaves porte 
la parole, comme le plus confiJerable de la trou- 
pe, Si comme le plus accoutumé à parler aux hon- 
nêtes gens. 

233 ywvenis refponderit aquus~\ Ce jeune homme 
plein de confidcration & d'équité. C'eil -une iro- 
nie. 

234 In ni've Luc an a dormis ocreatus~\ La Lucanic 
ctoit abondante en fangliers, à cauié de lés bois k de 
fes montagnes. Les Anciens faiibient des chaflés de 
plufieurs jours, & couchoient en plate campagne. 11 
y a fur cela un beau paffage de Synefius, dans fon 
traité des fonges. 

235 Hyberno ex aquore 'verris^ Pendant l'hiver. 
Ce n'cft pas qu'il ne pêchat Tété ; mais Nomentanus 
prend la diofe par l'endroit le plus difficile, comme 
il a dit au chafTeur in ni've Lucanâ. 

237 Sumetibi decies} Deciis. Il faut fous-enten- 

drc 



SUR LA 3 AT. III. DU Liv. II. ^95 

are centena millia feftertium^ dix fois cent mille fef- 
terccs. * Un million de reflerces, c*eft cent vingt- 
cinq mille livres de notre monnoie. * 

iibi triplex, unde uxor ] Il donne trois cents foi- 
xante h quinze mille livres au Marchand d'elclaves, 
pour avoir la femme. Le vieux Commentateur dit, 
que les Marchands pour mieux vendre leurs ef- 
claves, feignoicnt louvent que c'étoient leurs fem- 
mes. 

2c,g Fiiius ^Efopi ] Voici un autre débauché quf 
n>It inférieur en rien à Nomentanus. C'ell le fils 
d'ETope, fameux acteur pour le tragique, & qui é- 
to^taufli fort prodigue. Car il avoit un feul grand 
plat de porcelaine qui lui coutoit cent mille feflerces, 
c'eit-à-dire douze mille cinq cents livres. Et quand 
il traitoit fes amis, il garnilibit ce plat de tous les 
oifeaux qui chantoient le mieux, ou qui parloienr, 
eu il achetoit fix mille fefterces, ceft- à-dire fept cents 
qu-irance livres la pièce. Son hls, de peur de dégé- 
nérer, trouva le moyen d'enchérir fur lui. Alétella 
fiui rhonoroit de fes bonnes grâces, lui ayant donné 
uac perle de cent vingt cinq mille livres, il l'avala, a- 
près lavoir fait difloudre dans du vinaigre. Pline 
écrit, qu'il en fit auffi avaler une à chacun des con- 
viés qu il avoit à fa table. 

Mtff/fa] Je ne fais fi ce n'étoit point la foeur de 
Q. Cécilius Métellus Numidicus, qui etoit mariée à 
L. Lucullus. 

240 Jceto diliiit ] Pline en parlant de la perle 
que Cléopatre avala devant Antoine, après avoir pa- 
rié avec lui qu'elle mangeroit en un feul repas Sex- 
centies, c'eft-à dire fix cents millions de feflerces, qui 
font fept millions cinq cents mile livres de notre 
monnoie, dit dans le chap. XXXV. du Livre IX. Ex 
pracepto minîjîri unum tantuvi Hjas ante eam pofuere 
aceti, cujus-^eritas njifque in tabem Margaritas re- 
Jol<^'it. Ses officiers ne lui fer'virent, comme elle Va- 
'voit ordonné, quun plat de <v in aigre y qi4i était Jï 
fort, qiiil difohoit les perles , ^ les 7nettQit en fou- 
drt. 

I 2 243 i^/>- 



196 R E x\I A R Q^U E S 

243 ^inti progenies Arrî} C'étoient Izs enfans 
de ce même Arrius, dont il a été parlé fur le vers 
S6. de cette Satire. 

244 Ne,uifid] C'eft un mot qui marque toutes 
fortes de vilaines débauches. 

245 Lufcinias foliti impenfo pra?:dere] Il y a 
deux chofcs dans ce vers. Les fils d'Arrius man- 
geoient des roffignols , & ils en mangeoient à dî- 
ner , contre la coutume àes Romains, qui ne 
faifoient qu un repas. Ils cherchoient des roiUgnols, 
parceque la beauté de leur chant les rendoit fort 
chers. 

Impen/ol II faut fous-entendre preiio, avec beau- 
coup de dépenfe. 

246 ^orjum aheant faju? ] Il ne faut rien 
changer ici. Sani ell une ironie : Ou etinjoyeronsmui 
ces honnêtes-gens-là ? en quel ratig les mettrons-nous F 
* Le refus de fe rendre à un fens fi clair c\ û naturel 
a jette M. Bentiei dans de grands embaras : d abord 
il a lu : 

Sanin cretâ an carbone notandi ? 

Enfuite peu content de fa correflion, qui ell en effet 
très forcée, quoiqu'il Lait reçue dans le texte, il a cru 
qu'on pouroit lire : 

^orfum aheant Samîi? Cretâ is'c. 

Samii, dit-'û,,/unt IçiyfjLipoif Jiigmatihus notati. Et 
enfin dégoûté encore de cette conjedure, qui eft en ef- 
fet très horrible, il la condamne & revient à la pre- 
mière. On ne varie point de cette manière quand 
on fjit la vérité. * 

Cretâ an carbone notandi ? ] Faut-il les marquer 
de blanc, eu de noir ? C'ell à-dire : Faut-il les con- 
damner, ou les abfoudre ? les déclarer fages , ou 
fous t 

247 jEdiJicare cafaSj plojîello adjungere mures"] 
Cf tour eft fort adroit. Pour prouver que Tamour 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 197 

Cil une folie. Il avance d'abord fur des jeux d'en- 
fant un principe inconteftable, & quand ce principe 
ett bien iniînué, il en tire fa conféquence, à laquel- 
le il ell impoffible de refifter. Les manières de So- 
crate font ici bien reconnoillàbles. 

24B Ludere par impar'] Ce jeu efl connu de tout 
le monde. Les Grecs diioient : ^aù^eiv 0,^^10,^ ^ 
mpia-a-ety ToJ^eiV ^yyst » a^v^^a^ & toiit en un 
mot, ctfTtoi^eiv. C étoit un jeu d'enfant ; mais les 
hommes ne laifToient pas d'y jouer. Auguile écrit 
à fa fille Julie: Mi/î tibi Jefiarias ducentc^s quinqua^ 
ginta, quos fingulis connjï-vis dederam^ fi i:ellent inter fe 
inter caenam, <vel talis 'uel par impar ludere. "Je 'vous 
«/ ennjoyé deux cents cinquante deniers, ( cent njivgt- 
cinq livres) . J^eti avais donné autant à chacun des 
conviés ; afin que, s" ils vouloient, ils pujjent jouer 
pendant le fouper aux dez, ou à pair ou non. Les 
cnfans joaoient ordinairement à ce jcu-là avec des 
noix, 

Equitare in arundine longâ ] Alcibiade trouva un 
jour Socrate, qui alloit à cheval fur un bâton avec 
it% enfans. 

249 Si quem deleBet harhatum^ Il ne dit pas : Si 
un homme d'âge joue à ces jeux-là, mais fi un 
homme d'âge s y plaît, s*il fe divertit à cela ; ce 
qui ell bien différent. Car le plus fage homme du 
monde peut par hafard jouer à quelqu'un de ces jeux, 
comme Socrate, Agefilas, &c. mais il ne le fera pas 
pour fon plaifir. 

2Ç2 ^^ale prius ludas opus] Un de ces jeux que 
je viens de nommer. 

253 Faciajne quod olivi mutatus Polem^/'] Polémon 
étoit un jeune Athénien , fi débauché , qu'on ne 
Tavoit prefque jamais vu qu'ivre. Un jour qu*il 
couroit les rues avec une chanteufe & des joueurs 
ci'inftr^mens, en l'eiat qu"z^nacréon reprefente ceux 
qui alloient vifter le Dieu Cornus, il entra à 
l'x'\cadémie, dans iécole de Platon, laquelle étoit 
alors entre les mains de Xénocrate. Ce Philofo- 
phe voyant ce jeune étourdi, fe mit tout d un coup à 
I 3 par.er 



19? R E M A R Q^U E S 

parler à fes difciples de la fagefie Se de la fobriétë: 
Se il en parla auec tant de force, que Polémon fra- 
pé de fon diicours, renonça fur l'heure à fon intem- 
pérance, déchira la couronne qu'il avoit fur la tê- 
te, jetta tous les ridicules ornemens que Ton avoit 
en ces occafions, s'apliqua à la vertu, uniufque o>a- 
tionis faluherrimâ medicinâ fanât us ex infami Ganeo- 
ne maximui Philofophus t-vafit, comme parle Valerc 
Maxime. 11 fuccéia enfin à Xénocrate l'an 313. a- 
v.unt la naiflance de notre Seigneur. Il fut le troi- 
fieme après Platon. Platon, Pfeufippe, Xénocrate, 
Polémon. 

255 Fafciolas, cubital^ focalia'] Fafciee h fa/ciolegy 
font des bas & des hauts de chaufles, fubligar : car 
il Y z.\o\t fafci^ crurales^ Se fafci^ feminaUs. Juf- 
tin en parlant de Mithridate^ qui tua Ariarathès, dit 
qu'il avait caché fon poignard dans ion haut de 
chauffes ; cutn ferrum occultatum inter fnfàas gère- 
ret. Cubital: quelques-uns ont prétendu, que c'eft 
«n couffin fur lequel on s'apuyoit à table. D'autres 
veulent que ce foit une efpec^ de mancnes. Mais jç 
fuis perfuadé, que c'étoit un petit manteau qui def- 
cendoit feulement jufques au coude, comme le petit 
manteau des comédiens Italiens, & qui avoit un ca- 
puchon qui couvroit la tête. Focaha, un linge noué 
autour du cou, comme nos cravates. Horace apelle 
tout cet attirail i;:jig7ïia morbi, en parlant à un hom- 
me amoureux : & cette expreffion eil très heureufe, 
en ce qu'il n'y avoit que les eiFeminés & les malades, 
qui portaiTent ces trois chofes-là. Voici un beau pal- 
iage de Quintilien qui le prouve clairement, & qui 
ote tous les doutes que Ton pouroit avoir là-defTus. 
Ce Rhéteur dit dans le ill. chap. de Tonzieme Liv. 
Pnlliolumy ftcut fafcias, quitus aura njejliuntur^ tsf 
focalia, ^ aurium ligament a excufare potejî njaletudo. 
Il ny a que la maladie qui puijfe faire excufer les 
capuchonsy les bas, les linges autour du cou, ^ les 
creilletes. Ce que Quintilien apelle palliolum, ceû 
ce qu'Horace avoit apellé ciihital. Car palliolum étoit 
proprement un capuchon qui couvroit la tête & tou- 
tes 



s U R LA S AT. III. DU L I V. II. 199 

tes les épaules jufques au coude, C'étoit rornemenc 
des efféminés & des débauchés, comme Trimalcion, 
^ dans Pétrone; adraùim pal Ho incluferat caput. Et 
Ruîilius Lupus a dit dans le cara6lere qu'il a fait d'un 
homme ivre : Palliolo frigus à capite defendens. Il 
couvre Ja tête d un capuchon^ pour Je oarantir du 
froid. Les malades s'en fervoient auffi ordinaire- 
ment. Ceft pourquoi Séneque écrit à la fin du IV". 
Liv. des Queftions naturelles: Videbis, inquam, quof- 
dam graciles, ^ palliolo focalique circumdatos, tsfc. 
Vous njerrez, 'vous dis-je, des gens tnaigres o" extî>:ués, 
âes malades qui portent le capuchon^ Cff qui ont le cou 
environné de linges., is'c. Ciceron dans la troifieme 
Lettre du fécond Livre à Atticus, conclut, que Pom- 
pée étoit un efféminé^ parcequ'il portoit âcs boûnci 
& des bas : Et Epicratem Jui'picor, ut fcribis^ l^fi^- 
njum fuijfe. Etcni?n inihi calig^e ejus, ut fafcia crc- 
tat^f von placcbant. Je ne doute point que le Tout- 
puijjant (cell ainfi qu'il apelle Pompée) nait été 
mou ^ efféminé y comme njous me récri-vez. Car fes 
hotines ne me plaifoient point, non plus que fes bas 
blancs. Il ne refte plus aucune difficulté iur ce paf- 
fage d'Horace, qui meritoit affurément d'être bien 
expliqué. Dans la tradudion il a falu s'accommoder 
à nos manières. 

259 CatelW] Catulusy catellus,^tûtc\i\tn. C'é- 
toit la douceur ordinaire des nourices & des mères à 
leurs enfans, comme on dit aujourd'hui , mon petit 
chat, mon petit pouffin. Les courtilànes failoLnt 
la même carciTe à leurs favoris. Dans S. Jérôme: 
Ml catelle, rébus tuis utere, 'vi've dum 'vi'vis. 'Num- 
quid filiis tuis fer-vas F Mon pouffin^ fer^vez-njous 
de njotre bien , fui-ziez pendant que njous êtes en 'vie. 
Ejî-ce que njous voudriez, tout garder pour 'vos en- 
Jans ? 

Amator exclufus qu'i difat?} Socrate eft un 
des premiers qui a comparé les amans aux en- 
fans. Et c'eft même la raiibn qu'il donne, de cf 
que les Dieux ne les puniffent pas de leurs parju 
les, 

I 4 260 Agit. 



200 R E M A R Q^U E S 

260 Agit uhi fecufUy eat. an non ] Tout ceci efl: 
pris du commencement de l'iiunuqus de Terence, oà 
Phédria dit: 

^id igitur fadam ? Ncn eam F Ne nunc qu'uicm 
Cum accerfor ultro ? Jnpotius ita me compar'rrn 
Non perpeti meretricum contumelias ? 
Exdufit : re^oocat: redeam F Non fi me ohjecret. 

^ue ferai-'; e donc F N*irai-je point, maintenant me- 
7ne quelle me rapelle de Jon bon gré F Ou plutôt ^ vie 
mettrai-je en état de ne plus fouffrir les caprice i de 
ces courtifancs F Elle m'a chajfé. Elle me rapelle : 
y retournerai-je F Non , quand elle 'viendrait }ne?i 
prier. 

J'ai rarorté le paflage entier, afin qu'on voye quel 
tour Horace donne à cet endroit, & avec quelle grâce 
il conte ce qa on auroit cru que perfonne ne jouroit 
conter après Terence. 

261 ^0 rediturus erat non accerfitus :~\ Cda ell 
pris de ce que Parménon répond à Phédria : 

. Cum ne ma expcttt 

Jnfeââ pace ultro ad eam njenies. 

Lorfque perjonne ne 'vous demandera, dj fans quetle 
ail fait fa paix at^ec t'ous, fous jerez le premnr à 
relier trouver. 

Et haret in--jifis foribus. ] Cela efc pris de ladion 

du théâtre, où Ton voyoit Phédria, qui en faifant 

toutes ces belles refolutions, avoit toutes les peines i- 

maginables à s'éloigner d'une mailon où il di.'oit qu'il 

ne vouloit jamais rentrer. Cetto image donne une 

^race merveilleufe à ce pafTage. Publius Syrus a fort 

^ien dit fur ce fujet : 
i. 

In amore femper mendax iracundia efl. 

La 



SUR LA S AT. m. DU Lir. IL 201 

La colère des amans ejl toujours menteufe. 

Et c'eft ce qui fonde ce beau mot de Séneque: Non 
oderunt, j'ed litigant. Ils ne haïj/eni pas, ils querellent. 

iC'^ An potius méditer finir e do lor es '\ C'eft ainfi 
qu'Horace a expliqué Je fécond & le troifien^e vers : 

An potins ita me comparem' 

Non perpeti meretricum contumelia:, 

265 O hère, qutr res ] Horace dit en fix vers & 
demi ce que Terence a dit en fept vers : & il eft bon 
de confronter l'original avec la copie ; afxR d'accou- 
tumer fon efprit à la juileUe & à la iînelTe ds ces imi- 
tations : 

Hère, qufH res in fe ne que confilium ne que mcdurft 
" Habet ulluni, eatn confilio regere non potes : 
Jn amore hcsc omnia infunt 'vitia, injuria- , 
Sufpiciones, inimiritia, induci<e, 
Bellum, pax rurfum. Incerta hac fi tu pofiulrs 
Ratione certâ fiacere, nihilo plus agas, 
^àm fi des operam ut cum ratione infanias. 

Mon maître, 'vous ne /auriez, gowvemer par me- 
Jure, ni par confeil, une chofe qui na en fiji ni con- 
feily ni mefure. U amour a srdinairement à fa fuite 
tous ces mauxy les injures, les foupçons, les brouille- 
ries, les accommodemens, la guerre y la paix. Et fi 
mous prétendiez, rendre par la rai/on fixes ^ certaines 
des chofes qui ne font qu incertitude^ 'vous n a-vancerie'^ù 
pas davantage que fi 'vous tâchiez d'être /au avec la. 
rai fon. 

J'ai traduit ce paflâge fimplement, afin que tout 
le monde puiffe voir la fidélité de l'imitation d'Ho- 
race, qui n'a enchéri fur la fimplicité de ParménoHL 
que par un peu plus de juilefTe, & par l'image qu it 
fait de la tempête, pour expliq^ucr plus agréablement 
le mot incerta de l'original. 

I 5 272 ^«/V? 



2©2 R E M A R CLU E S 

272 ^id? quutn Plcenis excerpens femîna pomh'] 
Il continue à conter des chofes que les amans fai- 
foient tous les jours, & qui ne font que des badine- 
ries d enfant. Celle ci n'ell pas des moins putriles: 
ils prenoient les pépins d'un pomme. Se en les pref- 
fant entre les deux premiers doigts, ils les jettoient le 
plus haut qu'il leur cLoit pofùble, comme on jette 
les noyaux de cerife. Si le pépin touclioit au plan- 
cher, ils prenoient cela pour un augure qu'ils réiiiîi- 
roicnt dans leur palnon. 

274 ^uum balba feris anriofo 'verha talato ] 
Cela eft heureufemeut exprimé. Ferir-e ell un ter- 
me emprunté des inllrumens à archet : feiire 'ver- 
ha balba^ fraper les paroles, les eftropier, s'il eft 
permis de fe fervir de ce terme, les énerver de 
manière qu'elles ne puilTent fe foutenir : ce qui con- 
vient fort bien à ceux qui bégayent. Le palais ell 
comme l'inflrument, Se la luete elt le pleâre, lar- 
çhet. 

275 Jcl':}£ cruortm Jïultiti<e'\ Il pafte aux funeftes 
effets que l'amour produit très fouvent, h par-ià il 
prouve que l'amour n'ell pas une fimple folie, mais 
vne fureur. 

276 Atque ignetn gladlo fcrutare'\ C'étoit un pré- 
cepte de Pythagore: -^Ùp cM^tù fxn (TKAKiCety, 
Piutarque le raporte dans la Vie de Numa, où A- 
miot a mal traduit, ne fendre point le feu a^vec />'- 
fée, au lieu de dire, ne point fouiller dans le feu a^jec 
répée. Pythagore vouloit dire, qu il ne faut point 
irriter un homme qui ert dans la pafllon, ni le jetter 
dans une paifion plus violente. Comme aufli , qu'un 
homme, qui ell dans la paflion, ne doit pas fuivre 
tous fes mouvemens. Et Horace fe ferc admirable- 
ment de cette expreffion, en l'apliquant aux amans, 
à qui Tamour fait commettre des meurtres, k qui 
tournent bien fouvent contre eux-mêmes toute leur 
fureur, comme Marius. Ce font ceux-là proprement 
qui fouillent dans le feu avec Tépée. 

277 Hellade percujfd Marius quum frtecipitat fe^ 
Horace conte ici une hilloire arrivée peu de tems 

Avant 



SÛR LA SAT. iri. DU Lir. IL 203 

avant qu'il fît cette Satire. Un certain Marius ayant 
tué fa maitrefie par un excès de jaloufie, ic précipita 
eniuire de regret Se de defelpoir. On ne fait point qui 
il étoit. 

278. Cerrifus] CererituSy J^-^y.ATtictKU ^ /^'^' ^^i 
croit avoir vu Cerès, qui a la tête remplie de cetce 
Divinité. 

280 Ex more imponens cognât a ^'ocahula relus ] Ce 
paiTage eft fort beau. Stertinius demande à Dama- 
fippe, s'il apellera Marius fou, ou fi, pour s'empêcher 
de i'accufer de folie, il aimera mieux Fapeller /^tîe- 
rat, fuivant la belle coutume de tous les hommes, 
qui dans la vue d'éloigner certaines idées, donnent 
aux chofes des noms, qui leur paroiflent plus doux, 
fans favoir que ces noms ne font que Id finonimes 
de ceux qu'ils ont voulu éviter. En apel'ant Ma- 
rius fcelerat, pour s'empêcher de Tapeller yîw , on 
prend une peine inutile ; puifque fceUrat .1- f:u, 
font deux difFerens noms qui fignifient la même 
chofe. Car il n'y a point de fcelerat qui ne Ibit 
fou. 

281 Lihertinus erat'] Stertinius quite les amans, 
pour prendre les fuperftitieux, dont il donne deux 
exemples. A^ais pour les bien entendre, il faut 
favoir , que les Anciens apelloient fuperfiitieux , 
ceux qui avec un empreffemenc inquiet demandoient 
à Dieu de furvivre aux autres hommes. Car fuper- 
Jîitieux vient de fuperfles^ qui furvit. Dans la fuire 
ce mot a eu une fignifîcation plus étendue, & il a été 
apliqué à tous ceux qui, frapés d'une crainte affreufe 
& fervile, attribuent à Dieu des fendmens fort in- 
juftes ; & qui, dans la faulîe idée qu"ih en oi;t con- 
çue, lui adrelTent des voeux & des prières indignes 
de lui. Il y a cette différence entre la dévouon & la 
fuperftition, que la dévotion honore les Dieux, Se la 
fuperilition les ofFenfe. La première vient d un 
mouvement généreux, libre & p'ein d'efperance ; & 
I autre ne vient que d'un excès de balleffe, de timidi- 
té & de defefpoir. C'efl: pourquoi Platon a fort bien 
apellé celle-là ^itt/t^ir^AV, fervice raifonnabh, S< cel- 

16 le-ci 



2©4 R E M A R Q.U E S 

le-ci, KoKstaeietv f fiateriey qui ne vient jamais que de 
la crainte & de l'intérêt. 

Circiim compita ] Autour des carrefours où il y a- 
voit des flatues des Dieux Lares. 

Siccus, lautis mané Jenex manibus ] Il n'y a point 
là de mot qui n'agrave la folie de ce iuperilitieux. 
Senex, il éto.t vieux. Un homn^.e d'âge n'ell pas 
excufable, de ne pas favoir ce qu^il doit deman- 
der. Si eus y il étoit à jeun. On ne pou voie donc 
pas prendre fa folie pour un effet du vin. Lau- 
tis manibus, c étoit une aftion préméditée, Se faite 
de fens railis, c'étoit une action de religion ; il a- 
voit lavé fes mains. Les Païens avoient cette couiu- 
me, de laver les mains, quand ils vouloient faire leurs 
prières. Se s'aprocher des Dieux. Avec cela ils cro- 
yoient être purgés de toutes fortes de feuillures & 
d'impuretés. 

283 ^id tam mûgmim'] On avoit mal lu quid- 
dam tnagnum ? ^id tarn magnum ', c'cft comme fl 
nous dilîons; ejî-ce fi grand-cbofe P Ces mots avec ce 
qui fuit: DU s etenim facile ejî ', cela eji facile aux 
Dieux, marquent vivement 1 extravagance d'un vieux 
fuperftitieux, qui en demandant aux Dieux une plus 
îongue vie, n'a d'autre raifon à leur alléguer, fmon 
que c'eil une bagatelle pour eux, & que cela leur cil 
bien facile; & ne fe met point en peine fi fa deman- 
de eft jufle, & fl elle ne dérange rien dans 1 ordre de 
la Providence. Les Stoïciens étoient admirables pour 
cette parfaite foumifFion que l'on doit aux ordres de 
Dieu. 

285 Me7iiem nifi litigiofus exciperet dominus ] Ster- 
tinius veut dire, que fi l'homme dont il parle étoit 
encore efclave, comme il l'a voit été autrefois avant 
que d'être affranchi; (car Liber tinus eft pour Liber- 
/«/ dans le vers 280. l'efclave même qui avoit été 
affranchi ) fon maître en le vendant, à moins qu'il 
n'eût aimé extrêmement \^^ procès, auroit déclaré 
le vice de fon eiprit, pour n'être pas obligé à le re- 
prendre, fuivant la coutume. Car ceux qui ven- 
Soient les efclavcs, çtoicnt obligés de dire \ti grands 

défauts 



SUR LA SA T. III. D u L I V. II. 205 

défauts qu'ils leur connoiffoient. On peut voir le 
chap. IL ûu IV. Liv. d Aubgelle. 

287 Fcecuncf.â in gente Menenî^ La famille des 
Ménéniens ell une des plus anciennes de Rome. El- 
le ëtoit illuiire par ce J\Jénénius Agrippa, qui dans 
les premiers tems de la République triompha des 
Sabins , & apaila une fédition du peuple par l'a- 
pologue célèbre de la guerre que les membres du 
corps déclarèrent à l'ellomac. Du tems d'Horace 
cette famiiie étoit entièrement tombée. Malheureu- 
fement il en refloit encore un, qui étoit fou. Fœ» 
cundâ in gente Mené ni , dans la confrérie des fous ^ 
qu'il apelle féconde , parceq". ils font en beaucoup 
plus grand nombre que les ^ages, comme Socrate di- 
foit, qu'à Athènes les Sage- y étoient fort rares, & 
les fous en très grand nombre. C'cft le véritable fens. 
288 Jupiter ingentes~\ Voici un au:re exemple 
d'une affieule fuperftiticn. Une mère denaanJe à 
Dieu la guerifon de ion fils ; & en même tems cile 
fait voeu de le tuer, ii n'y a rien là qui foit outré. 
On a vu de nos joirs de^ exemples tout lemblables. 
Rien neil moins réglé que la plupart des voeux des 
homimcs. Si on les examinoit de près, on verroit 
qu'il y en a beaucoup plus qui vimnent de la fu- 
perftition, qu'il n'y en a qui nalifenc de la véritable 
piété. 

290 Illo mane die quo tu îndicisjejunta'] Les Païens 
avoicnt pris des Juifs leurs jeûnes, par lefquels ih fe 
préparoient à leurs grandes fêtes. Les jeûnes qu'on 
faifoit en l'honneur de Jupiter, étoient ordinairement 
le jeudi, qui étoit le jour confacré à ce Dieu. Ces 
jeûnes commençoient toujours la veille ; Se le matin 
du jour, qui étoit proprement le jour du jeûne, on 
commençoit la journée par tout ce qu'il y avoit de 
plus aufterc & de plus dur. 

295 Timoré Deorum ] Les Anciens ont apelle la 
fuperftiticn, crainte des Dieux ^ comme les Grecs l'ont 
adelléc <tei(Tt(teu[j,9viAV, tant on étoit pc-rfuadé que te 
véritable culce de Dieu coniîilc ddns l'amour. Se point 
4u tOdt dans la crainte. 

I 7 ^97 Jrmê 



2o6 R E iM A R Q^ U E 3 

297 Arma dédit fojihac ne compellnrer inuhus'\ 
Le plaiiant ridicule qu'Horace donne ici à Dama- 
fippe ! Jl n'eit touché dcb vérités que Stertinius 
vient de lui cnfeigner, que parcequ'elles lui four- 
niflenc des arm?s pour fe défendre , & que désor- 
mais il poura repoufler une injure par une in- 
jure toute femblable. C'eft tout le fruit qu'il ti- 
re de ces beiles leçons. Voilà un Sage bien par- 
fait î 

299 Refptcere igmto difcet pendeyitia tergo ] On 
peut expliquer ce pafTage par le vers 53. cauda?n 
trahat. Il aprendra que les enfans lui ont attaché 
une queue au derrière, aulTi-bien qu'à moi. On peut 
croire auffi qu'Horace a fait allufion à la fable d'E- 
fope, qui dit, que les hommes portent une befacc 
à deux poches : que dans la poche de devant ils 
mettent les vices de leur prochain, pour les avoir 
toujours devant le^ yeux ; & que dans celle de derriè- 
re, ils mettent leurs propres vices, afin de ne les voir 
jamais. 

500 Stoïce^ pofî damnian (ic amendas omnïa pluris~\ 
Voilà une raillerie bien piquante contre un Stoïcien, 
de lui fouhaiter qu'il vende toutes choies plus qu'el- 
les ne valent. Cela eft bien éloigné de la fagefîe 
que les Stoïciens s'attribuoient. Mais Damanppe 
faifoit un fi mauvais ufage de cette fagefle, qu'il mc- 
ritoit bien le ridicule qu'Horace lui a donné. D'ail- 
leurs comme il s'étoit ruiné en partie en vendant les 
chofes à meilleur marché qu'il ne les avoit achetées, 
il ne pouvoit rétablir i^i affaires qu'en les vendant 
déformais plus cher. 

302 Ego nam njideor mihi fanus'\ Car on ne fc 
connoît pas foi-même. Les yeux de notre efprit font 
comme ceux du corps. Ils ne peuvent pas refléchir 
leurs rayons fur eux-mêmes, pour fe voir. Et c'eft ce 
qui a donné à Platon une penfée véritablement di- 
vine : car il a dit dans le premier Aicibiade, que 
comme i'oeil ne làuroit fe voir que dais une chofc 
qui lui eft entièrement femblable, & qui eft hors 

de 



SUÉ LA S AT. IIÎ. DU L I V. ir. 2©7 

de lai, c'eft-à-dire dans un autre oeil : de même no- 
tre efprit ne iauroit fe voir en lui-même. Il faut 
qu'il porte les rayons fur une chofe qui loit hors de 
lui, & qii lui rcflemble ; & cette chofe n'ell autre 
que Dieu. 

303 ^id caput] Voilà un écolier de Stcrtinius 
qui a bien profité des leçons de fon maître. Il parle 
comme lui, & prend les mêmes tons *c les mêmes 
figures. Cela eft fort plai.ant. 

Caput abfci/fum démens quum portât Aga've ] Da- 
mafippe dit à Horace, que ce n'eft pas une chofe bien 
étonnante, qu'il fe croye bien fage, quoiqu'il foit 
fou. Cen'cfl: qu'une plus grande marque de fa folie. 
Agave, après avoir mis en pièces ion fils Penthée, 
ne fe reconnoifToit point du tout folle, quoiqu'elle 
portât la tête de fon fils au bout de fon thirfe, com- 
me la tête d'un lion qu'elle auroit tué. Au con- 
traire, toute joyeafe de fa proie, elle alla offrir cette 
tête à Cadmus fon père,, afin qu'il la mît à la porte 
de fa maifon, félon la coutume de ce tems-là, & qui 
dure encore aujourd'hui. Euripide a fort bien traité 
ce fujet dans fes Bacchantes. 

* Deme?is quum portât Agai'e ] On a trouvé dans 
un ancien M S. 

« manihus quum portât Agai)e, 

Et M. Bentlei l'a reçu dans le texte & a fait une fa- 
vante remarque pour prouver que c'eil la véritable le- 
çon. Je crois pourtant qu'il ne faut rien changer, & 
que démens, bien loin d'être inutile, fert à fortifier le 
raifonnement de Damafippe. Horace lui dit : Ex- 
pliquez-moiy je n)ous prie, quelle ejî ma folie ; car pour 
moi il me femhle que je fuis bien fage. Et Damafippe 
lui répond : Eh quoi, Aga^vé qui étoit certainement bien, 
folle. Je crgyoit-elle telle lorfque ^c. * 

305 Stultum me fateer\_ Horace, frapé d'un exem- 
ple fi fenfible, reconnoît qu'il efl fou. Mais il de- 
mande quelle cft donc fa folie : & cela ell plaifint, de 
fe reconnoître fou, & de demander en quoi. 

308 jEd;^ 



2o8 R E M A R Q^U E S 

308 j^dîficas ] C'ell le feul endroit où il eH: parle 
des bâtimens d'Hoiace. Mais on n'en doit pas moins 
conclure, qu'il aimoit à bâtir. Car je ne iaurois a- 
prouver qu'on donne une autre explication à ce mot. 
* Mais ce n'eft pas même le feul endroit, puiiqu Ho- 
race s'accule lui même de cette palîion dans la I. E- 
pitre du Livre I. 

Dîrnity adif.caty mutât quadrata rotundts. 

^ue je ne fais que bâtir iff ahatre, que je change 
un quarré pour un rond^i^ un rond pour un quarré. * 

Longes imîtarisy ah imo ad [ummum ] C'eft une 
plaifanterie fur Téquivoque du mot lotigus, qui fi- 
gnifie grand Seigneur, & un homme qui eit grand, 
qui a la taille avantageufe. Cn a joué de même 
en notre langue l'ur le mot grand, qui fait la même 
équivoque. Et cette pointe eft fort bonne pour Da- 
mafippe. Les Stoïciens n etoient pas de trop bons 
plaifans. 

309 Ad fummum totus moduli hipedaîis'\ Horace é- 
toit fort petit & fort gros. Voici un fragment d une 
Lettre qu'Augjfte lui écrivit : Pertui'it ad me Diony- 

Jîus lihellum tuum : quem ego, ne accuCem bre'vitatem, 
qnantulufcutnque ejî, boni conjulo. Vereri auttm mihi 
*videris ne majores libelii tui Jlnî quàm ipCe es. Sed fi 
tibi jîatura daft^ corpufculum non deejî^ i^c. Diony- 
Jius m'' a aporté 'votre Livre, ^elque petit quil foit^ 
je rai reçu a-uec pla:fir. Il me paraît que 'vous crai- 
gnez que "VOS Linjres ne foient plus grands que njous. 
Mais au moins fi la taille 'vous manque, l'embonpoint 
ne 'VOUS ma?ique pas. 

3 1 o Tur bonis ] ^urbo étoit un gladiateur fort petit, 
mais fort courageux. * Turbo nomen proprium gla- 
diatorisy dit Priicicn. * 

312 Te quoque njerum ejl'\ Verum ejîy eft ici pour 
^quum eji, njraiy pour iujfe. Les Grecs & les^ La- 
tins ont fouvent mis la veiité, pour la juflice. 
f 313 TantQ dijimilcml M. Bentlei prétend que 

c'eft 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 209 

c'efl une faute, & qu'il faia lire comme dans quelques 
manufcrits, tantum diffi7r,ikm. * 

314 y^bfentis ran^ puUis] Quoique cette fable ne 
fc trouve plus aujoLra''hLi paimi les fablts d'Efope, 
il ne faut pas douter qu'elle ne foit de lui. Car il 
s'éil perdu beaucoup de chofes de cet Auteur. Phè- 
dre, qui a écrit peu de ttms après Horace, conte la 
même fable d'une autre manière. Il dit, que la gre- 
nouille voyant le taureau dans un pré, devint ja'oufe 
de fa grofîèur, & s'enfla pour Timicer, &c. La maniè- 
re d Horace eil: plus vive. 

515 Dcnarrat^ Denarrare fîgnifîe proprement con- 
ter en détail, conter d un bout à l'autre. 

* 3 1 7 ^(antane ? num ta-ndem fe influns ? J M. 
Bentlei fe donne la torture pour rétablir & pour ex- 
pliquer ce pafiage, & après bien des efforts il ne 
peut en venir à bout & il le gâte entièrement. D'a- 
bord il corrige ce vers qui n a nul beibin d'être cor- 
rigé, le il lit : 

^antane? num tatJtum, /ufflam fe, magna fui (fet. 

Ce qui ne fent point du to'ut le flile d'Horace qui 
n'auroit jamais écrit tantum magna. Et il n'y a rien 
de mieux que num tandem, fe injians, fie magna fui f 
fit. Cette mère grenouille en s'enflant tant qu'elle 
peut, dcQiande à fa hlle: Enfin efi-elle auffi groffe 
que cela? Ce tandem a là beaucoup de grâce. La pe- 
tite greuouille répond que la béte eft de la moitié plus 
greffe, major dimidio. Cela déplaît à M. Bent.ei. Il 
lui paroit ridicule que cette petite grenouille ne trouve 
cette béte plus grolfe que fa mère que de la moitié; 
car il voudroit qu'elle jugeât mieux des grandeurs & 
des grofiéurs. Pour faire donc honneur à Horace il 
corrige. 

Major pernimio. Num tantum? 

Car, dit- il, les fables ne doivent débiter que des cho- 
ies qui aprochent du vrai . Se qui fo;ent en quel- 
que 



210 R E xM A R ÇIV E S 

que façon croyables ; 'ueris proxima ^ fidem aliqua^ 
tenus habitura. Eft-il vrai'emblable que cette gre- 
nouille fe puifTe enfler fi fort du premier coup, qu'elle 
vienne à la moitié de la groiTeur du boeuf ? Si elle 
s'enfle encore trois ou quatre fois, elle légalera ou le 
furpaffera. Rien de plus malheureux que cette criti- 
que, & rien de plus faux que ce principe ; car il rui- 
ne toutes les fables d ETope, de Phèdre & de la Fon- 
taine. A'iais laifFons là AI. Bentlei, & ajoutons un mot 
pour éclaircir ce texte d'Horace. Toute la dilEculté 
confiée à mon avis dans ce vers : 

Major di 7711 dio. Num tajtto? 

On ne voit pas à quoi tient ce tanto. Car il n'y au- 
roil pas de lens à dire mon tanto major. EJielle 
■plus groffe de tanty OU d'autaîitt Je fuis perfuadc 
qu'Horace n'avoit écrit ni tantum ni tantoy mais mon 
tanta eji ? Ejî-dU aujji groJTer Cela eft iiraple & na 
turel * 

mage "çomy fable-» parceque les fables ne font que 
des imitations, des portraits. Peut être même que 
les Anciens ont apellé les fables, des images, parce- 
qu'elles font l'effet de l'imagination. Car il y a 
beaucoup d'aparence que l'imagination a produit les 
fables par le moyen des longes , & que c'eil là 
leur première origine. Synelius étoit de ce ienti- 
ment. 

321 Jdde poemata^ Les Stoïciens condamne ient 
la poefie abfol.ment. Mais il y a dans ce paiiage 
un ridicule qu'on n'a pas remarqué. C'elt que Da- 
mafippe, qui condamne ici les vers avec tant d'ai- 
greur, oublie, qu'au commencement de cette Satire 
il a grondé Horace, de ce qu'il ne failoit rien de nou- 
veau, & l'a exhorté de toute fa force à faire encore 
des vers, & à reprendre fon train ordinaire. Cette 
contradi6tion marque admirablement le naturel des 
hommes, qui condamnent en un moment ce qu'ils 
viennent de louer, qui ne jugent que par caprice, Se 

qui 



SUR LA S AT. III. DU Ll V. II. 211 

qui ont autant de règles difFerentes dans leurs juge- 
mens, qu'il y a de diiFerens degrés de feu qu'ils don- 
nent à leur iniaginaiion. D'ailleurs Horace marque 
ici une malignité fort ordinaire aux hommes, en fai- 
fant voir par un exemple fenfibîe, que ceux qui de- 
mandent le plus inllament à un Poète, à un Auteur, 
des nouvelles de fes ouvrages & qui le prefTent le plus 
de travailler, font très fouvent ceux qui s'en moquent 
les premiers, & qui traitent de folie fes occupations 
les plus utiles. 

Hoc ejij oleum ad de camnio ] Car un fou eft beau- 
coup plus fou quand il eft Poëte. La poëfie fait en 
lui ce que l'huile fait dans le feu. C'étoit un pro- 
verbe des Anciens j oleum in incendium, oleum in ig- 
né m y & ignis oleo. 

323 Non dico horrendam raèiem'] Car Horace 
étoit fort colère & fort emporté, comme il le dit lui- 
même dans la dernière Epitre du Livre premier : I- 
rafci celerem. Les Stoïciens faifoient profeifion de 
patience. 

Cultum majorem cen/u] Horace aimoit à être 
fort propre, & fon père Tavoit accoutumé à faire 
beaucoup de dépenfe, comme il l'a dit lui-même dans 
la Satire VI. du Liv. I. vers 78. 

- - - - Vefiem fer'vofque fequentes 
In magno ut populo fi qui s ^oidiffet^ ^c. 

Ceux qui njoyoient mes habits ^ les efdaves dont 
j" étais fui'vi. 

Damaf.ppe reproche cela à Horace, parceque les 
Stoïciens étoient fort fimples dans leur.-. habiLb, & fe 
conten:oienc de ceq-ii étoit abioiumenc n-ceiTaire. 

324 Teneas , Damaftppe, tuis te'\ MéltZ-'vous de 
^os affaires. Travaillez à vous corri er vous même, 
h ne vous amufez point à vouloir corriger les autres. 
Horace reproche par-là à Damafippe, qu'il violoit 
un des plus grands préceptes de la fefte dont il faiioit 
profcffion, qui recommandoit fur toutes chofes, de ne 

penlcr 



212 R E M A R Q^U E S &c. 

penfer qu'à foi, & de n? reprendre jamais les autres. 
Laiffe Us fautes qu on fait ou on ks fait, difoit l'Em- 
perear IVIarc-Auiele. 

325 Mille pîiellarum, puerorum miUe'\ On a vu 
dans les Odes le penchant qu'Horace avoit à l'amour. 
Celui qui a écrit fa Vie, a dit : Ad res %'enereas intem- 
perantior fuijje traditur. On dit qu il fut fort a- 
donné aux plaijtrs de F amour. 

526 O major tandem parcasi II eft bon de re- 
marquer la conduite d'Horace dans les réponfes qu'il 
fait à Damafippe. D'abord il n'eil point choqué de 
la liberté qu'il prend de faire fon portrait. Mais en- 
fuite, voyant que cela va trop loin, il le prie de ne 
pas continuer j jam define. Comme ce Philofophe 
continue, en encherifTant toujours fur ce qu'il avoit dé- 
jà dit, Horace prend auffi un ton plus haut, & 1 aver- 
tit de ne penfer qu'à fe corriger lui-même : teneas, 
Damafippe, tuîs te. Enfin Damafippe ne s'arrétant 
pas pour cela; Horace perd patience, & lui dit: O 
major tandem parcaî. Mais une des principales beau» 
tés de ce vers confille, en ce qu'il femble que ce foie 
une fort grande louange pour Damafippe: O major 
tandem parcas. Car jufques-là Damafippe a lieu de 
croire, qu'Horace admiroit fa fageffe. Il n*eft de- 
fabulé que par le mot infane, qui le confond, & qui 
fait une plaifanterie, en ce qu*il n'étoit pas attendu. 



ca^ «15? ^ cr« ^^ 
%' •*■ %' %' *♦' 

CTfi qvi C5Vi «Ti 

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NOTES 



Notes sur la S AT. III. L i v. II. 213 




NOTES 

Sur la S AT. III. Li v. H. 

IL paroît par le vers i8ç. dit le P. Sanadon, que 
cette Satire elt de Tannée 720. Horace étant âgé 
de trcnie-un, ou trente-deux ans. 

I Sic raro fcribis] Sept manu'"crit? portent, (t ra- 
ro fcribes. Se le P. S. a employé eette leçoçi, après M. 
Bemlei k M. Cuningam. 

4 Jb ip/is'] Le P. S. lit at ipfis, & recule le point 
z.^xesJobnusy comme lent fait, dit il, deux favans 
Critiques fur d'excellens nnanufcrits. 

6 Nil ejî'] Ceft Horace qui die cela, comme le P. 
S. l'a remarqué. 

1 2 Tantos ] A la place de ce ipot, Rutgers a mis 
qiàd tu? & le P . S. a adopté cette leçon. Le vieux 
Scholiafle de Perfe lifoit dans les manufcrits de fon 
tems quin tu, ce qui fonde la correftion. 

25 Mercuriale 1 M. Cuningam a lu Mercuriaii, 
&le P. S lafuivi. 

39 Urget] Le P. S. lit angit, après un bon nom- 
bre de manufcrits Se plufieurs éditions. 

43 ^i^cunque ] M. Cuningahi a corrigé cujufque^ 
que le P. S. a reçu. 

50 Utrique] Le P. S. a encore fuivi ici M. Cu- 
ningam, qui a lu uîrimque, parceque les mots paffim 
palantes femblent donner l'idée d'un plus grand nom- 
bre de perlbnnes, & doivent faire prendre les fmgu- 
liers hic & ille, pour hi Se illi. 

60 Fufius ] Le P. S. lit Fufius, fuivant fept ma- 
nufcrits Se cinq éditions, ce nom ce trouvant affez 
fouvent dans les anciennes infcriptions. 

75 Cert' 



214 NOTES 

75 Cerebrum e/?] Le P. S. rejette eji après Perillî, 
pour éviter la con'bnance defagréable qu il faifoit à 
la même place où il efl au vers précédent. 

gi ^oad •vixit'\ Lucrèce n'a fait de même qu'une 
fillabe de quoad , comme le P. S. la remarqué: 
^luoad H cet y ac potîs cji, iffc. 

io8 ^id] Prefque tous les manufcrits Se celui 
d'Acron portent ^z//, & le P. S. l'a employé, comme 
M. Bentlei Se M. Cuningam. 

I 28 Tiifi'' [anus ] Suivant le P. S. il n'y a point ici 
de nouvelle fcene, comme Ta prétendu M. Dacier, 
non plus qu'au v. 132. quid enim? où M. Dacier 
fait parler Sceva: perfonnage qui n'ell point nécef- 
faire, qui eft de Ton in\ention, & qui ell: tout à fait 
hors d'oeuvre, comme ce Père le remarque. C'eft 
toujours, léion lui, Stertinius qui ^.arle, & c'ell aufli le 
fentiment de M. Bentki. 

129 ^uos quvs ] JofTe de Bade avoit corrigé tuo 
quos. Si. cette leçon, aprouvée par le Févre & M. Da- 
cier, a é:é employée par le P. S. après M. Bendei & 
M. Cuningam. 

133 Occidit'] Le P. S. lit occidis, après fept manuf- 
crits & quatre éditions. 

1 5 1 Jam hac ] M. Cuningam a rapellé jam jam^ 
qii ell une leçon de N. Hciniius, & le P. S. la a- 
doptée. 

154 J^S,^^-^'\ Le P. S. a mis injîans, corredlion de 
M. Cuningam, qui lui paroît fort heureufe. 

ici; ^id cejjas ? '] Tous les manufcrits & toutes 
les éditions, avant Muret, ont tu cej/as? Le P. S. a ' 
préféré avec raifon cette leçon à quid cejjfas ? que Mu- 
ret avoit introduite fans ai-torité. 

Ptizanarium'] C'eft proprement une tifane faite a- 
vec de l'orge mondé, comme le P. S. le remarque. 
Quand on la faifoit d'autre chofe, on avoit foin d'a- 
jouter un nom, qui marqi oit cette différence. Je ne 
fais, ajoute ce Père, pourquoi nos tradudeurs ont en- 
tendu par ptizanarium, de la bouillie. Ce feroit un 
plaifant remède pour un homme tombé en létar- 
gie. 

156 Quanti 



SUR L A S A T. Iir. DU L I V. II. 215 

156 ^,anti emtrt^ Le P. S. a mis emtumy après 
M. Cuningam, malgré l'autorité des éditions, parce- 
que la tifane étoit tout le remède, & que le ris n en 
étoit qu'une partie. 

Oao ajTibus^ Oaujfthus, que lit le P. S. eft une re- 
ftitution fiiite par deux iavans Critiques, fur tout ce 
qu'il y a de manufcrits & d édition^ avant Lambin, 
qui cil le premier qui ait o!ë corriger le texte. 

i^j An furtis pereamque] Le P. S. a mis an fur - 
tispeream anne, le qu: n'étant point une particule di.C 
jonftive. 

1 66 Barathrone ] On trouve dans deux manuf- 
crits Balatroni, & le P. S. a fuivi M. Cuningam, qui 
Ta rapellé d?.ns le texte. Balatro, un homme de 
néant, un vaurien, un débauché, un bouffon. 

172 Ludere] Le P. S. \\l credere, après M. Cu- 
ningam, Se quoique cette leçon ne foit autorifée par 
aucun manulcrit, ni par aucane édition, elle paroît né» 
celTaire, parcequ'elle entre naturellement dans la pen- 
fée du Poète. 

182 jEdiîis Prator'] La Préture & PEdili- 

té, dont il eft parlé en cet endroit, dit le P. S. re- 
prefentcnt en général les premières magiftratures de 
la République, & n ont aucun raport à Agrippa, 
comme M. Dacier le prétend fur le v. i8ç. 

I S3 Aut aneus ] Comme les anciens Poètes n'ont 
jamais employé .sneus de trois fillabes, le P. S a lu 
i^ a'éneusy qui d'ailleurs fe trouve dans deux anciens 
manufcrits, & que plufieurs Critiques, & entr autres 
M. Bentlei & M. Cuningam, ont employé. 

I 94 Putrefcit ] Le P. S. préfère pute/cit^ qui efl 
la leçon de la plupart des manufcrits. 

208 Feris, /ce le ri/que'] Le P. S. lit njeri fcelerifque, 
en mettant une virgule 2i^xh% fcelerifque^ ce qu'il ex- 
plique : ^icunque tum <veri tum /céleris fpecies capiet 
tumultu permi/îas, prenant alias pour di-ver/as^ Se en- 
tendant tumultu du trouble des palfions. 

216 Pufam aut puftllam~\ Le P. S. a mis pupam 
aut pupillam ^ que portent quelques manufcjits de 
Lambin. 

234 In 



2i6 NOTES 

234 /» ni've] Le P. S. lit tu nl^ve, fous-entendanC 
in comme Thomas Johnfon dans fes notes fur Gro- 
tius a cité ce vers. Les éditions de deux habiles 
Commentateurs, dit !e P. S. le présentent de même. 

313 Tcmto dijjimïlctn'] On trouve dans deux ex- 
celiens manufcrits, & dans deux des meilleures édi- 
tions, tarAum diJftmUeniy & c"eft la leçon que le P. S. 
afijixie. Tantîim pour tafn, comme Horace même 
a dit ailleurs: 

I^ c tantum Veneris quantum Jludiofa cidin,^. 

316 'Kîim tandem fe i::Jlans Jtc magna '\ Le P. S. 
lit, num tantum^ fiijfians fe, jnagna, & c'eft la leçon 
de M. Bent'ei & de M. CiTiingam. Num tantùm eft 
de quatre axsciens manurcri:s. dit le P. S. & on en cite 
encore un plus grand nombre pour fufflans /<?, & il 
remarque avec beaucoup de railbn, que tandem ne 
convient nullement à un premier effort. 

1 1 8 Major dimidîo: IS ufd tanto ] Le P. S. a mis, 
après M. Cuningam, Major. Dein : num tantum ? 
Major. Comme cette corredion ell coniiderable, je 
copierai ici prefque toute la remarque de ce Père. 
Ce vers, dit- il, a encore été plus défiguré que le pré- 
cédent, & les manufcrits ne iont pas exempts de cet- 
te dépravation. On a cru entendre ce que l'ancienne 
leçon figninoit, & de favans Critiques, entr'autres 
Torrentius & M. Dacier, n'ont pas feulement daigné 
en dire un mot dan? leurs notes. Cepeudant il n'y a 
peut-être point d'endroit dans Horace qui foit plus 
fenfiblement defedi:eux. Le bon fens & la gram- 
maire y font également bleffés. Que veut dire maior 
dimidio? ajoute le P. S. Une fable, toute fable qu'el- 
le eft, doit garder la vraifembLnce dans ibn genre. 
Or quelle aparence que cette mcre grenouil'e ait at- 
teint du premier coup la moitié de la grofléur d'un 
boeuf? Si cela eft croyable, ne pouyoit cl e pas Pé- 
galer entièrement après un fécond & un troifieme ef- 
fort? JI faut nccelTairement dévorer ces abfurdicés à 
U honte dHorace , ou bien avouer qae dimidio n'eft 

point 



SUR LA S AT. III. DU Liv. II. 217 

point de lui. Secondement, continue le P. S. on 
n'efl: pas moins en peine que faire de tanto. La 
grenouille veut-elle dire : Jsum njttulus tanto major 
eji quanto tnagis me dijîendo', ou bien : Kum tanto fum 
major quanto mnjûr ejl 'vitulus ; ou enfin : Num tanto 
major fum quanto major eram antea ? La première 
explication fupole que le boeuf augmentoit en grof- 
feur à mefure qi:e la grenouille fe bourfouffloit ; ce 
qui ell ridicule- La féconde ne lauroit former aucun 
fens, & la troifieme donne à entendre que la grenouil- 
le étoit déjà parvenue à la grolTeur du boeuf; ce qui 
eft diredement con:re la fupcfition de la fable. En- 
fin après la féconde interrogation num tanto ? on at- 
tend la réponle de la petiie grenouille, & cette réponfê 
ne vient point. Certainement, conclud le P. S. le 
défaut eft vifible, & jamais peut-être correftion ne 
fut plus néceiîaire. AL Cuningara l'a folidement 
juftifiée dans le X. chap. de fes Animad'usr/îons contre 
Kl. Bentlei. Il a même été jufqu'à excufer la rudeiîe 
de ce vers, qui, fe trouvant fans céfure, eft d'une ca- 
dence très désagréable, mais qui convient fort a Tac- 
àon que le Poëte décrit. 






Tarn, VIL K SA- 



2i8 s A T I R A IV. L I B. II. 




S A T I R A IV. 

HORATIUS, & CATIUS. 

HoR. T TNde , dff qui Cat'ius? Q at. Non 

^^ ejî mîhi tempus , aventi 

Ponere ftgna novis pr^ceptis : quaîia vincant 

Pythûgoram , Anytïque reum , doSf unique Pla- 
tona. 

HoR. Peccatum fateor , quum te fie tempore 
îavs 

Interpellarlm : fed des veniam bonus , oro. 5 

^od fi interciderit tibi nunc aliquid ^ répètes 
mox : 

Sîve eJî natura hoc , fwe artis , mirus utroque, 

Cat. ^in id erat cura , quo pa5lo cuntla te- 
nerem : 

JJtpote res tenues , tcnui fermone peraâas. 

HoR. Ede hominis nomen: fwiul ^ an Roma- 
nus , an hofpes f '10 

G A T. Ipfa memor pracepta caria m : celabitur 
au£jor. 

Longa quibus faciès ovîs erit ^ illa mémento , 
TJtfucci melioris , ^ ut magis alba ntundis 
Ponere: namque marem cohibent caîkfa vite!- 
ium, 

Ciuîe 



SATIRE IV. L I V. II. 219 




SATIRE IV. 

HORACE y C A T I US, 

HoR. T\'Où vient Catius , & où va-t-il ? 
i JCat, Je n'ai pas le tems de m'ar- 
réter : Ccir je fuis prefle de marquer certains 
préceptes nouveaux , que je viens d'entendre , 
& qui vallent mille fois mieux que ceux de 
Pythagore , ceux de Socrate , & ceux du fa- 
vant Platon. HoR. J'avoue que j'ai tort , 
de vous avoir interrompu li mal à propos. 
Mais , je vous prie, ayez la bonté de m'excu- 
fer: fi quelqu'un de ces beaux préceptes vous 
échape prefentement , vous les ratraperez allez 
dans la fuite , ou par la force de votre mémoire 
naturelle , ou par les fecrets de la mémoire 
artificielle. Car vous êtes merveilleux pour 
l'une Si pour l'autre. Cat. Pas tant que vous 
penfez. Et quand vous m'avez abordé, j'étois 
bien empêché à me fouvenir de tout ce que j'ai 
entendu. Car outre que ce font des chofes 
très fubtiles , elles font traitées dans un llile 
li fin & li délié , qu'elles échapent facilement. 
HoR. Faites-moi la grâce de me dire le nom 
de ce grand homme , Se s'il eft Romain , ou 
étranger. Cat. Je vous dirai volontiers les 
préceptes, dont je tâcherai de me fouvenir; 
mais je vous cacherai le nom de l'^Autein-. 
Quand vous trouverez des œufs longs, r.e man- 
quez pas de les faire fervir à votre table : car 
ils font plus blancs que les œufs ronds , & ont 
meilleur goût. Et , afin que vous n'en dou- 
K 3 ticz 



220 S A T I R A IV. L I B. II. 

Caille fuhurhano ^ qui ficcis crevit in agris 15 

Dulcior : irriguo nihil ejl elutius horto. 

Si vefpertinus fubiù te Qpprejferit hofpes , 

Ne gain m malum refponjet dura palato , 

Docîas eris vivant mifto merfare Falerno : 

Hoc tene/\i?7i faciet. Pratenfibus cptima fun- 
gis 20 

Natura ejï : aliis nialè creditur. Ille falubres 

Mfldtes peraget , qui nigris prandia moris 

Finiet , ante gravem qua legerit arbore joJcm, 

Aufidius forti mifcebat melîa Falerno , 

Mendofè : quoniam vaciiis committere venis 25 

Nil niji Une dccet : Uni pracordia mulfo 

Prelueris melius. Si dura morabitur alvus , 

Mitulus ^ viles pellent objlantia concha ; 

Et lapathi brevis herba , Jed albo non fine Coo. 

Lubrica nafientes impUnt conchylia luna: 30 

Sed non omne mare ejî generofia fertile tefia. 

Murice Baîano melior Lucrina Peloris : 

Oftrea Circais ^ Mtfeno orïuntur echini : 

Peâiinibus patulis jaâfat fe molle Tarejitum. 

Nec fibi cœnarum quîvis îemerè arroget ar- 
te?n, 35 

Nonprius esa^â tenui ratione faporum, 

Nec 



SATIRE IV. L I V. IL m 

tiez pas, ce font ces œufs longs qui font les 
mâles. Les choux qui croiflent dans des ter- 
res arides , font beaucoup plus doux que ceux 
qui viennent dans les jardins des fauxbourgs. 
Car il n'y a point de terroir fi foible & li éner- 
vé que celui d'un jardin qu'on arrofe fouvent. 
Si un hôte arrive chez vous bien tard , & fans 
être attendu , pour empêcher que la poule que 
vous lui donnerez ne foit ni dure ni coriace , 
avant que de la tuer , fouvenez-vous de la faire 
tremper dans du Falerne mêlé avec' de l'eau. 
Cela la rendra plus tendre que la rofée. Les 
champignons des prés font les meilleurs. 11 ne 
faut pas fe fier aux autres. Celui-là pafTera les 
étés en parfaite fanté , qui finira fon diner par 
des meures bien noires , h qu'il aura cueillies 
avant la grande chaleur. Aufidius mêloit du 
miel avec le plus dur Falerne; mais cela eft 
mal entendu. Quand on eft à jeun , il ne faut 
laiilèr couler dans fes veines rien qui ne foit 
doux. Vous ferez mieux de boire votre miel 
avec le vin le moins rude que vous pourez 
trouver. Si vous n'avez pas le ventre libre , 
vous ferez cuire enfemble des huîtres & des 
limaçons les plus communs avec de l'ozeiile , 
où vous ajouterez un verre de bon vin blanc 
de Cos. Cela diUipera toutes les obftrudions. 
Le croilîant de la lune remplit les coquilla- 
ges. Mais toutes les mers ne produifent pas 
les plus excellens. Les huîtres du lac Lucrin 
font meilleures que celles de Baies. Mais celles 
du promontoire de Circé l'emportent fur tou- 
tes les autres. Les meilleurs herifibns vien- 
nent du cap de Mifene. Le délicieux Taren- 
te fe vante d'avoir les pétoncles les plus déli- 
cats. Perfonne ne doit fe piquer d'avoir l^art 
de faire bonne chère, sil ne connoît parfaitc- 
K 3 ment 



222 S A T I R A IV. L I B. II. 

Nec fatis ejï card pi/ces averrere nmijâ ^ 

Ignarum quitus efl jus aptius , i^ quihiis ajfis 

Languiàus in cuhitum jam Je conviva reponet, 

Umber^ l^ ilignâ nutritus glande rotundas 40 

Curvet aper lances carnem vitantis inertem. 

Nam Laurens malus ejî , ulvis ^ arundïne 
pin guis, 

Vinea fummittit capreas non femper edules. 

Fœcundi leporis fapiens je5îahitur armos. 

Pijcibus atque avibus qua natura ^ fsret 
atGS , 45 

j'hite îneum ?mlli patuit quafita palatum, 

Sunt quorum ingenium nova tantum crujlula 
promit. 

Nequaquam fatis in re und confumere curam : 

Ut fi quis Jolum hoc , mala ne fmt vina ^ laboret^ 

^uali perfundat pi/ces fecurus olivo. 50 

Majfica fi cœlo jupponas vina Jereno ^ 

Nocïurnd , fii quid crajfi ejî , tenuabitur aura , 

Et decedet odor nervis inimicus : at illa 

întegrum perdunt lino vitiata fiaporem, 

Surrentina vafier qui mijcet face Falernd i^ 

Vina , columbino limum bene coUigit ovo : 

3uatenus ima petit volvens aliéna vitelhis, 

Toftis marcentem JquilUs recreabis & Afrâ 

Pctorem cochkâ : nam îa^uca innaîat acri 

Poli 



SATIRE IV. L I V. II. 223 

ment jufqu'à la moindre différence des goûts. 
II ne fuffit pas d'enlever du marché les poif- 
lons les plus chers, fi l'on ignore quels poif- 
Ibns veulent être fer vis dans la fauce, & ceux 
quil eft mieux de faire fervir tout fecs, pour 
réveiller l'apétit des conviés, & pour les obli- 
ger à fe remettre, k à recommencer à manger 
comme auparavant. Le fanglier d'Ombrie, 
nouri de gland de chêne verd, doit être fervi 
à la table de ceux qui n'aimenl pas les chairs 
molles. Celui de Laurentum eft tort méchant, 
parcequ'il eft engraillë dans les marais. Les 
chevreuils nouris dans les vignes ne font pas 
toujours fort bons. Le Sage ne cherchera que 
les épaules du lièvre. Perfonne avant moi n'a 
fu connoître par le goût la différente nature & 
le di.^erent âge des poiiTons Si des oifeaux. Il 
y a des gens qui s'étudient à faire paroîtrc leur 
elprit par l'invention de quelque nouvelle eipe- 
ce de patillerie. 11 ne faut pas fc contenter de 
metfre fes foins dans une feule chofe: comme 
il c'étoit aflèz pour vous, que le vin ne fût pas 
mauvais, fans vous mettre en peine de choiiir 
l'huile avec laquelle on aprêtera votre poifibn. 
Si vous expofez à l'air dans un beau tems le 
vin de Maffique découvert; le ferein de la nuit 
adoucira tout ce qu'il a de dur, & emportera 
cette odeur ennemie des nerfs.. Vous lui ôtericz, 
toute fa force , en le faifant palier par une 
chauffe de hn. Celui qui met du vin de Sur- 
rentum fur la lie du vin de Falerne, ne man- 
que pas de l'éclaircir avec des oeufs de pigeon. 
Car les jaunes de ces oeufs en allant à fond, 
entraînent avec eux toute la lie. Vous remet- 
trez fur pied un buveur qui eft déjà hors de 
combat, en lui donnant des cancres rôtis. Se 
des huîtres d'Afrique. Car la laitue ne fait que 
K 4 nager 



224 S A T I R A IV. L I B. II. 

Pojl vinum Jlomacho. Pirnâ magis ac magis 
hilUs 60 

Flagïtat in môrfus reflet: quin omnîa maJit 

^acunque immunàis fervent allata popinis. 

Eft opéra pretium duplicis perncfcen juris 

Nûturam : fimpkx è dulci conjiat olivo : 

^odpinguï mïfcere mero mûri a que dccehit^ (y-^ 

Non aliâ quàm quâ Byzantia putruït orca. 

Hoc uhi confujum feâlis inferhuit herbis, 

Cûrycioqiie croco fparfiim J^eîit^ infuper ad de s 

PreJJa Venafrana quod hacca remifit oUvcS» 

Picenis cedunt pomis Tihurtia fucco : 7© 

Nam fade praflant. Venucula convenit oÏÏn, 

Recîîus Alhanam fumo duraveris uvarn. 

Hanc ego cum mdlis , ego facem primus if 

alecy 

Primus ^ invenior piper album^ cum fa!e ni- 
gro 

Lier et um^ puris circumpofuijfe calillis. 75 

Immane eft vitium, dare înillia îernâ macello^ 

Angufîoque vagos pifces urgere catim.. 

Magna movent flomacho fafîidia , feu puer un- 
éfis 

TraSîavit caîicem manibus^ dum furta ligurit ^ 

^ive 



SATIRE IV. L I V. ÎL 225 

nager dans un eftomac afFoibli. On aime beau- 
coup mieux fe refaire, Si fe remeure en apétif 
avec une tranche de jambon, & avec quelque 
andouille. On préférera même à vos meilleurs 
mets tout ce qu'on aportera tout chaud du plus 
méchant cabaret. Il ell encore très important 
de connoître le différent goût Se les différentes 
propriétés des deux fauces. La première, qui 
ell: la limple, n'eît compolée que d'huile douce: 
& vous en faites une fauce compolée, quand 
vous mêlez cette huile avec le plus gros vin 
& avec la faumure. Je dis avec la faumure où 
Ton a laifié longtcms le gros poilibn de By- 
zance. Quand tout cela a bien bouilli avec des 
herbes hachées, & que vous y avez mis du faf- 
fran de Cilicie, vous ne faites qu'y verfer defl'us 
de la plus excellente huile de Vénafre. Les pom- 
mes de Tibur ne font pas fi bonnes que celles 
de Picénum ; mais elles font plus belles. 11 y a 
des raifms qui veulent être confervés dans des 
pots de terre ; mais pour ceuxd'Albe. il eft plus 
iûr de les faire durcir à la fumée. Je fuis le pre- 
mier qui ai trouvé le fecret de faire fervir par 
tête un |.)etit plat où il y a de ces railins, des 
pommes, de la lit fine, du vin de Cos, de la 
lie de faumure, & du poivre blanc paiïe avec 
du fcl noir. * C'eft un fort grand défaut, de ne 
favoir faire bonne chère qu'en dépenfant en 
viande trois mille fefterces, & en faifaTa fervir 
des piramides de poilîbns. Au relie, il !ie faut 
pas négliger la propreté: car on fe dégoûte, 
quand on voit empreinte fur une coupe la main 
du valet qui Ta lavée, après avoir trempé ùs 
doigts dans la fauce; ou quand une vieille 
coupe eft comme incruftée de la craflë que le 
tems y a attachée. Les balais, les tcrchonsv 

& la fciure pour couvrir le plancher, fout d^ 

K,- 



226 S A T I R A IV. L I B. II. 

Sive gravis veîerï cratcra Uinus adhafit. 8© 

Vilibus in Jcopis^ in mappis^ injcohe^ quantus 

Confifiit jumtus ? Negkâïis^ flagïiium ingénu 

Ten' lapides varies lut aient a r ad ère palmâ^ 

Et Tyrias dare circum iiloîa toralia vefies ? 

Oblitum^ quanti curam fumtumque minorem %y 

Mac haheant^ tanto reprendi jujlius illis^ 

^^ nift divitîbus nequeunt contingere menfis, 

HoR. Do^îe Cati^ per amicitiam Divofque ro- 
gatus^ 

Ducere me auditum^perges quocunque^ mémento^ 

Nam quamvis referas memori mihi peclore ciin- 

£îa^ 90 

"Non tamen interpres tantundevi juveris. Adde 
Vuîtum hahitumque hominis^ quem tu vidijje hea- 

ÎUSj 

Non magni pendis ^ quia contigit : at mihi cura 
Non mediocris inejl, fontes ut adiré remôtoSy 
Atque haurire queam vita pracepta hcata, 95 



*il* 



SATIRE IV. L I V. II. 227 

fi peu de fi-ais, qu'il eu. honteux à tout le çnon- 
de, de n'en point avoir. Qiioi, vous feriez 
balayer avec un balai mal propre votre plan- 
cher de carreaux de marbre de diverfes cou- 
leurs? & vous mettriez les plus beaux tapis de 
pourpre fur des lits dont les matelas n'au- 
roient point été lavés? Souvenez- vous, qu'en 
négligeant tout _ce qui ne demande ni grand 
foin, ni grai:ide'dépenfe, vous vous expôfez 
au mépris & à la raillerie, beaucoup plus, ians 
com^paraifon, que fi vous manquiez à toutes 
les autres choies, que l'on ne s'attend de trou- 
ver d'ordinaire que chez les Grands. Hor. 
Savant Catius , par notre amitié , & au nom 
des Dieux , je vous en conjure , menez-moi 
entendre ces divins oracles, en -quelque lieu 
que ce foit. Car quoique vous me rcdiiiez 
tout fort exaélement, cela perd toujours beau- 
coup de fa force, & ne fait pas le même efîét, 
quand il paiîe par la bouche d'un Interprète. 
Ajoutez l'avantage de l'entendre lui-même, & 
le plailir de voir fon viiage, k ion air. Vous 
ne comptez cela pour rien parceque vous a- 
vez eu le bonheur de le voir. Mais pour moi 
qui ne l'ai point eu, j'en meurs d'envie, pour 
aprocher de cette fource inconnue aux mor- 
tels, & pour 7 puifer moi-même les préceptes 
d'une vie heureufe Se tranquile. 



S?^ 



*l'l* 



K 6 RE 



22» R E M A R Q^U E S 

REMARQUES 

Sur la SATIRE IV. 

D\ns la Satire précédente Horace s'eft moqué 
des Stoïciens. Dans celle ci il attaque les Epi- 
curiens , qui expliqaoient fort mal les iencimcns d E- 
picure , & qui failoient un très mrtuvais u.age de la 
doctrine de ce Philo.ophe. Car lous prétexte qu*Ê- 
picure fai^oit confifter le fouverain bien dans la vo-i 
lupté, ces faux Epicuriens, au lieu de prendre /a 
*volupté , dans le iens de leur maître , pour le plailir 
que donne la pratique de la vertu , de la juilice, & de 
l'honnêteté , la prenoient au contiaire pour les infâ- 
mes plaifirs de la débauche. Les véritables Epicu- 
riens apelloient ces indignes Sectateurs, les Sophi/les 
de leur deâîrine. Parmi ces Sophifles , Catius, dont 
il eft ici quelHon , tenoit le premier rang. C'étoit le? 
Philofophe Catius If-fuber , dont il eft parlé dans Ci- 
ceron & dans Quintilien. M. le Févre a voulu com- 
batre ce fentiment dans fes Lettres. Mais quelque 
refped que j'aye pour la mémoire de ce grand hom- 
me , à qui je dois tout le bonheur de ma vie , j'ofe 
dire qu'il n a pas connu toute la finefTe de cette Sa- 
tire. Horace , pour tourner Catius en ridicule , & 
pour faire voir, que cétoit un de ces faux Epicuriens 
qui ne connoifloient d'autre plaihr que celui de leur 
ventre , feint fort ingénieufement , qu'il le rencontre 
tout rêveur , dans le tems qu'il alloit écrire certains 
préceptes de cuifme, qu'il venoit, difoit il , d'en- 
tendre, & qui l'a voient fi fort charmé, qu il étoit tout 
prêt à dégrader Epicure, pour le mettre au-deflbus 
de cet excellent Cuifmier, qui lui avoit enfeigné de 
il beaux fecrets. Mais ce qu'il y a de bon, c'elt que 
ce Cuifmier, c'eft Catius lui-même, qui cherche à 
débiter fa dodrine fous un autre nom. On ne i'auroit 
rien imaginer de plus plaifant. Je ne m'attacherai 

pa&. 



SUR LA S AT. IV. DU Liv. II. 229 

pas à combatre toutes les raiibns de Monfieur le Fé- 
vre La plus fone eft celle par laquelle il prétend 
prouver, que le Philoiophe Catius étoit mort, quand 
cette Satire fut faite. Mais il n'avoit pas allez exa- 
miné fa preuve , qui eil très foible. Ciceron écrivant 
à Caflius, qui étoit auffi Epicurien , dit : Catius Epi- 
cureus qui nuper ejî mortuus. V Epicurien Catius qui 
ejî mort depuis peu. Parceque Catius éroit mort quand 
Ciceron écrivit cette Lettre, s'enfuit il de là, qu il 
fut mort , quand Horace fit cette Satire ? Il efl fur, 
que la Lettre de Ciceron fut écrite fous le IV. Con- 
fulat de Cefar, Tan de Rome 708. Horace avoit 
alors vingt- un an. 11 pouvoit fort bien avoir fait cet- 
te Satire à cet âge-là. Ainfi le palTage de Ciceron , 
au lieu de prouver ce que Monfieur le Févre a pré- 
tendu , fert au contraire à nous aprendre , que cette 
Satire eft un des Ouvrages q^u'Horace compofa pen- 
dant qu il étoit encore jeune. Se au-deffous de vingt 
& un an D'ailleur? , il elt certain qu'Horace ne 
donne ici rien à Catius qui ne lui convienne , & qui 
ne s'accorde parfaitement avec l'opinion qj'on avoit 
de lui. Voici un témoignage formel & irrepréhen- 
iible , qui fait voir clairement que Catius paffoit pour 
un très méchant Interprète des fentimens d'Epicure, 
C'eft un pafiage tiré d une Lettre que Caffius écrivoit 
à Ciceron , & qui , pour s'excufer de ce qu'il étoit lui- 
même Epicurien , fait voir la grande différence qu il 
y avoit des véritables Epicuriens à ces Sophiftes, com- 
me Catius, qui deihonoroient la doctrine d'Epicure 
par les mauvaifes explications qu'ils lui donnoient : 
Jpfe enim Epicurus , dit il , à que omnes Catii ^ A^ 
tnafinii i mali njerhoru?n Interprètes , preficifcuntur^ 
dicit : OvK ïçty iiS'iaç AVlv 7« ifâ^Kuç jy <^i)fdLiaç 
ÇnV.Epicure lui'me'me f d ou font fortis tous ^os Catius 
(^ 'VOS Amajinius , que 'vous nous reprochez , ces mé' 
chans Interprètes de fes paroles, dit , quilnejî pas pojjî^ 
hle de 'vi'vre a^vec plaifir , fi Ton ne n)it bien i^ jufie- 
ment. C'eft encore une vérité confiante , que ces E- 
picuriens fi relâchés étoitnt raillés ordinairement, fur 
ce qu'ils mettoient leur fouverain bien dans la benne 
E 7 chere^ 



^^o R E M A R Q^U E S 

chère. C'eft fur cela que Ciceron , pour fe vtngerât 
ce que fon Ami Caffius avoit quité la fede des Stoï- 
ciens , pour fuivre celle d'Epicure , lui écrit dans la 
Lettre XVIII. du Liv. V. Ubi igitur , inquies , phi- 
lo foph't a? Tua qiiidem in cuUnâ , mea molefta efî. Oh 
ejt donc la philofophie , me direx-t'ous ? Pour la 'votre, 
elle ejî da?is la eut fine ; mais la mienne, eft chagrine 
^ tri /le. Ce reproche fait à un Epicurien , d'aimer 
Ja cuifme , éclaircit & embellit tout-à-fait le rôle 
qu'Horace donne ici à Catius. Et ce rôle fait ici un 
ridicule d'autant pU^s grand que ce Catius avoit fait 
plufieurs ouvrages de philoiophie , comîne quatre 
Livres de la ?2ature des choies ^ & un Livre du Sowve- 
rain bien. Il n y a rien de plus plaifant que de voir 
un Philofophe qui a traité de fi grands lujets , def- 
cendre à donner des préceptes de cuifine. Horace 
n'eft donc ni le fe;il , ni le premier qui ait raillé les 
Epicuriens fjr ce talent pour la bonne chère. Jl fem- 
ble même qu'il ait pris Tidée de cette Satire dans une 
pièce du Poète comique Damoxene , dont Athénée 
nous a confervé un fragment de 70 vers , o\x un 
difciple dEpicure dit , qu'en moins de trois ans \\ a 
gagné dix talens (dix mille écus ) à faire la cuifine 
îeJon les préceptes de fon maîcre. Cejî pourquoi y 
ajoute-t-il , quand njous 'verrez un Cuijinier fans Let' 
très , <^ qui n'aura pas prefens tous les Traités de Dé~ 
mocrite , n en faites pas grand cas , Is choiff/ez, tou- 
jours celui qui faura par cœur le Canon d'^Epicure, 
Car pour être bon Cuifînier il faut connoitre la nature 
des chofes , les proportions , les harmonies , les goûts , ce 
fui rcfutte des diff'erens mêlan'yes , (jf les e^ets des fai- 
fns. Et c'ell iur cet aflêmblage de préceptes qu'Epi- 
cure a bâti la volupté. 

2 Ponere fi^na novis pr^ceptis"] Signa fignifîe 
quelquefois des lettres & des abréviations. Mais 
Jivec tout cela, ponere Jîgna no^is pf^ceptis, ne 
lignifie pas mettre des préceptes par écrit , comme 
on i a cri C* fl tout autre caofe. Quand les 
Anciens a )ient entenau q elque di.cour , qui meri- 
loit dêtre retenu, & qails n'avoi^nt pas le tems 

d'écrire. 



SUR LA SA T. IV. D u L I V. II. 131 

d'écrire, ils tâchoient d'y mettre des marques, ponere 
Jiiria: c'elVà dire d'y attacher en gros des idées, & 
d'y faire des reflexions en fornie d'analife, pour pou- 
voir fe fou venir de toutes fes parties, quand ils auroient 
le tems de les mettre par écrit. Les Phiiofophes apel- 
loient ces :ortes de reflexions ATOTt^ueicotreiç, ^ Pla- 
ton les apelie'TTo^.î^»;/^'*'^^' *^^"^ ^^ hsa.\i palfage da 
Theétete, où huclide dit à Terpiion, qji lui deman- 
doit s'il pouroit lui redire une converiàtion que Socra- 
te avoit eue avec Theétete : Ovfxet rh A'* »;t»i' »- 

Tft> yz etTO Ç-oyLetT^. ^AKK <îyfet4'Âf/.HV ToiT êU- 

%0Kw cLVettJLty.vniJ-y,s(J.iV^ iypA(?oy. Je ne /aurais 
'Vous le redire de bouche. Mais heureufsment dès que je 
Jus de retour chez moi, f écrivis quelques rejlexions fur 
ce que j"" avais entendu, "o* en/uite je récrivis à loi fi r a- 
vec le fecours de ces refiexirns . Rien ne fauroit mieux 
expliquer le deiîein de Catius, & les termes dont il le 
fert. 

3 Pythagoram ] Pythagore, natif de Samos, fut le 
premier Auteur de la p liloibphie. Il quita :a patrie, 
pour fuir la tirannie de Polycrate, vers la L. Olym- 
piade, 580 ans avant la naiiiance de no-re Seigneur, 
«Se fe retira en Italie à Crotone, où il enleigna pendant 
longtems, h y fut enfin tué. 

Anytique reum ] Socrate qu'Anytus & Mclytus fi- 
rent mourir par leurs faufles accufations. 

Dsâfumque Platona ] C ell un d-s paffage- q'ii a 
fait croire à AI. le Févre, que ce Catius n eft oint 
Catius l'Epicurien, parce, dit-il, que les Epicuriens 
n'ont jamais dit de bien de Pjaton, Se que Catius Ta- 
'çtilQ id doéle. Mais cette raifon elt fible 11 elt vrai 
que certains diiciples d'.'picure ont écrit contre Pla- 
ton i mais cela n'empéchoit pas qu ils ne reconnuflènt 
que Platon étoit iavant. Epicure lui-même navoit pu 
troQver autre choie à reprocher a Platon, que la trop 
grande pompe de fon itile. C*eft pourquoi il i'ap( Iloit 
X,^vŒ^Vy Platon le doré. Et non pas à caufe de on 
fait & de fa vanité, comme .'a cru \I. Ga.I^ndi. 
D*ailleurs, qui ne voit qu'ici Caiius parle par ra- 

poit 



252 R E M A R Q^U E S 

port aux fentimens d'Horace, dont Platon étoft la 
Héros r 

7 Si've eji nature hoc , Jlnje arth ] W parle de la 
mémoire natLirelle & de la mémoire artificielle Cet- 
te dernière confifte en certains lieux aufquels on apli- 
que & l'on confie Tes peniées, fous de certaines ima- 
ges, que Ton fe fait des chofes que l'on veut retenir. 
Ciceron en donne des préceptes dans le IH. Liv. de 
fa Rhétorique ad Hcrenmum , où il dit , que cette 
mémoire arrihcielle confifte en certains lieux que Ton 
choifit , & en certaines images que l'on i'e forme des 
choTes dont on veut fe fouvenir, Se que l'on apiique 
par ordre à ces lieux. Ces lieux tiennent lieu de pa- 
pier , les images font comme les lettres. Se laplica- 
tion de ces images par ordre tient lieu d écriture; 
ainfi par la mémoire artificielle on fe fouvient com- 
me fi on liloit. 

8 ^^uin iderat'] Ce quin n'eft point afHrmatif: il 
cft au contraire négatif. Catius dit , qu il ne fe fie 
pas fi fort à fa mémoire , ou artificielle ou naturelle , 
qu'il ne veuille travailler fans perdre tems à retenir 
tout ce qu il a entendu. 

9 Utpote res tenues^ tenià fermone peraéias'] II 
parle de ces préceptes de cuifine, comme fi c étoit 
quelque point de théologie. Et c'eft-là le ridi- 
cule. Horace imite ici cet endroit dans la H. fcene 
du I. Ade des Nuées d Arirtophane , où le portier 
de Socrate dit à Strepfiade , qai avoit heurté trop 
rudement, qu'il l'avoit fait avorter, qu'il Tavoit fait 
accoucher avant terme d'une penfée , qui étoit déjà 
toute formée : 

Et cette penfée ,c'ell de fàvoir mefurer les pas d'a- 
re puce. 

Res tenues tenui fermone ] Res tenues , des chofes 
fi délicates & fi fubtiies qu'elles échapent {\ on n'y 
prend garde de bien près. Tenui fermone peradas , 
e.vpliq'iées d'ujie manière ft fins & fi déliée, que fi 

rcn 



SUR LA SAT. IV. DU Liv. II. 233 

Ton perd un feul terme , tout efl perdu. Voilà le 
fens favorable que cela prefente, mais je crois que 
fous ces mots elt caché un trait de Satire bien fin Se 
bien délié. Par ce mot tcnuis y qui a un double fens, 
& qui peut être pris aulîî en mauvaise part, Horace 
fe moque adroitement du caradere & de la manière 
d'écrire de Catius , dont 1 érudition étoit fore mince 
& fort légère , & le ftile fort fimple & fort commun. 
Car voilà Tidée qu'en donne C^intjlien dans le I. 
chap. du Liv. X. In Epicureis le^is quidem , feJ 
non injucundus tamen auêîor eji Catius. 

11 .Cdabitur Juéior'] Heinfius & tous ceux qui 
ont écrit fur Horace , ont cru que cet Auteur c'étoit 
Epicure , que Catius ne veut pas nommer , parce- 
que ion nom étoit en mauvaiie odeur. Il avoit peur 
que cela ne nuifît à ces préceptes. Mais, en vérité, 
on ne fauroit rien imaginer qui foit plus éloigné de 
la raifon. Horace n'avoit garde de tourner en ridi- 
cule un Philorophe qu'il ellimoit fi fort , Se dont il 
fuivoit la doélrine. Ce n'eil qu'à fes difciples relâ- 
chés qu'il en veut. Cet Auteur, c'ell quelque E- 
picurien débauché de ce tsms là. Ou plutôt, c>ft 
Catius lui même. Et c'eiî: en cela que confnk le 
ridicule. Ce Codeur me fait fou venir d un joli 
paflage de Montagne , qui fe moque de la deicription 
pompeufe qu'un Italien, qui avoit été Maître d'hôtel 
du Cardinal Garaffe, lui lit de lafcience de la gueule ^ 
ce font les termes, avec une gravité & une conte- 
nance magiftrale , comme s'il eut parié de quelque 
point de théologie. Il lui déchiffroit la différence 
d'apétits: celui qa'on a à jeun , celui qu'on a après 
le fécond & le troilieme fervice ; les moyens de lui 
plaire f mplement ; tantôt d^ 1 éveiller & de le pi- 
quer ; la police de les fauces , premieremeRt en géné- 
ral , & puis particularifant les qualités des ingrédiens, 
& leurs effets. Cela reffemble il fort à cette Satire , 
que Ton diroit prelque , que c'ell une copie faite d'a- 
près cet original. 

12 Longa quihus fades'] M commence par Ics 
oeufs, parcequ'on commenjoit le repas pur là. 

* 13 Et 



^34 R E AI A R Q^U E S 

* 13 Et ut m agi s alla rotufislis] M. Bentlei, qui 
a pris ce précepte très rericufement, ne peut foufFrir 
que CatiuD diie que les oeufs longs font plus blancs 
que les ronds; car cela efl faux. Et il trouve plus 
impertinent encore qu'il dife qu'ils font plus blancs, 
parcequ'ils font les poulets mâles. C'cft pourquoi il 
a corrigé : 

^ ut magis aima rotundis. 

Et il explique magis aîma , plus murijfans. Mais 
malheure jfement pour lui aima cft un mot qui va 
toujours ièul & qui ne reçoit ni le plus ni le moins. 
Jamais les Latins n'ont dit magis aima, ni minus ai- 
ma. 11 ne faut rien changer. Horace ne donne ce 
fentiment à Catius qje pour le ridicule, & plus il eft 
ridicule, plus il fert au but d'Horace qui veut fe mo- 
quer de lui. La plupart des préceptes qui fuivent, ne 
font pas meilleurs. * 

14 "Narriqué maron cohtbent cal lof a <vitellu?» "] A- 
vant que ce grand Doéleur eût fi fort raffiné iur le 
goût, on étoic perfua /:é que les oeufs ronds étoicnt 
meilleurs que les longs j parceque les ronds font le 
poL'let njâle, k les long-: font le poulet femelle. Car 
c'ell la dodlrine dWr.iioLe, dans le VL Liv. de THif- 
toire des animaux. Mais ce nouveau Philorophe 
prend lo !t le contre pied, & afl'jre, que les oeufs 
longs lont meilleurs que les autres, parcequ'ils font 
le poulet mâle. Pbne dans le chap LIL du Li- 
vre X. i^^ ohlonga fînt o'va, gratioris faporis putat 
Horatius Fi ace us. Fœminam edunt qu^ rotundiora 
gignuntur^ r cliqua mare7n. Horace dit, que les oeufs 
longs ont meilleur goût que les autres. Les ronds font 
la femelle, ilf les autres font le mâle. Mais Pline fe 
trompe. Ce n'eft point du toot Horace. Il rapor- 
te cela comme le fentiment d an Phiiofophe nouveau, 
ui avoit des goûts particuliers, & qui en matière 
e fauces vouloit faire une fefte à part. Cependant 
ce fentiment a été fi bien reçu, que Columelle en 
fait i;n précepte fur, dans le chapiLie V. du Liv. IX. 

Ctr 



l 



SUR LA S AT. IV. DU Liv. II. 235 

Car il dit, que quand on voudra avoir beaucoup de 
poulets mâles, il faut îaire couver les oeafà les plus 
longs. 

1 5 Caule fuhurhayio , qui Jïccis crei'lt in hortis 
dulcior'] Voici encore un goût extraordinaire: & 
cela eft plaifant, de vouloir dégoûter les Ro.T.ains 
des choux q li venoient des jardins des fauxbourgs. 
Je ne fais fi c'eft ce pailage qui a perluadé la même 
chofe à Pline : car il écrit dans le chap. Vlll . du 
Liv. XIX. Humor fimiifquc d d'.fuerey major faporis 
gratta ejî. Si abundei-oere , latior fertilitas. Si 
l 'eau i^ le fumier manquent aux choux , leur goût 
eJî plus agréable. Mais s'' ils ont l'un Ô' l autre, ils 
viennent beaucoup mieux. * Pailadius n'étoit pas de 
ce ientiment, & nos jardiniers n'en font pas non 
plus. * 

1 6 Irriguo nihil ejî elutius horto ] Elutius, lavé, 
inondé, à qui l'eau fait perdre toute la force. Hein- 
fius corrigeoit , irrigui mhil eJî elutius horti , en 
fous- entendant caule. Mais cela n'cli pas nécef- 
iàirc. 

18 Refpon/et dura pulato ] Ce refponfare eft beau, 
pour dire rejijhr, comme il dit ailleurs, refponfare eu* 
pidinibuSi ï-jfifter à Tes pafiîons. 

* 1 9 DoBus eris nsi-oam mifo mer/are Falerno ] 
Miftum t'inum ell: du vin mêlé avec de l'eau ; 'vinum 
aquâ temperatum^ commt; le vieux Commentateur 
l'a fore bien expliqué. Les Grecs ont dit de même, 
t\V^ KiKpatuku^y -vinum mijlum. Catius vouloit 
qu'on meiaide itau dans le vin de Faljrne pour le 
rendre plus doux & par là plus propre à l'effet 
dont il parle. Si M. Benclei avoit fait attention à 
cela, il fe ièroit bien empêché de corriger mu fia 
merjare Falerno^ de la plonger dans du moût de Fa* 
le me. * 

20 Pratenfibus optima fungis ] Il y a des cham- 
pignons meilleurs les un: que les autres. Mais avant 
ce Docleui- on n avoit jamais dit, q ae ceux des prés 
fuffent généralement meilleurs que ceux des bois Si 
des bruyères -, au coniraire. 

21 MHS 



236 R E x\I A R Q^U E S 

21 Aîiis malè creditur'\ \\ eft vrai qu'il y a des 
champignons fort dangereux , & qui ont tué des fa- 
milles entières en un leu! repas. Mais ce ne font pas 
tou? les champignons des bois» Dans les prés on en 
trouve d'aufli méchans qu'ailleurs. 

22 ^i nigris prandia moris Jiniet'\ Ce pafTage a 
été mal entendu. J'ai remarqué ailleurs que les 
-Anciens ne faifoient qu'un repas; & que ceux qui 
ne pouvoient attendre le fouper fans manger, pre- 
noient le matin du pain fec , ou des raifins , ou des 
figues, ou des meures, &c Et ce repas étoit a- 
pellé prandium , guftui & gujiarium. Mais ce Doc- 
teur , qui n'aimoit rien tant qu'un diner en forme , 
enfeigne une autre méthode. Il veut qu'on finiffe 
le repas par des meures ; afin qu on le commence 
par des mets plus foliëes , & que les meures ne fer- 
vent qu'a dégraiiïer les dents. Et voilà en quoi 
confille toute la plaifanterie de ce pafTage. Ce Phi- 
lofophe penfe plus à contenter fon apétit , qu'à mé- 
nager fa fanté : car il eft fi peu vrai , que les meures, 
que Ton mange après d'autres viandes foient faines , 
que Galien écrit en quelque endroit , qa elles fe cor- 
rompent très facilement. 

24 Aufidius forti mifuhat ] Marcus Aufidius 
Lurco, homme fort délicat , & qui faifoit fort bon- 
ne chère. C'eft le même qui nourilfoit des troupeaux 
de paons, dont il tiroit tous les ans près de fept mil- 
le livres. 

25 Mendofè y quoniam <vacuis committere 'venis'\ 
Voici encore un goût général que ce Philolophe 
condamne; parcequ il cnerche plus à contenter Ion 
palais, qu'à fortilier loneilomac, & le préparer à 
la digeftion. Il vient de donner un précepie pour 
le diner ; ici il en donne un autre pour ceux qui 
font à jeun jufques au foir. Et il leur dit, qu'il 
n'eil pas fain de fuivre la méthode d' Aufidius, qui 
mêloic le plus fort vin de Falerne avec le miel. 
Mais pour entendre ce paflage , il faut iavoir , que 
ceux qui n'avoient rien mangé le jour, commcnçoient 
leur fouper par une boiifon qu'on apelloit muljum & 



SUR LA S AT. IV. DU Liv. II. 237 

fromuljis. C'étoit du vin mêlé avec du miel. Ceux 
qui avoienc foin de leur lanté , choinfibient le vin le 
plus fort ; parceque , comme dit Pline après Diofco- 
ride, il n'enfle point Tellomac , & qu'il s'incorpore 
mieux avec le miel. Mais les friands, comme Catius, 
qui trouvoient cette boiifon encore trop rude, n"em- 
plovoient pour eux que le vin de Fakrne le plus 
vieux, & qui avoit perdu toute la force. 

26 Lent pracordia niul.o] Mulfunt lene y du miel 
mêlé avec du vin qui n'eft point fort k qui n"a rieu 
de rude. 

27 Si dura morahit'ur al'vus y mitulus i^ 'viles '\ 
Tout ce pafTage eft pris de Caton qui dit dans le 
chap. CLV^III. Al'vum dejicere hoc modo cportet ^ 
iffc. addito mutulorum , L. IL l'i/cem Capitonem , co^ 
chkas y i^c. VI. Hcec oninia dicoquito ufque ad Jejia'. 
rios très juris. Oleum ne addidétis. Indidem fume 
tihi fejiarium unum tcpidum , adde 'vini Coi cyathum 
unum y ^c. Pour bien lâcher le 'ventre y preneK 
deux li-ures de petites huîtres , un mulet , Jix limaçons 
de mer. Faites cuire cela enfemhle dans quatre peintes 
i^eau , jufques à ce quil /oit diminué de moitié. Ny 
mettez point du tout d" huile. Prenez, en trois demi 

Jetiers tout chaud y ilf ajoutez-y un demi njerre de njin 
de Cos. 11 y met encore des choux, des betes , & 
plufieurs autres chofes. Notez, que ce Philolbphe 
choifit ce qu'il trouve de meilleur au goût : & il fait 
fa compofition avec des huitres , des limaçons de 
mer , du vin de Cos , & de Tozeille , au lieu de 
choux & de betes. Il faut pounant qu'on foit aver- 
ti , que Serénus Samonicus , qui vivoit à la fin du 
iècond fiecle , a lu mugilis , au lieu de mitulus. Car 
il a écrit dans le chap. XXIX. 

^uodque fatis melius 'verbis dicemus Horatî > 
Mugilis (Sf 'viles pellent objîantia concha. 

Ce que nous exprimerons beaucoup mieux , en nous 
fer<vant des propres termes d^ Horace : Le mulet l^ les 
coquillages les plus njilsychajjeront toutes ces obflruûions. 



238 R E M A R Q^U E S 

Mugi lis eft donc dans Horace ce que Caton apelle 
fifcem capitonem^ le poiiTon à la groflè tête. Et 
concha font Jes limaçons i & les huitres mitu- 
li. 

30 Lithrica nafcentcs iviplcnt conchylia lun^~\ 
Cette opinion eil fort ancienne , que les huitres 
& les écreviiles font plus pleines , & que tous les 
os lont plus remplis de moelle au croufant de la 
lune, qu au déclin. Lucilius avoit dit de mê- 
me ; 

Luna a lit ojîrea^ l^ impie t echinos^ Murihu Jibrasy 
Et pecui addit. 

Mais l'expérience fait voir que c'ell: une erreur. 
• 32 Murice Baïano fnelior Lucrina peloris^ Murex, 
peloris. Se ojîrea, font des huitres de différente forte. 
Peloris eft une efpece d'huitres plus grofies que les 
autres. On a cru même qu'elle avoit été apellée 
feloris, à caufe de fa grofieur, du mot 'Ts-îXtJe.iov- 
Mais c'eft plutôt parccqucn en pêchoit beaucoup 
près d un promontoire de Sicile apellé Pelorum. Ces 
huitres du lac Lucrin étoient les plus eftimées. C'eft 
pourquoi Horace a dit dans l'Ode féconde du Livre 
cinquième : 

Non me Lucrina jwverint conchylia^ 
Magifue Rhombus. 

Et l'hiftoire nous aprend que Sergius Orata bâtit un 
palais magnifique à l'entrée de ce lac, pour en man- 
ger les huitres plus fraîches, quo ruentiore icfu conchy- 
liorum frueretur. 

34 Pe^inibus pp.tulis'\ PeSiines patuli , font des 
poiflbns qui ouvrent leur coquille , & il font a- 
pellés peâîines ^ parceque leur coquille eft bordée 
de petites dents, comme les dents d'un pei- 
gne. 

36 Non prius exaS}â tenui ratione faporum'j Exac- 
ta, bien examinée, bien connue. Et il apelle cet- 
te 



SUR LA S AT. IV. DU L I V. II. 239 

te fcience, tenuem, fine, fubtile, à eau fe de fa diffi- 
culté. Si nous avions les Livres que ce Catius a- 
voit faits de la nature des chofesy je me perfuade 
que nous y trouverions des traits qui nous feroient 
feniir dans cette Satire encore plus de ridicule que 
nous n y en découvrons. 

37 i^ec Jatis eft cara] Menfa eft ici la table, Té- 
tau des vendeurs de marée. * Rien ni il plus éloi- 
gne du fens d'Horace que de Texpaqucr de la table 
même du maître qui donne à marger, comme l'a fait 
M. Bentlei, qui l'explique a'nfi : Il faut que vos poi/- 
fons foient fi bien aprttés qu'il nen refîe rien que les 
njnlets puijjent refnporter. Il eil impoflible de faire 
venir a^verrere à ce fens-là qui ell: trop forcé. L ex- 
plication du iavant Gronovius n'cll pas meillei.'re. Il 
vtwt Qi^sit anjerrere pijces car a rneniâ lignite, enle-i-er 
aux tables des friands les poijfons les plus chers. Dans 
quels embaras ne fe jette t on point quand on fuit ce 
qui eft f mple. Rien n'eft plus naturel que le fens 
que j'ai luivi. * 

39 Languidus in cubitum'j Car comme on étoit 
couché à table, on s'apuyoic fur le coude de la main 
gauche. Voyez les Remarques fur TOde XXVII. 
du Livre I. 

Ei cubito remanete prejjo. 

41 Curvet ] Faffe courber le plat par fon grand 
poids. Car on fervoit les fangliers entiers. 

42 Nam Laurens malus ejï, ul-vis ^ ] Avant que 
GC nouveau Philofophe eût ii fort raffiné fur le goût, 
on faiioit plus de cas des fangliers nouris dans les 
pays marécageux, que de ceux qui étoient nouris 
dans les pays fecs & arides. Et la raifon de cela eft, 
que les fangliers font comme les pourceaux, ils aiment 
les marais. Varron, dans le chapitre quatrième du 
Livre fécond : In pajlu locus huic pecori aptus uligino- 
fus, quod deleéiatur non Jolum aquâ^ fed etiam luto. 

Ces animaux fe trouvent beaucaup mieux dans les pays 

mare' 



240 R E M A R C^U E S 

marécageux j parcequils aiment non feulement a être 
dans Peau y mais à être dans la boue. Quintus 
Hortenfius avoit dans le même pays des Lauren- 
tins une forêt de cinquante arpens, enfermée de mu- 
railles, & qui étoit toute pleine de ikngliers & de 
cerfs. 

44 Fœcundi Uporis fapiens Jeélabitur armas ] Le 
vieux Commentateur dit, que le mot armi ell ici 
pour lumbi, le rable. Mais il eft fur , qu'on ne 
îauroit trouver un ieul exemple âCarmi pris en ce 
fens-là. Ârmi font allurement les épaules, comme, 
dans la dernière Satire de ce Livre, Horace dit en fe 
moquant : 

Et leporum a'vulfosy ut multo fuavius, armos. 

Jamais on n'a préféré les épaules du lièvre au ra- 
ble. _ . 

45 Pi/cibus atque anjibus quee natura J Voilà une 
grande fineffe de goût, d^ connoître l'âge & les dif- 
férentes qualités des poi/Tons & des oi féaux, prima 
fnorfu. Il faifoit bien plus que le Sénateur dont par- 
le Juvénal, qui en goûtant à des huitres, difoit d'a- 
bord où elles avoient été prifes. Se qui en voyant feu- 
lement un heriffon de mer, marquoit Tendrait où on 
Ta voit péché: 

Etfemel afpeêii littus dicebat echini, 

47 Sunt quorum ingenium ] Horace fe moque ici 
plaiiament de Catius, qui, s'il en faut croire le 
vieux Commentateur, avoit fait un Livre des ouvra- 
ges de pâtifferie, & où il difoit, en parlant de quel- 
que efpece de gâteau : C eji moi, qui ai in-venté cela i 
ceji moi, qui Vai mis en ^ogue. 

51 Majjuafi cœlo fupponas 'vina'} Pline dit qu'il 
eft bon de faire cela à tous les vins de la Campanie, 
& de les laiffer même nuit & jour a^x vents, à la 
pluie : Campaniiff nobiliffima expojita fub dio in ca- 

dis, 



SUR LA SAT. IV. DU Liv. IL 24Ï 

disi 'verberari Joie, luna, imbre, njentis apttjjimuin 
<videtur. 

54 Integrum -perdunt lino 'vitiata faporem'] Il trou- 
ve que les vins de Maifique perdoient toute leur force, 
quand on les philtroit, & qu'on les failoit paiTcr par 
la chauffe. C ell encore ici une imitation de Luci- 
lius, qui en parlant d'un bon vin, dit dans la quatriè- 
me batire: 

- - - - Jît fuibu'' <vînum 
Defufutn f pleno, hir,Jiphon eut neque dempjlt 
Vim^ nec facculus abjlïilerit. 

Ils ont du njin qu'ils tirent d'un tonneau tout p/ei»^ 
do7it on n'a point encore ^oùté dans le creux de la main, 
ou. Pon 71 a point plongé le Jïphon, i^f que Pon na point 
ajfoibli en lefaijant paJJ'er par la chaujje. 

Pline dit: facco frangimus njtres. 

55 Surrentina <vafer qui mi [cet ft^ce falernâ"] On 
mettoit d'ordinaire le vin de Surrcntum dans un ton- 
neau où il y avoit eu du vin de Falerne, Se où on 
laiffoit toute la lie ; afin qu'elle donnât le goût de Fa- 
lerne à celui que Ion y mettoit. Car ce vin de Sur- 
rentum n étoit pas à beaucoup près fi bon que l'au- 
tre. Il étoit trop rude, & on radoucifioit par le mo- 
yen de cette lie. Pline dit, qu'il étoit fort Tain pour 
les convaleicens. 

5 7 Vohens aliéna ] Aliéna^ tout ce qu'il y a d'é- 
tranger, &: qui peut gâter le vin, la lie. Ce mot eft 
remarquable. 

5 8 Tojïis marcentem fouillis recreabis ] Voici en- 
core un trait d'un franc gourmand, & d'un hom- 
me entièrement adonné à fon ventre. Jufques-là 
on avoit toujours fini les repas par des laitues; 
parceque l'on étoit perfuadé, qu'étant naturellement 
froides , elles diffipoient les vapeurs du vin , ic 
temperoient la chaleur qu'il caufe. Mais ce nouveau 
Dodeur fe moque de cette coutume. Il trouve 
que la laitue ne fait que nager dans l'eftomac : 

tom, VIL L U 



242 R E M A R Q^U E S 

& au lieu de chercher à modérer fa chaleur. Se à 
diffiper les vapeurs, il veut au contraire, qu'on ré- 
chauffé d<ivantage, en réveillant Ton apeti: par des 
chofes qui Pexcitent à boire. Il den ande des can- 
cres rôtis, des huîtres d'Afrique, du jambon, des an- 
douilles. £t plutôt que de le réduire à la laitue, 
il aime mieux qu on lui fade venir quelque ragoût 
d'un méchant cabaret. C'eft aiTurément le fens de 
ce paflage, dont on n a point du tout connu la R- 
ncffe. 

Squîllis ] Squilîa font des poiflbns couverts d'une 
coque dure. C'eft une elpece de cancres. 

60 Hiliis^ Hill>^ font des boudin , des andouil- 
les, de la fauciiiè : & ce mot vient de kira^ qui fi- 
gnifie proprement le boyau, que les Latins apeilent 
jéjunum. 

* 6 1 Fîagîtat in morfus refici ] Cette exprefîion 
a fait de la peine aux Critiques ; refici in morfus, être 
excité de nowveau à manger j fe remettre à manger. 
Mais ce qui me perfuade que c eil la véritable leçon 
& qu'elle eft de la main d'Horace, c eft tout ce que 
les plus favans hommes ont fait & d.it pour la chan- 
ger. Ils ont trouvé dans quelques MSS. Immorfus 
refici. Se ils lont embraffé. Immorfus, difent-ils, eft 
jejunuSy un homme à jeun qui ri* a -pas encore mangé. 
M. Bentlei a trouvé cette explication fi fauvagc qu'il 
Ta rejettée, car quand même elle feroit bonne, ce 
qu'elle n'eft point, elle ne peut convenir ici oii il s'a- 
git d'un buveur qui eft à table, qui a déjà mangé & 
à qui il faut redonner de i'apétit. Le même M. 
Bentlei qui a fi bien vu le ridicule da cette leçon, la 
retient en la corrigeant: car il lit hillis fiagitat im- 
morfis refici. Immorfis, dit-il, hoc eft, admorfis, corn- 
tnanducatis, deguftatit. Mais un moment après dé- 
goûté avec railon de {à conjedure qui eft en effet très 
étrange, il revient à immorfus qu'il explique njellica- 
tusy excitatus, punSius, excité, piqué. Ce qui neft 
ni moins étrange, ni moins inoaï. Tl ne faut nulle- 
ment changer le texte. Morfus fe dit fort bien de 
ce qu'on mange à table, comme dans Virg. Enéïd.III. 

Nec 



SUR L A S A T. IV. DU L I V. !!• 243 

liic tu me nf arum morfus henefie futures, 

Refci it: morfus eft fort bien dit. * 

63 ^od pingui mi fer e mero] Il veut du vin p/n' 
gue^ c'elt- à-dire, le plus gros vin. 11 ne faut rien 
changer à ce paiTage. 

66 iV^^ o.liâ quam quâ Byzantia putruit orca ] 
On veut quVc'« foit ici un tho7t. Je fais bien 
^■:-Q !a pêche des thons fe failbit ordinairement à By- 
zance, quand ils delcendoient du Pont-Euxin. Et û 
Horace avoit mis orca pour un thon , je croirois 
qu'il auroit voulu parler des jeunes thons que roa 
y prenoit. Car il paroit par un paffage d\Ariftote, 
que les thons, après avoir fait leurs petits ûans le 
Po^t-EiLvin, les menoicnt biencôt apr^s dans le dé- 
truit de Byzsnce, & qu'on les prenoit au palTage: 
Prcltfque adhuc pari'a apud Byzantium capitur, 
Aiais je luis perfjadé o^^orca efi un poiilon différent 
du thon : ^ ce qui me confirme dans cette opinion, 
c'cil que je lai; que la faumure de thon n écoit 
point eiiimée à Rcme. Elle étoit pour les pauvres : 
car on la donnoit à fort bon marché. Pline di- 
ftingue clairement 1 un & l'autre de ces deu.\ poif- 
fons, & il ne les confond point du tout. * Rien n eft 
mieux di: que Mu'ia quâ By:zantia putruit orca. 
de la 'aumure , ou h poi(f>3n de Byzance a poiiriy 
pour dire de la faumure faite d^ ce pciiTon pouri & 
fondu. W. Benilei chicane cette expreiTion fore inu- 
tilement, il ne veut pas c^d'orca loit ici le poiifon 
même, il prétend que c'eft le vafc, la cruche de By- 
zance oîi 1 on mettoit la faumure pour la tranfporter. 
Mais comment peut-on dire de îafaumure ou la cru- 
che de Byzance a pouri? putrtnt ne peut jamais fe 
dire du vaillea-j. ,• la figure ieroit trop outrée. * 

68 Corycioque crocc 'par/ufr.] Corvcus ell une mon- 
tagne de Cilicie, qui produit quantité de faftran. qui 
même lui a donné le nom : car les Phéniciens ont a- 
pellé cette montagne Ccryce, du Syriaque corcam, qui 
fîgnifiey*^^^^^^z. 

Ztetit ] A ceflë de bouillir. Car on n'y mettoit 
L 2 l'huile 



i44 REMARQUES 

l'huile que quand on avoit ôté le vaiffeau de deflus le 
feu. 

70 Picenis cedunt pomîs ] Il pafTe à la féconde ta- 
ble, que nous a^ ellons le fruit. Pomme ell un mot 
général, qui fignifie toute forte de fruits, comme les 
pommes, les poires, &c. W a été parlé des vergers 
de Tibur, dans l'Ode VII. du Liv. I. 

71 Venucula con^enit ollis^ Les Anciens étoient 
fort foigneux de garder des raifms toute Tannée. Ils 
en mettoient dans des pots de terre. Columelle 
a fait un chapitre entier dans le douzième Livre, 
pour enfeigner la manière de les conferver. Il y 
parle de ce raifm apellé n^va 'venucula, & il dit, que 
les Anciens le confervoient dans des pots de terre ; 
mais que de fon tems on avoit trouvé le raifm apel- 
lé u-va Numijiana plus propre à être ainfi gardé dans 
des pots. Pline dit pourtant ; ^oenuculam ollis aptif- 

f,ma'n. Le vieux Commentateur croit que venucu- 
la eil pour njenufina. Mais c'eft ce que je ne crois 
point. Car je ne vois pas comment de 'venuftna on 
peut tirer venucula. AfTurément les Romains apel- 
loient cette efpece de raifin •venufcula, venucula^ à 
caufe de fa beauté, ou parcequ'il étoit d'un plant c- 
tranger. 

72 Reéîius Alhanam fîimo dura<veris uva^n"] Car 
ils avoient des raifms qui devenoient meilleurs à la 
fumée, comme le vin. Pline dans le chapitre pre- 
mier du Liv. XIV. Aliis gratiam, qui iff vinis, fumus 
affert fahrilis. 

73 Ego ftscem ^primus t^ alec"] Ftex efl ici ce qu'il 
apelle dans la dernière Satire fcecula Coa^ la lie du 
vin de Cos. Pour alec, les uns difent, que c'etoit la 
iàumure de certains petits poifTons qu on lailToit fon- 
dre dans leur propre fuc ; & les autres prétendent, 
qus.c'eft la lie de la faumure apellée muria. Ces 
derniers feuls me paroiffent avoir raifon. Car ils font 
fondés fur un paffage de Pline, qui dit dans le chap. 
huitième du Liv. XXXI. Vitium hujus ( muria ) efi 
eilecy imperfeâla nec colatafax. II paroît même par 
U fuite de ce même paiTagc de Pline, que la faumure 

de 



SUR LA SA T. IV. DU L I V. II. 245 

de ces petits poiffons, comme la faumure d'anchois, 
ne commença à être en ufage que de Ion tems. Aîec 
eiî donc ici fans contredit la lie de la faumure. On 
la gardoic d'ordinaire pour la donner aux efclaves, 
qui la mangeoient avec leur pain, qu'ils trempoitnt 
dans le vinaigre, comme cela paroît par ce pafikge de 
Cacon, dans ie chap. LVIil. Ubi oUre co77iefte erunt, 
hakcem ^ a:etum data, ^and les olinjes feront 
mangées, donnez-leur la lie de la faumure avec du vi- 
naigre. 

75 Vuris circutnpofuijfe catiUis } Circum'cfuiffe., 
mettre autour de la table, fervir un plat devaiu cha- 
que convié, au lieu de fervir tout dans un feul plat. 
Et il paroit que c'écoic la coutume : car Lucien re- 
marque dans Ion Banquet, comme une chofe extraor- 
dinaire, qfon ne fervît pas un plat pour chacun: 
Tlpi:)ceiTo "5 «X. if Ikclçû) ^ivtLKtQV '• J^ais qu'on fer- 
vie un plat de deux en deux. 

76 Dare millia terna ] Trois mille feilerces font 
trois cents foixante quinze livres. 

77 Angufoque 'vagos] Le mot angujîo a trompé 
les Interprètes, qui ont cru qu Horace vouloit dire, 
qu"il éioit ridicule de faire une fi groife dépenfc en 
poifîbn, & de n'avoir qe de petits plats pour le 
mettre. Ce n'cft point- Jà lefens. Il apelle ce plat 
petit, à eau e de la grande quantité de poilTcns dont 
il eil rempli, & qui le font paroi re petit, quelque 
grand qu'il ibit. Vagus ell 1 épithete ordinaire des 
poiilbns. 

78 Magna ir.ouent ftomacho fajiidia^ Après avoir 
parlé de la viande & du fruit, il parle de la propre- 
té, qui n eft pas une des moindres parties de la bon- 
ne cnere. 

80 Sive gra-jis vcteri craterte'\ Fétus crniera^ une 
coupe antique, & par conféquent de fort grand prix. 
Cratera peut auffi fignifîer ici les cruches ou Ton 
mettoit le vin. 

81 Vilibus in fcopisy in mappis ] Scop<^j des balaie, 
Mappa, c'ell ce que nous apeilons des fervietes. Car 
les napes écoient apeliées tnaniilia. Mittere mantiU, 

L -*, mcttrs 



246 R E M A R Q^ U E S 

mettre la nape. La bafle Latinité a changé cet ufa- 
ge. Llle apelie les napes fnappas. Se les iervietes moK- 
tilia. Aionfieur le Févre croyoit qu'il falloit lire 
fnattis, au lieu de rrappis. Matt^ iont des nates, des 
tapis de jonc. Mais il ie trompe afTurément, com- 
me la Remarque luivante le fera voir. 

In fcohe^ Comme le pJanchrr de la chambre, où 
l'on niangeoit étoit ordinairement fort propre, avant 
que de le mettre à table, on avoit foin d'y jetter de 
la iciure, qui buvoir le Vin «& l'eau qui fe répandoient: 
&: on la balayoit dè^ qu'on éioit lorti. Voici un 
beau pafîage de Séneque qui le prouve manifeftement. 
Il parle du Préteur Flaujinius, qui à la prière d'une 
courtiîane, fit couper le cou à un criminel au milieu 
d'un felîin : hiter purgamenta CJ jaSîus ccerantium^ 
id' fparfam in con'vi'vio fcobem humanus /an^uis e- 
«verritur, A'vec tout ce qui tombe de la table, ^ 
farmi la /dure dont le plancher efî cowvert, on balaye 
lejang humain. Puiique le plancher étoit couvert de 
fciure, les nates étoicnt donc inutiles, & Horace n'en 
a pu parler. 

83 7V«' lapides njarios lu tu lent a radere palmd'\ 
Lapides 'varii, c'eft le plancher, & non pas la table. 
Car une table ne peut être compoiée que d une leule 
pièce de marbre C'eft pourquoi quand Horace 
a voulu parler d'une table, il a dit lapis albus, Se 
non pas lapides. Mais le plancher é:oit fait de di- 
verfes pièces de marbre de difTeremes couleurs. On 
apelloit ces planchers Se les pièces de marùre qui le 
compofoiem pa^imenta tcj/ellata. Oft pourquoi 
Suétone dit, que Celar portoit toujours avec lui dans 
fes voyages les pièces de marbre pour fes planchers : 
In expectitionibus tejjellaîa i^ feciilia pa'vimuita cir- 
€U7ntuliJ[e. 

Palma'\ On avoit des balais de palme. Martial : 

In pretio fcopas tejïatur palmajuijfe. 

Et je ne fais pas à quoi penfoit Théodore Marcile, 
d'affurer, qu'il faut lire planta. Se d'apelcr même 
ilupides àgrolTiers, ceux qui ne feront pas de ion 

avis. 



SUR LA S AT. IV. DU Liv. II. 247 

avis. C*eft un méchant moyen pour perfuader les 
gens, que de leur dire des injures. 

84 Et Tyrias dare circum illota toraî'ta "jejies'] 
Mot à mot: mettre des étoffes, des couvertures de 
pourpre de Tyr» fur des lits qui ne font pas la-vés. 
Tarai eft propre ^'ent le drap qui couvre le matelas, 
& on le prend pour le matelas même. On mangeoit 
d ordinaire couc^ié (ur ces matelas; & qjand on 
traitoic quelqu'un, on les couvroit de grand tapis de 
pourpre. 

85" Ohlitum quanto ] Il faut bien remarquer , 
qu'Horace ne fait pas ce Philoib{:he ii riiicu!. . q-'il 
r^e lui falfe dire de tems en tems quelque cho.e de 
fort bcn. Son but n'ell pas leulemjnt de faire rire 
5: de divertir : il veut auiTi inllruire. 

* 90 Nam qua7>ia;is referas memori tnihi ] La 
tranfpontion d'un leul mot rend à ce vers toute f» 
grâce. Il faut lire: 

Nam quam'vis memori referas mihi peSiore cxPtâa. 

Et il eft cité de même par Prifcien, comme Ta fort 
bien remarqué \l. Bentlei, qui allure que ceux qui 
ne trouveront pas cette tranipo.:tion plus élégante, 
font éirangers en poèhe. On peut acquérir le droit 
de bourgeoiiie a bon marché, puifqu*il ne faut qa al- 
louer cette trampcfition ; ce qui me perluade qu Ho- 
race avoit écrit memori referas peJiore, c'ell l'équivo- 
que que feraient ces deux mots, memori mihi, s'ils é- 
toient en/erable. * 

94 Fontes ut adiré remotos atque haurire.^ On ne 
fauroit donner à la doclrine de ces Epicuriens relâ- 
chés un plus grand ridicule, que celui qu'Horace lui 
donne ici, en lapeiiant une fource inconnue aux 
hommes, & la feule qui puiffe leur fournir le vérita- 
ble bonheur. La beauté de cette ironie coniiile dans 
Téquivoque du mot beata, qui convient aux Epicu- 
riens rigides, qui taifoient confilter le bonheur dans 
la pratique de la vertu ; & aux Epicuriens relâchés, 
qui le mettoienc dans la bonne chère, U dan» l'ufage 
de tous les plaiiirs. 

L 4 NOT23 



NOTES 




NOTES 



Sur LA S AT I R E IV. 

loÇylmuI at7? ] Le Père Sanadon lit fimul ^ . Ce 

^5 n'eft, dit-il, que depuis Aide Manucc qu'on a 
Vàfimulan', mais c'eft contre Tufage des Latins. 

13 Alla ] M. Cuningam a lu alta, & le P. S. Ta 
fuivi. Alta^ du verbe alcre, coflime ailleurs, Caja- 
rem aîtum. 

ig Mijîo'] Le P. S. lit mujlo^ après trois autres 
Critiques. 

44 Fcecundi ] On trouve îcecnndt:e dans deux ma- 
nufcrits, & cette leçon, déjà employée par quatre des 
meilleurs Commentateure, a été préférée par le P. S. 

4.8 Satis in re un a ] Le P. S. a mis fatis ejî re 
unâ. Jamais Horace, dit-il, n a employé fatis Tans 
l'accompagner du verbe e/l, quand le lens le deman- 
de. 

61 In morfus ] On trouve dans fept manufcripts 
iînmor/us, que huit tant Editeurs que l'avans Critiques 
ont employée, & le P. S. les a imité. Immorfus cft, 
dit- il, pour 'vellicatus^ excitai us, piinâius, per'Z'ulJus. 

65 ^od pingui'] Le P. S. a mis at pingtti. AL 
Bentlei & M. Cuningam ont rapellé cette leçon d'un 
ancien manufcrit, & elle ell fi nécefiaire, dit ce Père, 
que cet endroit eft abfoiument inexplicable fans cela. 
Mifcerey ajoute t'il, fc doit prendre dans un lens ab- 
folu, pour mifcere jus, jus miftum facere. 

66 Putruit ] Prefque tous les manufcrits portent 
futuit. Se le P. S. a reçu cette leçon apré^ plufieurs 
habiles Critiques. D ailleurs il entend par orca, com- 
me \L Bentiei Se Torrentius, un pot de terre. 

73 F^cem primus tff a/ec'j Suivant le P. S. Horace 
ne pane point ici de deux chofes différentes. Fa^x i^ 



SUR LA S AT. IV. DU Liv. II. 249 

éî/ff,efl: pour/> AT cum alece, de la faumure avec fa lie, 
de la faumure qui n'a point été clarifiée. Ce Père 
d'ailleurs écrit allée, après tout ce qa'il y a de plus 
anciens manufcrits, & de plus habiles Edi:eurs. 

78 Mc'vc/jf] Le P. S. \hrno--j€t. Onze manuf- 
crits, dit.il, nous ont confervé cette leçon, qui a été 
reçue par plufieurs fa vans. Mo^iet, comme il le re- 
marque, eft mis ici abfolument. 

81 Mappis ] Le P. S. a adopté la conjedlure de le 
Févre, qui a corrigé ?nattis, parceque mappa fîgnihe 
une fer'viette, qui ne fauroit convenir ici où il s'agit 
d'entretenir la propreté du plancher. 

8g ^uocunque ] M. Cuningam a fait ici une cor- 
reélion aufli nécelïaire que naturelle, en lifan: qua?n- 
cunque, & le P. S. a employé cette leçon. 
■ 90 Referas memori mihi'\ Tous les manufcrits & 
les meilleures éditions portent memori referas nih:, 
que M. Dacier a aprouve, & ceil la leçon que le P. 
S. a fui vie. Memori, qui doit fe raporter à pedors^ 
peut donner lieu à une ambiguité, étant immédiate- 
méat joint à mihi. 



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4250 s A T I R A V. L I B. II. 

S A T I R A V. 

ULYSSES, &T1RES1AS. 

Ul Ys s TT O c ^uô^ue , Tire/ta , prêter nar- 
X J. rata , petenti 

Rejponde: quitus amijfas reparare queam res 

Jrtibus ûtque niodis?,., ^ddriàtsF Tir. 
"Jarmie doîo/ô 

Non faits eji Ithacam revehi ^ patrîofque penaUi 

Jfpicere? Ulyss. nulli quicquam mentiu ^ 
vides ut 5 

Nudus inopjque domum redeam , te vate : neque 
illic 

Jut apotheca procis inîaSfa eft , aut pecus. Aîqui 

Et genus , ^ virtus , nifi cum re, vilior aJgâ ejl. 

Tir. ^ando pauperiem^ mijjis ambagibus ^ 
horres , 

Accîpe quâ ratione queas ditejcere : turdus, la 

Sive aliud privum dabitur tibi , devolet. illuc 

JR/5 ubi magna nitet ^ domino Jene : dulcia poma ^ 

Et quo/Œnque fereî cultus tibi fundus honores^ 

Ant$. 



SATIRE V. L I V II. 251 

SATIRE V, 

ULrSSE, ^ TIP.ESIJS, 

Ulyss.TTNcore un mot 5 Tirefias 5 répon- 
■ v dez-mci , je vous prie , à cette 
queftion : Par quels fecrcts, k par quels moyens 
pourai-je rétablir mes affaires , qui .font entiè- 
rement ruïnées? ... De quoi riez-vous? Tir. 
N'eit-ce donc pas aflez pour un vieux routier 
comme vous , que les Dieux vous falTent la 
grâce de retourner à votre chère Ithaque , & 
de revoir vos Dieux domeftiques ? Ulyss. 
O grand Prophète, qui n'avez jamais menii à 
perlbnne , vous voyez en quel état j'y retour- 
ne , nu , & manquant de toutes chofes, comme 
vous me l'avez prédit. Les amans de ma fem- 
me n'ont rien laiiîe dans ma maifon. Ils n'ont 
épargné ni mes celliers, ni m.es troupeaux ; Se 
vous favez , que la naiflance k le mérite, s'ils 
ne font accompagnés des richelFes , font plus 
méprifés que l'herbe que la mer jette fur fes 
bords. Tir. Puifque vous avouez clairement Se 
fans détour, que vous avez de Thorreur pour la 
pauvreté, je vais vous donner les moyens de 
devenir riche. Si l'on vous fait prefent de bel- 
les grives, ou de quelque chofe de rare & d'ex- 
quis , n'y touchez point ; envoyez-îe d'abord 
dans quelque grande maifon dont vous faurez 
que le maître eft vieux , & fans enfans. Que 
les prémices de vos meilleurs fruits & de tout 
cec^ue vos terres les mieux cultivées vous rap- 
L 6^ porteront^ 



252 S A T I R A V. L I B. II. 

4nte Larem gufet venerahiïior Lare dives. 

^i quamvis perjurus erït , fine gente , cruen- 
tus 15 

Sanguine fraiernc , fugithus , ne tamen illï 

"Tu cornes exterior , fi pojlulet , ire reciifes. 

Ulyss. Utne tegam fpurco Dam^ latus ? haud 
lia TrûJ^ 

Me gejji ^ certans femper melioribus. Tir. Ergo 

Pauper eris. Ulyss. Fortem hoc anhnum t oie- 
rare jubebo : 20 
Et quondam majora tiiii. Tu protinus ^ unde 
Diviîias , arifque ruam , dïc , augiir , acervos. 

Tir. Dixi equidem , ^ àïco: captes ajîutm 
ubique 

Tejîamenta fenum : neu , fi vafer imus ^ alter 

Infidiatorem prarofo fugerit kamo , 25 

Aut fpem deponas ^ aut arte?n illujus omittas. 

Magna minorve foro fi res certabïtur olim , 

Vivet uter locufles fine gnatis , improbus uîtro 

^i meliorem audax vocet in Jus , illius ejlo 

Defenjor : famâ civem caufâque priorem 30 

Sperne , domi fi gnatus erit , fœcundave conjux, 

Suinte > puta , aut Publi ( gaudent pr^çnominê 
molles 

4un(ul(Ç ) tibi me virtus tuafecit amicum. 

Jus 



SATIRE V. L I V. IL 253 

porteront de plus beau , foient offertes à ce bon 
vieillard preferablement aux Dieux Lares , qui 
ne vous doivent pas être fi vénérables que lui. 
Que ce foit un parjure , un inconnu , un hom- 
me teint du lang d'un frère , un efclave fugi- 
tif , s'il vous prie d'aller avec lui, ne laillez pas 
de l'accompagner , en prenant toujours le bas 
du pavé. Ulyss. Quoil que je ibis l'eilafier 
d'un infâme Damas? Ce ne font pas-lâ les 
airs que j'avois à Troye , où j'allois toujours 
du pair avec tout ce qu'il y avoit de meilleur 
dans le camp. Tir. Vous ferez donc gueux. 
Ulyss. Je tâcherai de fuporter cela coura- 
geufement. Autrefois j'ai Ibutenu des alîàuts 
bien plus rudes. Cependant, dites-moi donc 
enfin d'où je pourai tirer de grands trelbrs. 
Tir. Je vous l'ai dit , & je vous le dis enco- 
re : Il faut à droit & à gauche cajoler les vieil- 
lards , pour les engager à vous faire leur héri- 
tier. Et 11 vous en manquez un ou deux , qui 
après avoir rongé l'hameçon auront échapé à 
Tos embûches , ne vous rebutez pas pour cela , 
Se ne renoncez pas au métier. Quand il y aura 
une grande affaire prête à juger , voyez laquel- 
le des deux Parties elt la plus riche , Se fans en- 
fans ; Se quoique ce foit un méchant homme , 
& qu'il ait tout le tort de fon côté prenez tou- 
jours fon parti , & moquez- vous de l'autre , s'il 
a femme Se enfans , quelque honnête homme 
qu'il foit , Sz quelque bonne caufe qu'il puiffe 
avoir. Dites à ce premier : Quintus , ou Pu- 
blius , ( les oreilles délicates aiment ces grands 
furnomsj votre vertu a fait naître pour vous 
dans mon coeur une amitié que je ne vous 
L 7 faurois 



254 S A T I R A V, L I B. IL 

Jus anceps novi ^ caufas defendere pojfujn, 

Erip'iet quivis oculos citiùs mihi , çuam te 35 

Contemtum cajjâ nuce pauperct, H^c mea cu- 
ra e/t , 

Ne quid tu perdas , neu fîs jocus. Ire domum 
ûtque 

PeîUcuIam curare jubé : fis cognitor ipfe, 

Perjîa , atque obdura , feu rubra Canuula findet 

Infantes Jîûtuas , feu pingui tentus omafo 40 

Fur m hy berna s ca?jd nive confpuet Alpes ^ 

Nonne vides ( aliquis cubïto fîanîem prope tan-- 
gens 

Jnqmet ) ut patiens ? ut amicis aptus f ut acer f. 

Pîures annabunt thynni , ^ cetaria crefcent. 

Si cui praterea validus maie filius in re 45 

Pr^clarâ fublatus aletur , ne man'ifefîum , 

Cœlibis obfequium nudet te ^ leniter infpem 

Arrepe officiûfus : ut ^ fcribare fecundus 

'Hères ^ i^ ^ fi guis cafus puerum egerit Orco 5 

Jn vacuum venias: perraro hcec aleafallit. 50 

^ui teftamentum tradet tibi cumque legendum , 

Âbnuere , ^ tabulas à te removere mémento ; 

Sii 



SATIRE V. L I V. II. 2SS 

faurois exprimer. Je fais le pour Se le contre 
du droit ; & grâces à Dieu , je puis palîable- 
ment défendre une caufe. On m'arrachera 
plutôt les deux yeux de la léte, que de vous 
faire le momdre tort. Je fais mon affaire , de 
vous empêcher de perdre votre bien , & d'être 
le jouet de vos ennemis. Priez-le enfuite de 
fe retirer chez lui , éc d'avoir foin de fa fanté. 
Soyez vous-même fon homme d'affaires. Ne 
vous lalîez point ; endurciflèz-vous à la fati- 
gue , & fouffrez patiemment toutes les injures 
de l'air : foit que la Canicule en feu fende les 
ttatues, ou que ce gros ventre de Furius cra- 
che dru comme mouches les floccons de neige- 
fur les Alpes cornues. Ceux qui vous ver- 
ront 5 ne manqueront pas de dire à ceux qui 
fe trouveront près d'eux : Voyez , que cet 
homme-là ell patient: qu'il eil commode 
pour fesamis; qu'il eil chaud pour leurs in- 
térêts. Comptez , que voilà plufieurs poiiibns 
qui croilîènt pour vous , & que vos étangs fe 
garniiient. 11 y a une autre chofe impor- 
tante: Si vous voyez quelque vieillard riche, 
qui ait un fils fort m^al-fain , de peur qu'en 
vous attachant toujours aux vieux garçons, 
vous ne donniez lieu aux gens de s'aperce- 
voir de vos finelîès , infinuez-vous tout dou- 
cement auprès de lui par vos fervices , dans 
la vue d'être le fécond héritier, & fi par ha- 
fard le fils venolt a mourir, de vous mettre à 
fa place, & de re.ueiller l'entière fucceflion. 
L'on ne le trompe guère à ce )eu-là. Si un de 
ces vieillards vous prelente ion teftament à 
lire , r?fufez-]e, & n'oubliez pas d'éloigner de 
VOUS la feuille ,. de manieie pourtant que \'ous 

puiHies 



256 S A T I R A V. LIE. IL 

Sic tamen ut H mis r api as quid prima fecundo 
Cera v^lit verju^ joins ^ multifne c obères^ 
Velûci percurre oculo, Pkrumque reco£îus 5 5 
Scriha ex quinqueviro corvuîu deludei hiantem^ 
Captât or que dabit ri fus Nafica Corano. 
Ulys. Num furis ? an prudens lu dis me^ oh- 

fcura canendo f 
Tir. O La'értiade^ quicquid dlcam^ aut erit ^ 

aut non, 
Divinare etenim magnus mihi donat Apollo. 60 
Ulys. ^id tamen ijîa v élit fihi fabula fi lie et ^ 

ede. 
Tir. Tempore quo juvenis Partbis horrenduSy 

ab alto 

Demiffum genus Mneâ-, tellure mavique 
Magnus erit^ forti nubet procera Corano 
Filia Nafica^ metuentis reddere foldum, 65 
Tum gêner hoc faciet : tabulas focero dabit ^ aï- 

que 
lit légat orabit : multum Nafica negatas 
Accipiet tandem^ ^ ta ci tus legety invente t que 
"tJil fibi légat um^ prater plorare^ fuifque, 
illud ad hcsc jubeo : mulier fi forte dolofa^ 70 
Lîbertujve fenem delirum temperet^ illis 
Accédas foçius: kudgs^ lauderis ut abfens» 

Adju^ 



SATIRE V. L I V. IL 257 

puifliez voir du coin de l'oeil ce qu'il y a dans 
la féconde ligne de la première page. Tâchez 
de voir tout d'un coup, li vous êtes nommé 
feul héritier, ou s'il y a plufieurs héritiers avec 
vous. Car il arrivera fou vent qu'un vieux 
rufé, qui après avoir pafle par les petites char- 
ges de la Magiftrature fera devenu Greffier, 
trompera le corbeau qui ouvroit déjà le bec ; 
& que l'herédipete Nalica fera joué par Cora- 
nus. Ulys. La fureur prophétique vous fai- 
lit-elle ? ou vous moquez-vous de moi à def- 
fein, en me chantant ici des énigmes. Tir, 
O filr de Laërte, tout ce que je vous dirai fe- 
ra, ou ne fera point, car le grand Apollon 
m'a donné l'art de deviner. Ulys. Dites- 
moi pourtant, je vous prie, fi cela vous eft 
permis, ce que iignifie cette hiftoire de Nafi- 
ca & de Coranus ? Tir. Dans le tems qu'un 
jeune Prince , la terreur des Parthes , defcendu 
du fang des Dieux par Enée, aura l'empire 
de la terre & de la mer , Coranus époufera 
la grande fille de Nalica qui n'aime point à 
payer fes dettes. Alors le gendre jouera ce 
tour à fon beau-pere : il lui donnera fon tef- 
tament à lire. Nafica, après s'être fait beau- 
coup prier, le prendra enfin, lira tout bas, & 
trouvera que Coranus ne lui a laifTé pour fon 
partage, que les larmies & le defefpoir. J'ai 
im autre avis à vous donner: Si vous voyez 
une femme ru fée, ou un affranchi gouverner 
un vieux radoteur, joignez-vous à ces bonnes 
gens-là, louez-les, afin qu'ils vous louent en 
votre ahfence devant le vieillard. Cela ell 
d'un grand fecours pour vos dellêins. Mais le 
princij;al eft de gagner le Patron. C'eft pour- 
quoi s'il a la folie de faire des vers, louez-les, 

quel- 



258 S A T I R A V. L I B. II. 

Jdjuvat hoc quoque: fed vincit longe ^ priusjp- 
fum 

Expugnare caput. Scribet mala car mina vecors ? 

Laudato. Scortator erit? cave te roget : ultre 75 

Penelopen facilis potion trade. U L y s . Put a/ne ^ 

Perduci poterit, tam frugï^ tamque pudïca^ 

^am nequiere proci reôîo depellere curfu ? 

Tir. Fenit enim magnum donandi parca ju- 

ventus, 
Nec tantum Veneris quantum Jîudîofa cuîina* 80 
Sic tibi Pénélope f rugi ejî : qu^e ftfemel una 
De fene gujîarit^ tecum partita lucellum^ 
Vt canis à corio nunquam abfterrebiîur unâfs. 
Me feue ^ quod dicam^ facîum eJî. Anus improta 

Thebis 
Ex tejiamentû fie eJî elata : cadaver 85 

Unfium oleo largo nu dis humeris tulit hères: 
Scilicet elûbi fj pojjet mortua ; credo 

^od nlînium injiiterat viventi, Cautus adiio, 
Neu défis opera^ neve immoderatus abundes. 

Difficilem ^ morojum offendet garrulus ul- 
tro. 9® 

I^on etiam fiileas, Davus fis comicus : atque 
Stes capite obfiipo^ multiim fmitis metuenti, 
Objeqmf grajfare : mfine, fit increbruit aura^ 

Cauttis 



SATIRE V. L I V. II. 259 

quelque méchans qu'ils foient. S'il aime Jes 
femmes, n'attendez pas qu'il vous prie, allez 
au-devant, & offrez -lui avec un vifage gai & 
content votre Pèreîope. UIys. Quoi ! vous 
imagineriez-vous que je puùe faire confentir 
Pénélope à cela? Pénélope, qui a été li fage 
& li vertueufe, que les longues pouriuites de 
tous fes amans n'ont jamais pu la fléchir. 
Tir. C'eft que toute cette Jeunefle, qui étoit 
chez elle n'aimoit pas à donner beaucoup, & 
ne fongeoit pas tant à l'amour qu'à la cuifi- 
ne. Voilà pourquoi votre Pénélope a été fî 
fage. Mais fi elle avoit une fois tâté d'un bon 
vieillard, & qu'elle eût partagé avec vous le 
profit, elle en feroit fi friande, qu'elle ne le 
quiteroit non plus qu'un chien de challe qui- 
te une peau toute fanglante. Voici encore une 
€hofe que vous devez retenir^ Se qui arriva de 
mon tems ; j'étois déjà fort vieux : Une mé- 
chante vieille mourut à Thebcs. Elle ordon» 
na par fon teflament. que fon héritier porte- 
roit au bûcher fur fes épaules , fon corps 
tout nu , Si bien froté d'huile , fans doute 
pour voir li elle ne pouroit point lui échaper 
morte. Et je crois, que c'étoit parceque cet 
homme Ta voit trop preflee pendant la vie. 
C'elt pourquoi gouvernez- vous auprès de ces 
vieillards avec fageiie k avec difcrétion. N'en 
faites ni trop, ni trop peu. Ne leur manquez 
pas à leurbefoin; mais aulTi ne les importu- 
nez pas. Un grand parleur déplaît toujours 
à un homme difficile & chagrin. 11 ne faut 
pas pourtaint vous tenir toujours dans le (ilen- 
ce. Soyez comme Davus, ce valet de la co= 
médie ; tenez-vous près de lui la tête panchee, 
dans h polture d'un homme qui craint & qui 

eft 



26o s A T I R A V. L I B. II. 

Cautus uti veJet carum caput : extrahe turhâ^ 
Oppofttis humerh : ûurem fubjlringe loquaci. 95 
Importunus amat laudari ? donecy ohe, jam 
Ai cœlum manïhus Jubhtis^ dtxerit, urge, ^ 
Crefcentem tumidis infla fertnomhus utrem, 
^um te fervïtio longo cura que îevarit. 

Et certum vigilans , quartse fit partis Ulyf- 
{tSy 1 00 

AudieriSy hères : e'rgo nunc Dama fodalis 
Nufquam ejî ! unde mihi tam fortem^ tamque 

pdeîem F 
Sparge jubinde ; ^^ fi paulum poteSy iîlacrima^ 

re : eJî 
Gaudla prodenîem vuîtum celare : fepulcrum 
Commijfum arbitrio /me fordibus extrue : fu- 
nus 105 

Egregiè faSîum laudet vîcinia. Si cuis 
Forte coheredum fenior malè tujfiet, huic tu 
Die y ex parte tuâ^ feu fundi five do ?n us fit 
EmtoTy gaudentem nummo te addicere. Sed me 
Imperiofa trahît Proferpina : vive vaJeque, 1 10 






SATIRE V. L I V. II. 261 

^l\ dans le refpe6l. Tâchez de le gagner par 
vos complaifances. Si le vent s'eft rendu un 
peu plus fort, avertifiez-le d'avoir la précau* 
tion de couvrir une tête qui vous eft i\ chère. 
Tirez-le de la prefiè, en vous roidillant des 
épaules contre la foule. Quelque grand par- 
leur qu'il foit, écoutez tous les contes. Ai- 
me-t-il à être loué fans celle? donnez-lui-en. 
Enflez toujours cette outre du vent de vos 
louanges, iufqu'à ce qu"en levant les mains au 
ciel, il vous dife : C'eft afiez. Enfin, quand 
par fa mort il vous aura relevé de ce long 
efclavage $c de ces longs foins, & que les yeux 
bien ouverts, & bien éveillé, vous aurez ouï 
lire; quUIyJfe hérite au quart de mon bien: a- 
lors , fans perdre tems , remplillèz toute la 
maison de cris. Helas! mon cher Dama n'eft 
donc plus! Où trouverai-je un ami li fideile 
& li homme de bien ? Si vous le pouvez mê- 
me, tâchez de verfer quelques larmes. 11 faut 
mafquer ce vifage , qui découvriroit votre joie. 
Si le défunt a laufè à votre difcrétion le foin 
de fon enterrement, n'y épargnez rien, h que 
tous les voiiins foient forcés de louer votre 
magnificence. Si quelqu'un des cohéritiers a 
une toux dangereufe, & qu'il marchande ou 
la terre ou la maifon de l'hérédité, ne man- 
quez pas de lui offrir votre part, & de l'afliarer 
que t^ous la lui abandonnerez avec plaifir, pour 
ce qu'il voudra. Mais l'imperieufe Proferpine 
m'cntraine. Adieu. 



RE. 



262 R E M A R Q.U E S 



REMARQUES 

Sur l /. SATIRE V. 

HCuACE décrit ici toutes les lâchetés & toutes 
les infamies que 1 on fai oit à Ronie , pour at- 
traoer des lacce rions , en s'infinuant auprès des vjeil- 
larJs qui navo.ent point d'enfans , ou qui en avGi?nt 
d infirmes. On ne fauroit rien imaginer de plus in- 
génieux que le tojr qu'il donne à cette Sat're; ni 
de plus heureux , quj le choix des Adeurs q *il in- 
troduit. Honere, dans l'onzième Livre de TOdyf- 
iee, feint qu'UiyiTe defcend aux enfers, pour conful- 
ter Tirefîas fur le fujet d' fon voyage. Horace fê 
fen admirablement de cette circonftance ; & fous pré- 
texte qu'L'lyiie étoit entièrement ruïné, ou pai les 
pertes qu il avoit ibufFcites lui-même, ou par les 
defordr s que les amai.s de fa femme faifoitnt chez 
lui , il fait continuer la conversation qu'il a avec Ti- 
refias dans Hcmere , & cette £n de converration eft 
pour lui demanJer les moyens de rétablir Tco affaires. 
Car il eft fort naturel, qu'un homme en Tétat où 
étoit Uiyile , penfe bien auiaut à fa mifere qu à fon 
retour. Tirefîas lui dorne frr cela Tes confeils, qui 
font jt.ftement tout ce q e l'on pratiq.;oit du trms 
d Horace. Cette Satire fut fajte peu.de tems après 
que les Parthcs furent fournis , comme on le verra 
dans le? Remarqu.s. 

I Hoc quoque 'î'irefia , prêter narrata ] Ce n'eft 
pas ici un commencement brufq:j^e , comme Horace 
en fait quelquefois. Le mot quoque Se prêter vayrata, 
montrent aii'^z qu'Ulyfi& & Ter. fias ont déjà parlé 
longtems en;emb]e. Ce n'efl q le la fuite de ia con- 
vcr^tion qu'ils ont dans Tonzieme Livre de rOd)f- 

fée. 



SUR LA S AT. V. DU L r V. II. 263 

fée, & il ne faut que faire fuivre ceci après le 148. 
vers. Cette Remarque , qui ne paroît rien , fera 
pounant qu'on entendra cette Satire , & qu'on la lira 
avec plus de plaif-r. 

2 !^iibus arnicas refarare queam res ] Ulyflè ne 
cherche pas à s'enrichir comme un avare , mais com- 
me un homm\^ ruiné , qji a befoin , & i) demande 
feulement d abord a réparer les grandes pertes qu'il a 
faites dans fon naufrage. 

3 ^iid ride; ? ] On efl en peine de favoir à qui 
apartiennent ces deux mots , de quoi riez-njous ? Les 
uns preiendent que c'eil Tireuas qui les dit à UlyfTe, 
& qui prenant :a conlultation pour une moqcerie (è 
m-'t en colère , & répond : l ouï moqufz.-'vous de moi ? 
Les autres \ eul-^nr au contraire que ce foie Ulyffe qui 
les diié à Tireiias , fur ce qa'ii s'aperçoit que ce Pro- 
phète rit de fa demande. J'avois embralië d'abord 
la { re. iere opinion; mais après avoir examiné plus 
attentivement les raifons q l'on peut alléguer de part 
& d'autre , je m en tiens à !a dernière ; car il eft plus 
plaiîànt & plus digne de la Satiie que Tirefias rie 
d abord de la demande q.rUlyfie lui fait Je crois 
même avoir t o :vé une a;tori.é qui prouve que cet- 
te opinion efl la feule véritable. Lucien à l'imita- 
tion a' Homère & d Horace fait dercendre Ménippe 
dan=: les enfer^^ pour confuiter Tirefias , & lui deman- 
der quelle étoit la meilleure vie & celé q l'an honnê- 
te homme de\oit choifir. Il dit dune à ce Prophète 
ce qui l'avoit amené, & le prie àt lui dire kxi itnti- 
ment. Alors Tirehas fe menant à rire , IS'i ycKÀ^ 
CAç , &c. Ce bon vieillard commence par nre , là 
comme ici. 

Jamne dolofo ] Tirefias explique le fujet de fon 
ris. Il rit de ce qu'Uiyile à Ton âge n'eft pas con- 
tent de la grâce que le^ Dieux lui font , de le rame- 
ner chez lui , après l'avoir fauve de tant de dangers, 
& qu'il demande encore les moyens de réparer toutes 
fes perres. Un vieux routier comme lui devoit avoir 
péri cent fois dans les entreprifes qu'il avoit faites. 

•Je 



264 R E IM A R Q^U E S 

* Je ne m'accommode point de ia conjedure d'Hein- 
fius qui hioit Jolofe , au vocatif. * 

5 O nuil: qui.quam mey.tr: e] Homère dit de Ti- 
refias, qu'il étoit le ieul homme qui n'avoit jamais 
menti. C eit roirquoi il ajoute, que dans les enrlrs 
il étoit feul Sage, & que tous ie^ autres étoiem errans 
comme des Ouibres : 

Solum fapere , c<^t€ros umhrarum njagari modo. 

Pour faire - ntendre , fans doute , qu'il n'y a rien 
de lolide que la vérité , & que le msnlbnge n eil 
qu une ombre. Ulyffe dit donc à Tireiias : O grand 
Prophète qui navtz jamais minti à perfonne. Pour 
lui faire entendre , qu'il elt très perfuadé de tout ce 
qu'il lui a dit, & po'ir le porter par cette louange à 
lui dire encore tout ce qu'il va lui demander. 

6 Tt njate ] Comme vous me l'avez prédit dans 
ce que .ous venez de me dire. Car 'lireiias vient 
de lui dire dans Homère, vous ne retournerez chez 
vous qu'après bien du tems & en très méchant équi- 
page , après avoir perdu tous vos compagnons, Et 
vous trouverez chez vous de grands démord re^ ; vous 
y trouverez des Princes fuperbes qui conlument votre 
bien , & qui courtiient votre femme. 

ht que illic aut apotheca procis ir:tada'\ Ulyflê ne 

fait cela que par ce que Tirefias vient de lui dire 

dans Homère , & que je viens de raporter ; ceft ainfi 

qu il explique les defordres qu'il doit trouver chez 

.lui. 

9 ï^uando paupertem , nùjjis amhagibus , horres J 
Tirefias traite de détour , de phrafe , de circonlocu- 
tion ce qu Ulylfe vient de dire, i^ genus Cf 'virtus , 
&c. Car tout cela bien expliqué & mis au net , ne 
fignifie autre choie , finon , que la pauvreté lui fait 
peur. MiJJts ambagihus ^ ne regarde pas Tirefias, 
mais Ulyflè , à qui il dit : puifque vous avouez clai- 
rement & franchement que vous avez de laverfion 
pour la pauvreté , &c. Cette averfion d'Ulyfle pour 
la pauvreté n'eft pas une fidion d'Horace pour em- 

belir 



!K^ R LA SAT. V. DU Liy. II. 265 

belir le caradere , Se le rendre plus propre à Ton 
desTein ; il en a trouvé le fonds dans Homère, Se 
dans le Livre même d'où il a tiré l'idée de cette con- 
verlàtion Car Uiyiî'e voyant que les Phéacieos 
vouloient le retenir leur dit, v. 355. 

Ksm' m 713 (iii?^5lfJLHl', KOU KZV 'STCAl/ KipJ'iOV il» 

Si 'VOUS- njoulcz que je demeure ici une année entière i 
isf que cependant njous prépariez tout ce qui ejî nécef- 
faire pour mon départ y i5 des prefens magnifiques, fy 
confens de tout mon coeur ; car il me fera beaucoup plus 
at'antageux d^ arriver dans ma patrie les mains bien 
pleines. J'' en ferai mieux reçu l^ plus honoré de tous 
ceux qui me 'verront de retour dans Ithaque. 

Voilà comme Horace tire d'Homère les traits & 
les couleurs du caractère qu'il donne à Ulyfîe. 

10 Turdus^ 11 paroîc par un palTage d'Ovide, 
que le gibier & les fruits étoient les prefens que l'on 
faifoit d'ordinaire aux vieillards. Car après avoir con- 
feillé aux amans de faire de ces fortes de prefens i 
leurs maitrelîés, il ajoute : 

Turpiter bis emitur fpes mortis, l^ orhafeneéïus. 

11 ejî honteux, d'acheter a-vec cela fefperance de 
la mort dun ^vieillard qui efi fans enfc.rt^. 

Il parle des fruits & des grives. 

1 1 Sivs aliud pri'vu7n J Pri-oum f gnif e une cho- 
fe qui ell à nous en particulic^r, fans qu'un autre y 
ait part. Et comme ces cho'ès-là nous font toujours 
plus chères que celles qui font communes; ce mot 

Tow. VU, M figni- 



266 R E M A R Q^U E S 

fignifie auflî une chofe rare, exquife, précieufe. Et 
il eil: ici en ce fens-là. 

1 3 Fundus honores ] Comme il a dit ruris honores j 
dans rode XVII. du Livre I. 

15. Sine ge?ite'\ On apelloit fine gente \t% incon- 
nus, les gens qui n'étoient pas d'une condition libre, 
& qui par confcqucnt n'avoient ni nom, ni famil- 
le. 

17 Cornes exferior] Les Interprètes expliquent 
exterior, qui a le côté de la main gauche. Niajs ce- 
la n'eft pas toujours vrai. Car celui que a la droite 
peut être auffi apellé cofnes exterior. Cela dépend du 
lieu. Pojr faire honneur à quelqu'un, il faloit en 
ce tems-»là, comme aujourdhui, prendre le côté le 
plus découvert, foit que cela fe rencontrât à la droi- 
te, ou à la gauche : & à la campagne il faloit pren- 
dre le côté le plus expofé, comme le côté d'*une ri- 
vière, le côté d'un précipice. Car de cette manière, 
celui qui eft accompagné eft toujours interior, il a le 
dehors. Quand le lieu ne gouvernoit point, on pre- 
roit la gauche ; parceque la gauche eft le côté le 
plus infirme, & que de cette manière on laifibit à 
celui à qui on vouloit faire honneur, toute la liberté 
de la main droite. Et â cet égard, celui qui mar- 
choit à la gauche, étoit auffi cornes exterior. Car ce 
qui eft à notre gauche eft plus hors de nous, que ce 
qui eft à notre droite. En un mot, il falloit toujours 
que celui que l'on accompagnoit fût interior. 

18 Ut ne tegam ] UlyfTe furpris de la propofition 
que Tirefias ofe lui faire, l'interrompt, & fe fou ve- 
nant de la figure qu'il a faite à Troye, il rejette 
ce parti avec indignation. S'il change trois vers 
plus bas, & fi à la première menace de pauvreté il 
confent de fe foumettre à toutes ces bafTeftes, c'eft 
relifter bien peu de tems, & vaincre bientôt le pre- 
mier mouvement que la gloire lui avoit infpiré. Mais 
j'efperc de faire voir que c'eft une imagination de 
ceux qui n'ayant pas examiné aflcz attentivement cette 
Satire, n'ont pas connu en quoi confifte fa principale 
beauté. UlyfTe foutient bien mieux fon caractère. 



SUR LA S AT. V. DU Liv. II. 267 

Tegam fpurco Datn^ latus ] Quand on marchoit à 
côté de quelqu'un, pour lui faire honneur, on apelloit 
cela latt{s claudere^ fermer le côté, & latus tegere, 
couvrir le côté. Suétone en parlant de TEmpereur 
Claude, qui alla au-devant de Plautius, h qui Tac» 
com]:agna au Capitole, & le ramena delà chez lui, 
dit : In Capitolium eunti^ i^ inde rurjus rc'verteyitiy 
latus texit. Ce qu'Eutrope explique ; la'vus incef- 
fit, marcha à fa gauche. Qu.uvd on n'ctoit point ac- 
corapagné, on apelloit cela nudum latus. Suétone 
dans la Leïtre XXIJ. Nudum erit latus? 

Spurco Damrt latus ] Damas & Dama eft un nom 
d'efclave. C'eft Tabregé de Dcrnetrius; comme de 
ISlhiodcrus on a fait Menas & Mena, Si de Théodorus 
Theudas & Theuda. 

1 9 Certans femper meliorihus ] En effet dans Ho- 
mère UlyfTe eft le plus eftime, &i le plus honoré a- 
près Achille. 

20 Fortem hoc anïmum tolerare juh:hoy iff qmn- 
dam majora tuli] On a expliqué cette réponfe d'U- 
IviTe, comme s'il diibit, qu il eft prêt à luivre le con- 
foil que Tirefias vient de lui donner, & qu'il va 
tout à l'heure travailler à s'inf nuer dans les bonnes 
grâces de quelque vil efclave comme Dama. Un 
très grand nombre de fort honnêtes gens, & d'un 
très grand mérite, font encore pour cette explication, 
où ils trouvent, difent-ilSj plubde fel« & qui par con- 
féquent leur paroît plus digne de la Satire. Mais 
j'olérai dire, qu'ih n'ont tous donné dans ce fen:-là, 
que parcequ'iis n'ont pas aflez examiné toute la finefle 
de cette pièce, dont la principale beauté conlifle, 
en ce que le Ledeur eft toujours en fufpens, & 
que l'on ne fait point du tout le parti que prendra 
UlylTe. Horace n'avoit pas la liberté de changer 
le caraftere de ce Héros, pour le faire fuccomber 
à la première menace que Tirefias lui feroit. Cela 
n'auroit pas été pardonnable, fjrtout après le portrait 
admirable qu'il en a fait dans la féconde Epitre du 
Livre premier : 

M 2 Ruyfus 



26S R E M A R Q^U E S 

Rurfus quid <virtus iff quid fapientia poj/tt : 

Utile propofuit nohis exemplar UlyJ/em : 

%/, ^c. 

Dumfthi, diim fociis reditum parât ^ afpera niulta 

Fertulit, ad'ver/îs rerum immerfabilis unàis. 

D''un autre coté il nous propofe Vlyffe^ comme un m»- 
dele très utile de tout ce que pewvent faire la fageïïe 
i^ la njertu. Car pendant quil tranjaille à ramener 
fes compagnons^ il a fouffert des malheurs fans nom- 
brey l3 il n a jamais pu être fubmergé par les Jîots de 
rad'verfité. 

On répond à cela, qu'Horace n'a point ici égard 
à ce qu'il a dit ailleurs d'Ulyfle ; & que mêm^, plus 
le caractère d'UlylTe eft connu^ plus cela eft plaifant, 
de le voir fuccomber à la tentation d'amalTer des ri- 
chelTes, quelque bafleffe qu'il faille commettre pour 
cela. Plus cette baiTefTe eft éloignée du caradere hé- 
roïque d'Ulyfle, plus elle convient à la Satire. Voilà 
un jugement bien injufte. La Satire ne fait-elle cor- 
riger les hommes, ou leur reprefenter leurs foiblefies, 
que par des f ftions qui dcfhonorent la vertu ? Cela 
feroit beau, que fous prétexte que notre fiecle ne con- 
noît plus la véritable amitié, que l'amour de la julle 
liberté y pafTe pour une chimère, & que largent do- 
mine prefque tous les efprits, j'allafTe mettre aujour- 
d'hui dans une Satire Achille, ne fe fouciant plus de 
venger la mort de Patrocle ; Caton, refolu de fe fou- 
mettre à fon ennemi, & Fabrice, acceptant les offres 
de Pyrrhus. Voilà pourtant ce qu'Horace auroit fait, 
fi ce que ces Meffieurs difent étoit véritable. Pour 
apuyer leur fentiment, car je veux mettre leurs rai- 
ions dans toute leur force, ils ajoutent qu'ici le parti 
le plus indigne eft celui qu'UIyfîé doit prendre. Et 
la raifon eft, que dans les dialogues oii l'on introduit 
des Periounages vivans, on doit leur faire dire àt% 
choies feniées , raifonnables & conformes à leur 
caraèlere, comme dans les dialogues de Platon. Mais 

lori- 



SUR LA S AT. V. DU Liv. II. 269 

lorfqu'on fait parler des morts, il faut leur faire dire 
des chofes plaifantes & outrées, ainfi qu'en ufe Lu- 
cien. Or ce dialogue de Tirefias & d'Ulyfle elt de 
la nature des dialogues de ce dernier. Tout ce 
qui tient du fentiment héroïque ne fauroit y conve- 
nir. 

Il eft certain que cette Satire re/Temble fort aux 
dialogues de Lucien, puifque même ce dernier a imi- 
té particulièrement cette Satire dans fa Nécromancie, 
cil il a auffi fait defcendre Ménippe dans les enfers, 
comme je Tai déjà dit. Mais il ne faut pas fe trom- 
per à cette reffemblance, ni confondre les caradrrts, 
qui font très difFerens. 

Lucien eft un libertin qui fe moque de la religion 
& de la philofophie, qui ne vife qu'au plaifant. Se 
qui ne cherche que le ridicule, même aux dépens de^ 
la vérité. C'eft un Rhéteur, un Déclamateur, peu 
profond dans la philofophie, dont il ne juge que par 
les dehors, & qui aime mieux employer les talens de 
fon efprit à s'en moquer, qu'à raprofondir, & qu'à la 
connoî.re. Ses dialogues font de la nature de la vieil- 
le comédie, qui n'épargnoit rien, & qui fe moquoit 
de la vertu comme du vice : comme Ariflophane 
met Socrate fur le théâtre, Lucien met de même 
dans fes dialogues, les Philofophes, les Héros, les 
Dieux. 

Il n'en eu pas de même d'Horace; c'eft un Philo- 
fophe très profond, qui ne fait la guerre qu'aux vi- 
ces, & qui refpede toujours la vertu. Et fa Satire 
eu très différente des dialogues de Lucien. Elle a 
retenu comme eux tout ce que la vieille comédie 
avoit de plaifant k d'utile pour les moeurs, comme 
la cenfure des vices; mais elle rejette tout ce qu'elle 
avoit qui y étolt contraire, comme cette liberté af- 
freufe de donner toutes les couleurs du vice à la plus 
infigne vertu. Et c'eft ce que ces dialogues n ont pas 
rejette. En un mot, le caradere des dialogues de 
Lucien, c'eft de n'épargner perfonne, & celui des Sa- 
tires d'Horace, c'eft de n'aboyer que les méchanà, 
o^probriis dignum latrare. C'eft la principale loi de 
M 3 ce 



270 R £ M A R Q^U ES 

ce poëme, qu'il n'a jamais violée. On peut voir les 
Remarques fur la I. Sac. de ce liv. 

La diftindion des morts Se des vivans ell: inutile. 
Quoiqu'Ulyffe foit mort, Horace n'tft pas moins o- 
bligé de conferver Ton caraftere, & c'ell ce qu'il fait 
admirablement fans s'éloigner de la plaifantcrie, qui 
eft auffi une loi de ce poëme, comme j'efperc de le 
prouver. 

Qu'UlyfTe fe foumette ici aux baflcfîes qu'on lui 
propofe, c'eft aiTurément une pure imagination^ fondée 
fur les mots du texte, dont ils abufent, Se fur d'au- 
tres mots qu'ils fourniffent eux-mêmes, & qu'ils mê- 
lent fans y penfer avec ceux qu'ils tirent de T Auteur. 
Ce mélange leur prefente une image qu'ils croyent 
trouver dans l'objet,. & qui n'eft que dans leur efprit. 
Voici comment cela fe fait: Ulyffe, difeut ils, ré- 
pond : Eh bieriy je fuis refolu de porter mon efprit à 
fouffrir tout ce que njous me confeillex,. y^en ai fouffert 
bien d'autres. Dites-moi donc bien 'vite comment je m'y 
*^^ndraiy pour amaj/èy dé grands bitm. En ne àiui«- 
guant pas ce que 1 Auteur di:, d'avec ce qu'ils difent 
eux-mêmes, ils attribuent â celui qui parle, toutes les 
paroles qui marquent la fauffe im.'ige qu'ils ont con- 
çue. Il faut donc ^l^mêler ce qu'U'lyflfe dit, d'avec ce 
qu'ils lui font dire! Le voici mot à mot. Sur ce que 
Tirefias lui dit : Tu feras donc paunjre ; il répond : Je 
forcerai mon courage àfuporter cela. "J ai fouffert des 
chofes plus difficiles. Dites-moi promptement d^oii ;> pou- 
rai tirer de grands trefors. Cela eit bien différent. 
Je fouticns donc, que ce relatif hoc, cela, ne peut être 
raporté qu'au terme le plus prochain, qui eft la pau- 
vreté, pauper eris ; que le mot unde, d'où, ne peut 
jamais figniher comment \ Se que puifqa Ulylfc de- 
mande d'oii il poura tirer de l'argent, après que Ti- 
refias lui a propolé un Damas, c eft une marque lû- 
re, qu'il a rejette cette propofition ; car autrement fa 
demande feroit ridicule. 11 faudroit qu'il dit : Com- 
ment dois -ie donc m'y prendre? Encore cela feroit il 
froid î parceque ce que Tirefias lui a déjà dit, n'avoit 
pas befoin d'un plus grand éclaircilTement. Mais, dit- 
on, 



SUR LA SAT.V. DuLiv. II. 271 

en, fi Ulyffe refufe de fuivre le œnfeil de Tirefias, 
pourquoi, continuc-t-il de lui demander ies moyens de 
s'enrichir ? Pojr en avoir d'autres. Mais ajûu;.e-t-on, 
voyant que Tirefias lui donnoit toujours le même con- 
feil, il devoit lui fermer la bouche, & ne pas fouf- 
frir qu'il continuât. Point du tout. Ulyile voyant 
qu il n y a que ce feul moyen, foutient en lui-même 
un combat qui fe fait entre l'envie d'avoir du bien, 
& la peine qu'il a à fe foumettre à toutes les infa- 
mies qu'on lui propofe. Et c'efl: ce combat, dont on 
ne voit pas l'ilTue, qui fait une des grandes benutes 
de cette batire ; car il tient en fu pens le Lecteur, 
qui attend avec impatieîice de voir à quoi Uiylîe ic 
déterminera. Je dis bien plus. Quand ies termes 
qj'Horace employé feroitnt équivoques, ce qui n'eft 
point, la première explication feroit toujours faulîè; 
& l'on ne pouroit inférer de-là, fmon, qu'Ulyffe a 
voulu répondre d'une manière ambiguë^ pour tirer 
tout le fecret de Tirefias fans fe découvrir, 8c pour 
avoir enfuite la liberté de prendre le pâtti qni !uî phi- 
roit davantage. Enfin, car cette Remarque feroit trop 
long le, fi j'y ajoutois toutes les rai.bns que je puis 
avoir, il eft entièrement inutile pour le defîein de 
Tirefias, qu'UiylTe déclare qu'il prend le parti qu'on 
lui propose. Les moeurs des Romains n'en font pas 
moins peinte^. Il eft auffi très inutile pour le defiein 
d'UIylle, qui étoit trop fin pour fe démentir ainfi fans 
aucune neceifité; puifque fans le faire il pouvoir tou- 
jours a'icr à fes fins, quand il le jugeroit à propos 
pour le bien de fes affaires. Le plus grand ccquin du 
monde afFeé^e de paroître honnête homme, quand il 
ne voit pas un intérêt prefent qui l'oblige à jouer fon 
véritable rôle. Qu'Ulyfîè déclare ici : Eh bien me 
voilà refolu à tout pour éviter la pauvrecé ; cela ell 
indigne de la Satire, & rend la fuite dun froid à- 
glacc-r. 

21 Tu prctinus unde di'vitias'\ UlyiTe ne voulant 

pas fuivre le confeil de Tirefias, lui demande q lel- 

qu'autre moyen de s'enrichir, «Se il fait juitement ici 

ce qu'on fait d'ordinaire chez les Marchands qui fur* 

M 4 font 



2^2 R E M A R Q^U E S 

font. V^oui n'aurez pas cela à moins, difent-ils â 
l'acheteur, qui après avoir répondu qu'il s'en palTera, 
ne laifle pas de continuer à demander le prix, & à 
dire, cependant dites-moi donc enfin zoi mot raifonahle. 
Protinusy fert même à déterminer ce fens : car il 
fignifie, tout ie fuite, fans tant barguigner & fans fai- 
re de ces fots contes. Tirefias perfifte dans fa pre- 
mière penfée, & ne démord point. 

23 Dixi equidetn, iff dico'} Tirefias ne fait donc 
que redire à UlyfTe ce qu'il lui a déjà dit. Ce n'eft 
qu'un feul & même moyen qu'il lui propofe: Se fi 
l'on y prend bien garde, cette réponle prouve, que 
Tirefias a bien entendu qu'Ulyfîe lui demandoit 
quelque autre moyen, 

25 Pr^rofo fugerit hamo? Après avoir rongé 
Tapât qui couvre l'hameçon. C'elt ce que Lucien 
dit dans le Timon ; ^ÏKicb^ kataticou- Cet apât, 
ce font les prefens dont il a parlé, les grives, les 
fruits, &c. 

28 Improhus"] Quoique ce foie un méchant homme. 
Henri Etienne a eu tort, de joindre improbus avec 
defenfor. 

31 Domi fi gnatus erit, fœcundaue cc7t'v.x'\ C'cft 
ce qui a fait dire à Juvénal dans la Satire V. 

yucundum ^ carum fierilisfacit uxor amicum. 

Une femme Jierile fait quon recherche l'amitié de 
fon mari. 

3 2 Gaudent pranomine molles auricul-e ] \\ n'y 
avoit que les gens d'une condition libre qui eufient 
des pr^nomina, c'eft-à-dire des noms qu on mettoit 
vant le nom propre; comme Marcus, Quintus, Pu- 
blius, &c. C eil pourquoi ces eldaves, des qu ils a- 
voient été affranchis, & que la fortune les avoit un 
peu élevés, ne manquoient pas de s'emparer d'abord 
de ces titres, & ils étoient ravis qu'on les apellat par 
ces noms. Comme Perfe dit : 

. . « Mo^ 



SUR LA SAT. V. DU Liv. II. 273 

----.- Moments turbin'n exit 
Marcus Dama. 

De Dama quil étoii, il devient Marcus Dama 
dans un moment. 

Ce Marcus y ce ^intus, ce Puè/ius, étoient pour 
ces gens-lâ, comme le Monjeigneur ell aujojrdiiui» 
pour certaines gens. Ciceron écrit que ces pr^eno- 
mina avaient quelque forte de dignité. On ne le» 
donnoit aulli qu'aux hommes & aux femmes de quel- 
que condition. 

34 Jus anceps novi'\ Il ap?lle le droit, ambigu^ 
douteux y comme Ciceroa 1 apelle 'varium. Se contro- 
•verfum ; équivoque, changeant i parcequ"il iémble 
qu'il y a des loix q.ii ié contreJ.ilént. Mais, comme 
Ciceron la fort bien dit, cejï r ignorance du droit qui 
e/î litigieufey ^ non pas la fcience. 

36 Caffâ nuce'\ Cajfa nux eft ce que Pétrone a 
dit inanis i^ fine medulla^ 'ventofa eft. Une noix 
vuide, qui n'a que du vent. Cajus vient de careo. 

38 Sis cognitor'] Cognitor eil proprement un hom- 
me d'affaires, un procureur. Âlais il y awit cette 
différence entre procurator & cognitor, que celui là é- 
toit le Procureur des abiens, & celui-ci 1 etoit de 
ceux qui étoient prefens. Voyez Feftus fur le mot 
cognitor. Aujourd hui ce:te différence ne fubfu'le plus, 
& procureur fignifîe fun & 1 autre. 

39 Rubra Canicula ] * Il apelle la Canicule rw 
brar'i^ rouge, * comme il apelie ailleurs rouge, rw 
bentem dexteram. la main de Jupiter, à caufe du feu 
des foudres qu'il lance. 

* Find£t'\ Fend, car non feulement \qs ftatues de 
bois, mais auffi celles de bronze fe fendent par la gran- 
de chaleur comme par le grand froid. Virgil. lU. 
Géorg. 

jEraque dijjîliunt 'vulgo. 

où Servius remarque, pajfim crêpant, nam tam nimîê 
frigore quam calore ara rumpuntur . * 

40 hifantss Jîatuas ] Il apelle les ilatuës mue- 

M 5 



Î74 R E M A R Q^U E S 

tes y infantes, comme il a dit dans la Satire Vî. du 
Livre premier : hifans pudor. Mais cela n'efl pas é- 
gal, & je fuis psrfuadé, qu'Horace a pris ce vers de 
quelque Poète dont il le moque, comme il ie moque 
de Furius dans le vers fuivant. * iM. Bentlei voudroit 
que Canicula du vers précédent fût le nom d'une fem- 
me qui fe mêlât de poeiie & dont Horace raportat ce 
TCiOtfindit infantes fiatuas, pour s'en moquer. Mais 
ce n'ell qu'une plailanteris de ce favant homme. Ju- 
nius expliquoit infantes, neuves, no^vellas, ce qui eit 
ridicule. * 

Seu pingui tentus omafo^ Omafinn^ la panfe. C'eft un 
JT>ot bas, auffi-bien en Latin qu'en François. Tentus 
pngui omafoi qui a une greffe pance, un gros ven- 
tre. Car il ne faut pas fuivre les Interprètes, qui 
expliquent ce tentus omafo , bouffi par les pances 
qu'il a mangées , comme fi Horace avoit voulu 
dire, que Furius ne fe nouriffoit que de cette viande- 
là. 

41 Furius Hyhernas canâ ni've confpuet Alpes ] 
Marcus Furius Bibaculus , Poète contemporain de 
Ciccron, avoit écrit en vers la guerre des Gaules, & 
çn parlant de Ihiver, il avoit dit : 

Jupiter hyhernas canâ ni^je confpuit AlpiS. 

Horace qui trou voit avec raifon cette exprelîion 
dure & defagréable, s'en moque en parodiant le vers, 
& en mettant Furius, au lieu de Jupiter. Ce mot 
conipuere, cracher, convient mieux à un gros ventre 
comme Furius, qu'à un Dieu. D'ailieurs cela ell 
plaifant, d'avoir opofé Furius à la Canicule, comme 
un Poète très froid & capable de glacer. 

44 Plures annabunt thynni~\ Tout ces gens-là font 
autant de gros poilfons qui croilîént pour vous. Car 
il a comparé Ulyfle à un pêcheur. Lucien a profité 
de cet endroit dans le Timon : car en parlant d'un 
vieillard qui a trompé ceux qui s'attendoient à fa 
fucceflion, & qui a choifi pour fon héritier quelque 
¥ii efclaue, il dit que cet efclave laiiTe-là fe» rivaux 



su-R LA SAT. V. DU Liv. IL 275 

t»ut confondus, qui Te regardent les uns les autres, Ss 
qui ont une renlible douleur, de voir qu'un fi gros 
thon leur a échapé: o7^ cwJt»? -d-uV^ îK //VX^ 
Ttii (Tayrimç S'iïovyiv, C5f. 

Cetu,ia] Des étangs fort vaftes, & qui font rem- 
plis de gros poiilpns. 

46 Sublatus ] Ce mot efr pris de la coutume des 
Anciens qui metcoient a terre leur enfans dès qa*il$ 
étoient nés, & qui ne relevoient que ceux qu'ils vou- 
lo^euc élever. 

48 Secundus hères} Le fécond héritier, l'héritier 
fubllirué. 

53 Litnis'] Limls ociilis. Z/>/?«j fignihe qui ei\ 0- 
bliqiie, qui efi de côté. 

i^id prifTia, fecuftdo cera --uelit njerfu} Prima ce- 
Tfi, c'eil la première page du tellament, qui pouvoit 
avoir plufieurs pages ; fecundo ^uirfu^ c'ell la féconde 
ligne. Dans la première ligne étoit toujours le nom 
du Teftateur. Ce!ui de l'heriiier iniHtué étoit dans 
la féconde, avec les noms des cohéritiers, qui étoient 
mis de fuite. Les fubftitutions étoient à la lin. De 
cette coutume, de mettre le nom. de l'neriti:r à la 
tête du teltament, il faut tirer l'intelligence de ce 
paffage des Gué;.e3 d'Arillophane, oij le vieillard, 
qui aime à juger, & qui ne trouve rien de fi beau, 
pour faire valoir le métier & pour montrer le grand 
pouvoir de Juges, dit : 

Si un père 'venant à mourir lai Je à quel^tî' un par 
Jen tejiamtnt fa filhy fen unique héritière, nous autres 
Juges nous difons malheur à la tête de ce tejîament ^ 
aux cachets dont il ejî muni, ^ nous donnons cette Ji lie 
à qui il nous plaît, Cfc. 

 la tête de ce tejîament, c'ell- à-dire, nous le caf- 
M 6 fons 



276 R E M A R Q^U E S 

fons pour ce qui regarde ce premier chef, qui eft à la 
tête du teftament. 

54 Solus midtijiie coheres ] Il s'agit ici de la nomi- 
nation des héritiers, & non pas de la fubftitution. 

55 Plerumque recoâus fcriba'] Incoquere Se recoque- 
te font des termes empruntés des teinturiers, qui di- 
fent qu'une chofe eft incoday & recoâta, quand elle eft 
paflee plufieurs fois à la teinture, & qu'elle a bien 
pris la couleur. Séneque : ^emadmodum lana quof- 
dam colores femel ducit^ quofdam ni/t fr^pius macerafa 
Cff recoSîa non perhibit, Is c. De là on a apellé recoêfos, 
les gens qu"un long ufage & une longue pratique a 
rendu habiles & ruies, comme Catulle dit, Fvfitio fe- 
ni recoBo. Reco^us fcriha eft ici la même choie. Car 
il ne faut pas s'imaginer que recoâius foit dit pour faire 
entendre que cet homme, de Greffier étqit devenu un 
éts ^inqueintSi Se qu'après il étoit 'redevenu Greffiera 

56 Scriba ex ^inque'viro'] Dans les colonies & 
dans les villes municipales, il y avoit des petits Ma- 
giftrats qu'on apelloit ^linque^-uîri, parceqj'ils étoient 
cinq. CéLoient com.me des Juges, ou des Lieutenants 
de Juges. Leur jurifdidion s'étendoit fur tout le ref^ 
fort; & ils changcoient toutes les années. Ceux qui 
avoient été du nombre des cinq, pouvoient devenir 
Scrib^^ Greffiers, Notaires. Il y avoit auffides Gref- 
fiers qui n'avoient jamais été des cinq ; mais ils n'é- 
toient pas fi habiles que les autres, qui avoient paffé 
par cette efpcce de Magiftrature. 

Cor'vum deludet hiantem'] Le corbeau qui ouvroit 
déjà le bec, pour avaler le morceau après lequel il 
couroit. 

58 Numfurîs? an prudens ludis fm] Il ne pou- 
voit y avoir d'énigme plus difficile à démêler pour 
Ulyffe, que ce que Tirefias vient de lui dire. C'eft 
pourquoi il a raifon de lui demander, fi c'eft la fu- 
reur prophétique qui le faifit, ou s'il fe moque de lui 
à deffiein. Ceux qui prétendent qu'UIyffe a accepté 
la propofition de Tirefias tirent de cette réponfe une 
rjQUvçile raifon pour confirmer leur fentimcnt; car, 
liifent-ils, quand Tirefias a enfeigné à Ulyffe toutes 

les 



4 
SUR LA SAT. V. DU Liv. II. 277 

les baflefTes néceflàires pour s'enrichir , & enfuite 
les mefures qu'il faut prendre contre la malignité 
de certains richards, qui Ibuvent prennent plaifir 
à tromper les efperances de ceux qui leur ont fait 
la cour, témoin le vilain tour que Coranius joue a 
Nalica , notre Héros ne s'ofFenfe point de ce con- 
feil i il ne dit point à Terefias , pour qui me prenez- 
'vousP II fe plaint feulement de ce qu'au lieu de 
lui donner un avis intelligible dont il puifTe pro- 
fiter, il lui débite des énigmes en lui contant un fait 
obfcur, & en lui nommant des gens qu'il ne con- 
noit pas , ohfcu^-a canendo. Mais on ne fait cette ob- 
jection que parcequon n'a pas alTez examiné la con- 
duite d'Horace , qui ell d'une adrefle inhnie. Ulyffe 
après avoir rejette la première propontion , & dit qu'il 
aimoit mieux IbufFrir la pauvreté, ne laiiTe pas d'é- 
couter , quoiqu'on ne lui propofe que les mêmes 
voies. Un refus précis & héroïque ne convenoit 
pas à la Satire , & hniiloit tout. Un coniéntement 
formel n'y convenoit pas non plus; car, outre qu'il 
étoit indigne du caractère du Héros , il devenoit 
froid. Que fait donc Ulyfle .? Il écoute & veut enten- 
dre ce qu on lui dit , afin de fe déterminer & de 
prendre lur cela fon parti. C'ell ce milieu plein de 
rufe & de finelTe qui fait la grande beauté de cette Sa- 
tire. UlyfTe ne le déclare point , & par ce moyen 
Horace donne à fa pièce tout le fel de la plus fine 
plaifanterie fans bleffer les loix de Ton poëme , comme 
je l'ai déjà dit. 

59 ^ïdquid dicam aut erît aut non ] Tirefias 
s'explique ici d'une manière équivoque. Son fens 
cft , que quand il dit qu'une chofe fera , elle fera 
afTùrément. £t quand il dit , qu'elle ne fera 
point , il eft fiîr qu'elle n'arrivera point du tout. 
Mais il fait entendre, qu"il ne fait pas ce qui doit ar- 
river, & qu'il fait feulement , que ce qu'il dit fera , 
ou ne fera point. Et cela n'ell pas fort étonnant. Car 
de deux propofuions dont lune nie ce que l'autre 
affirme, il y en a toujours une vraie néceflairement , 
félon toutes les maximes des Dialet^ticiens , quelques 
M 7 efforts 



ij% R E M A R Q^U E S 

eiForts que les Epicuiiens ayent fait pour leur contef- 
tcr ce principe. Et de cette manière il n'efl pas difR- 
eilede prédire Tavenir. Tout le monde peut être aufTi 
bon Prophét-e que Tirefias. C eil pourquoi Boëce a 
eu railon d apeller cette prophétie ridicule , dans ion 
V. Livre. Mais c'eil ce ridicule lérieux qui fait une 
des grandes plaifanteries de cette Satire. Car quoi 
qu'en difent Théodore Marcile , & les autres Inter- 
prètes , il fuut bien s'empêcher de croire qu'Horace 
ait é:rit ceci lerieufement. 

60 Din;lnare etenun ] C'ell ce qui augmen- 
te le ridicule, après l'alternative du vers précé- 
dent. 

61 Si licet'] Car les Dieux ne permeitoien: pas^ 
toujours à leurs Prophètes d'expliquer icurs oracles à , 
ceux qui les avoient conlukés. 

62 Tewfore quo junje7iis~\ II ne fe contente pas de 
defigner le règne d'Auguite, il en particularile un. 
certain tems, quand ce Prince eut entièrement vain- 
cu les Parthes , & que par cette vidoire il ie fut alfu- 
ré l'empire de la terre 6c de la mer. Cette Satire fut 
donc faite après que les Parthes eurent renvoyé à 
Auguile les enfeignes Romaines. Horace avoit donc 
alors plus de quarante fix ans. 

64 Forii nubet proccra Corano filïa "Nafic^ me- 
tueniis , CSfc. ] L hiftoire, dont il eil ici qieftion, eft 
aujourd'hui entièrement inconnue. Cependant je ne 
crois pas qu'il ioit bien difficile de la deviner , en 
examinant de près les termes & le but d'Horace. 
Voici donc ma conjeAure : Coranus étoit un vieil- 
lard fort avare 6c fort débauché , qui avoit prêté de 
1 argent à Nafica. Nafica , qui ne haïlfoit rien tant 
que de payer fes dettes , s'avifà de fervir Coranus 
dans fes débauches , 6i de lui livrer fa fille , dans 
Tefperance, qu'en lui facrifiant ainfi l'honneur de 
cette fille , il gagnerait fes bonnes grâces , & que ce 
vieillard en mourant , lui donneroit non leulc- 
nient fa dette , mais le feroit même Ton héritier. 
Coranus profita de la complaifance de ce père in- 
fâme; il eut toutes les faveurs de faillie i & après 



SUR LA S AT. V. D u Liv. II. 279 

ce commerce honteux , au lieu de reconncître un il 
grand fervice , il lui joua ce tour : Il fit ion terta- 
mcnt , & le lui donna à lire. Nafica crue aller trou- 
ver dans ce tellament la récompcnTe qi'ii attendoit. 
Mais il tut trompé : Coranus ne lui laiila que les 
larmes & le deferpoir. Nubere neft pa-? toujours em- 
ployé pour le mariage: il fignihe très louvent un 
commerce criminel , dans Catulle , & ailleurs. Pour 
gêner. Se Jocer , gendre y Si beau père , on ne peut pas 
douter que ce ne loient auflî des tera:es de galante- 
rie ; puifqu' Horace a apellé dans la II. Satire du Li- 
vre I. Vilîius gendre de Sylla , quoiqu'il ne fût que 
Tamant de Faufta: Villiui in Faujîâ Sy 11^ gêner , ^c. 
De cette manière , le conte meritoit d avoir place 
dans cette Satire : & j'ei'pere , qa'on le lira présente- 
ment avec plus de plaiiir. Le mot /ortis eil encore 
un mot de galanterie , comme dans la Sat. III. de ce 
même Livre : Portique marito dcjiinet uxorem. 

69 Suifque'] Wnt fit pas feulement le moindre, 
legs a cette belle fîiie , quiTavoit fi bien traité. 

7 1 Senem delirum timpsret J Temperare , gouver- 
ner , foigncr. 

J^ Ultro Penelcpen fadlis potlori trade] Il lui; 
confeille , de faire de fa femme, ce que Nafica; 
avoit fait de la filie. L'exemple a précédé le con- 
feil, pour l'avertir feulement, de ne faire pas cela . 
comme un fot , Se fans être bien alTuré de fon af- 
faire. 

76 Puta/ne perduci foterit'] Voici l'endroit , d'où, 
ceux qui veulent qu'UlyfTe foit re.olu à toutes les 
indignités que lui confeille Tirefias, prétendent tirer 
une preuve inconteitable de la vérité de leur opinion. 
Jl lemble qu'Ulyffe, pour bien conferver fon ca- 
raftere , devoit rejetter avec indignation la propor- 
tion que Tirefias vient de lui faire. Cependant , au 
lieu de s'en fâcher & de fauter à la gorge de Ti- 
refias, on diroit qu'il auroit affez de difpoiition à 
prendre ce parti , Se qu'il n'eil plus quellion que de 
iàvoir fi fa femne le voadroit fuivre. Il ne marque 
pas la moindre répaguance , & toute foa inquiétude 



t?o R E M A R Q^U E S 

eft que fa femme ne fe rende trop difficile, elle qui 
a refillé à toutes les pourfuites de tant d'amans. Ainfi, 
puilqu'il a la bafleflè de ccnfentir à cette infamie, il 
pourojt bien auffi avoir donné les mains au premier 
confeil de Tirefias , de faire la cour à Tinfame Dama. 
Et par conféquent la Remarque fur le 20. vers: For- 
tem hoc animum tolerarejubebo , eft faufle. Ce rai- 
fonnement a d'abord quelque chofe de fpécieux ; mais 
il ne fauroit paroîtrejulle qu'à ceux qui ne péncirent 
pas la hneffe de ce pafTage. Le caradere d Ulyffe 
eft très bien fuivi. La rule & la difnmulation étoient 
fes qualités favorites. Il s'en fert ici fort à propos. 
Ce que Tirefias lui dit, devoit exciter en lui la co- 
lère & le dépit , il eft vrai ; mais il devoit encore plus 
exciter lajaloufie. Et cette dernière pallion devoit 
natureliemcnc être la plus forte dans l'efprit d'un 
homme comme lui , qui avoit été fi longtems abfent , 
& qui favoit que fa femme étoit jour Se nuit environ- 
née de quantité de jeunes gens , qui lui faifoient la 
cour. Et c'eft auffi la jaioufie qui 1 emporte fur tout 
le refte , & qui l'oblige a étouffer fon reffentiment. 
Toutes (qs penlées vont à tâcher de découvrir, fi fa 
femme auroit tait quelque chofe qui eût pu donner 
lieu à Tirefias d'avoir fi méchante opinion d'elle. 
Voilà pourquoi il écoute fi patiemment. 11 veut voir 
fi dans ce que Tirefias va lui dire, il ne trouvera rien 
qui puiffc confirmer ou diffiper fes foupçons. Et cela 
eft très naturel & très digne du caradere dUlyfîe 

77 Perduci poterit ] Perdue ère eft un terme pris 
des vilains lieux , & fort voifin àe producere. La leule 
différence qu'il y a , c'eft que producere fe dit de 
ceux qui proiuilent des courtilanes au premier venu ; 
ècperducere^ de ceux qui mènent des femmes confi- 
derables à un certain homme , qu'ils fervent dans fa 
paffion. C'eft pourquoi perduaorts vont ordinaire- 
ment avec lenones. 

79 Venit enim magnum donandi ] Tirefias ne 
donne à Ulyfle d'autre raifon de la fageffe de fa fem- 
me, que l'avarice de fes amans. Mais cette raifon 
lie laiîfe pas de le ralTurer j c'eft pourquoi il écoute 

traa- 



s U R LA S AT. V. DU L I V. II. 281 

tranquillement le re Ile du diicours de Tirefias, qui 
n'eft fondé que fur une con-edure. Et ce qui rend 
cette réponfe de Tirefias fort plaifante , c'eil qu'elle 
efl fondée fur une plainte que Pénélope leur fait elle- 
méme, dans le XVIII. Liv. de lOdyiîee : qu'ils 
font fort injujîes : ^ que quand plufîeurs ri'vaux pour- 
fui-vent une perfonne en mariage , ils font des facrifices 
à leurs dépens , ilî donnent des cadeaux l^ de beaux 
prefens aux amis de leur maitrejje , au lieu de manger 
fon bien. Ce reproche les piqua : ils s'aviferent donc 
de lui envoyer l'un une robe , l'autre un colier , ce- 
lui-ci des pendants d oreille , celui-là un bracelet , 
&c. Mais jufques alors ( & c'elt longtems après la 
converfation qu'UlyiTe a ici avec Tireiias ) ils n a- 
voient pas penfé à lui faire le moindre petit prefent. 
Il ne faut donc pas s'éconner qu'ils euffent fi mal 
réiiffi auprès d'elle : & je ne veux pas d'autre preuve, 
pour faire voir la faufieté de ce que d'autres Auteurs 
ont écrit , qu'elle les avoit tous favorifés. 

Magnum donandi parca ] Siméon du Bois , bon 
Critique , & qui a fait de belles remarques fur les 
Epîtres de Ciceron à Atticus , a voulu corriger C€ 
vers , & lire : 

Venit enim magno : donandi parca Jwventus. 

Votre Pénélope fe met à trop haut pris. 

Venit , njenalis efî magno pretio. Et cette Jeunefft 
ef avare. Cela fait le même fens ; mais cette opo- 
fition ne me paroît pas du génie d Horace. * Il fuf- 
fit que le fens du paflage ell net & clair. Venit, "vient, 
fe rend chez elle. J'admire 1 audace de M. Bentlei qui 
corrige --venit enî?n, indignum, donandi parca juveritus. * 

80 Nec tantum -ceneris quantum ] Cette raillerie 
tombe encore fur Homère , qui fait , que tous ce:> ri- 
vaux ne penfent pas tant à l'amour qu'à la bonne 
chère: à tous momens on leur voit égorger des 
boeufs , des moutons. 

%z De fene guftarit'\ Les Latins ont employé leur 
gufîare dans ce fens lu à Timitacion des Grecs , qui fe 

font 



2»2 R E M A R Q^U E S 

font fervis de même de yivi^ctt. Voici un plaifant \ 
partage d'Eichyle : 

N^ûtç yvvctiKoç , 1s fJA fjL» Âûc-â-u (phkyuy 

Nc'^uâ me fugiet Jcintillam oculus no-vee nupt^e qua 
de viro guflaiii. 

"Tecum partit a Incellum 1 II lui coule ce petit mot 
en paiFant, pour le perfuader, & pour le tenter. 

83 Ut canis à corio nunquam ahfîerrebitur unSio'\ 
Corium unctum une peau encore fanglante. On don- 
noit fouventaux chiens lej peaux des bètes après la 
chalTe , comme une ei'p'ce de curée , pour les accou- 
tumer & les animer. Les chiens en font fort friands. 
Lucien dans (on Traité contre un ignorant : OjcTè 

5^ KÙmV CtirtL^ ^CW7AIT0 AV CKVTOTfctyèiff fJLCt'd-K-' 
CTct. Car un chien qui ronge uns peau fumjante , ne 
la quite pas 'volontiers. Dans le X. Idile de The'o- 
crite, Milon répond à Battus , qui lui avolt deman- 
dé , fi Tamour ne Tavoit jamais empêché de dormir : 
A Dieu ne plaife y di:-il , il ejî dangereux quun chien 
mette le nez à la curée. 

M;ic^e ^vixCûC'-th XatAsxo;' X^^V auvet yiva-JLt* 

84 Me fene quod dicam facfum ej}] [\ lui donne 
un autre confeil , qui n'ell pas moins important que 
ceux qu'il lui a déjà donnés: ceft, de ne fe pas ren- 
dre trop incommode & trop importun. 

uinus improba ] Fine , rufée. Cette vieille avoit . 
été fi fort obfédée , & importunée par celui qui pour- 
fuivoit fa fucceiTion , que n'ayant pu lui échaper pen- 
dant fa vie , elle fe ht un plaifir de s'imaginer un 
moyen de lui échaper au moins une fois après fa 
mort. Elle ordonna donc par fon teftament , qu'il 
porteroit au bûcher fur fes épaules , fon corps bien 
froté d huile. Je ne fais d'où Horace avoit tiré ce 
coiite. Il a tout l'air d être de fon invention. 

85 Ela- 



SUR LA bAT. V. DU Liv. ÎI. 283 

85 Elata~\ Empoitée, portée au bûcher. Te- 
rence : Ecfertur , in. us. On emporte le corps , nous 
marchons. 

* 90 Offendet ] M - Bentlei a lu ojfendes à la fé- 
conde perionne , & cela eft mieux fuivi. * 

9 1 Davus fie comkus , atque fies capite ohfiipo ] 
Ce palîàge nous aprend la poftare ordinaire de Da- 
vus fur le théâtre. JI baifibit un peu la tête , en al- 
longeant le cou , pQrre<3o juguîo , & en haufiant les 
épaules. Car c'efl proprement ce que fignifie ohfii- 
pum caput y une tête baiiTëe , avec un cou allongé de 
travers , & caché entre des épaules amoncelées. Les 
Grecs apelloient cela ^vaetvy^v y & Ariflote écrit, 
que dans la philîonomie , c'eit" la marque d'un traî- 
tre, & d'un homme qui tend des embûches. C'eft 
pourquoi cette pollure convenoit fort bien à Davus , 
comme fourbe, & comme efclave : car c'étoit auiÛ 
une marque de refpeft Se de fujettion ; c'eil ce qui ^ 
donné lieu à ce proverbe Grec : ^ 

0*^1/ TOTÎ cTifAê/A KîipA^Y) Iv^&ict ^i^VKÎVi 

Jamais tête d'^efcla've na été drcite , mais elle eft 
toujours panchée ^ a le cou étendu de travers. 

93 Ohfequio grafi'are'\ GraJJari fîgnliîe propre- 
ment avancer , marcher , aller contre quelqu'un a- 
vec violence. Et ce mot a été pris fouvent en mau- 
vaife part. Car on s en lérvoit quand on vouloit 
parler des voleurs q^n attaquent les gens la n.iit. 
Enfuite on Ta aplique aux parafit s & aux flateurs. 
C'efl pourquoi Fei(U3 a marqué grafiari , adulari. 
Et de la vient qje les premiers Poctes étoient apellés- 
grafiatores, parcequ'ils louoient les gens , & aîLient 
lire leurs vers , pour atcraper des loupers. Tirehas 
ne pouvoit donc fe fervir d un mot plus propre p^ur 
le confeil qu'il donnoit. 

Si increbruit aura ] Ce^: ainfi qu'il faut lire , & 
non pas increbuit. De crebrurn on a fait crebreo , /«- 

crebreo » 



284 R E M A R Q^U E S 

crebreo , crebrefco. Ciceron : 'ventus increhrefctl. 
Et Virgile : crebrefcunt aur^s. 

95 Aurem fubjïringc loquaci~\ Le Glofîaire de 
Philoxene explique fort bien ce /«^/r?>^^ , par />r^- 
be. Subjîringere aurem , prêter Toreille. Et ce mot 
fignifîe proprement rejetter derrière Toreille tout ce 
qui poiiroit empêcher d'entendre, comme les che- 
veux , &c, 

96 Do?ieCy ohe ! jcm ad cœlum manihus Juhîatis] Ce 
paiîage eft fort beau : Continuez dVnfler cette outre 
du vent de vos louanges , jufques à ce qu'en levant 
les mains au ciel , il diie : Ohe , c'ell aiîcz. Cela 
peint admirablement un homme avide de louanges , 
& qui ne dit , c'eft afTez , que quand il en ell acca- 
blé , qu'il n'en peut plus , & qu'il eft en état de cre- 
ver. Perfe a très heureufement imité cet endroit 
dans la Satire I. quand il dit à ce vieillard qui ne 
fàifoit des vers que pour être loué ; 

7u7i , 'vetuïe , aurîcuïis alienis colligîs efcas , 
Auriculis quibus is" dicas cute perditus ohe ? 

Malheureux vieillard , ne pretts-tu tant de peine 
four repaître les oreilles des étrangers , que pour poU' 
«voir leur dire enfin , quand tu es en état de cre<ver : 
C'efi afezr 

Cafaubon n'a point du tout connu la finefle de ce 
paffage. Ce cute perditus eft pris de ce vers: Iftfla 
Jermonihus utrem. Cette outre enflée a donné à Per- 
fe l'idée de cet homme que les louanges outrées ont 
fi fort enflé qu'il va crever fi 1 on continue. 

100 Et certum 'vigilans ] Jl ne fe contente pas 
de dire , éijeillé , il ajoute , certainement. Car il 
ne faut pas fe tromper fur une matière fi impor- 
tante , ni prendre une imagination, & un fonge , 
pour la vérité. 

* ^uart^ fit partis Vlyjfes ] Dans quelques 
MSS. il y a quart ^e efto partis Ulyfies , & je loue 
M. Bentlei d'avoir embrafle cette leçon, car efio eft 

le 



SUR LA S AT. V. DU Liv. II. 285 

le terme ordinaire dont on fe fervoit dans les tefla- 
mens. * 

lOl Ergo nunc Dama fodalis'\ Le mot crgo y 
donc, fervoit ordinairement à commencer les plaintes 
& les lamentations que l'on faiToic iur la mort de 
quelqu'un. Comme dans TOde XXIV. du Liv. I. 

Ergo ^intilium perpetuus fopor 
JJrget ! 

^intîlien ejî donc plongé dans un fommeil éternel! 

103 Sparge fubinae] Quelque Commentateur s'eft 
imaginé , que fparge Jubmde , fignihe : répandes dts 
pleurs fur fin tombeau. Mais cela ell ridicule : on 
n'efl pas encore forti de la maifon, le corps n'eft point 
encore emporté , «& l'on ne vient que de lire le tefta- 
ment. Sparge Jubinde ^ c'eil-à dire, répandez enfuite 
ces paroles : Unde mihi tam fortem ? Où en trouve- 
rai-je un autre } &c. Et ce mot , fparge , vient ici 
admirablement , pour exprimer une choie qu'on doit 
dire à pluiieurs reprifes , & en courant de tous côtés 
dans la chambre du défunt. 

1 04 Ejl gaudia prodentem njultum celare ] Il y a 
fur cela un beau mot de Publius Syrus : 

Heredis Jîetus fub perfona rifus eJî, 

Les pleurs d'un héritier font des ris cachés fous un 
mafque. 

* Je ne comprends pas comment ce pafTage d'Ho- 
race a fait tant de peine aux Interprètes j car dans 
tout le livre il n y en a pas de plus ckir. Eji celare 
<vultum prodentem gaudia. Il faut cacher un 'vifage 
qui dêccuvr irait 'votre joie. Pour dire , il faut dé- 
guifer 'votre njifage i^ empêcher quil ne 'vous trahi fe 
en décou^orant 'votre joie. Cela n'eil-il pas bien fira- 
ple & bien natureL? C'ell donc inutilement que M, 

Bentîei 



286 R E M A R Q^U E S 

Bentlei a fait une longue remarque pour changer le 
texte Se pour lire 

eîf - . - 
Gaudia pritdenter 'vultu ce lare. 

Cela ne peut être d'Horace. * 

109 Gaudentem nummo te addicere"] N^ummo Tp^ur 
«ne petite pièce, pour un fefterce qui valoit deux 
fols fix derniers; c'eft- à-dire pour rien. Mais il fal- 
loit toujours qu'il y eût de l'argent comptant , pour 
rendre cette vente valable. Et c'étoit une vente ima- 
ginaire, ou fimulée , per ^es dff Uhram , avec la fo- 
lemnité de la balance , & la pièce de monnoie en 
main. Ce qui étoit vendu de cette manière , après 
quê l'argent étoit délivré , pafToit pour très bien ven- 
du, quelque bas qu'en fut le prix. Car il n'étoit pas 
permis de donner , ni de céder fa part. Il falloit 
que cela pafTat par les formes ordinaires de la vente. 
Comme , quand un Tcftateur avoit fait à quelqu'un 
un legs plus fort qu'on ne pouvoit le recevoir en con- 
fcience, le légataire étoit obligé de vendre fon droit 
au principal héritier par une vente imaginaire, & 
rherédité étoit déchargée par ce moyen. 

Sed me imperiaj'a trahit Proferpina ] Tirefias a a- 
chevé de donner fes confeils. Si le diaiogje duroit 
davantage , il faudroit qu Ulyffe prît parti , & c'eft 
ce qu'Horace a évité avec raifon. Car \\ Ulyffe refu- 
fe de fLivre les avis de Tirefias , cela devient froid & 
indigne de la Satire : & s'il fe détermine à les luivre, 
Horace pèche contre la vraifemblance , & il change 
un caradere connu. Pour laiffer donc la chofe indé- 
cife , il faut que Tirefias fe retire , & qu'Ulyffe faf- 
fe fes réflexions comme il lui plaira. Horace avoit 
trop de conduite , & connoiffoit trop les bienféances, 
pour manquer à un point fi effentiel. II fait toujours 
fe tirer fort bien d'affaires , & par des traits bien 
vifs h bien marques. En un mot la grande beauté 
de cette Satire confifte en ce qu'Ulyfle, par un effet 
de fa foupleffe ordinaire , écoute Tirefias fans fe dé- 
clarer = 



SUR LA SAT. V. DU Lîv. II. 287 

darer. Et bien loin qu'Horace ait afFedlé de facrifier 
le vraifemblab'.e au pîaifant , comme on Je veut , il 
trouve au contraire un moyen plus noble Se p'us fur 
d'arriver au pîaifant, en fuivant toute la vraifem- 
blance hiftoriquc , Se en confervant le carsftere d"U- 
lylTe , dont le fonds efl la rufe & la di/Hmulation. 
Proferpine vient ici fort a propos , & dans toute la 
vraifemblance. Cette Déeffe étoit trop fcvere , pour 
foufFrir que les morts parlaiTent fort longîems avec les 
vivans. Et c'eil Homère même qui fojrnit à Ho- 
race cet heureux dénoument ; car les âmes qui paf- 
fent en revue devant Ulyffe dans ce onzième Liv. de 
rOdyffee , ceft Prolerpine elle-même qui les fait 
avancer. Se retirer quand bon lui femble. Voyez le 
vers 384. 

D'ailleurs cette fidion efl fondée fur une vérité 
phifique. Proferpine reprefente ici la nuit. Et la 
nuit en fe retirant, & en faiiant place au jour , em- 
mené avec elle les ombres. C eft ce que Virgile a 
eu en vue dans le V. Liv. de l'Enéide , où il fait 
qu'Anchife finit la converfation qu'il a avec Enée 
dans les enfers en lui difant : 

- - - Torjuet meàios nox humidf. curfui% 
Et me fce^ous equis criem afjia'vit anhelts. 

V humide nuit achei'e la moitié de fa courfe: ^ la 
truelle lumière du jour m'a déjà fait fentir l 'haleine 
de fes courfiers. 

Car les Romains comptoient comme nous le jour 
depuis minuit. Servius a fort bien remarqué fur cet 
endroit : Efl autem phyficum , nam pereunt tenehr<e 
folis ad'ventu. 

iio Imperiofa'\ Ceft une belle épithete. \Jimpe- 
rieufe Profe^-fine , c'eft à-dire 1 inflexible , qui veut 
être obéïc, & aux ordres de laquelle on ne peut re- 
filler. 



NOTES 



NOTES 



NOTES 

S u R L A S A T. V. DU Liv. IL 



IL cft manifefle par le vers 62. dit le Père Sanadon, 
que cette pièce n'a point été faite avant Tannée 
739. où Augulie retira les aigles Romaines des mains 
de Phiaate , Roi des Parthes. 

I Hoc quoque , 'tirefia ] Suivant le P. S. ce fécond 
entretien d'Ulyilè avec Tirefias n'ell point la fuite 
du premier , comme l'a cru M. Dacier; il le fupoie 
feulement; mais il en eft diftingt.:é de tems & de lieu. 
C'ell: à dire qu'Horace feint à fon tour, que ce 
Prince abordant en Ithaque , & aprenant le mauvais 
état de fes affaires , évoque lombre de ce devin , 
pour aprendre de lui le moyen de les rétablir. 

3 Do/0/0] Le P. S. lit ^0/0/e , après un manufcrit 
S: quatre éditions; ce qui répond mieux à »«/// 
qu.cquam mentite du v. 4. 

3 S Sis (ognitor ] Les manufcrits portent fi cognitory 
& le P. S. les a fuivis. 

59 ^idquid dicam , aut erît ^ aut non] L'expli- 
cation de ces mots , qui fe trouve à la marge de 
quelques manufcrits , me paroît la feule véritable , 
dit le P. S. ^idquid dicam , aut erit , fi dixero fo- 
re ; aut non , (i dixero fore. Tirefias , continue le 
P. S. a bien parlé d'une manière obfcure , comme 
c'étoit l'ordinaire des faifeurs de prédirions; mais il 
n'efl pas croyable qu'il ait voulu décrier fon art par 
plaifanterie , dans un endroit où il déclare qu'il n ell 
que l'organe du Dieu même qui prefide à la divina- 
tion. Boëce s'y eit trompé , & a trompé M. Dacier 
& M. Bentlei. 

90 OJ'en- 



SUR LA SAT. V. DU LiV. IL iSg 

90 OfenJet] Le P. S. a mis cfenJes, que M. Da- 
cier a aprouvé. Les verbes acj'ito, dcfis^ abundes^ Ji- 
leas & fis, comme ce Pers le remarque, demandent 
offendes. qji paroît dans le manufcrit d'.i Scholiailc 
de Cruquius & dans deux de nos meilleures édi- 
tions. 

Vitro non etiam fileas] Il faut, dit le P. S. remar- 
quer ultro filer e^ pour filer e intempefii'uèi inopportune, 
ohilinate. 

100 ^larta fit partis Ulyfi^ts'\ On trouve dans 
plufieurs manufcrits Se dans quelques éditons, quar- 
ts efio partis UlyJJeSy & c'cfl la leçon que le P. S. a 
employée. 

104 Prodentem 'vultum'\ Le P. S. a mis pruden- 
tûm 'vultu. Barthius a tiré cette leçon d'un des plus 
anciens manufcrits, & il ne douce point qu'elle ne loit 
d Horace lui même. J'ai cru, dit le P. S. la devoir 
préférer à la leçon ordinaire, qui, avec les change- 
mens de ponfluation que Ton y a faits, & avec les 
corredlions que l'on a propofées, ne me paroit iufcep- 
tible d'aucun fens raifonnable. 



^ "*' %• ^• 

C3>1 .-Tjfi S^T'^ 

% %' 'ig:- 

^ •$• 



rom. VU. N SA' 



290 s A T I R A VI. L I B. II. 
S A T I R A VL 

HO C erat in voth : mû dus agri non ita 
magnus , 
Hortu: uhi ^ ^ te^o vicinusjugîs aqua fom , 
Et paulum fylva j'uper hi s foret. Auâîius atque 
DU meliusfecere, Bene efl, Nihil amplius oro , 
Maîa nate , nifi ut propria h<£C mihi munera 
faxis, s 

Si neque majorem feci ratione malâ rem , 
Necfum fa^urus vitio culpâve minorent : 
Si veneror Jîulîus nihil horum : O fi angulus ille 
Proximus accédât , qui nunc denormat agellum ' 

O fi urnam argenti fors qua mihi monjlret ( ut 
illi , I c. 

Thefiauro invent o qui mercenarius agrum 
Illum ipfum mercatus aravit , dives amico 
Hercule : ) fii -, quod adeji , gratum juvat : hac 
prece te oro , 

Pingue pecus Domino facias , b* c<£tera , pr^' 

ter 
Ingenium ; utque foies , cufîos mihi maximws 

adfis, 1 5 

Ergo 



SATIRE VL L I V. IL 291 



^^^^^^^^^1^^ ^ 




SATIRE Vr. 

C'ExoiT-là le comble de mes fouhaits, 
une petite mailbn de campagne où il y 
eût un jardin , une fource d'eau vive , & un 
petit bois. Les Dieux m'en ont donné davan- 
tage. J'en fuis content , & je ne vous deman- 
de , fils de Maïa , que de m'alllirer la jouïT- 
fance de ces prefens. Si je n'ai jamais aug- 
menté mon bien par de méchantes voies , fi 
je fuis incapable de le difliper par ma faute & 
par mes dereglemens , ii dans les prières que 
je vous adreiîè , vous ne trouvez aucune de 
ces inquiétudes folles & intereiîées: Oh, fî 
je pouvois avoir ce petit coin de terre, qui 
défigure mon champ ! Oh , fi quelque bonne 
fortune me faifoit découvrir une urne pleine 
d'argent , comme à ce bon payfan , qui ayant 
trouvé un trefor , laboura pour lui-miéme par 
la faveur d'Hercule le champ qu'il labouroit 
auparavant pour un maître. Enfin , fi je fuis 
pleinement fatisfait de vos faveurs , & ii j'en 
ai toute la reconnoiflance que je dois , je 
vous prie , divin Mercure , d'avoir foin de 
mes troupeaux, & de tout ce qui m'apar- 
tient; d'être toujours, comme vous l'avez 
été , mon Patron & mon Dieu tutelaire , Se 
de me conferver l'efprit que j'ai reçu des 
N 2 Dieux 



2gi S A T I R A VI. L I B. II. 

Ergo ubi me in montes àf in arcem ah urbe re- 
movi , 

Sluid prius illujîrem Satiris , Mufâque pedef- 
tri? 

Nec mala me ambitio perdit , nec pîumheus 
Aujîer , 

Autumnufque gravis , Libitina quajïus acerha, 

Matutine Pater , feu Jane libentius audis , 20 

Unde homines operum primos vitcsque lahores 

Jnjîituunt [fie Dîs placitum ) tu carminis ejld 

Principium. Rom^e Jponforem me rapis : Eia^ 

Ne prior officio quifquam refpondeat , urgcs. 

Sîve Aquilo radit terras , feu bruma nivalem 25 

Interiore diem gyro trahit , ire necejfe ejî. 

Pojlmodo , quod mi obftt , clarè certmnque lo- 
quuto , 

Lucfandum in turbâ : facienda injuria tar- 
dis : 

J^id vis , infane ? ^ quas res agis ? Improbus 
urget 

Iratis precibus : tu pulfes omne quod obf.at \ 30 

Ad 



SATIRE VI. L I V. II. 293 

Dieux en naiflant. Quand je me fuis donc re- 
tiré dans nos montagnes, & dans mon petit 
fort, à quoi m'occuperois-je plus agréable- 
ment qu'à faire des Satires , qu'on peut apel- 
1er une profe poétique ? Je n'ai aucune am- 
bition dans la tête ; je ne crains ni le dange- 
reux vent de Midi , ni l'automne , fi nuiliblc 
aux corps , k qui fait le principal revenu de 
la cruelle Libitine. 

Père du matin, ou fi vous aimez mieux 
cet autre nom , Père Janus , par qui les hom- 
mes ont accoutumé de commencer leurs fonc- 
tions & tous les travaux de cette vie , car les 
Dieux Tont ainli ordonné , c'eft par vous aufîi 
que je commencerai ces vers. Quand je fuis 
à Rom.e , vous ne manquez pas de m'entrai- 
ner au palais , afin que je fois caution. Al- 
lons , me dites- vous , que perfonne ne vous 
prévienne , & ne rende avant vous ce bon of- 
fice à votre ami. Dépéchez. Soit que TA- 
quilon rende les rues defertes, ou que l'hi- 
ver chargé de neige , faflè décrire le plus petit 
cercle au jour , il faut aller. Et après que j'ai 
prononce nettement & diftindlement ces mal- 
heureufes paroles , dont je dois me repentir 
un jour , pour regagner la porte , il faut lut- 
ter contre la preflé , pouffer à tort & à travers 
les derniers venus , & entendre fur cela le plus 
opiniâtre , qui me dit , en me pouffant à fon 
tour , & en me chargeant de malédiftions : 
Que fait ce fou , & à qui en veut-il ? Pcnfez- 
vous , qu'il vous foit permis de pouffer tout 
ce que vous trouvez fur votre paflage , parce- 
N 3 qu« 



294 S A T I R A VI. L I B. IL 

Ad Macenaîem memorifi mente recurras ? 

Hocjuvaty & melU eji ^ non menùar, At fimul 
atras 

Ventum eji Efquilias , aliéna negotia cenîum ■ 
Ter caput i^ circa faliunt latus, Ante fecundam 
Rofcius orahatfihi adejfes ad Puteal cras, 3 5 
De re communi fcriha ?nagna atque fiova te 
Orahant hodïe meminiJJ'es , ^înte , reverti. 
Imprimât his , cura , Mcscenas figjia îabeWs, 
Dixeris ^ experiar: Si vis ^ potes ^ addit -, isf 
injîat, 

Septimus o^avo propior jam fugerit annus ^ 40 
Ex quo Macenas me cœpit hahere fuorum 
In numéro: duntaxat ad hoc , quem tolkre rhedâ 
Vellet , iterfaciens , ^ cui concredere nugas 
Hoc genus : Hora quota ejî ? Thrax ejî Galiîna 
Syro par ? 

Matùtina paru m cautos jam frigord mordent: 45 

Et qua riniojd bene deponuntur in aure. 

Fer totum hoc tempus Jubje^ior in die m i^ ho- 
ram 

Invidias, Nojîer ludos fpeSf avérât unà , 

Luferat in campo , Fortunce filins , omnes, 

Frigidus à Rojîris manat per compita rumor : 50 



SATIRE VI. L I V. II. 295 

que vous avez dans la tête , d'aller bien vite 
chez Mécénas ? Pour ne point mentir , j'en- 
tends cela avec le plus grand plaifir du mon- 
de ; & Ton ne fauroit me dire de plus gran- 
des douceurs. Mais quand j'ai tant fait que 
d'arriver aux noires Efquilies , je fuis alTailli 
de mille affaires qui ne me regardent point. 
Rofcius vous prie de vous trouver demain ma- 
tin à la place avant huit heures. Les Secré- 
taires vous fuplient inftamment de ne pas 
oublier de revenir aujourd'hui, pour une af- 
faire nouvelle & très importante , qui regarde 
tout le Corps. Ayez la bonté de faire fcel- 
ier ces papiers à Mécénas. Je réponds , que 
je ferai mes efforts pour cela. Vous le pou- 
vez y fi vous voulez , me dit-on ; & l'on con- 
tinue à me prelTer. il y a tantôt huit ans , que 
Mécénas m'a fait l'honneur de me mettre au 
nombre de fes amis , feulement pour me pren- 
dre quelquefois dans fon carofîé , quand il va 
â la campagne , & pour s'entretenir avec . moi 
de mille bagatelles , comme celles-ci : Queller 
heure eil-il r Gallina , ce Gladiateur Thracien, 
eft-il bien auffi fort que Syrus ? Les matinées 
commencent à être fraîches, & fe font fentir 
à ceux qui ne fe font pas précautionnés ; Se 
mille autres chofes , où le fecret n'efl pas pluâ 
néceffaire , & que l'on confie furement aux 
plus grands parleurs. Depuis ce tems-là de 
jour en jour , & d'heure en heure , l'envie n'a 
fait qu'augmenter contre moi. Notre hom- 
me , dit-on partout, ce fils de la Fortune , 
étoit hier aux jeux avec Mécénas. Il s'exer- 
ça avec lui dans le Champ de Mars. Si quel- 
N 4 que 



296 s A T I R A VI. L I B. II. 

^icumque obvîus ejî , me confulït : O boni , 
nam te 

Scire , Deos quoniam propius contingis , opor- 
îet ^ 

Numquid de Dacis audijli f Nil equïdem: Vt tu 
Simper eris derifor ? At omnes Dî exagitent me^ 

Si quicquam, ^id , miîitibus promijja Trique- 
ira 55 

Pradia Cafar , an eJî Italà tellure daturus ? 
Jurantem me [cire nihïl , mirantur , iit iinum^ 
Scilicet ^ egregii mortalem altique fûenti, 
Perdiiur hac inter mifero lux , non fine voîis : 

rus , quandû ego te ajpiciam ? quandoque lice- 
bit , 60 

Nunc , Viterum libris , nunc fomno ^ inertibus 
horis 

Ducere Jblicita jucunda oblivia vita F 

O quando faha Pythagora cognât a , fimulque 

JJn^a fatis pingui ponentur du feula lardo ? 

O n$5îes , cœncsque Deûm : quibus ipfe , mei- 
que , 65 

Jnte Lare m proprium vcfcor : vemafque pro- 
caces 

Pafcû îibatis dapibus. Prout cuicue libido ejl , 

Siccat inaquales calices convïva , Jolutus 

Legibus infanis : Jeu quis capit acria fortis 

Pocula , feu modicis uvefcit latins ^ Ergo 70 

Sermê 



1 



SATIRE VI. L I V IL 297 

que fâcheufe nouvelle née dans la place, s*eft 
répandue dans tous les coins de Rome, tous 
ceux qui me rencontrent ne manquent pas de 
s'adreflêr à moi. 11 n'eft pas pollible que vous 
ne fâchiez tout, vous qui aprochez de li près 
les Dieux. N'avez-vous rien ouï dire des 
Daces ? Rien du tout. Serez-vous toujours 
moqueur.-* Que je meure, li j'en ai ouï dire 
la moindre chofe. Mais quoi, fur le fujet des 
terres qui ont été promifes aux foldats, ne fa- 
vez vous point li Augufte les donnera en Si- 
cile, ou en Italie? J'ai beau leur jurer, que 
je n'en fais rien, ils n'en veulent rien croire, 
& ils me regardent comme l'homme du mon- 
de le plus filentieux & le plus fecret. Cepen- 
dant le jour fe paflc dans ces malheureufes oc- 
cupations; mais non pas fans que je faiîé mil- 
le fois ces voeux : O ma petite maifon de cam- 
pagne, quand te reverrai-je .? Quand me fera- 
t-il permis d'aller goûter tantôt dans la leélu- 
re des anciens Livres, & tantôt entre les bras 
du fommeil & de l'oiliveté, le délicieux oubli 
de cette vie fatigante & tumultueufe? Quand 
fcra-ce que les fèves , ces bonnes foeurs de 
Pythagore, & dts herbes cuites au lard, com- 
poferont mes repas ruftiques .? O nuits ! ô fou- 
pers des Dieux ! où aflis autour de mon foyer, 
au milieu de mes domeiliques, qui ont tous 
bon apétit , & qui font très familiers , nous 
mangeons les mêmes viandes dont j'ai offert - 
moi-même les prémices aux Dieux, Chacun 
boit à fa fantaiiie & à fa foif, félon qu'il aim&. 
les grands ou les petits verres, fans être alTu- ^ 
ktti à des loix folles 5c tiranniques. Nos 
N 5 con- 



298 s A T I R A VI. L I B. IL 
Sermo oritur non de vilîis domibujve aîienis : 

Nec maîè^ necne Lepos jalîet : Jed quod magis ad 
nos 

Tcrtineî^ iff nefcire malum ejl ^ agitamus : u- 
trumne 

J)ivitîis homines, an fint virtute beat: : 

^idve ad amicitias , ufus re^umne trahat 
nos, 75 

Et qua fît natura boni, fummumque quîd âjus, 

CerviuSy hac inter, vùinus garni aniles 

Ex refabellas, Namft qui s îaudat Arellî 

Solicitas ignarus opes, ftc incipit : Oîim 

Rujiicus urbanum murem mus paupere fertur 00 

JïccepiJJe cavo, veterem vêtus hofpes amicum: 

Afper l^ attentus quafitis, ut tamen ariîum 

Soîveret hofpitiis animum. ^îd multa f neque 

un 

Sepofîti cîceris nec longes invidit avena : 

Jridum ^ ore ferens acinum , femejaque lar- 
di 85 

Frujîa dédit : cupiens varia fajîidia cœnâ 

Vincere tangentis malè fingula dente Juperbo, 

^um pater ipfe domus paîeâ porre^us in hornâ 

E£et ûdor^ loliumque^ dafis meliora recinquens. 

Tandm 



SATIRE Vr. L I V. II. 299 

converfations ne roulent point fur les métai- 
ries , ni fur les maifons de notre prochain. 
Nous ne difons point fi Lepos danfe bien ou 
mal. Mais nou3 nous entretenons de chofes 
qui nous touchent de plus près, & qu'il eft 
dangereux d'ignorer. Nous examinons, fi c'ell 
la vertu, ou les richefîës, qui rendent l'hom- 
me heureux ; fi c'eil l'honnêteté ou l'utiîité- 
feule, qui font l'amitié j & quelle eil la na- 
ture du foverain bien. Sur cela notre voifin 
Cervius nous fait quelquefois des contes qui 
viennent au fujet. Car fi quelqu'un vante les 
richefîès d'Arellius, ne connoilTant pas les 
inquiétudes dont elles font accompagnées , il 
nous dit : Un rat des champs reçut un jour 
dans fon trou un rat de ville fon ancien hôte 
& fon bon ami. Ce rat des champs menoit u- 
ne vie dure, & ménageoit avec grand foin ce 
qu'il avoit amaiîé avec beaucoup de peine. 
Mais il relâchoit de cette avarice dans les oc- 
cafions, & n'épargnoit rien pour régaler fes 
hôtes. Il prodigua donc à notre rat de ville 
fes pois & fon avoine, dont il avoit une ben- 
ne provilion. Il le mit à même ; il lui portoit 
des grains de raifins fecs, & des morceaux de 
lard à demi rongés, tachant en toutes maniè- 
res de vaincre par la diverfité des fervices les 
dégoûts de cet hôte trop délicat , qui d'une 
dent dédaigneufe ne faifoit que toucher cha- 
que mets , & le rejetter , fans confiderer que, 
le maître de la maifon couché tout de fon 
long fur la paille fraîche , ne mangéoit que 
quelques grains de méchant froment , & de 
l'orge, pour lui lailTer les meilleurs morceaux. 
N 6 Enfin 



300 S A T 1 R A VI. L 1 B. 11. 

Tandem urbanus ad hum : ^lid te juvat, in- 
quît^ amïce^ 90 

Prarupti nemoris patientem vivere dorfo ? 

Vin* tu hûmines urbemqueferis pnsponere fylvis ? 

Carpe viam^ mihi crede^ cornes : terrefiria quando 

Mort aies animas vïvunt fortita^ ne que ulla efi 

Aut magno aut parvo lethi fuga^ quo^ bone^ cir- 
ca 95 

Dum liceî in rébus jucundis vive beatus : 

Vive memor quamfis cevi brevis. Hac ubi difï^ 

Agrejiem pepulere^ domo le vis ex Hit : inde 

Ambo propofitiim pcragunt iter^ urbis aventes 

Mœnia nocîurnifubrepere. Jamque tenebat loo 

Nox médium cœli fpatium^ quum ponit uterque 

In kcuplete do?no vefiigia^ rubro ubi cocco 

Tin6îa Juper leùîos canderet vejlis eburnùs^ 

Mulîaque de ma gnâ Juper ejfent fer cula cœnâ^ 

^a procul extruùîis inerant hejîerna canif- 
tris, 1 05 

Ergo ubi purpureâ porreâum in vejïe locavit 

Agrejïem, veluti Juccin^us curfitat hofpeSy 

Con'tinuatque dapes^ necnon vemiliter ipfis 

Fungitur officiis pralambens omne quod affert, 

nie cubans gaudet mutatd forte ^ boni [que 1 1 o 

Rehus agit latum cenvivam : quum fubito ingens 

Valvarum Jîrepitus UCiis excufft utrumque, 

Curnre 



SATIRE VI. L I V. II. 301 

Enfin le rat bourgeois ne trouvant rien de 
bon, dit à ion ami: Quel plaifir prens-tu à vi- 
vre fur la croupe d'une montagne eicarpce, 
au milieu des bois? Veux-tu préférer la ville 
& le commerce des hommes, à ces campagnes 
fauvages? Sui mon confeil, viens avec moi. 
AulFi-bien tout ce qui refpire fur la terre eft 
mortel : perfonne n'échape à la mort, ni grand' 
ni petit. C'eft pourquoi pendant que tu le 
peux encore, vis content , ne clierche qu'à te 
donner du plaifir , & fouviens-toi toujours 
combien ta vie eft courte. Le campagnard 
touché de ces remontrances , fort de fa mai- 
fon tout d'un faut ; ils fe mettent en chemin, 
■pour entrer dans la ville lorfqu'ils ne pou- 
roient être aperçus. La nuit avoit déjà fait 
la moitié de fa courfe, & occupoit le milieu 
du ciel , quand ils entrèrent tous deux dans 
une maifon opulente, où les riches étoffes de 
pourpre éclatoient fur des lits d'ivoire, & où 
Ton voyoït dans des corbeilles des amas de 
quantité de reliefs des plus excellentes viandes 
du jour précédent. Le rat de ville ayant donc 
placé le rat des champs fur un de ces beaux 
lits, il va lui-même à la provifion. Il lui fert 
mille différents mets l'un après l'autre, qu'il 
goûte le premier , comme font tous les va- 
lets. Le rat ruftique étendu fur ces riches ta- 
pis, fe felicitoit d'avoir fi heureufement chan- 
gé de condition ; & il faifoit de fon mieux, 
pour témoigner la joie qu'il avoit de fe voir 
à fi bonne table, lorfque tout d'un coup un 
grand bruit de la porte troubla la fête, & fit 
quiter la place à ces deux amis, qui fe miient 
N 7 à cou- 



302 s A T I R A VL L I B. IL 

Currere per totum pavidi conclave^ magifque 

Exanimes trepidare^ fimul domus alta Mokjffls 

Perfonuit canibus. 7um rujîicus : Haud mihi 
vitâ 1 1 5 

EJi opus hacy ait, (sf valeat : me fylva cavufque 

Tutus ab infîdiis tenui folabttur ervo. 






SATIRE VI. L I V. II. 303 

à courir par toutes les chambres dans une 
frayeur horrible , qui augmenta de moitié , 
quand ils entendirent la voix des chiens , qui 
faifoient retentir toute la mai Ton. Le rat des 
champs dit alors à fon hôte : La vie que tu 
menés n'a point de charmes pour moi. Je lui 
dis adieu de bon coeur. Dans mon petit trou, 
au milieu des forêts, à couvert de toutes fortes 
d'embûches, je me confolerai de ta bonne cherc 
?.vec mes fèves & mes pois. 






RE- 



394 R E M A R Q_U E S 

m m m m m m m m ?s m m m b m m m 



REMARQUES 

Sur la SATIRE VI. 

HORACE, pour faire fa cour à Mécénas, té- 
moigne dans cette Satire qu'il efc content de 
fa fortune, êc que les grâces qu'il a rcv^ues de lui, 
l'ont mis en érat de ne pouvoir rien Ibuhaiter. Il fait 
enfuite uns comparailbn des foins & des embaras qu'il 
avoit à Rome, avec les Solides plaifirs don'c il joaïf- 
foit à fa pente mailon du pays des Sabins: & par un 
apologue très agréable & très bien conté, il fait voir 
les avantages que la campagne a fur la ville. Cette 
Satire efl très morale, & pleine de traits fort diver- 
tiffans. On ne peut pas ignorer en quel tems elle 
fut faite, puifqu'il nous aprend lui-même, que ce fut 
près de huit ans après que Mécénas lui eut fait l'hon- 
neur de le mettre du nombre de fes amis. Horace 
ne fut connu de Mécénas qu'après la bataille de Phi- 
lippes. Si Ton ajoute les neuf mois qui fe pafTerent 
depuis ce tems là jufques à ce que Mécénas le rapel- 
la, on trouvera juftement, que cette Satire fut faite 
l'an de Rome 720. & le trente-troifieme de lage 
d'Horace. Mr. MafTin la rejette à l'an 722. après 
la bataille d'A6tium ; mais fans aucun fondement, Se 
fans en donner aucune preuve folide. 

I Modiis agri non ita magnus] Pline dans la der- 
nière Lettre du Livre I. a dit de même : Modus ruris 
qui a'vocet magis quam dijîrin[at^ Une petite mai- 
fon de campagne, qui aniufe plus quelle n occupe. 

3 AuBius atque DU melius fecere^ Car il ne fou- 
haitoit qu'une petite fource, & un petit bois, & il a- 
voit un affez grand parc, & une fontaine afîez gran- 
de, pour donner le nom à un grand ruilFeaa qu'el- 
le 



SUR LA SAT. VI. DU Liv. II. 505 

le fàifoit de fes eaux, comme il le dit dans TEpitre 
XVI. du Livre I. Ce ruiffeau Se la fontaine étoicnt 
apellés tous deux Digentia. 

4 l^ihil amplius oro] Il dit à Mécénas dans TO- 
de première du Livre V. 

Sa fis fuperque tue benignitas tua 
Ditanjit. 

ye ne fuis déjà que trop riche de ijos bienfaits. 

Il n'en demandoit pas davantage, quoiqu'il fût 
fort bien, que Mécénas ne lui auroit rien refuié, com- 
me il le dit dans l'Ode XVI. du Livre IIL 

5 Maia nate] Il s'adrelTe à Mercure, non feule- 
ment parceque Mercure eft le patron des Poëtes, mais 
auffi parceque c'ell un des Dieux qui prefident à la 
fortune, & qui donnent les richeffes. Dans Lucien, 
c ell Mercure qui mené à Timon le Dieu Plutus. 
Auffi ceux qui s'enrichiffbient tout d'un coup, ne 
manquoient jamais de l'en remercier par des facrifices. 
D'ailleurs, Mercure étoit auffi un Dieu champêtre, 
& le même que Sylvain. C'eft pourquoi Horace lui 
recommande les troupeaux dans le 14. vers. 

Propria hac mihi munera ] Propria^ fermes, fia- 
bles, que l'on ne puifTe jamais perdre ; comme les 
chofes dont on a la propriété, font plus iùres que 
celles dont on n'a que rufufruit. 

6 Si neque ma/orem feci ^ ] Horace é:oit trop 
honnête homme, & il connoilToit trop l'uiage que 
l'on doit faire des rich-ffes, pour fc mettre jamais en 
état ou d'augmenter ion bien par ion avarice, ou de 
le diffiper par fes débauches. C'eft ce qu'il dit en 
d'autres termes, à la fin de la première Ode du Li- 
vre V. 

. - - - Haud paranjero 
^od aut , aimrus ut Chrêmes, terra premam, 
Difcindus aut perdant ut nepos. 

Je ne cherche point à amajfer des trefors , pour 

les 



3o6 R E M A R Q^U E S 

les enterrer comme un a'vare, ou pour les dijjtper com- 
me un prodigue l^ un débauché 

8 Si ueneror Jlultus nihil horum"] Venerari fîgni- 
fie demander en priant : mais demander avec des 
empieflements pleins d'inquiétude. 

9 Denormat ] Norma^ ncrmatioy normatura^ nor- 
malisa font des termes d'arpentage. De norma^ de- 
fiormare^ défigurer, gâter, empéclier qu*un plan n*ait 
fes angles égaux> 

10 O Jt urnam argenfi] C'efl le fouhait ordinaire 
des avares, de trouver un trefor. ?étrone : J/ius 
donum promittit^ fi fropinquum di'vitem txtulerit', a- 
liuSy fi thcfaurum effjJirit. L'un lui promet un don, 
s'il peut enterrer un riche parent', l'autre, s'il trouve 
un trejor. 

12 AmicQ Hercule^j Hercule ë:oJt l'alTocié de Mer- 
cure, poJr la diflribunon des riche fies. 

1 4 Pingue pecus domino facias ] Car comme je 
viens de le dire. Mercure étoit le même que Sylvain 
& que Faune, dont A a dit dans l'Ode y^Nll. du Li- 
vre I. 

- - - - {s* igneam 
Défendit afiatem capellis 

Ujque meis, plwviofque 'ventos. 

Toutes les années il y défend mes 'chèvres con- 
tre les ardeurs de l 'été , 6f contre les vents de 
pluie. 

Et cetera ] Comme les vignes, les moifTons. 

P rater ingenium ] On veut qu'Horace prie Mer- 
cure, de ne lui pas engraifTer 1 eiprit. Mais cette 
équivoque de pinguis, prife en bonne & en mauvaife 
part, feroit froide & indigne d Horace, furtout dans 
une chofe auffi ferieuie qu'une prière. Ce n'eft point 
là le fens. Horace étoit perfuadé que les Dieux 
pouvoitnt donner aux hommes les biens & la fanté, 
n/itam i^ opes', mais qu'on ne devoit leur deman- 
der 



SUR LA S AT. VI. DU Liv. II. 307 

der ni la vertu, ni la fagefle, ni l'efprit, & que toutef 
ces qualités dépendent de nous mêmes. Je parlerai au 
long de cette folle prefomction, fur TEpitre XVIII. 
du Livre I. Dans la traduftion j'ai mis, ^ me con- 
fer'ver Ve/prit^ parcequ'ils étoient perfuadés que les 
Dieux pouvoient 1 oter k l'altérer. 

1 5 Utqu! foies, cujlos mihi maximus acfjts ] Car 
Mercure lui avoit déjà fouvent donné des marques 
de fa protedlion : il i'avoit lauvé à la bataille de 
Philippes, Ode VII. Liv. II. il I'avoit garanti de la 
chute d'un arbre, Ode XIII. Liv. II. il I'avoit fé- 
couru près du cap de Palinure, quand fon vaiflèau fut 
batu par la tempête; Se il lui avoic envoyé ces ra- 
miers qui le couvrirent de feuilles fur les montagnes 
de la Fouille, où il s étoit endormi, petit enfant. 
Voilà pourquoi il dit ut Jolesy comme vous avez ac- 
coutumé. 

16 Ergo uhi me in montes'] Car fa maifon près de 
Tibur étoit fur la croupe de la petite montagne Vjïi- 
ta, dans le païs des Sabins. Elle dominoit fur toute 
la vallée qui féparoit plufieurs autres montagnes, 
comme il le dit dans TEpitre XVI. 

ContÎHui montest nîjt di/Tocieniur opacâ 
Valle. 

Il apelle cette maifon arcem, fbn fort, à caufe de 
fa fituation, & parcequ'elle le delivroit de tous les 
embaras qa'il avoïc à Rome. 

1 7 Mu/âque pedeftri J Comme il dit de fes Satires : 
fermoni propior-a. Se ferma merus, dans la Satire JV. du 

Livre I. 

I 8 Nec mala me ambitio perdit ] Il marque dans 
ces deux vers \t=, deux biens les plus confiderabies 
dont il jouïc à la campagne. Le premier, que là 
il eft éloigné de toute iorte de brigues & d'iimbi- 
tion. Et le fécond, qu'il y jouît d'une fanté par- 
faite. C'eil pourquoi il a tout le tems de faire des 
Satires. En effet, '\\ en commence une au ving:ieme 
vers: Matutine pater. Les dix-neuf premiers vers ne 

font 



3«8 R E M A R Q^U E S 

font que la Préface. Les Interprètes n'ont connu ni 
la beauté ni la liaifon naturelle de ce paffage. 

Ambitio ] Ce mot elt aétif & paffif. Horace veut 
dire , que là il n'a à faire fa cour à perfonne, que 
perfonne ne la lui fait, & qu'il n a point à efluyer tous 
les embaras que donnent les differens devoirs que Ton 
doit remplir , quand on eft à Rome. 

Nec plumbeus Aufter, Autumnufque gra'vis'\ Il 
joint le vent de Midi avec 1 automne , parcequ alors 
il eit le plus dangereux , comme il l'a dit dans TOdc 
XIV. du Liv. II. 

Truflra per autumnos nocentettt 
Corporibus metuemus Au/irum. 

En tvain nous éviterons pendant l 'automne h 'vent 
dt Midi , Ji nuifible à la fanté. 

Horace dit donc, qu'à fa maifon de campagne il n'ell 
point tourmenté par le vent de Midi , parcequ elle 
ctoit fituée de manière , qu elle avoit à la droite le 
foleil levant , le couchant à la gauche • & que devant 
& derrière les montagnes la mettoient à couvert du 
Septentrion & du Midi. Voilà pourquoi elle étoit 
fi laine, Horace s'explique lui-même , dans TE pi- 
tre XVI. où après avoir décrit la fituaiion que je 
viens de marquer , il ajoute : 

Ha latebra duîces , etiam , fi credis , atncena , 
Incolumem tibi me prajlant Jeptembribus horis. 

Cejl dans ce defert agréable , on plutôt délicieux , 
que je trouve une fanté parfaite pendant le mois de 
feptembre, 

1 9 Libitinte quafîus acerba ] Dans les Remar- 
ques fur rode XXX. du Livre troifieme , il a é- 
té afiez parlé de la Déeffe Libitine , qui prefidoit aux 
funérailles, & qui étoit apellée par les Grecs EV/- 
T9iy.CiA, JDans ion temple on tenoit un regiilre de 

tous 



SUR LA SA T. VI. DU L I V. II. 309 

tous les morts, & on recevoit une pièce d'argent pour 
chacun. Ainfi, plus l'automne étoit mortelle, plu* 
le revenu de cette DéefTe augmentoit. Suétone écrit, 
qae Tous le règne de Néron il y eut une automne fi 
peililente, qu'elle fît écrire trente mille morts dans 
le Livre de Libitine : Pejïilentia unius autumni, quâ 
triginta funerum milita in rationem Libitina 'vene- 
runt. 

20 Matutine Pater ] J'ai féparé ceci du refte, par- 
ceque c'eft le commencement de la Satire qu'Horace 
fait dans Ta mailbn de campagne, contre tous les em- 
baras qu il avoit à Rome. Cette Remarque eft fi 
(ure, que lans elle on ne connoîrra jamais 1 ordre & 
la diipofition de cette pièce. Horace décrit ces em- 
baras, à commencer depuis le matin- 

Seu Jane libtntlus audis ] J'ai parlé ailleurs de 
cette fuperllition des Anciens, qui apelloient leurs 
Dieux de plufieurs noms, de peur de manquer à leur 
donner celui qui leur étoit le plus agréable. Janua 
étoit le Dieu du tems, & par conféquent il préndoit 
âu jour. On a dit, que c'étoit le Monde. Quelques- 
uns l'ont pris pour le Ciel : & d'autres ont dit, qu il é- 
toit le même que le Soleil. 

21 Unde homines operum primos'^ Parceque c'cll 
le matin que les hommes commencent leur travail. 
C'eft par lui auffi qu'ils commencent les travaux de 
la "uie ; car c'eft par Janus que commence tout ce 
qui vient au monde, puifqu'il eft le Dieu du tems & 
du mouvement. Voilà pourquoi Horace ajoute, vi^ 
ta que labores. 

22 Tu carmints ejfo principium] Il ne faut pas 
d'autre preuve, pour être convaincu, que ce qu'Ho- 
race apelle carmen^ commence au vingtième vers. 
Car autrement il n'auroit jamais pu dire à Janus : 
Oejl par 'vou^ que je commence ces 'vers. Je dis cela 
pour certaines gens qu'il faudroit accabler de preuves, 
pour qui les démonftrations même font foibles, Se 
qui n'ont des yeux que pour ne point voir. Au refte, 
Horace fait allufion ici à la coutume des Anciens, qui 
commençoieat toutes leurs prières par Janus, comme 

Ar- 



3IO R E M A R Q^U E S 

Arnobe le leur reproche dans fon troifieme Livre : 
^uem in cuncîis anteponitis precibuSy tff ^uiam l'obis 
fandere Deoriim ad audientiam creditis. Vous rin^ 
*voquez le premier dans toutes -vos prières, \Sf 'vous cro- 
yez, qui/ 'VOUS procure une fa'vorabU audience des 
Dieux. 

23 Roma fponforem me rapis] Rom^e, quand je 
fuis à Rome. Théodore Marcile, qui a voulu cor- 
riger Romam, n'a point du tout compris la penlec 
d'Horace, & fa remarque eft ridicule. 

EiOy ne prior officia quifqiiam rejpondeat, urge J II 
fait parler Janus, qui lui dit: Allons, dépêchez, que 
ferjonne ne 'vous pré'vienne. Et cela eil fort ingénieux, 
pour faire voir que ces embaras commencent dès le 
matin 

25 Si've Âquilo radit terras ] Car l'Aquilon fait 
une impreflîon très fenfible fur la terre, qu'il deffechc 
& qu'il gelé. 

26 Interiore die m gyro trahit ] Le cercle que le 
foleil parcourt, & que l'on apelle VEcliptique, eit di£- 
pofé de manière, que la partie feptentrionale où 
le ioleil pafle en Eté , eft beaucoup plus éloi- 
gnée de la terre que la partie méridionale, où il 
pafle en hiver. Voilà pourquoi les jours font plus 
courts en hiver qu'en été. Et il femble que le fo- 
leil parcourt à notre égard un plus petit cercle, au 
lieu qu'il ne fait que s aprocher plus près de nous, 
en tournant du feptentrion au Midi. Ceft ce cer- 
cle qu'Horace apelle ici interiorem gyrum, par une 
figure prife des courfes des chariots, qui reprefen- 
tent admirablement la courfe que le foleil fait autour 
de la terre. Quand des chariots courent autour d'une 
borne, cetre borne eft à leur gauche, comme la ter- 
re eft à la gauche du foleil. Ainfi tout ce qui va à 
droit, fait un grand cercle, & ce qui va à gauche, 
en fait un petit. Le grand cercle eft exterior: il s'é- 
tend en dehors, & par conféquent il s'éloigne du 
but ; & le petit cercle eft interior^ en dedans. Se il 
s*en aproche. Ceft pourquoi Homère dit, que le 
cocher dans ces occafions doit toujours lâcher la rê- 
ne 



SUR LA SAT. VI. DU Liv. II. 311 

ne au cheval qui eft à la droite , & tirer celle du che- 
val qui efl à la gauche ; afin de le faire aprocher de 
la borne. Et c'ait ce q^ie dit Virgile en parlant dune 
courfe de vailîeaux autour d'un rocher: Radit iter 
la'vum interior. Ce qu*Aratus a dit en parlant de 
rOurfe: 

lilH/OTêf ^ -^ 'irS.tTA 'S'SP/rf SOSTûW ÇfOÇcL^iyff» 

Elle tourne toute entière autour d\in petit cercît* 
Ciceron Ta traduit : 

"Nam curfu interiore hre'ui con<vertitiiy orhe. 

27 Pofîmodo quod mi ohjit cîare certumque locuto'\ 
II eft très certain qu'Horace parle ici des cautionne- 
mens. C'eft pourquoi il dit , quod mi obfit. Car le 
cautionnement ei> d ordinaire pernicieux à celui qui 
Ta fai^ Salomon dit , dans le VI. chap. de les Pro- 
verbes : Mon fils , fi tu as cautionné ton ami y tu as 
donné tes mains à lier à ton ennemi. Tu es tombé dans 
les filets de tes lèvres , if^ tu as été pris par Us paro- 
les de ta bouche. 

28 LuSlandum in turbd] Après qu'il a cautionné, 
il veut s'en retourner; mais il ne trouve plus la mê- 
me facilité à fortir qu'il avoit eu à entrer. Il faut 
qu'il fende la prefTe. Horace parle ici de ce qu il a 
à foufïrir, quand il veut fortir du lieu où il a cau- 
tionné , &c. 

Facienda injuria tardis ] Pour fe faire faire place, 
il faut qu'il pouffe une infinité de gens qui font arri- 
vés après lui dans le même lieu. 

29 ^id vis , infane .^] C'ell ce que lui dit un des 
plus opiniâtres , qui lé fâche de ce qu'il l'a pouffé, & 
qui n3 veut , ou qui ne peut lui faire place. * Ce 
vers peut fort bien fe foutenir tel qu'il efl , mais j'a- 
prouve la conjedure de M. Bentlei qui a lu, ^idtibi 
vis y infane, ^ quam rem agis. Car quid tibi vis , & 
quam rem agis font leô manières de parler les plus or- 
dinaires. * %2 Hoc 



312 R E M A R Q^U E S 

32 Hocjuvati ^ melli ejî'] II dit , quil prend 
un plaifir fmgalier à entendre dire, qu'il ne connoît 
plus perronne,'& qu'il pafie lur le corps atout 
le monde , quand il a en tcte d'aller voir Mécé- 
nas. 

Non menti ar ] Il ne faut pas mentir , dit- il , 
cVft un des plus grands plaifirs que je puille avoir. 
Ainfi je ne faurois mettre cela au nombre des chofes 
fâcheuies qui m'obligent à quiter Rome, pour me 
retirer à la campagne. Si tout ce qui m'arrive étoit 
aufli agréable que cela , je n'en fortirois jamais. C'eft 
la force de ce non mentiar , qu'on n'a point du tout 
entendu. 

At fimul atras 'ventum ejî Efqutlias ] Quoique 
Mécénas eût rendu les Elquilies habitables , depuis 
qu'il y avoit bâti une maifon , Se fait de très beaux 
Jardins, il y avoit pourtant toujours un quartier où 
l'on portoit les morts, ou pour les brûler , ou pour 
les enterrer, comme cela paroît manifeftement par la 
Satire VIII. du Livre I. Et c'eft par cette raifon 
quHorace apelle les Efquilies atras , noires , trilles. 

3 5 Sibt adejfes ad puteal cras ] Quand la foudre 
étoit tombée en quelque endroit découvert , les Ro- 
mains avoient grand loin de faire bâtir fur cet en- 
droit-là un rebord de puits, fur lequel ils élevoient 
un couvert fort propre, foutenu par des piliers : & 
c'eft ce couvert de puits quon apelloit proprement 
futeal. Il y en avoit un dans la place Romaine , tout 
joignant l'arcade de Fabius , près de? ftatues de 
Marfias & des deux janus. On l'apelloit puteal Li- 
bonis , Se Scribonianum puteal , parceque Scribonius 
Libo Tavoit fait élever par l'ordre du Sénat. On en 
voit encore la figure dans les médailles avec ce mot 
Puteal Scribon. Voyez Feftus fur le mot Scribonia- 
num. Les Banquiers fe tenaient autour de ce puits 
couvert. C'eft pourquoi Ovide dit dans le II. Liv. 
De Remed. Amor. 

^i puteal J anofque timet ulere/que Cakndat. 

Slut 



SUR LA SAT. VI. DU Liv. II. 313 

^(e celui qui craint le puits cou-jert, les deux j^^- 
f.'uSf iff les Calendes^ qui 'viennent Ji -vite, i^c. 

Tout auprès de ce puteal éto\t le tribunal du Préteur 
qui connoilîbit de toutes les affaires qui regardent cet- 
te forte de commerce. Rofcius donc prioit Horace de 
fc rendre le lendemain avant' huit heures du matin 
près de ce puits couvert, pour l'aider à fe tirer d'une 
affaire qu'il avoit avec ces Banquiers devant le Préteur. 

36 De re cormnuni Scribtt ] Les Secrétaires, les 
Greffiers, prioient Horace de revenir des Efquilics 
de bonne heure, pour une affaire importante qui re- 
gardoit tout le Corps, & à laquelle par conséquent 
Horace avoit quelque intérêt. Car il ctoit du nom- 
bre des Greffiers ou Secrétaires de l'Epargne. Celui 
qui a écrit fa vie : Venio, impetratâ, dit-il, Script um 
i^t^Jîoriujn compara~cit. Après quil eut obtenu fon 
pardon, il acheta une charge de Grever, ou de Secré- 
taire des Treforiers. Car ces charge . de Secrétaire 
ctoient ordinairement exercées par des affranchis, oa 
par des £ls d'affranchis : Et Horace étoit jultement 
comme ce Flavius, dont parle Pifon dans le III. Li- 
vre de fes Annales : Cn. Fla-jius pâtre Lihertino na- 
tus, Scripturn faciebat. Cn. Flavius, Jils d^un af- 
franchi, exerçait alors la charge de Secrétaire, ^'oilà 
pourquoi Horace dit ici de re commuai. Mais ces af- 
faires ne le touchoient gucre, & il n'y prenoit pas beau- 
coup de part. 

38 Imprimat his, curer, Mtccenas Jigna tahelUs^ 
Ce vers ne peut pas être entendu du Teing de Mécé- 
nas, mais de ion fceau, de fon cachet, ou peut être 
même du fceau & du cachet d'Auguffe. Car Aîécé- 
nas étoit comme le Chancelier de cet Empereur, qui 
ne s'étoitpas contenté de lui donner le gouvernement 
de Rome, & de lui confier l'adminillration de toute 
l'Italie : il lui avoit auffi confié, comme à Agrippa, 
fon cachet. Tout ce qu'Augufte écrivoit, pailoit par 
fes mains. Il le changeoit à fa fantaifie. On r.'a 
qu'à voir ce que Dion en dit au commencement du 
Livre LL 

Tom. VU, O 41 m 



314 R E M A R Q_U E S 

41 Me cœpît hahere fuorum in numéro"] C'efl une 
façon de parler très ordinaire. M. Celius recomman- 
de un de fes amis à Ciceron, Se lui dit : Et te rogo ut 
eum in tuorum numéro habeas. Ciceron s'en fert par 
tout dans fes Lettres. Cela fait voir qa'Horace a 
parlé véritablement, quand il a écrit que le ftile de 
fes Satires k de Tes Epitres étoit un ftile de converfa- 
tion, fermoni propiora. 

42 Duntaxat hoc] Horace eft ici aflurément, 
comme il dit dans les Epitres, diffimulo.tor opïs pro- 
pii^. Il ne dit pas toute la confiance que Mécénas 
avoit en lui. Ce Favori de TEmpereur lui faiioit 
part de fes fecrets les plus importants. Mais Horace 
fàvoit de quelle manière il faloit ufer de cette confian- 
ce. Et fi Mécénas avoit toujouj-s trouvé des amis auiTi 
fecrets que lui, Augufte n'auroit jamais eu fujet de 
fe plaindre de Ton peu de filence. Car Suétone nous 
aprend, que ce Prince ciefidera<vit nonnunquam Ma- 
cenatis taciturnitaîem. 

.44 Thrax ejî Galîina Sjropar] Il y avoit à 
Rome plufieurs fortes de gladiateurs, comme Secuto- 
res, Retiarii, Thraes, Mirmillones. Et ces difFerens 
roms leur étoient donnés, ou à caufede leur maniè- 
re de combatre, ou à caufe de leur armure, ou à 
caufe du pays d'où iîs venoient. Les Secutores com- 
batoient ordinairement avec les Retiarii^ qui étoient 
armés d'un filet. Et les Thraciens combatoient avec 
les Gaulois, qui étoient apellés Mirmillons. Galîina 
eft ici un Thracien, & Syrus eft un Mirmillon. Le 
vieux Commentateur s'y eft trompé. 

45 Matutina parum cautos ] Cette Satire fut faite 
au commencement de l'automne. 

Mordent] Incommode-nt, piquent. Horace a em- 
prunté ce mot des Grecs qui employent leur S'ctKi'e// 
dans le même fens. Et il fembJe qu'il a traduit ici 
ce vers du Poète Simonide, qui en parlant de la bife, 
dit : dvJ'péoy J^' clxKcuvuyiJ^etKî çpifctç^ quelle mord^ 
quelle pique ceux qui n^ont point de manteau. 

46 Rimofd hene deponuntur in aure ] Rîmofa au- 
ris cil opofé à tutis atiribus, de l'Ode vingt-feptieme 

du 



SUR LA S AT. VI. DU Liv. II. 315 

du Livre pi-e nier. Se cette expreffion eft prife de ce 
mot de Tercnce : Plexus rinuirum J'um^ hac ilf illuL 
ferfluo. 

48 l^Ojler Lîidos fpeSiaveraf uîîà, lu/erat in campol 
Ces deux vers ont été fort mal expliqués. On devoit 
s'en tenir uniquement au fens que leur avoit donné le 
vieux Interprète. Horace raporte ce que ies envieux 
diioient de lui : "Notre homme, difent-ils, en parlant 
de moi, ce Jils de la Fortune, étoit hier aux yeux a- 
fvec Mécénas. Il s''exrrçoit hier wvec lui dans le champ 
de Mars. * Je iuis fâché que i\I. Bentlei n'ait pas 
fenti le naturel qui eft dans ce palTage, & qu'il 1 ait 
gâté en féparant tiofar as. Jpecia-xerat, pour le joindre 
è.Jubjeéiior. Cela ell très dur & très forcé. * 

49 Fortunafiius] On apelloit fils de la Fortune, 
ceux dont la naiifance étoit inconnue & obfcure, & 
que la Fortune avoit pris foin d élever. C'elî ainli 
que dans Sophocle Oedipe,s'apclle lui même fils de la 
Fortune, parcequ'il ignoroit fa n^iiiTance, & q :e par 
les faveurs de la Fortune il fe voyoit Roi des Thé- 
bains : 

Mais moi qui me reconnais Jils de la Fortune, je ne 
rougirai jamais de fes fa<veurs. 

Omnes^ Il faut fous- entendre diccre, ou dlcebani, 
tous dijoient. 

50 Frigidus à rojïris ma'/at] Les roftres étoient 
proprement comme une efpece de plaie-forme, dont 
la bafe étoit ornée de becs de vaiifeaux tout au- 
tour. Au defTus de la plate- forme étoit un fiége 
ou une efpece de tribunal , fur lequel montoient ies 
Magiftrats & ceux qui vouloient parler au peu- 
ple. Ce bâtiment étoit preique au milieu de la 
place Romaine. On en voit encore la figure dans les 
médailles. Il y f-voit deux rojhes, rojîra njetera. Se 
roftra no'va. Mais je crois que ces nouveaux rofires 

O 2 né- 



3i6 R E M A R Q^U E S 

n'étoient pas encore bâtis quand cette Satire fut faite, 
puifqu'on n'employa à Jes faire que les becs des vaif- 
icaux qu'Augulte avoit pris à la bataille d'Aélium, 
Les premi<-rs roUres avoienr été garnis des becs des 
vaiillaux des Antiates. A rofins manat. Horace veut 
faire entendre, que ces nouvelles le forgeoient à la 
place même. 

5 3 Numquid de Dacis audijH? ] Car en ce tems- 
là le bruit couroit, que les Daces alloient cmbralicr 
le parti d'Antoine, fur ce qu'Augufte leur avoit refufé 
certaines choies qu'ils lui avoiem demandées par leurs 
AmbafTadeurs. 

55 ^id irnlitihus promijfa Trîquetra prftdia'\ 
Les terres qu'Augufte avoit promifes aux Vété- 
rans après la bataille de Philippes, leur furent dif- 
cribuées la même année , ou Tannée d'après : & 
par conféquent il n'en eft plus queftion dans cette 
Satire. Horace parle aflurément des terres qu'Au- 
gufte avoit fait efperer à fes foldats, qui n'ayant 
pas encore accompli le tems de leur fervice quand 
les autres furent congédiés, l'avoient achevé de- 
puis, & avoient demandé la même récompenfe au 
Prince. 

Triquetra'\ La S'ïqWç. t?i diftWé^ Trique tra parles 
Latins, comme Trinacria par les Grecs, parcequ'elle 
a la figure d'un triangle, dont les promontoires font 
les trois pointes. Comme Augufte étoit demeuré 
maître de la Sicile par la défaite de Pompée, & qu "a- 
près cette viéloire les foldats avoient demandé les ré- 
compenfes qui leur avoient été promifes, on étoit en 
peine à Rome de favoir fi le Prince donneroit aux 
foldats des terres en Sicile ou en Italie. 

* 57 Mirarîtur'\ C'eft ainfi qu'il faut lire & non 
pas miratîtr au fmgulier. Car quuumque eft un terme 
colleélif. Tom ceux qui me rencontrent, iS c, 

6o O rus quando ego te afpiciam ] Ces trois vers 
ne fauroicnt être afiez loués, furtout, les deux fui- 
vans. 

6i Inerfihus horis ] Il apellc inertes horas, des 
heures oij il ne fait rien, comme il dit de lui-même 

dans 



SUR LA S AT. VI. DU Liv. IL 317 

dans la Satire VI. du Livre premier, domejiicvs otiory 
ou s'il fait, c'ell quelque chofe qui ne l'occupe pas 
beaucoup, comme il dit ailleurs ; Strenua j:os exerctt 
inert'ia. 

62 Solicita ] Fatigante, pleine de foins & d'em- 
baras. Il parle de la vie qu'il menoit à Ro- 
me. 

63 O quando faha Fythagora cognât a ] Pythago- 
re avoit enfcigné, que la fève étoit née en même 
tems que l'homme, & formée de la même corrup- 
tion. Pour preuve de cela il diioit, que \\ on met- 
toit dans un vaiiTeau une fleur de fève, ou une fève 

*déja mûre, qu'on le bouchât bien, & qu'on l'enter- 
rât, quand on viendroit à l'ouvrir quelques jours a- 
près, on la trouveroit convertie en chair ou en lang. 
Il la mettoit donc au rang de la chair humaine, qu'il 
defendoit de manger. Voilà pourquoi Horace la- 
pelle plaifamment Pythagora cognât am^ la parente, 
la foeur de Pythagore. Dans l'opinion de ce Philo- 
fophe il devoit dire hominis cognatam, la parente de 
1 homme, mais il dit la parente de Pythagore. Ce 
qui fait une plaiianterie digne de la vieille comédie, 
comme Heinnus l'a fort bien vu. Cette opmion de 
Pythagore ell écrite au long dans laVie que Porphyre 
a faite de ce PhiloTophe. 

64. UnSîa fatis pingui ponentur olufcula larda ] 
Lardutn fatis pinoue^ c'eft ce que nous apellons du 
petit lard, qui ert mêlé de gras & de maigre. * Ce 
fatis 2l déplu à M. Bentlci qui voudroit bien corriger 
foàs. Il faut le louer de n'avoir pas infillé fur cette 
conjeélure. * 

65 O noâes cœnaqiie Deum ] Il apelle les nuits 
qu'il paffoit à la campagne, & les foupers qu'il y 
faiioit, des nuits ^ des foupers des Dieux, à caufc 
du repos & de la tranquilité dont il jouiffoit. Cette 
cxprciTion vient du coeur & du fentiment. Elle rem- 
plit admirablement l'efprit. 

Meique] Ses domeltiques, & fes voifms qui l'al- 
loient voir. 

66 Vernafque J^rocaces] P roc are & procari cR. un 

O 3 terme 



.3i§ R E M A R Q^U E S 

terme de lancienne langue Latine, qui {ignliiohpû/^erey 
demander. Fellus : Procari, poj'cere, unde procaces 
tneretricis, h procat dicehant propofciî. Livius lavoit 
employé dans fon Egiilhe : 

^in quod parère 'vos majefias Jnea procat, 

Servius, procax proprie pet ax ejî. Et comme il y a une 
forte de hardieiTe & d'effronterie à cette habitude de 
demander, on a employé procax, pouf e^ronté, hardi. 
C'eft ainfi qu'Horace a dit mufa procax dans TOde I. 
du Liv. II. Et ici il apelle fes uomeftiques procaces, 
c'eft-à dire hardis, familiers, parcequ'étant nés dans 
fa maifon, ils étoient accoutumés a prendre avec lui 
de grandes libertés, jufqu'^à dire tout ce qui leur ve- 
noit dans la bouche. C'eft ce que Pétrone apelle njer- 
nnla urhanitas ', èc Séneque, 'verv.ularum licentia. 

67 Pafco libatis dapibus ] Quelques interprètes 
ont cru qu'Horace dit,' qu'il donnoit {t% reflcs à fes 
domeiliques, libatas dapcs, les viandes donc il avoit 
mangé le premier. Rien n eft plus éloigné des ma- 
n cres d'Horace, qui ne fe conientoit pas de faire 
manger avec lui fes domeftiqne?, mais qui les traitoit 
comme 'es amis, comme {ç:z égaux. Lihatis dapibus 
eft ici des viandes dont il avoit offert les prémices 
aix Dieux Lares. C'eft pourquoi il dit d.ns ia Sa- 
tire VI. du Livre L qu';l avoit toujours iur ion buffet 
la patere, ou TaŒete creufe dans laquelle on faiicit ces 
OuVandes, que l'en jsttoit dans le feu. 

68 Sohitus legihus infanis^ Il apelle folles, ces 
loix de feftins qui obligcoient à boire plus qu'on ne 
pou voit. Ces loix étoient fort ou.rées parmi les Ro- 
mains. Les Grecs étoient fur cela un peu plus fages. 
Car au moins ils laiilbient la liberté de fe retirer : Aut 
bibe, aut abi. Boi, ou t'en va. 

69 S eu quis capit acrid] Douza n'a pas eu rai fon 
de vouloir lire cupit. Jcria pocu^a, de furicufes cou- 
pes, comme il dit dans la Satire VIIL Acres potores, 
de furieux buveurs. 

70 Ergo ferma oriiur] A une table fi frugale k fi 
bien réglée, où. perfonne ne buvoit qu'à fa foif, on 

n'a\oit 



SUR LA S A T. VI. D u L I V. 11. 319 

n'avoit garde de parler d'autre chofe qae de fagefîe 
&de morale. C'ell: pourquoi il dit: Ergo ferrr.o orl- 
tur, C5V. Cet ergo me paroît remarquable. 

7 1 Non de ^illis domibufque ] Ce qui fait d'ordi- 
naire les converfations des avares & des envieux. 

72 Nec maie necne Lepos faite t ] Ce qui fait l'en* 
tretien ordinaire de ceux qui ne penfent qu'au plai^ 
fir. Lepos étoit un danfeur célèbre de ce tems-là. 

74 Divitiis homines an fi'nt 'virtute btati'] Les 
Stoïciens foutenoicnî:, que la vertu feule rendoit 
Thomme heureux, fans le fecours des richeiTes. Mais 
ce fentinient n'étoit pas du goût du peuple, qui n'a- 
pelloit heureux que les riches, comme cela a é:è re- 
marqué ailleurs. Au reile, Horace ne pèche point 
ici centre la vralfemblance, quand il dit qu'il avoit 
chez lui à la campagne avec fes valets des converfa- 
tions fi relevées. Car la plupart de ces efclaves é- 
toient mieux élevés que ne le font aujourd'hui les 
enfans des meilleures maifons. C'ell pourquoi dans 
1 Eun-;que de Terence Parmenon en pre-fenlant à 
Thaïs Cheréa déguifé en efclave, ne fait pas difficul- 
té de lui dire: Examinez-le fur les fcicnces, éprouvez- 
le fur les exercices. Se fur la mufique; je vo^s le 
donne ]:ojr un garçon qui lait tout ce que ks jeunes 
gens de condition doivent favoir. 

- - - - Tac periculum in ïitterîs, 
Fac in palisdrâ, in muficis, qufT: liberum 
Sii7-e eeqtium ejî adoleJcente7ny Jokrtem dabo. 

Voyez lEpitre II. du Liv. II. 

75 ^id-ve ad amicitiasj ufus reSïum've t rabat noP} 
Les Stoïciens & les Epiciiriens étoient de diiFerent a- 
vis fur cette matière. Les premiers foutenoient, que 
1 honnêteté faiibit i'amiiié, k les autres alTuroient 
que c'étoit Tu tilité feule, & qu'on naim.oit pcrfonne 
que par intérêt. Horace avoit le goût trop fin, & le 
coeur trop bien fait, pour fuivre le dernier fentiment, 
qui delhonore l'homme. Si nous n'aimons que par 
intérêt, 'non amidtla pctitur, fcd pr^da, comme dit 

O 4 fort 



320 R E M A R Q^U E S 

fort bien Séneque dans la Lettre XIX. Ce nef^ pas 
une amitié, c'eft un commerce. L'amitié eft une choîe 
il fainte, que Platon n'a pas fait difficulté de dire, 
que Disu en eft l'auteur. 11 fait voir rriémc, que les 
mcchans ne ibnt pas capables de ce ientiment. Ils le 
feroient pourtant plus que les autres, fi ramitié n'é- 
toit que 1 effet de l'ctilité. On a pris pour la caufe 
ce qui n'eli que TefF^t & que la iuice. L'amitié ne 
peut jamais naître que de la vertu : Se il n y en a 
point dan; le monde, s'il n'y a que celle que Tinterét 
produit. L'amitié cil une union des coeurs fi étroite, 
que Ton ne iauroit y remarquer de jointure; & Tati- 
lité ell incapable de produire cette union. iMonta- 
gne voulant rendre railon de l'amitié qu'il avoic_pour 
Eftienne de la Boetie, dit dans le chap XXVII. du 
Livre premier : Si F on me preffe de dire, pourquoi je 
rai mois : je fens que cela 7ie Je peut exprimer quen 
7-éponJanti parceque c^ était lui, parceque c^ et oit mot. 
Mais je ne fuis pas en cela de fon avis. Je puis me 
tromper ; mais je ne laiflerai pas d'expliquer mapen- 
fée, dont on fera tel ufage que l'on voudra. Cette 
raifon, parceque c'étoit lui, parceque c* était moi, me 
paroît très bonne, pour une raifon de haine ou d'in- 
différence, qui fait que perfonne ne bouge de fa place. 
Se que chacun demeure ce qu il cil. Mais il nie iem- 
ble qu'elle ne vaut rien, pour une raifon d'amitié. 
Montagne devoit plutôt dire, parceque fetois lui ^ 
■parceqiiil était moi. Car c'efl l'effet de la véritable 
amitié: on fe trouve dans fon ami plus que dans fol- 
mér.c. Et Ion peut dire de fainitié ce qu'un Potte 
a dit de l'amour : 

"Et mira prorfum res foret. 
Ut ad me fi ère m mortîius, 
Âd puerum ut intus 'vinjerem. 

76 Et qu^e fit natura boni fummumque quid e- 
jus\ Les di putes infinies que les Philofophes ont eues 
fur la nature du bien, & iur les différentes définitions 
du fouverain bien, étoient fort bonnes, pour enfei- 



SUR LA S AT. VI. DU Liv. IL 321 

gner ce que ce n étoit point ; mais elles n*ont jamais 
pu enfeigner ce que c'étoit. Ils n'en ont eu que des 
idées confuTes. Socrate Se quelqaes-uns de ies dif- 
ciples ont été les feuls qui 1 aven t connu en partie. 
Car ils ont vu que le fouverain bien ne pouvoit 
être que celui qui renferme en foi tous les autres. 
C'ell: pourquoi ils l'ont fait conHUer à être entiè- 
rement fcmblable à Dieu, & à ne defhonorer jamais 
cette image par aucune impiété, ni par aucune in- 
jultice. 

77 Garrit aniles ex re fabeilaf'\ Aniles fahelL-ey 
ne font pas ce que nous difons dés contes de 'vieil- 
le. Horace donne aux fables Fépithete aniles ,. 
parceque c'ell le langage ordinaire de la vieil- 
lelTe. 

78 Ex rel Qui fervent au fujet dont on parle. 

* Nam Ji qui s laudat Arelli^ Il ell vrai que 
nam ne fe met pas toujours au commencement des 
membres, & qu'il fe met quelquefois après un mot 
ainfi qu'Horace a dit: OUm nam qu^rere ama- 
barn.: Et ailleurs, ego ^ nam <videor niihi Janus. 
Mais je n'ai jamais va qu'on l'ait mis après deux 
mots, comme M. Bentlei le voudroit faire ici en li» 
faut, fi quii nain. Cela eil très dur & fans necelîi- 
té. * 

Arelli^ Il y avoit à Rome un Arellius Fufcus, qui 
étoit un homme fort éloquent. Il en cil parlé dans 
Sénequc. 

79 OUm rujîiais iirbanum munm ] Cette fable 
n'eil point aujourdhui dans Efope. Il eit pour- 
tant certain qu elle eil d,* lui ; car elle étoit dans 
le recueil que Babrias avoit fait de ces Fables 
mifes en vers. Celle- ci conimeaçoit de cette ma- 
nière: 

Ou Knd^O/J.et ^COOl/JiÇf fi KdLTCt Vêi'oV ipil/AHl/ 

O 5 DiiL^ 



322 R E M A R Q^U E S 

Deux rats firent u?î jour amitié enfemble. Ils me- 
naient tous deux une ^ùe fort différente. Car Vunnjï- 
njoit toujours dans les deferts. S" r autre nai?noit fie 
la njilley I5 était éle^vé dans des maifons opulentes. 

Horace n en efl donc pas l'Auteur; mais on peut 
dire, qu'il a rendu cette fable fienne. parfà manière 
de conter, qui ell toute pleine de grâces.' On ne fan- 
roit rien voir de plus parfait. HeinfiUs a fort bien 
vu, qu'une de Tes plus grandes beautés confille en ce 
que laplication, qui eft Tame delà fable, k que Platon 
apelle y^tciKh r» /y-t/d», la tête de la faèle, eft 
mêlée avec le lujet d'une manière très fine & très na- 
turelle. 

81 Veterem <vttus ho^pcs aynicum^ Cela efl admi- 
rable, quand il efl dit de deux rats. Eî pour juger 
de lavantagc que les fables ont en cela fur le dilcours 
fîmpîe, il ne faut que changer ici les perfonnages, & 
mettre deux hommes au lieu de deux rats: cela ne fe- 
ra plus le même effet, & deviendra même languif- 
fant. Tant il eft vrai, que c'eft l'image feule qui 
iîate rim.agination. On le plaît à juger de ce qui eft 
reprefenté, par ce qui reprelente. 

* 83 Nesue un 1 M. Bentlei a lu ille. Se il dit dans 
fa remarque qu'il n'efl pas donné à tout le mondé de 
fentir & goûter cette clé.2;ance. J'avoue que ce bon 
goût m'eft refufé, & que je trouve //// beaucoup meil- 
leur qu'/7/<?. * 

85 Semé laque lardi frufia ] C'eft de quoi il étoit 
le plus avare. Car pour faire ces provifions il fal- 
loit aller fort loin à la petite guerre, & courir niil- 
le dangers. Ceft pourquoi il étoit attentus quecfi- 
fis. 

86 Fariâ casnd'\ C'eft ce qu'il dit ailleurs ^«^/^. 
Ccenâ defurgat dubid. 

87 '^angentis malé Itvgula dente Juperbo^\ Cette 
cxpreffion eft heureufe, po r marquer la delicatef- 
fc de ce rat de ville accoutumé aux bons mor- 
ceaux. 

88 ^um pafer ipfe domus'\ Voilà un rat érigé en 

pçrc 



SUR LA S AT. Vl. DU Liv. II. 323 

père de famille 3 Se un petit troj mstamorpiioré en 
maiibn. 

92 Vi7ï tu hominei urhenrque'] Ce rat parle com- 
me un bon Bourgeois qui auroit voix en chapitre, 
& qui leroit de toutes les alTemblées. * Dans quel- 
ques manufcrits il y a -vis tu, comme le remarque 
AI. Bentlei qui le préfère à Vin tu, k je fuis de ion 
avis, car njis-tu eft la façon de parler la plus ordinai- 
re, comme le favant Gronovius Ta fort bien ob- 
fervé. * 

93 Tcrrejîria quando mort aïe s anifnas'^ C'eil: une 
fort plaifante choie, qu'un rat ioit fi bon Epicurien. 
Celai-ci parle comme s'il avoit rongé tousleî cahiers 
d'Epicure. 

98 Do7no lenjh exilït ] KorfLce e.\pr:me ici ad- 
mirablement la légèreté de ce rat, par la viteiTe de 
ces dadyles, domo Uvis exilit ; on le voit fauter. 

99 Âtnbo propofitum p£raru?ii iter, urhïs anjEntes'^ 
Les voilà en chemin, cojnme deux perfonnages d'im- 
portance, qui pour des rai Tons lecretes veulent, faire 
leur entrée de nuit, & fans cérémonie. 

100 y an: que îcnebat nox médium caeli fpatium'] 
Vpjci trois vers héroïques qui font qn , effet merveil- 
leux. Horace a été i homme du monde qui a fu le 
mieux placer ces grands vers, pour augmenter le 
ridicule. L'entrée de ces deux rats dans la ville, 
étoit une affaire trop importante, pour n'en pas mar- 
quer le tems précis. Il arrivèrent à minuit, &c. 
Cette particularité ne devoit pas être oubliée. 

103 Candéift i-ejiis'] Cand^re ne iupore aucune 
blancheur, il ilgnifiC feulement briller, éclater: & 
il fe dit du rouge, comme en revanche ^î<';7^«r^*^i fe 
dit du blanc. Horace apelle ailleurs les dgnes, pur- 
purées. Il eft vrai qu'un Savant a trouvé depuis peii 
des cignes rouges, Se j'efpere qu'il nous trouvera bien- 
tôt des merles blancs «S: des corbeaux verds. 

106 Ergo ubî purpureâ p^rrsôfum in 'uejîe loca^ 
f.'V] Cela augmente la plaifanterie, de voir ce rat 
â table couché fur un lit à la mode Romaine. 

107 Feluti fuccin^us curfitat h'pesj Son hôte 

Q 6 ' va 



324 R E M A R Q^U E S .<kc. 

va & vient, comme s'il étoit troufle. Car les valets, 
. qui fervoient à table, étoient Juccin^i, pour n'être 
pas embarafles de leurs habits. 

108 Nec ncn ijemUitir ipfis^ Ce rat de ville ferc 
îe rat des champs avec afFeélion. Mais cela n'em- 
pêche pas qu'il ne faffe comme les valets, qui ne 
îervent point fans goûter les premiers à la lauce. Ce 
nfernilitcr dépend de p-felamhens. Tout ce que l'on 
a dit fur ce pafTage eft infipide & froid. 

^ 109 Pralajnbens oîKne tiuod affert'\ M. Bentlei 
a trouvé dans deux MSS. pr^sUbans, Se il l'a auffi- 
tot reçu dan fon texte. Mais pralambens eft la vé- 
ritable leçon. * 

1 1 4 Simul iio??ius aka MoloJJis ] C'efl pour con- 
firmer ce qu'il a dit dans le vers 102. que c'étoit une 
mailbn opulente. MoloJJt étoient de grands chiens 
d'Epire. On s'en fervoit comme on fe iert aujour- 
d'hui des dogues d'Angleterre. 

1 1 5 Tum rujîicus] Cette morale eft merveilleufe. 
Et ce n'eft pas fans raifon, que l'Empereur Marc- 
Antonin, Liv. IX. de fes reflexions morales, recom- 
mande de méditer cette fable avec grand foin: rov 

fJLVV TOV l^eiVOV PdJ t7iç KctTOKl<^lOV ^ TiîU 'TJotCtU 
7aT« }ù <^ict(TvC»TtV. Penfe Jou-vent a la fable du 
rat de '-ville, ds* du rat des champs ; à la frayeur de 
ee dernier, i^ à fa fuite, iffc. Pour aprendre à mé- 
prifer les richefTes, & le tumulte des villes, êc à imi- 
ter la prudence de ce rat des champs, qui préfère 
fes fèves & fes pois à toute la bonne chère du rat de 
ville. 

117 Er'vo] Er'vum , o^C®^> ers, une efpcce de 
légume. J'ai mis à la place des /éves : cela eft plus 
connu. 



^.§> 



NOTES 



Notes sur la SAT. VI. Liv. IL 325 




NOTES 

Sur la SAT. VI. Li v. II. 



SUR les vers 40 & 45 le P. Sanadon fixe la date 
de cette pièce à l'année 723. au commencement 
de l'automne. 

14 Prêter ingenîutn^ M. Dacier a beau dire, 
comme le remarque le P. S. il faut conftruire cet en- 
droit de cette manière ; Facîas domino pecus pingue , 
Cf cetera pinguia , pneterquam ingenium pingue. O- 
vide a dit de même: Pingue fed ingenium manftt. 

2g ^lid 'VIS , in fane ^ Cif quas res agis ? ] Le P. 
S. lit ; ^id tibi i/is , quas res agis , inTane ? Trois 
manufcrits portent cette leçon , qui a été aprouvée 
par Torrentius. 

44 Thrax^ Threx , fuivant le P. S. après les plus 
anciens manufcrits Se les meilleures éditions. 

83 //A] Le P. S. a fuivi iM. Bentlei qui lit //Z?, 
après plus de douze manufcrits & les anciennes édi- 
tions. 

92 Fin tu"] On trouve dans les manufcrits Sz 
dans les meilleures éditions , 'vis tu , & le P. S. a 
employé cette leçon. 

109 Pr^la?nbens'\ Quoi qu'en dife M. Dacier, 
pralibans eft la véritable leçon, & c'ell celle de M. 
Bentlei, de M. Cuningam & du P. S. autorifée par 
un excellent manuicrit. Pralibare , pr^egujîare , 
goûter auparavant j faire VeJJ'ai i ce q}XQ pra/ambârg 
ne fignifie point. 



O 7 S A^ 



326 S A T I R A VII. L I B. II. 

S A T I R A VIL 

DAVUS, & H OR AT lus. 

D A V . T Am D u D u M aufcultQ : & (upïens tibi 
J dîcere fervus 

Pûuca y reformido. Wo^. Davus-ne? Dav, 

Ita , Davus , amicuîn 
Manàpium Domino , ^ frugï , quod f:t fiîis : 

hoc eft ^ 
XJt vitale putes. HoR. Age ^ lïhertate dcccm- 

bri 5 

^ando ita majores voluerunt , ut ère ; narra. 5 
Dav. Pars hominiun vitiis gaudet conftaiitcr ^ 
iff urget 

Pi'opofiium : pars milita natal , modo re5îa ca- 
pejjhis , 

Interdum pravis obnoxia, S^gpe notatus 
Cuîn tribus annelTis ^ modo Uvâ Prifcus inani , 
Vixit incsqualiSy clavum ut rnutaret in horas : 10 
Mdibus ex magiiis fubito fe couder et , unde 
Mundlor exiret vix libert'mus honefîè : 
Jam mœcbu.s Roma: , jam malletdoâfus Athenis 
Vivere^ Vertumnis^ quotquot funt , natus iniquis. 
Beurra Volanerius , poftquam ilU jujîa cbira- 
gra- 15 

Con- 



SATIRE VII. L I V. II. 327 

SATIRE VIL 

D A V V S , & HORACE, 

Dav. TL y a longtems que je vous écoute, 
X & que je meurs d'envie de vous dire 
quatre mots. Mais je n'ofe 5 parceque je fuis 
votre efclave. HoR. Eft-ce Davus f Dav, 
Oui 5 Davus , cet efclave fidèle à fon maître , 
& fage autant qu'il faut : c'elt-à-dire, allez, 
& pour que vous ne deviez pas craindre qu'il 
meure fi vite. Hor. Fais donc : fers-toi de 
la liberté que donne le mois de décembre , 
puifque nos ancêtres l'ont ainfi voulia. Parle. 
Dav. La moitié des hommes- font conftans 
dans le vice, & ne changent jamais de parti. 
Les autres font flotans entre le bien & le 
mal , qu'ils embraiiènt tour à tour. Par exem- 
ple , Prifcus étoit fi inégal dans toute la con- 
duite de fa vie, que tantôt on lui voyoit trois 
anneaux , & un moment après il n'en avoit 
pas un feul. I] prenoit vingt fois le jour le 
laticiave. Tout d'un coup il quitoit fa mai- 
fon , pour aller s'enfermer dans un trou , d'oii 
un affranchi tant foit peu honnête auroit eu 
honte- qu on l'eût vu fortir. Un jour il fou- 
haitoit de pafiér fa vie à Rome , où régnent 
les débauches & l'impureté , & le lendemain 
il eût voulu être à Athènes, qu'il vantoit 
comme le féjour de la fcience h de la fagef- 
fe. Enfin jamais homme n'a elîuyé comme lui 
en nailîant toute la fureur des X'ertumnes, 
de ces Dieux qui prefident au chajigement. Le 
èouffon Vûlanerius, quand la goutc, qu'il 

avoit 



328 S A T I R A VIL L I B. II. 

C'^nîudit articulos^ qui pro fe tôlier et ai que 

Mitteret in phi m um talos mer cède diurnâ 

Condu5îum pavit : quant'o conjîantîor idem 

In vitiis , tanto kvius mifcr ac prior ilk , 

^uijam contentQ , jam laxo fune lahorat, 20 

HoR. Non dices hodie ^ quorfum hac tam puti- 
àa tendant , 

Furcifer? T>ay. Jd te ^ inquam. HoR. ^//< 
paâîû , pejji?ne ? DAw.Laudûs 

Fortunam i^ mcres antiques plebis : i^ idem , 

Si quis ad illa Deus fubito te agat , ufque ;<?- 
cufes : 

Aut quia non fentis ^ quod clamas ^reélius effè, 25 

jîut quia non firmus reclum défendis , ^ hceres 

Nequicquam cœno cupiens evellere plantam, 

Rcfîia rus optas , cb/entern rujhcus urbem 

Toliis ad aftra îevis. Si nufquam es forte l'c- 
catus 

Ad cœnam , laudas fecurum oins , ac veluî uf- 
quam 30 

Vin^us eas^ ita te felicem dicis , amafque 
^od nufquam tibi fit potandum. Jufjeritadfe 
Mcscenas femm fub îumina prima venir e 

Con- 



SATIRE VII. L I V. II. 329 

avoit bien méritée , l'eut rendu impotent, nou- 
rit toute ia vie un homme , à qui il donnoic 
certaine Ibmme par jour, afin qu'il ramaflkt 
les dez , &; qu'il les mît dans fon cornet. Et 
plus il étoit confiant Si ferme dans fes vices , 
d'autant étcnt-il moins â plaindre que celui 
qui tantôt s'y abandonne lans reflexion , & 
tantôt lemble vouloir s'en retirer & changer 
de vie. Hor. Pendard , ne me diras-tu point 
à qui b'adrellent ces fades diicours? Dav. A 
vous-même. Hor. A moi , comment donc , 
coquin? Dav. Vous ne faites que vanter la 
condition Si les moeurs des anciens Romains: 
& il quelque Dieu s'ofFroit de vous mettre 
tout d'un coup dans ce même état , vous re- 
fuferiez fon offre , Ibit parceque vous n'êtes 
pas perfuadé que la vie que vous louez tant 
ibit plus heureufe , foit parceque vous n'êtes 
pas allez ferme parîilan de la vertu , & que 
votre pied demeure engagé dans la boue , mal- 
gré les efforts que vous faites pour Ten tirer. 
Quand vous êtes à Rome , vous voudriez être 
aux champs ; & quand vous êtes aux champs, 
votre inconftance vous porte à ne vouloir que 
le féjour de Rome , que vous élevez jufques 
*au ciel. Si perfonne ne vous prie à fouper , 
rien n'eil comparable , dites-vous, à vos iim- 
ples repas d'herbes, qu'accompagnent tou- 
jours la tranquilité & la fureté ; & , comme 
h l'on vous entrainoit malgré vous quand vous 
allez fouper quelque part , vous vous félicitez , 
& vous vous trouvez heureux , de n'avoir point 
à fortir, & de pouvoir manger chez vous. Mé- 
cénas vous ordonne- 1- il d'aller chez lui un 
peu avant l'entrée de la nuit , vous faites d'a- 
bord un bruit épouvantable dans la maifon , 
Se vous criez jufqu'à vous mettre en fureur : 
^ _ Ne 



1^0 s A T I R A VIL L I B. II. 

Convivam-y Nemon^ oleum feret oclui ? Ecquis 

Audit ? cum magno hlateras clamore , funf- 
que. 35 

Milvius (J fcurvce , tïhl non réfère nia precati ^ 
Difcedunt. Etenm fûteor me ^ dixerit ille 
Duci ventre Uvern : nafam Jiidore fupinor : 
Imhecillus , ïners , fi quid vis , adde , poplno. 

Tu , quum fis qiod ego , ^ fortaffis nepmr , 
ultro 40 

Infe^ere , velut melior f verbîjque de écris 

Qbvohas vîtiuni ? ^id , f me ftultïor ipfo 

^4îngentis emto drachmis deprenderis ? aufer 

Me vultu terrere , manum flomachumque te- 

neto , 
Dum qua Crifpïni docuit me janitor edo. 45 
Te con'jux aliéna capit , meretricuia Davum. 
Peccat uter nofîrum cruce dignius ? Acris ubi 

me 
Natura incendit , fub clarâ nuda lucern.î 
^acunqiie excepit turgentis verbera cauda , 
Clunibus aut agïtavlt equutn lafciva fupinufUy 50 
Dimittit neque famofum , neque folicitiim , ne 
Ditior aut form^ melioris meiat eodem.' 
Tu , quum projecîis infignibus , minulo equefri , 
Romamque habit u ^ prodis ^ ex judîce , Dama 

Turpis . 



SATIRE VII. L I V. II. 33» 

Ne m'aportera-t-on point des elTences ? N'y 
a-t-il là pe lionne , ne m'entend-on point ? 
Milvius k les bouffons, qui venoient pour fou- 
per chez vous, s'en retournent, après avoir 
fait des imprécations que Ton n'oferoit vous 
ledire. Quelqu'un me dira , que j'aime mon 
ventre autant qu'un autre ; que l'odeur des 
viandes me fait lever le nez ; que je fuis paref- 
feux , lent à exécuter vos ordres , & fi vous 
voulez , que j'aime le cabaret : je paiîe con- 
damnation. Mais que vous, quiètes tout ce 
que je fuis , & peut-être pis encore , que vous 
veniez me gronder , comme fi vous étiez 
beaucoup meilleur , & que vous cachiez vos 
vices fous de belles aparences & fous de beaux 
difcours , voilà ce que je ne faurois fouffrir. 
Eh que direz- vous, s'il fe trouve enfin que 
vous êtes beaucoup plus fou que moi , oui que 
moi, que vous n'avez acheté que cinq cents 
drachmes ? Ne me regardez point tant de tra- 
vers , & ne me menacez point. Retenez vo- 
tre main & votre colère , pendant que je vous 
dis tout ce que le portier de Crilpinus m'a 
enfe^gné. Vous aimez la femme de votre 
prochain ; k moi j'aime les femmes publi- 
ques. Lequel eft-ce de nous deux qui mérite 
plus d'être pendu? Qiiand Tamour m'enflâ- 
me , je vais dans un lieu public : je me fers de 
la première courtifane que j'y rencontre ; & 
quand j'ai contenté mes delirs , je n'aprehen- 
de pas au fortir de là d'avoir ruïné ma réi^uta- 
tion , & je n'ai pas ces jnloufies ni ces inquié- 
tudes qu'un rival plus riche , ou mieux fait , 
partage avec moi ma bonne fortune. Et vous, 
quand après avoir quité les marques qui vous 
diftinguent , votre anneau de Chevalier , èc 
votre robe Romaine, vous fortçz de chez 

YOUS 



333 S A T I R A VII. L I B. II. 

Turpîs , ûdoratum caput obfcurante lacer nâ , 5 5 
^Qti es quQdf.mulas F Metuens induceris. , at/^ue 
Altercante libidinibus tremis ojja pavore, 
^Id refert^ uri virgis ^ ferroqus necarï , 
Aucîoratui eas , an turpi claufus in arcâ , 
^io te dem'îfit peccati conjcia herilîs 60 

Contracîum , genîbus tangas caput F Ejhie ma- 
rito 

MatroncB peccanth In amhoi jujïa potejîas ? 

In corruptorem veî jujîior F Ilîa tamen fe 

Non habitu mutatve loco , peccatve fuperne , 

^ium teformidet muïier ^ neque credat aman- 
//. (>s 

Ibis Jub fiircam prudens^ dominoque furenti 

Committes rem omnem , vitam , l^ cum corpors 
famanu 

Evajîi F credo , metues , doBufque cavebis, 

^csres quando iîerum paveas , iterumque pe^ 
rire 

PûJJis, û toiles Jerviis ! ^cs le Hua ruptis , 70 

^ium 



SATIRE VIL L I V. II. 333 

vous tout parfumé, fous les habits d'un vil ef- 
clave, & la tête enfoncée dans un vieux man- 
teau, au lieu de paraître comme un Juge vé- 
nérable, & fans reproche, croyez-vous n'ctrs 
pas celui dont vous avez pris l'habit? Vous ê- 
tes introduit chez votre Dame plein de crainte. 
La frayeur, qui combat dans votre coeur con- 
tre la convoitife, vous caufe un tremblement 
général par tous vos membres. Qu'importe 
que vous foyez ou batu de verges, ou tué fur 
le champ, ou que vous fortiez après avoir en- 
gagé votre liberté, ou qu'enfermé dans un cof- 
fre, où la confidente de votre maitrefle vous 
a fait cacher, vous foyez là tout en double, la 
tête fur vos genoux r Tcutcs ces différences ne 
changent rien dans votre condition. Croyez-vous 
que le mari de la Dame galante ait plus de 
pouvoir fur elle que fur vous ? Son droit n'eft- 
il pas plus jufte h mieux fondé contre celui qui 
va la corrompre? Car pour elle, elle ne fe dé- 
guife point ; elle ne fort point de fa maifon ; 
elle n'a pas pour vous les complaifances qu'une 
courtifane a pour moi ; parcequ'elle vous 
craint, & que toutes les marques d'amour que 
vous lui donnez, ne peuvent attirer fa con- 
fiance. Cela eft afluré, & vous le voulez, on 
vous mettra une fourche au cou, comme au 
dernier des efclaves, & vous ferez forcé d'a- 
bandonner votre bien, votre vie, & votre répu- 
tation, à la difciétion d'un maître furieux & 
irrité. Vous êtez-vous tiré de là fain & fauf? 
Cela vous rendra plus fage, fans doute, & vous 
prendrez plus garde à vous, après un eiîai li 
terrible? Au contraire, vous chercherez av^ec 
plus d'emprelTement à retomber dans les mêmes 
frayeurs, & à courir les mêmes rifnues. O 
combien de réchutes dans l'efçlavage ! Quelle 

bête 



334 S A T I R A VIL L I B. II. 

^um femel effugit^ reddit fe prava. catenis ? 

Non fum mœchus^ ais: ?îeque ego, hercule, fur, 
itbi vaja 

Pratereo fapiens argent ea. Toile periclum, 

Jam voga projûiet frœnis natura remotis. 

Tune mihi dominus, rerum imperiis hommum- 
■ que 75 

Tôt tAntifque mînor, quem ter vïndi^a quater- 
que 

Jmpofita haud unquam m'ijerâ formidïne prïvet ? 

Adde fupradîcîis, quod non levius valeat : nam 

Sive vîcarius ejî, qui fervo par et ( uti moi 

Vejler ait) feu conjervus^ tibi quid fum ego? 
Nempe 80 

Tu mihi qui imperitas, aliis Jervis mifer, aîque 

Duceris ut nervis alienis mobile Ugnum, 

HoR. ^ifnam igitur liker ? Dav. Sapiens, f- 
bique imperiojus : 

.^em neque pauperies, neque mors, neque vin" 

cula terrent. 
Refponfare cupidifiibus, conte muer e honores, 85 
Fortis, ^ m feipfo totus ter es atque rotundus^ 
Externi ne quid valeat per levé morari : 
In quem manca ruitfemper Fortuna. Potefne 

Ex bis ut proprium quid nofcere ? ^inque ta* 
lent a 

Pofcit te muUer, vexât, foribufque repulfum 90 
Perfundit gelidd : rurfus vocat : eripe turpi 

Colla 



SATIRE Vlî. L I V. JI. 335 

bête trouvez-vous, qui aille fe remettre à la 
chaîne, après l'avoir brilee ? Je ne fuis point 
adultère, dites-vous. Et moi, je vous dis de 
même : Je ne fuis point voleur, quand je paf- 
fe fagement devant la vailTelie d'argent, fans 
rien prendre. Mais, qu'on ôte le danger, d'a- 
bord la nature ne fentant ni frein ni barrière, 
fe déchaînera furieufe, fans qu'on puiile jamais 
l'arrêter. Vous êtes mon maître, vous que 
tant de chofes & tant d'hommes differens tien- 
nent aflujetti? Vous que toutes les cérémonies 
des Préteurs, cent fois réitérées, ne pouroient 
jamais affranchir de la crainte ? A ce que je 
viens de dire ajoutez une chofe qui n'eft pas 
moins forte : Si celui qui obéît à un maître 
efclave ( comme c'eil la coutume de votre 
pays) eft ou le valet, ou le camarade de ce 
premier , que 'uis-je donc , moi , à votre é- 
gard ? Car vous, qui me commandez , vous 
obéïfl'ez auffi à d'autres, & vous êtes juftement 
comme ces marionetes, qui fe remuent par des 
relîbrts étrangers, & point du tout par les 
mouvemens de leur volonté. H or. Qui eft 
donc l'homme libre ? D a v. Le Sage. Ce- 
lui qui a Fempire de lui-même. Celui que ni 
h pauvreté, ni la mort, ni les chaînes n'épou- 
vantent point ; qui a la force de refifter à fes 
paffions, & de méprifer les honneurs; qui eft 
tout renfermé en lui- même j qui ne donne au- 
cune prife à rien d'étranger ; & fur qui enfin 
les plus rudes coups de la Fortune tombent 
toujours fans effet. Parmi toutes ces qualités 
en trouvez-vous une feule qui vous apartienne? 
Une femme vous demande cinq talens; elle 
vous tourmente, elle vous chafiè de chez elle, 
&■ vous fait jetter de l'eau par fes fenêtres ; 
elle vous rapelle en fuite. Secouez enfin ce 

joug 



336 S A T I R A VII. L I B. IL 

Colla jugo^ libir^ liber fum die, âge : non qui s-, 
XJrget enim dominus mentem no?2 lenis, ^ acres 
Subjeùîat lajfo Jîimulos, verfatque negantem. 
Vel quum Paufiacâ torpes^ infane, tabellâ, 95 

j^z// peccas minus atque ego ? quum Fulvi Ru^ 

iubaque, 
Aut Placidejani contento poplite miror 
Pralîa, rubricâ piùla aut carbone, velut Jî 
Re verâ pugnent, feriant, vitenique moventes 

Arma viri : nequam ^ cejfator Davus : at ip- 
Je ICO 

Subiilis veterum judex & calUdus au dis, 

Nil ego, fi ducor libo fumante : tibi ingens 

rirîus atque animus cœnis rejponfat opimis, 

Obfequium ventris mihi perniciofius efî cur f 

Tergs ple^or enim, ^d tu impunitior iU 
la 105 

^a parvo Jumi nequeunt cbfonia captas F 

Nempe inamarefcunt epuî^ fine fine petit a, 

Illufique pedes vitio fum ferre reçufant 

Corpus, An hic peccat , fub noclem qui puef' 
uvâ 

Furtivam mutât Jîrîgikm ? ^i pradia ven- 
dit ^ iro 

Nil 



SATIRE VII. L I V. II. 337 

joug infâme, k dites : Je fuis libre. Vous ne 
iauriez ; car un maître impitoyable vous maî- 
trife, & comme un rude Ecuyer, il vous don- 
de de Téperon, & vous fait marcher malgré 
vous. Mais dites-moi, je vous prie, quand vous 
êtes attaché à admirer un tableau de Paufias 
jufqu'à perdre le fentiment, de quel droit pré- 
tendez-vous être plus excufable que moi, lorf- 
qu'en paflant dans les rues, je m'amulê à re- 
garder les combats des gladiateurs Fulvius & 
Rutuba, ou de Placidéjanus, que l'on a char- 
bonnés fur une méchante enfeigne, où on les 
voit le jarret bien tendu, & dans les mêmes 
mouvemens que fi véritablement ils portoient 
h paroient des coups? Cependant moi, je fuis 
Davus le fainéant, Davus le pareiîeux, & vous, 
vous paflez pour un fin connoifléur, & pour 
un bon Juge d'ouvrages antiques. Si je me 
îaiiïe conduire à la fumée d'un gâteau qui fort 
du four, je ne fuis bon à rien, & pour vous, 
vous avez toute la vertu en partage 5c vous a- 
vez le courage de refifler aux apas des plus 
grands feftins. La complaifance que j'ai pour 
mon ventre m'eft plus préjudiciable, pourquoi? 
parcequ'elle attire fur mon dos quelques coups 
d'étrivieres? Ah croyez-vous fuivre plus im- 
punément ces bons morceaux qui coûtent tou- 
jours trop cher? Ne vous l'imaginez pas: ces 
grands repas continuels deviennent amers, ^ 
les pieds chancelans refufent enfin de porter un 
corps débilité par les excès de la bonne chère. 
Un efclave qui donne la nuit en cacheté pour 
quelque raifin une étrille qu'il a dérobée, fait- 
il une méchante aélion ? Mais croyez- vous 
donc que celui qui pour fatisfaire fon apétit 
Tom. VII. P defor- 



338 S A T I R A VIL L I B. IL 

Nil fervîle^ gtd^ parens^ hahet? Adde^ quoi 

idem 
Non hsram tecum ejje potes ^ non otia reâfè 
Ponere : te que ipfum vitasfugitivus^ iff erro : 
"Jnm v'ino quarens^ jam fomno fallere curam : 

Frujlra^ nam cornes atra premit^ fequiturque fu- 
gacem 1 1 5 

HoR. Vnde mihi lapidem ? Dav. §uorfum ejî 
opus? HoR. Unde fagïttas ? 

Dav. Aiit infanit homo^ aut verjus facit. HoR. 

Ocyus hinc te 
Ni r apis y accèdes opéra agro nona Sabino, 



*ii* 



SATIRE VII. L I V. IL 339 

defordonné, vend fes maifons & fes terres, ne 
foit pas encore plus elclave que ce méchant 
efclave-là ? Ajoutez à toutes ces vertus, que 
vous ne fauriez être une heure avec vous-mê- 
me, que vous êtes incapable de bien employer 
les momens de votre loifir, & que vous vous 
fuyez comme un fugitif & comme un libertin -, 
fongeant tantôt à noyer dans le vin toutes vos 
inquiétudes, & tantôt à les afîbupir par le fom- 
meil : toujours inutilement ; car ces noires hô- 
tellès vous accompagnent partout, & fans ja- 
mais fommeiller, elles vous fuivent dans toutes 
vos fiaites. H o r. Où prendrai-je des pierres ? 
pAv. Pourquoi faire? Hor. Où trouverai-je 
un bâton? Dav. Mon homme eft fou, ou 
bien il fait des vers. Hor. Si tu ne t'ôtes d'ici 
bien vite, tu iras augmenter le nombre des 
huit efclaves que je fais travailler aux champs. 






P î RE- 



uo R E M A R Q^U E S 



«• rf^' 



REiM ARQUES 

Sur la SATIRE VIL 

FENDANT la fête des Saturnales les valets é- 
toirnt fervis par leurs maîtres ; Se ils pou- 
voient leur dire impunément tout ce qu'ils pen- 
foient dV'ux. Horace feint donc, qu'un de Tes efcla- 
ves profitant de la liberté que lui donnoit cette gran- 
de fête, entreprend de lui dire fe- vérités : & U àeC- 
k'in de cela eH merveilleux. Les hommes font faits 
de manière, qu'ils fe révoltent ordinaircinent contre 
tout ce qui a Pair ou de reproche ou de précepte 
direft. Car comme ils y trouvent de la dureté ic de 
Ja Iccherefre, lamour propre & l'orgueil les portent 
è y refiler. Le moyen donc le plus court & le plus 
efHcace pour les corriger, c'ed de les tromper, 8c de 
prendre des détours. Horace n'en poavoit jamais 
trouver de plus doux ni de plus naturel, que celui 
qu'il prerd ici. Car en s'accufant lui-n;éme des vi- 
ce; qu'il veut combattre, il évite la rudefiè des repro- 
ches, qui trouvent toujours de. opofitions dans notre 
coeur, & au lieu de nous donner de la haine pojr fes 
inaximes, il excite en nous une efpece de compaff.on, 
fi ii,en rendant notre ame fouple & tendre, fait que 
delle-m5me elle fe rem^ilit infenfblement de toutes 
les vérités qj'il veut lui infmuer. Il n'y a rien de plus 
adroit. Le principal but d'Horace eft d expl.qjef 
cette vtrité, q l'il n'y a d homme libre que le isul 
Sâ^e, & q^e h véritable liberté confifle à n'cbéïr à 
auc ne paiiion. & à n'être foumis à aucun vice. A- 
v:-nt Horace Ciccron avoit traité le même fujet dans 
le c'nq jicme Paradoxe. Et Perfe l'a traire après lui 
d:m ia cinquième Satire. Si Cafaubon s'étoit donné 
Je v-rri': de bien examiner toutes le^ beautés de la Sa- 
tire d Horace, À n'auroit e garde de la mettre au- 
dîîiious de celle de Perfe. 11 n'y a jamais eu de juge- 
ment 



SUR LA S AT. VII. DU Li V. II. 341 

ment moins jufte: c'cft préférer le Collège à la Cour, 
comme ilferoit aiTé de le prouver. Jl n'y a rien de 
plus froid ni de plus mauvais goût que le jugement 
que Jule Scaligcr a porté de cette Satire, & de Davus 
qui fait le Philofophe Se qui débite ce qu'il a en:enda 
dire au portier de Crifpinus : Xon omnibus placet Da- 
vus iftiusy cum philofophatur^ dit- il, dans le VI. Liv. 
de fa Poétique, nam tametji adducit ea, tanquam audi- 
njerit de Crifpini janitore, tamen tnulta memini me au- 
dire à Philofophîs difputata^ quorum ne nunc quidem 
au/im me idoneum recitatorem projiteri. Le Daius 
d'Horace ne plaît pas à tout le monde ^ quand il fa':t l'ê 
Philojhphe i car quoiquil ne parle que comme d'après 
le portier de Crifpinus y cependant je' me fowviens .i'a^L'oir 
entendu dire à des Philofophes beaucoup de chofesy que je 
ne me tiendrais pas capable aujourd'hui même de redire 
aux autres. Belle railbn ! Il y a auffi telle chofe que 
Davus n'auroit pu redire, mais ici il n'y a rien de 
trop fublime ni qui foit au deffus de fa portée & de fon 
état. On fait d'ailleurs qu'il y avoit alors des efcla- 
ves fort bien élevés, qui auroient parlé de philofopliie 
auffi bien que Scaliger, & qui certainement auroient 
mieux jugé de la poëfie. 

I JamJ.udum aufculto^ Il faut fupofer, qu'Ho- 
race étoit en colère contre fes gens, & qu'il en difoit 
mille maux. Davus qui i'ecoutûit, perd enf.n pa^ 
tience, & lui dit: Jamdudum, i^c. Se cela paroit par 
le 40. vers. * Je fuis étonné de la conjecture que 
M. Bentlei a ofe débiter ici, que cecie Satire n'ert que 
la fuite de la précédente, ou que fi elle en ell féparée, 
elle y a un man.feiU raport. Se que Davus en difant 
à fon maître. Jam dudum aufcultOy lui dit : Jci 
entendu tout le beau difcours que ^jcus <i;enez:. de tenir^ 
6 rus quando te a/piciam^ Se le reile. Efl-il pofiible 
qu'un homme d'aulTi bon efprit que M. Bentlei tom- 
be dans un égarement i\ fenfible? Cette Satire n'a au- 
cun raport avec la précédente. Se elle en eiL auffi dif- 
férente que de toutes celles que nous avons vues. 11 
n'y a rien de plus fimple & de plus naturel que ce dé- 
but de Davus tel que je viens de l'exoliquer. * 

F 3 2 Sei' 



342 R E M A R Q^U E S 

Ser<vus, pauca rcformïdo ] Ser'vus^ c'eft pour expîi- 
piiquer la caufe de la crainte. 

3 Et frugi quod fit fatis'] Mancipium fru- 
gi-, un efclave qui eft iage, épargnant, bcn ména- 
ger, & qui a fort à coeur les intérêts de ion maî- 
tre. 

4 Vt 'Vitale fûtes ] On a donne pluficurs explica- 
tions à ce pafTage. Il n y en a qu'une feule de bon- 
ne. Les Anciens croyoient, que Ton ne vivoit pas 
longtems, quand on étoit fi parfait^ comme nous di- 
fons encore aujourd'hui: // mourra , il a trop d'ef- 
prit. C'eft ce que Ceftias dit dans Séneque, en par- 
lant d'AIiius Flavius : Tarn immature magnum inge- 
nium mn eji 'vitale. ^''un Ji grand efprit dans un 
c.ge fi peu avancé^ ne nji'vroit pas longtems, Davus 
donc après avoir dit, qu'il eil a/fcz/age, explique ce 
qu'il entend par le mot ajjez. C efl-à-dire, qu'il . ne 
pofîiîde pas cette vertu dans un affez grand degré de 
perfedion, pour donner envie aux Dieux de le retirer 
de ce monde. * On ne peut rien imaginer de plus é- 
]oigné de toute raifon que 1 explication que le favant 
Gronovius a donné à ce paflage dans fes Obfeivations 
IV. 24. * 

Libertate decemhri^ quando^ îta ^c."] Les fêtes 
de Saturne commençoient le dix-feptieme de décem- 
bre, & duroient trois jours. Il en a déjà été parlé. 
On les celébroit particulic rement pour conferver dans 
la mémoire des hommes le louvenir du fiecle d'or, où 
tou: le monde étoit égal. C'eft pourquoi pendant 
ces fêtes les eiclaves prenoient les habits ae leurs maî- 
tres. 

7 Pars multa natat'\ Nage, pour dire eft flotant, 
înconftant, léger, comme Mani.'e a dit de ceux qui 
naiffent fous le figne du Capricorne : Mutataque 
fape mens natat. C'elt une figure empruntée des 
nageurSj qui tantôt vont contre le courant, & tan- 
tôt fe lailîent emporter au fil de l'eau. Ce difcours 
<ie Davus paroît bien fort & bien relevé pour un ef- 
clave; mais les efclavcs de ce tems-Ià n'é;oient pas 
cOzTime nos valets. On n'a qu'à voir ce qui a été re- 
marqué 



SUR LA SAT. VIL DU Liv. II. 343 

marqué fur le feptante-quatrieme vers de la Satire 
précédente. 

8 PranJîs ohnoxia ] Obnoxiui eft un mot très 
fort : car il fignifie entièrement afiervi , ailujecti , 
&c. 

Sape mtatus cum trihus annellis] Avant le tems 
d'Horace cétoit une infamie de pcr:er p!u- d un an- 
neau. Mais peu à peu on s'acco:tuma à en voir por- 
ter jufqu'à trois, hotatus n'eu pas ici un mot de re- 
proche. 

ç Modo la-va P ri feus zk^uî] Priicus é:oi: o-j u» 
Sénateur, ou un Chevalier. L^e-jâ inani^ la mi^ia 
gauche vuide. Car ce n'eft qu'à la main gauche 
qu on porte le? anneaux. Et l'on prétend, que cela 
eft venu de la honte, quon a eu quand on a com- 
mencé à en porter. On les mettoic à la main gau- 
che, afin qu'ils fuffent moins en vue. 

lO Cla'vum ut mutant in horas'\ On a expliqué 
ceci, comme fi Prifcus quitoit le laticlave pour pren- 
dre ranguiliclavc. Mais ceîa ne me plaît pas. Prif- 
cus quitoit le laticlave, pour prendre un autre h:kbit 
qui pîit l'empêcher d'être connu, quand il alloic en 
certains lieux. 

13 J a?n mcechus RoK^e, jam niallet doSîus Athe- 
»/f ] Jl marque Rome comme le féjour de l'impure- 
té; k Athènes comme le léjoar de ia lageiTe. il y a 
là un trait de Satire bien piquant. * Dociui eit la 
véritable leçon. Doélor me paroic ridicule. * 

1 4 Vettumnis quotquot fiint natus iniquis ] Com- 
me il a é'é dit dans la Satire cinquième du Livre 
premier: Gnaiia hfriphis iratis extr-uda, ^omï Gfia- 
tla ly?}.phatica, il dit ici de Prifcus; natus iniquis Ver- 
tuînnisy comme qui diroit: Prifcus polTëde par \^ 
Vertumnes, qui lOnt les Dieux du changement. Il 
veut dire, que toute l'inégalité des Verte mnes étoic 
dans c€t homme- là. Il n'y avoit proprem.ent qu'un 
Dieu apellé Vertumne, qui préfidoit au changement, 
& qui étoit lembléme de l'année. Mais comme ce 
Dieu étoit adoré fous mille formes. Horace dit au 
pluriel h s Vertumnes, comme fi en effet il y eût eu 

P 4 au. 



344 R E M A R Q^U E S 

autant de Vertumnes difFerens que ce Dieu prenoit de 
figures différentes. 

1 5 Jujia chiragra ] JnQa, qu'il avoit bien ga- 
gnée. Il veut dire par-là, que Volanerins étoit un 
débauché, qui sétoit abandonné à toutes fortes d'ex- 
cès. 

1 7 Mitteret ïn phimum talos ] Phiwus, Ç)l{xof, 
c'eft ce que nous apellons le cornet dans lequel on 
remue les dez, que les Grecs apelloient par cette 
raifon ctVf ci^rt Aa? J^icL^î'-ça^ , ^t'-f ^f« ^uo7t re- 
mue. Ce cornet étoit aufii apellé fritillus. Se turri' 
cula. 

19 Tanto le^ius mifer'] Ce jugement eft certain: 
Ceux qui font fermes dans leurs vices, & pleine- 
ment déterminés à fuivre toujours le parti qu'ils 
ont pris, ne font pas à beaucoup près fi malheureux 
que ces inconflans, qui tantôt amoureux de la ver- 
tu, & tantôt partifans du vice , ne tiennent point 
de route certaine, & ne jouïlîènt ni des faux plai- 
f;rs du vice , ni des folides plaifirs de la vertu, 
Simplicius en a fait une belle démonftration fur le 
cinquième art. d'Epiéiete, en parlant de ceux qui 
\eulent allier le foin des chofes extérieures avec 
celui des véritables biens. On peut le voir. Sé- 
neque dit admirablement fur ce fujet ; Magnam 
rem futa U7iu?n hominem agere. Penfe que cej} 
une grande chofe , de retrefertEr un feul homme. 
Et il donne enfuite ce précepte ; ^ffii^^ ut pojjis 
laudari y fl minus ut agnofci. Fais quon put Je te 
louer , ou du moins quon puiffe te reconnaître. 

20 ^i jam contenta y jam laxo fune lahorat ] Ce 
pafTage n'a jamais été bien expliqué. Horace fait 
allufion à un certain jeu que les enfans faifoicnt en 
Grèce & en Italie. Jls prenoient une corde par un 
bout, & donnoient l'autre bout à leurs camarade.*, 
& faifoient ainfi leurs efforts pour s'attirer les uns 
les autres. Quand la partie étoit égale, & que de 
chaque côté on employoit toutes les forces, pour 
refiilcr, & pour 5'empécher d'être entraîné, I2 cor- 

de 



SUR LA S AT. VIL DU Liv. IL 34^ 

de éioit loiij'ours tendue. Mais quand un des côtés 
venoit à plier, alors la corde étoit lâche, Se ceux qui 
a\ oient cédé étoient entraînés. Cela exprime admi- 
rablement la penfee d Horace, qui veut nous dé- 
peindre un homme qui tour à tour cède Se refille à 
les pallions. Cette image eft parfaitement belle. Les 
Grecs apelloient ce jeu-là J'tî^KuçMa,, Se i^Kuç.'yJ'a, 
& il y avoit deux ou trois différentes manières de le 
jouer. 

23 Morgs antlquig plebis ] Car les anciens Romains 
étoient exempts de tous les vices que le luxe n"intio- 
duifît que longtems après. C'elt pourquoi on di- 
foit Ls Anciens y pour dire les gem de oien. Antiquum 
obtines. Vous a-jcx la 'uertu de nos -premiers pères, 

24 Si qv.îs ad illa Deus] On peut voir ce qui at 
été remarqué iur le 15. vers de la première Saiireda 
Liv. J. 

25 Aut qîùa non Jen/is] Il donne deux raifons ad- 
mirables de la contrariété qui p^roît dans les ho:Ti- 
mes , quand on compare leurs aétions avec leurs 
dilcours. La première eft, qu'ils ne font pas persua- 
dés que ce qu'ils vantent vaille mieux que ce qu'il» 
ont; Se qj'ainfi ils parlent contre leurs propres iènti- 
mens. Et la féconde, que lors même qu'ils font af- 
fez heureux pour avoir connu la vérité, les efforts 
qu'ils font pour la fuivre ne durent qu'un moment ; 
leur foibleffe Se leur inconfiance les replongent dans 
la mêma boje d'où ils ont tencé inutilement de s'ar- 
racher. Cecte inconilance, fi ordinaire aux hom- 
mes, vient en partie de ce qu'ils ne penfent pas à 
faire de leur vie un tout réglé. Les plus venueux 
ne travaillent qu'à l'arranger par parties & par pièces 
détachées, s'il m'eft permis de me fervir de ce ter» 
me. C'eft pourquoi il ell aulfi impoffible qu'ils fui- 
vent partout le même efprit, qu'il feroiî imp-oiiible 
à plufieurs Peintres, de toucher tous à un même ta- 
bleau , fans qu'on y remarquât des manières diff,:- 
rentes. 

28 Ahfintim ruJUcus urhem'[ Ru/iicus. Il faut 
P s foui- 



34^ R E M A R 0.17 E S 

foiis-cntenàrc faélus, yiuoy.îy(^,, devc-nu hcmine de 
campagne. 

30 Laudas fectirum o/us'] Il dit fecurum^ parceqne 
la fureté efl d'ordinaire compagne de ces petits re^. as, 
comme dit Publias Syrus : 

Angujîâ capitur tut i or in înenfâ cihus. 

Ac n)elut ufquam "jinSli/s eas ] Cette leçon eft par- 
faitement bonne : comme Ji on <vous entrainjtt par force^ 
& qu'on vous liât, pour 'vous emmener^ iSc. Je ne fais 
pas à quoi penlbit Théodore Marcile, de vouloir cor- 
riger : 

----- «(T qjelut ufquam innj'itui eas. 

33 Sérum fuh lu7nma primai Sur la fin du jour, 
un peu avant qu'on allume les bougies. Un hom- 
me comme Mecénas chargé d'une grande adminif- 
tration, ne pouvoit pas fouper de fi bonne heure que 
les autres gens, qui foupoient. environ à quatre heu- 
res. 

35 Cum magno hlateras clamorel Blaterare eft 
proprement criailler comme un fou, fans raifon & fans 
mefure. Et ce mot a été formé du Grec /^A^tf , qui 
fignifie un fot. 

Furifque ] Vous faites Penragé, vous ne vous don- 
nez aucun repos. D'autres ont lu fugifquCy Cif njous 
fartez. Mais cela ne me plaît point du tout. Car 
de cette manière Horace fort trop promptement ; éç 
il n'a pas tout le tems qu'il faut pour faire bien de la 
peine à fes domeftiques. 

36 M'hius iff Scurr^] On a cru, que ce Mil- 
vius te ces bouffons dévoient fouper chez Alécénas, 
& que voyant venir Horace, ils avoient été obligés 
de fe retirer. Mais je voudrois bien favoir, pourquoi 
il n'y avoit plus de place pour eux chezMécénas, dès, 
qu'Horace y foupoit ? En vérité, cela ell ridicule. 
Ce Milvius étoit un bouffon qui alloit fouper chez 
Horace avec ^ue^ues-uns <ie içs çajoiafâàes. On 

leur 



SUR LA S AT. V^ÎI. Du Liv. II. 3^7 

leur die à la porte, qu'Horace ne fouperoit pas chez 
lui. Ils s'en vont donc, après lui av^oir dit mille in- 
jures, dans la rage où ils étoient, de ne favoir où al- 
ler foupsr. C'eft le véritable kns. 

37 Me dixerit ille'] llle, ceil- à-dire quelqu'un, « 
/sW. ^ar ce n'efl pas Horace que Davus fait par- 
ier. * Al. Bentlei perd tout le naturel de cepalTage, 
en faifant dire ceci par le bouffon Milvius, jufqu'à 
quod fi du vers 42. Cela ell inlbutenable, c'elt Da- 
vus qui parle. Il faut le boucher les yeux pour ne 
pas le voir. * 

38 Nafum n'îdore fufinor^ Cela exprime fort 
bien le geile de ceux qui Tentent quelque odeur a- 
gréabîe. Pour la mieux attirer, ils lèvent la tête 
en haut. Ce qui fait que le nez paroît tout renverfé: 
it. ils font comme le ficophante, dans le Plutus d'A- 
riftophane. Lucilius a dit dans le même fens, Simare 
nares. 

43 ^ingentis emto drachmîs J Davus compte par 
drachmes, à la manière des Grecs. La drachme 
Attique valoit dix fols de notre monnoie. Cinq cents 
•drachmes faifoient donc deux cents cinquante li- 
vres. 

45 Dum qute Cnfvinî docult me janitor edo J Ce- 
la eft fort plaifant : Davus prend le portier de Crif- 
pinus pour un grand Phiîolophe. Un valet qui fuit 
fon maître, ne peut s'entretenir qu'avec les portiers. 
D'ailleurs, les portiers de ces écoles de Philoibphes 
faifoient fort les entendus : témoin le portier de So- 
crate, dans Arillophane. Et e'eft à quoi Horace 2. 
fait allufion. 

^6 -TV conjux aliéna capif^ Ce n'étoit pas le défaut 
d'Horace, qui haïffoit mortellement ladukere. Mais 
tout ce que Davus lui voyoit faire, lui perfuadoit, 
qu'il auroit commis ce crime aulli volontiers que tout 
le refte, s'il Tavoit pu avec la même lureté. Voyez 
les vers 72. & 73. D'ailleurs, Horace fe fait faire ce 
reproche, afin qu'il tombe fur ceux qui le meri- 
toient. 

48 Sub dard nuda lucernâ ] Comme ces vilain» 
P 6 lieu« 



34» R E M A R au E S 

lieux étoient fouterrains, il y avoit des lampes alla- 
mées le jour comme la nuit. Au lieu de lucerva, 
on a lu auffi lacfma. Sub clarâ lacernâ, fous un 
manteau tranfparent, qui la fait paroître nue. Ainfi 
il n'ait pas nécefiaire qu'elle prenne la peine de fe 
defhabiller. Mais j aime mieux lucerna. 

5 2 Méiat eodem ] C eil une expreinon fort obfcene. 
Perfe Va imitée. 

53 Ta fiuum projeJlis înjîgnihus, annuîo equejlri'\ 
Augufte avoit donné à Horace le droit de porter Tan" 
neau de Chevalier, & TanguHiclave. 

54 Prodis ex judice Dama turpîs'\ Vous quitez les 
habits de Juge, pour prendre les habits d'efclave. 
Davus apelle (on maître Ji^-ge, parcequ'il étoit du 
corps de Chevaliers, & qu'Augufte avoit attribué à 
ce corps le jugement de certains procès civils & cri- 
minels. Les Chevaliers étoient nommés Commijfai" 
rts, 

55 Odoratum caput ohfcurante lacernâ'\ Lacerna. 
étoit une espèce de manteau, ou de cape avec un 
capuchon pour couvrir la tête, comme les capes de 
Béarn. Juvénal l'apelie cucullumt dans la Satire hui- 
lierae: 

- - - - quoy (t no5îurnui adulter 
Tempora Santonico njelas adoperta cucullo ? 

De quoi ^vous fert cela, fi la nuity caché dans uns 
Qape, vous allez commettre des adultères F 

56 Metuens induceris atque ] Il lui prouve par 
des raifons très iblides, qu'il eft véritablement ce- 
lui dont il porte l'habit, c'eft-à-dire un vil ef- 
dave. Car les cfclaves font toujours dans la crain- 
te. 

57 jiltercante Uhidînihus tremïs o^a pa^uore J Voi- 
là un très beau vers & qui exprime admirablement 
l'état de ceux qui s'expofent à toutes fortes de dan- 
gers, pour contenter leur paflion criminelle. La 
^QnvoiÙie combftl dans leur coeur contre k frayeur. 



SUR LA SAT. VIL DU Liv. II. 349 

Et c eft fur cela que Philoponus a fort bien dit , que 
la partie concapiicible de i'ame, qu'il apelle a.Koy'^ 
>\,MyYi , ame Jans rai/on , n'eft pas d'une fimpie Se 
même nature , puiique les pallions fe combat:ent les 
unes les autres, Sec. 'E'ttîi ort yi li/è h AKay^ 

58 ^id refert uri 'virgis J II lui veut faire voir , 
que de quelque manière qu'il le tire d'affaires , cela 
ne change rien dan^ ia condition; & qu'il n'eil pas 
moins efdave , quand il s'eil caché dans un coffre , 
que quand il a été pris fur le fait , & qu'on l'a batu, 
ou dangereuiement bîeflé. Dans la Satire II. du 
Liv. I. il eft aifez parlé des fâcheux accidens qui ar- 
rivoient aux adultères. 

Uri 'virgis ferroque necari ] Comme cela arrivait 
fouvent. Mais il faut remarquer ici cette exprefîion 
uri fvirgis ferroque necari. Car c'étoient auffi les 
termes ordinaires des engage mens que prenoient 
ceux qui fe vendoient pour combattre dans larene. 
Ils s'obligeoient à iburnir tout, le fer , le feu , les 
chaînes , la mort Et on apelioit cela proprement 
audoramentum ; & ceux qui s'engageoient ainfi , 
audoratos. Séneque dans la Lettre XXXVII. £a- 
dem honejîijjîmi hujus, Cif illius turpijfimi auéîora- 
tnenti "verha funt i uri , ^vinciri , ferroque necari. Ah 
illis qui tnanus arena locant , ^ edunt ac hibunt qu<g 
per Janguinem reddant , ca^etur ut ijia njel inviti pa» 
tiantur. Les termes de cet honnête engagement font 
les mêmes que de cet engagement honteux : d'être batu 
de fverges , d'hêtre lié , de fouffrir la mort. Car et 
font-là les conditions quen impofe à ceux qui fe louent 
four gladiateurs , ^ qui ne mangent ^ ne boi'vent , 
que pour former un fang quils puifjent <verfer fur 
r arène y &c. Pétrone a fait allufion à ce pafTage 
d'Horace : In *verba Eumolpi facramentum juravi- 
vius , uri njirgis , ferroque necari : ^ quidquid aliud 
Eumolpus jujjijjety tanquam legitimi gladiatores domino 
torpora vitafi^ui reli^iojljjimè addiximuu De- là le 
? -j jnot 



350 R E M A R Q^U E S 

mot auùioratus a été employé pour figniiîer tou- 
tes fortes d engagemens & de conditions infâmes , 
comme quand un homme furpris en adultère, é- 
toit obligé de donner de Targent, pour fe rache- 
ter , ou d'engager la liberté même. Il eft ici dans 
ce fens-ià. 

60 ^uo te demifit peccati confcia ] Ovide dit 
dans le même fens : Confcius commijjl ; Confident de 
i adultère: 

Confcius ajjiduos CQmmiJJî toîlet honores. 

61 Efine marito matronee peccantis'] Tout ce paf- 
fage eft plus oblbur quon ne pen fc ; &jenai vu 
perfonne qui Tait bien eclairci. Après que Davus a 
prouvé â Ion maître, que l'état où il fe met quand il 
va voir une femme mariée , le rend plus efclave que 
Jes efclaves m.érae , il prévient finement la réponse 
qu'Horace pouvoit lui faire, que cet état n'étoit 
pas fi terrible qu'il pcn'^oit ; que le danger n'étoit pas 
ïi grand ; qu'on lé tiroit toujours d'affaires ; Se que 
c'étoit plutôt à la femme à avoir toutes ces frayeurs ; 
parcequ'en cette occafion c'eil la femme qui doit ef- 
luyer toute la rage & toute la fureur du mari. C'cft 
ce que Davus détruit ; car il dit : Bien loin que •vous 
fuij/iex, prétendre, que le mari doit faire tomber tou- 

. te fa 'vengeance fur fa femme , oferiez'vous foutenir , 
quil a autant de droit fur fa femme que fur fon 
amant F Son droit n'efi-il pas plus jufie ^ mieux 
fondé fur celui qui 'va la corrompre? Cela ell fans 
contredit. Cette Satire fut faite avant la loi Julia 
de adulteriis. Avant cette loi le mari n'avoit le 
droit de tuer fa femme furprife en adultère, que 
quand il la furprenoit avec un affranchi , avec un ef- 
clave, ou avec un comédien. Mais il pouvoit tou- 
jours tuer l'adultère. Augufle corrigea cela dans la 
Suite. 

■63 Illa tamen fe] Pour vous faire voir, que 
le mari a plus de droit fur vous que fur fa femme j 
c'eil que la femme eft beaucoup moins criminelle 

qui 



SUR LA S AT. VII. D U L I V. II. 351 

que vous. Car enfin elle ne change pas d'habit, 
elle ne fort pas de la mairon , Se c'cil vous qui Tal- 
lez corrompre, &c. 

64 Peccat've Juprne ] Cette exprefTion efl née du 
50. vers, 

Clunibus aut aaitwvit e^uum lafà-va pupinum. 

Car c'eft ce qu'il apellc \z\peccari fupeme. Davus 
dit à l'on maiire: Cette femme mariée n a pas pour 
vous la même complailance que la femme publique % 
pour moi. La bienléance ne permet pas d'expliquer 
cela plus clairement. Beaucoup de gens le font 
trompés à ce paffage. 

65 ^um te formidet mulier neque ] C'eft un 
trait des plus piquans. Le but de Davus eft de faire 
voir qu'Horace eil plus eiclave que lai ; & pour cet 
effet il lui dit : La femme que vous allez voir non 
peccat fuperne ^ elle ne fait pas pour vous ce qu'une 
courtifane fait pour moi. Mais ce n'eil ni par fa- 
geffc , ni par modellie : c'eft parcequ'eiie vous craint, 
& qu'elle fe défie de vous. Ainfi , vous êtes traité 
en efclave , & moi je fuis traité en honnête homme. 
Car on n'a rien de refervé pour moi , & Ton fait tout 
avec une entière confiance. Cela ert fin, «Se n'avoit 
jamais été bien expliqué. 

66 Ibh (iib furcam ] Vous vous mettrez en 
état de tout fouffrir du mari que vous ofFeniez , & 
qui vous traitera comme un efclave à qui l'on met 
une fourche au cou , quand on l'a furpris en flagrant 
délit. 

Prudens^ Prudens , le voyant & le fâchant. Et 
cela fait entre Davus Se Horace une opofition qui 
eft toute à l'avantage de Davus. Le valet n'eil ef- 
clave que par fa condition ; Se Ion maître eft elclave 
par fon propre confentement ; ce qui fait l'efclava- 
ge le plus honteux : Nulia femjitui turpior quam 
iVoluntaria. 

Dominoque funnti 3 A ce mari fwieux. 

68 Cred9 



35 2 R E M A R Q_U E S 

68 CrsdQ metuest deSlu/que cavebis'] C'efl une i re- 
nie. 

70 toties fer'vus'] Car vous êtes autant de fois 
cfclave que vous retombez dans vos pafîions. 

ii^a bellua ruptis ] Bien loin que vous puilîlez 
être comparé à un efciave comme moi, vous ne mé- 
ritez pas même d'être comparé aux bêtes ; car les 
bêtes iont mille fois plus prudentes que vous : après 
avoir rompu leur chaîne, elles ne vont jamais s'/ re- 
mettre. 

72 Non fum mœc/jus] Les hommes ne doivent pas 
fe vanter de ne pas tomber dans un vice, quand ils ne 
font retenus que par le danger. Davus eit perluadé, 
que ce n'elt que cette raifon qui empêche Horace do 
commettre les adultères. C'eft pourquoi il ne veut 
pas lui tenir compte de fa retenue ; & il le traite en 
véritable adultère. 

75 Rerum imperlis hominumque'] Car on nVft 
pas feulement efciave des hommes, on leil auffi 
des chofes que l'on defire, ou que l'on craint. C'eil: 
pourquoi Perle dit à celui qui fe vante d'être li- 
bre: 

Lîher ego: unâe datum hoc /entis tôt fuh dite rébus? 

76 7V/ tantifque minor] Minor, ^t]cûV, «V7»V--*'^î 
Joumis, 'vaincu. 

^em ter 'vindiéla] Vindi3a étoit la verge avec 
laquelle le Préteur touchoit la tête de celui qu'il 
mettoit en liberté. Le Préteur pouvoit donner à 
im homme la liberté du corps î mais il ne dépen- 
doit pas de lui de donner la liberté de l'efprit, qui elt 
la feule véritable liberté, & que la fagelTe feule don- 
ne, 

78 Nam fi've 'vicarius ef] Dans chaque maifon 
il y avoit ordinairement un maître- efciave, qui com- 
mandoità tous les autres. C'étoit proprementy^/-'z/«/ 
atrienjîs ; & ceux qui lui obéïflbient, & qui faifoient 
les fondions les plus viles, étoient comme fes efcla- 
ves, vicarti» Davus dit donc à Horace, ^u'il ne 

doit 



SUR LA SAT. VII. DU Liv. II. 353 

doit non plus fe flater d'être libre, qu'un maître- 
efclave, qui véritablement femble avoir quelque forte 
de liberté, quand on le compare avec les autres efl 
claves; mais qui cependant ei\ aufli efclave qu'eux, 
par raport au maître qu'il fert. Ce p aflàge eft fort 
beau, & la com|-a;aifcn eil fort jufte. Un maître 
qui obéît à les paillons, qui fouhaite, ou qui craint, eit 
à l'égard de fon v^alet, comme un maître- eiclave qui 
commande à ceu.x qui font fous lui, Se qui à fon tour 
obéît à un maître. 

8i Aliis fer'vis mi/er] Quand on obéît à fes paflîons 
on n'a pas pour un maître, on en a deux, l'un en de- 
dans, c'eft la concupifcence, lautr^ en dehors, c'eit 
l'objet qui traîne cette concupii'cence captive ; de 
forte qu'en n'eft pas feulement efclave* mais, ce qui 
cil encore plus honteux, .efclave des eiclaves. 

82 C// nervis alienis mobile lignum ] Mobile lignum, 
de petites flatues de bois que les Latins ont apellées, 
après les Grecs, ftgillaria^ Se neurofpajia\ c'é:oit 
proprement comme nos marionetes. Horace avoit 
pris cette comparaifon des Stoïciens, à qui elle étoit 
très familière : & les Stoïciens i'avoient prife de So- 
crate. Car il y a dans le premier Livre des Loix 
de Platon un beau paflage où un Athénien dit, que 
les pajjîons font dans nos corps ce que les petites cor- 
des fojit dans ces mariomtes ', qu elles remuent tous nos 
Membres^ &' quelles mus font faire, des mowvemens 
tout contraires i Jelon quelles font opofées entr elles, 
L'Empereur Marc-Antonin s'eft fort fouvcnt fervi 
de cette expreffion , & voici deux des plus beaux 
endroits : La mort, dit-il dans le Livre iixieme, ejl 
la fin du combat que nos fens fe livrent , de tous 
ces mouvemens contraires^ que nos pajjions nous font 
fairfy comme les cordes des ?narionetesy ^ de toutes 
les angoifes tff contradicîions de notre efprit. Et à 
la fin du Livre X. il dit admirablement: Souviens-toi 
que ce qui te fait agir comme des cordes font agir de: 
marionetes ; cefi ce qui efi caché dans ton coeur , 
cejl la pajjton que tu as pour r éloquence, cefy pour 
ainfi dire, l'homme que tu portes au-dedans de toi. 

*Dou3yi 



354 R E M A R Q^U E S 

* Douza le père IKokJîgnum au lieu de ligmm. Sig- 
num une ftatue , une marionette. * 

83 Sapiens , fi bique imperiofus ] Voici une admi- 
rable dehnition de Thomme libre. Elle vient des Stoï- 
ciens, qui lavcient prife de Socrate. * Dans quel- 
ques MSS. il y a fapiens , Jibi qui imperiofus , & Al. 
Bentlei veut que ce Toit la véritable leçon , de forte 
qu'après /api eus tout ce qui fuit ne foit que la défini- 
tion de ce fage. Mais cela ne me paroît pas necef- 
làire , Scjïbi qui eil bien dur. * 

85 Re/ponfare ] C eil un fort beau mot. Horace 
b'en fert ailleurs. Jl fignifie refijhr , tenir tête. 

86 ht fe iplo totzct ttres atquf rotundns ] Il par- 
le ainfi , parceque la figure ronde cil îa plus parfai- 
te , la plus durable , & celle qui refjlle le mieux aux 
impreffions du dehors , qui ne trouvant aucune prife 
fur elle , ne font que couler fans effet. C'eil pour- 
quoi Platon dit dans le Timée , que Dieu a fait le 
Âlonde rond , afin qu'il foit éternel , & que rien ne 
puiiTe le détruire, que la volonté i^^Az de celui qui 
î'a formé. * Je ne faurois aprouver la penfée de M. 
Bentlei qui pondue ainfi ce pafTage : Et in fe ipfo to- 
tusi teres atque rotundus , k qui l'explique in fe ipfg 
totus , qui ell renfermé tout entier en lui même. To- 
tus ne doit point être ieparé de tcres. Il eft tout 
rond, fans qu'il y ait la moindre inégalité. Et il 
Telt in fe, en lui-même parcequ'il s'agit de l'ame & 
du fentiment. C'eft ainfi que TEmpereur Marc- 
Anton in ié dit à lui-même : 7« pourois paffer la 
fvie fans trouble , fi tu te rends toi-même comme la 
fphere d''Empedocle qui étant d'aune rondeur parfaite 
(ff égale en tout fens tourne toujours fans fe laffer. 

XII. m. * 

87 Per h've morari ] Len^e , KiïoV , uni , poli , 
qui n'a ni angles , ni cavités , ni inégalités. Cela 
eft encore pris de Platon , qui dit dans le même en- 
droit : Azîov 3 /« KVKKcp Tctv î^cû-d-îv ef^TO «Vîh 
KoiC^TV "TToT^cov '/^Âti-V . H fit ^^ Alondc uni tout au- 
tour en dehors , par plufieurs raifons. 

89 ^iinque 



SUR LA S AT. VII. DU Liv. II. 355 

89 ^inque talenta pofcit te mulier ] Il parle de 
l'efclavage où l'amour nous réduit, & il a en vue la 
première fcene de rEun^.q.e de Terence. Ciceron 
a dit de même dans le cinquième Paradoxe ; An ille 
niihi liber cui tnulier imperat ? cui leges imponit, 
pra^fcrihîty jubety <veiat quod 'videtu*' ? ^ui nihil 
imper anti negare, nikil recufare audet? pofcit ? dan" 
dum e/î. Focat ? ^ijenictidum. Ejicit? abeundum. 
Minât ur? extirmfcendum. ^loi ! fapellerai libre, 
un homme qui ejî maitrijé par une femme ? k qui elle 
impofe des loix? à qui elle prefcrity ordonne, défend 
tout ce que bon lui femble ? qui nofe lui refufer la 
moindre chofc, ni lui refifter ? Elle demande ? il 
faut donner. Elle apelle ? il faut aller. Elle 
njoui chafj'e ? il faut partir ^ Elle menace ? il faut 
craindre. 

92 Non quis\ Tous les malheurs des hommes vien- 
nent de ne pouvoir jamais dire, non. 

94 Sub'céîat lajfo Jîimulos] C'eH une métaphore 
tirée des chevaux Se du manège. Et Horace imite 
Anaciéon, qui s'en eft iervi en deux endroits. 

95 Fel fuum Paufaca terpes ] Les hommes ne 
font pas les feuls qui nous tiennent efclaves. Nous 
fommes dans Tefclavage de toutes les chofes que 
nous fouhaitons, ou que nous admirons, dune iia- 
tue, d un meuble, d'une médaille , d'un tableau. 
Ciceron avoit dit avant Horace : Echionis tabula te 

fîupidum dctinet, aut fignum aliquod Polycleti. O- 
mitto unde Jufuleris, t5f quomodo haheas. Intuent em 
te, admirantem, clumores îollentem cum ^video, fer'vum 
te effe ineptiarum omniu7n judico. Nonne igitur funt 
ijia fcjii-ca ? S un t. Nam nos quoque oculos eruditoi 
habefnus. Sed obfecro te, ita ^venujla habentur ifta non 
ut njincula <virorum fi-r.t ', fed ut oblttiamenta puerorum. 
Un tableau d Echion , ou quelque fatue de Poly- 
clete y njcus tient attaché, comme fi 'vsus étiez, 
fans mowvement. Je ne parle point ou 'vous IcS 
avez pris , ni de quelle manière 'vous les auez eus. 
^jiand je 'vois' que 'vous a'vez toujours les yeux def- 
fui , que 'VOUS les admirez , Cif que 'vous ne powvez, 



35Ô R E M A R Q^U E S 

'VOUS UJfsr défaire des exclamations t je juge dt là, 
que 'VOUS êtes efcla<ve de toutes les fotijes. i^oi y me 
direz -oous , Us tableaux , les Jiatues , ne font ce pas 
des chofs bien agréables ? Oui ^ Jans doute : car nous 
avofts aujji les yeux fins. Mais prenez-y bien garde , 
je 'VOUS prie , nous les trowvons agréables , comme des 
chofts qui doi'vent anrufcr les enfans , ^ non pas ren- 
dre efcla'ves les hommes. On a eu tort de vouloir cor- 
riger ce paflage de Ciceron , qui eii parfaitement 
beau , & qui tait un très beau fens , qu'on ne trouve- 
ra plu5 le même , Ti on oie 'vincula, pour y mettre 
un autre mot. 

Paufacd ] Paufias , célèbre Peintre de Sicyone , 
contemporain d'Apelle k difciple ds Pamphile. Ce 
fut le premier qui peignit des couronner de fleur» 
de différentes couleurs , pour plaire à ia maitreffe , 
qui étoit une bouquetière apellée Glycere. Un de 
fes plus beaux tableaux étoit celui où il avoit peint 
cette hlle aflife , faifant une couronne des fleurs. Ce 
tableau fut apellé ftephanoplo:os , la faifeufe de cou- 
ronnes. Lucullus Pacheta mille écus. Dans les por- 
tiques de Pompée il y a voit un fort beau tableau du 
même , où il avoit reprefenté un facrifice de boeufs , 
& il avoit peint un boeuf de front , dont on ne laif- 
foit pas de voir toute la longueur. 

96 ^um Fulnji , Rutubreque aut Placidejanil Fui- 
vius , Rutuba , & Placidéjanus , trois célèbres gla- 
diateurs de ce tems là. Du tems de Lucilius il y a- 
voit eu aulTi un gladiateur apellé Piacidéjanus , dont 
il eJi parié dans Ciceron. 

97 Miror pra-lia rubricâ picla^ Ce pafTage doit 
être entendu des en feignes que les maîtres des gla- 
diateurs mettoient devant ia porte des lieux oii fe 
dévoient faire ces combats. On peignoit fur ces 
enfeignes les principaux gladiateurs qui dévoient 
combatre. 

98 Rubricâ picîa^ aut carbone^ Ces enfeignes é- 
toient peintes grollierement avec du chr^rbon , ou a- 
vec de la cire rouge , que Ciceron apellé miniatulamy 
Se Vitruvc , ceram ex milto. 

102 T.ibî 



SUR LA S AT. VII. DU Liv. II. in 

I02 Tibi ingens njirtus atque atùmus^ C'cfl une 
ironie. 

I 04 Obfeqinum <ventris mihi pemiciojîus ejî '\ La 
feule répon e qu'Horace avoit à faire , c'tfl q'JC 
pour lui il pouvoit fuivre les bonnes tables , fans 
craindre qa'on lui donnât les étrivieres à fon retour. 
Mais Davus le prévient, Se il lui fait voir , que quoi- 
qu'il n'ait pas les étrivieres, il n en ell: pas qaite à 
meilieur marché. 

107 "Nempe inamarefcunt epuîa '\ Voici le châti- 
ment que verre dérèglement vous aitire : Cette quan- 
tité de difterens mets que voi:s mangez , vous caufe 
des indigeliions q^ii ru:n3nt entièrement votre fanté. 

108 Vitioium corpus '\ Votre corps gâté & ruïnc 
par les excès de la bonne chère ; album ^/fiis. 

109 An hic peccat y fub noéîem qu'. puer uval Cet- 
te comparaiibn efl très jufte. On punit un valet, 
qui pour avoir un raiim , a donné une étrille qu'il 
a dérobée. Celui qui vend fon bien pour fatisfaire à 
fes apétits deibrdoanés , commet une adtion plus fer- 
vile; & il eft beaucoup plus punifiable que ce valet. 

I I 2 Non horam tecum e/fe potes'] Cell lordinaire 
de tous les vicieux : ils ne fauroient être feuls, Se ils 
voudroient fe fuir eux mêmes, foit qu'ils ne puillent 
vivre lorfqu'ils n'ont pas de nouveaux plaifirs , ou 
que la folitude leur devienne afFreufe , parcequ'elle les 
fait fouvenir de leurs folies. 

Non oîia r;Sîe ponere'\ Il faut être bien avec foi- 
même , pour pouvoir bien employer les momens de 
fon loifir. 

1 1 3 Fugiti^jus t^ erro] Il y a la même différente 
entre fugiti'vus Se erro , qu'à la guerre entre de/ertof 
êc emanhr. Le fugitif & le deferteur s'enfuyent avec 
le dciTein de ne pas revenir , & les autres font feule- 
ment des libertine, qui s'abfentent , & qui revien- 
nent quand ils font las de courir. 

1 1 4 Jam 'vino qu^rens ] Comme Damafippe a 
reproché à Horace dans la Satire troilîeme de ce Li- 
vre: 

- - - quod 



358 Pv E M A R Q^U y, S &c. 

- ■ " " ^od <vini fomnique henignui 
l^il dignum fermone canas. 

1 1 5 Nam cornes atra prem'it J Car comme il a dit 
dans rode XVI. du Liv. IL 

Scandît aratai nj'itïoja naïves 

Cura', nec tur^nas equitum relinquit , l^c. 

Le fiuci , qui naît d'un naturel 'vicieux ^ corrom- 
pu , monte anjec nous fur les 'vaijpaux ', il 'va de même 
pas que les efcadrons i &c. 

1 1 7 Aut infanit homo , aut njerfus facit ] Quand 
Davus dit , que fon maître eft ibu . ou bien qu il fait 
des vers , Ton defTein li'eft pas de dire , qu'il n'eft pas 
fou quand il fait des vers ; mais il veut faire enten- 
dre , que fa folie a deux effets differens , & qu'elle le 
porte ou à faire des vers, ou à s'emporter contre {t% 
domefliques. 

1 1 8 Accèdes opéra agro nona Sabino ] Opéra , fer^ 
n'v.s. Les efclaves qui travailloient aux champs , é- 
toien-t ordinairement enchainés. Ainfi la menace c- 
toit affez grande , pour faire que la converlation ii- 
r.ît. 






NO- 



Notes sur la SAT. VIL Liv. II. 359 

NOTES 

Sur la SATIRE VII. Liv. II. 

SUIVANT le P. Sanadon cette pièce ne fut corn- 
pofée qu'après Tan 723. 
I Jamdudum aufculto~\ Si ce que M. Dacier dit 
ici contre M. Bentlei avoit bcfoin de preuve , on 
pouroit ajouter qje Juvénal commence fa I. Sat. de 
la même manière : 

Semper ego auditor tantum ? numquatnne reponam ? 

19 Prior i/Io] Le p. S. Wt prior îlk. Ac efl ici 
pour quàm , comme il le remarque. 

20 ^ijam contenta ^c. ] Cette métaphore , eft 
prife d'une bête enchaînée , qui eft toujours égale- 
ment malheureufe , foit qu'elle demeure tranquile- 
ment à l'attache, foit qu'elle fafic effort pour rompre 
fa chaine , k c*eft le fentiment du P. S. qui eft pré- 
férable à celui de M. Dacier. Un jeu d'enfàns ne 
prefente point l'idée d'un état malheureux. 

36 Mil-vius j Le P. S. lit Mu h: us , après deux 
manufcrits & trois excellentes éditions. 

78 Supradiâiis \ Huit ou neuf manuscrits k qiiatre 
des meilleures éditions portent fuper diâis , & le P. 
S. les a fuivis. 

102 Ducor^ M. Cuningam a mis duéfor fur uu 
manufcrit, & le P. S. a employé cette leçon. 



S A- 



36o S A T I R A Vlil. L I B. II. 




S A T I R A VIIL 

HORATIUS k FUNDANIUS. 
HoR. T TT Nafidieni jirjit te cœna beati ? 



u 



Nam mihi quarenù convivani , àïolui heri illic 

De meàio potare aie. F u x. ^k ut mihi nun- 
quam 

In v'itâ fuerit m eh us. Hor. Dc^ft grave non ejî^ 

^a prima iratum uentrem phcaverit efca. 5 

F UN. In primis Lucanus aper : le ni fuît Aujîro 

Captus , ut aïeb&t cœna pater. Acria circum 

Rapuîa , hâtuca , radiées , qualia lajfum 

Pervellunt Jicmachum : fifer , alec , fecula Coa. 

J-Iis ubi fublatis , puer altè cin5îus acernam i o 

Gaufape purpureo menfam perterfit , ^ alter 

Subîegit quodcunque jaceret inutile^ quodque 

Pejfet cœnantes offendere. Ut Attica virgo 

Cum facris Cereris , procedit fujcus Hydafpes , 

Cacula 



SATIRE VIII. L I V. II, 




HoR. ^^ O M M E N T VOUS trouvates-vous 
V^ i^ier du repas que vous donna 
l'heureux Nalidiénus ? Car comme j'étois al- 
lé vous chercher , pour vous mener fouper 
chez moi , on me dit , que vous étiez à table 
chez lui depuis midi. Fun. Je n'ai jamais 
fait ii bonne chère. Hor. Si cela ne vous in- 
commode pas 5 dites-moi , je vous prie , quel 
premier mets vint apaifer la groile faim. Fun. 
Un fanglier de Lucanie. Le maître du (ef- 
tin , pour nous le faire trouver bon , voulut 
nous perfuader qu'il avoit été pris dans le 
tems que le vent de Midi étoit fort bas. 
L'animal étoit flanqué de quantité de raves , 
le laitues , & de racines , qui peuvent réveil- 
ler l'apétit. Il y avoit aufli du felris, de la 
fâumure d'anchois , & de la lie du vin de Cos. 
Ce premier lervice étant ôté , un efclave bien 
propre vint avec une ferviete de pourpre né- 
toyer la table , qui étoit d'un bon gros bois. 
Un autre après lui ramaflbit les relies , & tout 
<:e qui fe lèroit perdu fous la table , Se qui au- 
roit pu choquer les yeux des Conviés. On 
vit entrer en fuite le noir Hydafpe , qui por- 
Tom. Fil. Q. toit 



362 S A T I R A VIII. L I B. IJ. 

C a euh a vina ferens : Ah on , Chium maris ex- 
pers. 1 5 

Hic herus , Alhanum , Macenas ^five Fa 1er nu m 

Te magh appofitis dele^at , hahemus utrumqui : 

Dhitias miferas, HôR, Sed quels cœnantlbus 
unâ , 

Fundanl , pukrè fuerlt tlbl , nojfe îahoro. 

FuK. Sunifuus ego ^ & prope me Vijcus Turi- 
nus\ b* infra , 20 

Si metninl y Far lus: cum Servllio Balatrone 

Vîbidius quos Macenas adduxeraî umbras. 

Nomentanui erat Juper Ipfurn , Porcins mfra , 

Rldicuîus tctasfimul ahforbere placentas. ■ 

Nomentanus ad hoc^ qui y fi quld forte latc- 
reî , 25 

Indice monjîraret dlgito. Nam aster a îurha^ 

Nos y Inquam , cœnamus aves , conchyùa , pif- 
ces , 
Longe dijjimiîem nato celantla fuccum , 
Ut vel continuo patult > quum pafferis atque 
Ingufîaîa mihi porrexerlt illa rhombi. 30 

Fofï hoc me docuiî melmela ruhere friinorem 

Ad lunam dek^a, ^id hoc interft 5 ah ipfi 

Audierii 



SATIRE VIIL L I V. III. 365 

toit fur la tête du vin de Cécube , & qui mar- 
choit aufii gravement qu'une vierge Athé- 
niene qui porte à une proceilion lolemnelle 
les facrées corbeilles de Cerès. Il étoit fuiW 
d'Alcon , qui portoit de même du vin de Chic, 
qui n'avoit jamais fenti l'eau de la mer. Sur 
cela notre hôte , s'adreliant à Mécénas , fi 
vous aimez mieux, lui dit-il, le vin d'Albe, 
ou le vin de Falerne, j'ai de l'un & de l'au- 
tre dans mon cellier; ces méchantes provi- 
lions ne nous manquent pas. H o R. Mais 
je Ibuhaite fur tout de fa voir qui étoit avec 
vous ce ce grand régal. F u n. J'étois mr 
le lit du haut bout, au milieu de \ ifcus Tu- 
rinus , ci de Varius. Mécénas étoit fur le lit 
du milieu , entre Servilius Balatro , & Vibi- 
dius , qu'il avoit amenés ; & fur h bas lit é- 
toit Naiidiénus , au-deiibus de Nomentanus, 
& au-deflus de Porcius. Ce dernier nous fai- 
foit rire , en avalant des pâtés tous entiers. 
Pour Nomentanus , il étoit là pour faire l'é- 
loge des morceaux , & pour nous avertir de 
ce qu'il y avoit de rare k d'exquis. Car à 
fon compte tous tant que nous étions , nous 
mangions des oifeaux , des poiflbns , &c des 
huitres , qui avoient tout un autre goût que 
celui que nous leur connoiffions. Kn effet il 
me fervit en même tems le côté d'un tur- 
bot avec celui d'un carrelet : de ma vie je 
n*ai rien mangé de pareil. Il commença a- 
lors à m'aprendre , que les pommes douces 
font plus vermeilles , quand on les cueille au 
croiflant de la lune. Il vous expliquera 
mieux que moi la différence que cela y met. 

(^2 Vibi- 



364 s A T I R A VIII. L I B. II. 

Audiem meiïm. Tum Vibidius Balatroni , 
]<Ios nifi damnosè hibimus , moriemur inulti , 
Et calices po/cît majores. Vert ère pallor 35 

Tum Parochi faciem y n'il fie metuentïs ut a- 

cres 
Potores 5 vel quod maledicunt liberius , vel 
Fervida quod fuhtile exjurdant vïna palatuftî. 
Invertunt Adiphanis vinaria tota 
Vibidius Balatroque , Jequutis omnibus : imi 40 
Convivée îeéli nihilum nocuere lagenis. 
AJfertur fquillas inter mur^na natantes 
In patina porre^a. Sub hoc herus ; Hac gravi- 

da 5 inquit 
Capta efi , deterior poft partum carne futura, 
His mijlumjus ejî , oleo , quod prima Venafri 45 
PreJJit ceïla ; garo de Juccts pijcis Iberi ; 
Vino quinquenni , veru7n citra mare nato , 
Dum coquitur ; ( coolo Chium fie coni-enit j ut non 
Hoc magis ullum aliud) pipere albo y non fi^ne 

aceto , 

^od Methymmsam vitio mutùverit uvam. 50 
Erucas virides , i nu la s ego primus a m ara s 
Monjlravi incoquere ; illutos Ciirtiilus echinos , 
TJt mellus , muna quam tejla ?narina remit tit, 
Intirea fiufipenfia graves aulaa ruinas 

In 



SATIRE VIII. L I V. II. 365 

Vibidius dit à Balatro : Si nous ne buvons juf- 
qu*à ruïner cet empoifonneur, nous mourons 
fans être vengés. En même tems il demande 
de plus grandes coupes. La pâleur s'empare 
d'abord du vifage de notre hôte, qui ne craint 
rien tant que les grands buveurs , fans doute, 
ou parcequ'ils médifent plus librement quand ils 
ont bien bu, ou parceque la quantité de vin 
émouilè le goût. Vibidius, Baiatro, & tous 
les autres à leur exemple, vuident à qui mieux 
mieux les cruches de vin. Mais ceux du bas 
lit ne leur firent aucun tort, de peur de chagri- 
ner notre hôte. Cependant on nous fert dans 
un grand plat une lamproye au milieu de quan- 
tité de cancres, qui nageoient dans la fiiuce. 
Et le maître de la maifon prenant la parole : 
Cette lamproie, dit-il, a été prife pleine; elle 
feroit bien moins bonne, li elle avoit fait fes 
petits. La fauce que vous voyez eft faite avec 
la plus excellente huile de Vénafre, & la fau« 
mure de maquereau d'Efpagne, & pendant 
qu'elle étoit fur le feu, on y a mêlé du vin de 
cinq feuilles, mais né en deçà de la mer. Quand 
elle eil faite, le vin de Chio lui donne un goût 
merveilleux. On y a mis auflidu poivre blanc, 
& du vinaigre fait du meilleur vin de Lesbos. 
Je fuis le premier qui ai trouvé le fecret de 
cuire la roque te Se l'aunée toutes vertes 
dans la faumure qui fort des coquilles de 
mer. A4ais il faut laiiTer à Cuitillus l'honneur 
d'avoir trouvé l'excellente méthode d'y faire 
cuire le heriflbn, fans le laver dans l'eau dou- 
ce. Sur ces entrefaites, le dais qui couvroit la 
table, tomba tout d'un coup fur les plats, & 
fit plus de pouiiiere, que le plus violent A- 
Q. 3 quiloa 



366 S A T I R A VIII. L I B. IL 

In patinûm ùcere^ trahentia pulveris atri 55 
^lantum non Aquilo Campants excitât agris. 
Nos majus veritl, pojîquam ?iîhiî ejfe pericli 
Senfimus^ ^rigimur, Rufus^ pcfito capite^ ut fi 
Fiïius immatiirus ûbijjet^ flere^ quis effet 
Finis P Nt fapiens fie Nom ent anus amicum 60 
Tôlier et : Heu, Fortuna, quis efî crudelior in nôs 
Te, Deus P ut femper gaudes illudere rébus 
Humanls ! Varius mappâ compefcert rifutn 
Vix poterat, Balatro^ fufpendens omnia nafio^ 
Hac ejî conditio Vivendi^ a'iebat : eoque 65 

Refiponjura tuo numquam ejl par fama lahori, 
Teney ut ego accipiar lautè^ torquerîer omni 
SoUcitudîne dijîrtcîum ne pants a du dus ^ 
Ne malè conditum jus atponatur -, ut omnes 
Pr^cinoti reâïè pueri comptique minijlrent ? 70 
Ad de hos pr ester ea cafius : au la a ruant fi. 
Ut modo : fit patinam pede lapfius frangat agafio. 
Sed convivatoris, uti ducis, ingenium res 
Aàverf^ nudare folent, celare fecundce. 

Nafiidienu.s ad hcsc : Tibi DU, quacunque pra- 
ceriSy 7 5 

Corn- 



SATIRE VIII. L I V. II. 367 

quilon n'en élevé dans les plaines de la Cam- 
panie. Cela nous fit craindre d'abord quelque 
choie de plus fâcheux. Mais voyant qu'il n'y 
a voit aucun danger, nous reprenons courage, 
& nous nous remettons comme auparavant. 
Naiidiénus fe laiflant tomber fur fon lit, com- 
me fi fon fils étoit mort à la fleur de fon âge, 
fe met à pleurer, & à demander d'un ton pi- 
teux, s'il ne trouveroit donc jamais la fin de 
fes malheurs ? 11 auroit poulie plus loin fes re- 
grets. Il le fage Nomentanus ne l'eût fa-t re- 
lever, en s'écriant : Ah! Fortune ennemie, 
quel Dieu pouroit jamais nous être plus cruel 
que toi ? Quel plaifir tu prends toujours à te 
moquer de tous les projets des hommes, & à 
les renverfer ! Varius avoit toutes les peines du 
monde à s'empêcher de rire, en fe fermant la 
bouche avec fa ferviete ; & Balatro, accoutumé 
à railler de tout : Ce font là les conditions de 
cette malheureufe vie, difoit-il; c'eft pourquoi 
il ne faut pas que vous elperiez, que la Renom- 
mée réponde jamais dignement à tous vos tra- 
vaux. Faut- il que vous vous donniez tant de 
foins & tant de peines, pour me bien traiter ; 
& que vous foyez dans des inquiétudes horri- 
ble?, pour emcecher que le pain ne foit brûlé, 
que les failces ne foient mal faites, & pour fai- 
re que vos domeftiques foient propres, & qu'ils 
fervent bien. Ajoutez à cela tous ces acci- 
dens f icheux : un dais qui vient à tomber ; 
un palfrenier qui fait un faux pas, & qui caflé 
un plat. Mais ce qui doit vous confoler, c'eft 
qu'il en eft du maître d'un feftin , comme 
d'un General d'arn^-ée : l'adverfité fert à faire 
mieux paroître fon mérite, que la profperité 
ne pouroit que tenir caché. Naiidiénus ré- 
pond, déjà tout conjhlé : Qiie les Dieux vous 
Q, 4 donnent 



36S S A T I R A VIII. L I B. II. 

Commoda dent \ ita vïr bonus es, convlvaque 

comis. 
Et fokas pojcit. Tum in letîo quoque vîderes 
Stridere Jecretâ divijos aure fufurros, 
NuIIos his ma lie m Judos fpcclqffe. HoR. Sed illa 
Redde, age^ qu^e deïnceps rïfifli, F un. Vibi- 
dm s du m 80 

^arlt de pueris^ nu m fit quoque fra5ia lagena^ 
^od fibi pofcenti non dentur pocula j dumque 
Ridetur fiâîis rerum, Balatrone fecundo, 
Nafidiene, redis mutata frontis, ut arte 
Emendaturus Fortunam, Deinde Jequuîi S5 
Mazonomo pueri magno difcerpta ferentes 
Membra gruis, fparfi fale multo non fine farre^ 
Pinguibus i^ ficis pajlum jecur anferis éiîbi^ 
Et leporum avulfos^ ut multo fuavius^ armos, 
^làm ft cum lumbis quis edit, Tum pérore 

ûdujlo 90 

Vidimus, b* merulas pont, ^ p^ne dune palum- 

bes j 
Suaves res, fi non caufas narraret earum ^ 
Naturas dominus : quem nos fie fugïmus ulti. 
Ut nîhil omnino gujîaremus : velut ilHs 
Canidia affiajfit, pejor ferpentibus Afrïs. 95 



s A T I R E VIII. L I V. iL $6^ 

nent tout ce que vous defirez, puifque vous ê- 
tes fi bon convive, & li complaifant. En mê- 
me tems il demande ks pantoufles. Vous au- 
riez entendu alors un murmure de gens qui 
parloient bas fur chaque lit. Jl n'y a point de. 
fpecftacle, que j'eulTe préféré à celui-là. Hor- 
Contez-moi donc, je vous prie, ce qui vous 
fit rire enfui te. F un. Pendant que Vibidius 
demande aux valets fi la bouteille eft donc auf- 
fi calfée, puifqu'on ne lui donne pas à boire,, 
après qu*il en a demandé vingt fois ; & pen- 
dant que nous rions tous fur de faux prétextes, 
en quoi Balatro nous fecondoit admirablement, 
Nalidiénus, vous revenez enfin le vifage riant, 
comme un homme aliUré de corriger par votre 
adreflè les méchans tours que la Fortune vous 
avoit joués. Il étoit fuivi de trois ou quatre 
valets, qui portoient dans un grand baflin le» 
membres d^une grue, bien faupoudrés de fel 6^ 
de froment, le foie d'une oie blanche, engraii- 
fé de figues fraîches. Se les épaules de plufieu.r» 
lièvres: notre hôte nous aflurant, que les é- 
paules font beaucouo plus délicates que le rable. 
On nous fervit auflï des merles tout brûlés, is.' 
des ramiers à qui on avoit ôté le derrière : toui 
mets fort excellens, fi le maître ne nous en- 
eùt expliqué les propriétés & les caufes. Nous 
nous enfuîmes de chez lui, après nous en être 
vengés, en ne touchant non plus à fes vian- 
des, que fi Canidie les eût empoifonnées de 
fon haleine, plus dangereufe que celle des fer- 
pens. 



Q.Î 



REr- 



370 R E M A R Q^U E S 



REMARQUES 

Sur la SATIRE VIII. 

CE n'cfl ici que le récit d*an repas que Nafjdié- 
nus Chevalier Romain avoit donné à A^îécenas 
& à la petite Cour. Horace y peint admirablement 
le caradere d'un homme fort avare , qui fait une 
fotte oftemation de fes rich'ifTes; & qui fe pique de 
rafiner fur la bonne chère , lorfqu'il fait mourir de 
faim ceux qui mangent chez lui. J'ai pourtant vu 
des gens de beaucoup d'efprit, Se de favoir, perfuades. 
que l'avarice n'avoit nulle part à ce caradlere de Na- 
fidiénus , Se que c'étoit un homme qui faifoit efFedli- 
vement fort bonne chère, mais qui la gâtoit par cet- 
te fotte affedation de tout louer chez lui. Je tâ- 
cherai de prouver dan? les Remarques , que ce fen- 
timent ell incompatible avec tous les traits répandus 
dans cette pièce , & qui marquent tous une avarice 
fordide & un méchant goût. Et j'efpere de faire voir 
que le repas eft auflî mauvais , que le maître de la 
maifon eft impertinent & ridicule. C'a été même 
le fentim?nt d'Heinfms , qui dans fon Traité de la 
Satire d'Horace a écrit: Tota autem ., quanta eji ^ 
fcripta eji \v v\^{î. Hoc ejî , omnino efi morata , ita 
ut ad njiTJum foanijftmi ac mendacijjimi oftentatoris^ (i- 
tnulque fordidijjimi hominis mores ob oculos ponat. Cet- 
te Satire eil & fort vive, & fort pi ai Tant e : & , ce 
qui en fait la principale beauté , elle eft pleine d'i- 
mages très- naturelles , qui mettent le ridicule dans 
tout ;on jour. On ne fauroit dire en quel tems elle 
fut faite 

I Ut Najîdieni^ Il ne faut rien changer à ce vers: 
k fecynd pied eft un anapefte , au lieu d un dactile. 

Beati ] 



SUR LA SAT. VIII. DU Liv. IL 37* 

Beati] C'eft ici un mot de raillerie. L'heureux 
Nafidiénus , pour Nafidiénus, qui eil fi riche, ii 
important , & de fi bon goût. 

3 De mediQ potar-e die^ Pour marquer , qu'on fai- 
foit une grande débauche chez Nafidiénus ; puifquc 
contre la coutume on sétoit mis à table à Midi. 

Sic ut mihi numquam ] Horace ne pouvoit doimcr 
ce conte à faire à perfonne qui pût s'en mieux ac- 
quiter que Fundanius , qui étoit le meilleur Poète 
comique de ce tems là; grand railleur , & qui lailî!- 
foiî admirablement tout le ridicule qui Te prefentoit. 
Ceux qui préfendent que ce repas de Nafidiénus étoit 
fort bon , ié fondent fur ce palîage où Fundanius af- 
fure qu'il n'avoit jamais fait fi bonne chère. Mais il 
faut être bien prévenu pour ne pas voir que Funda- 
nius ne veut pas louer ici la bonté des viandes , puif- 
qu'il aflure qu'ils n'y touchèrent non plus que fi elles 
euflènt été empoifonnées, mais qu'il relevé Tim per- 
tinence du maître du fellin. Pour un railleur com- 
me Fundanius un fi parfait ridicule valoit mieux 
que les meilleurs plats. 

* Da , fi gra^je n-n cji'\ M. Bentlei dit des inju- 
res à celui qui a le premier mis da pour die , qui eft 
dans quelques MSS. Mais pourquoi da n'elt-il pas 
au^i bon que die F Je le trouve meilleur ici, car il 
efl plus doux. * 

5 Iratum njentrem '\ Ventre irrité ^ pour ventre 
affimé. Car comme dit Plaute: Famés CS" mora bi' 
lem in nafum con iunt. 

6 Lucanus aper ] Comme il a dit dans la III. Sa^ 
tire: 

Jn ■ni've Liicand dormis ocnatus ut aprutn 
C ce ne m ego. 

Leni fuit Aujîro captus , ut aiehai cœna pater J 
Ce fanglier étoit fi gâté , qu'on n'en pouvoit man- 
ger. Mais Nafidiénus pour déguiler ce de&ut , di- 
loit, qu'il avoit été pris dans le tems qu^ le vent de 
Midi foaffloit fort doucement ; & que de là venoit. 
0^6 mii^ 



37* R E M A R Q_U E S 

qu*il étoit fi tendre. Le vent de Midi corrompt îa 
viande. On n'a qu'à voir dans la Satire fécon- 
de: 

At <VO!i 

Prafititei Aujîri, coquite horum obfonïa. 

7 Vt diehat ccen^ patir^ Nafidiénus le dirait; 
mais nous n'en voulions rien croire : & le fanglier 
nous faifoit bien fentir, qu'il avoit été pris pendant 
les plus violens vents de Midi, Voilà déjà un mé- 
chant mets que Nafidiénus fait fervir, un fanglier gâ- 
té, foit qu'il l'eût gardé trop longtems, ou qu'il l'eût 
acheté tout gâté pour l'avoir à meilleur compte. 

Acria circum rapula'\ Quand on fcrvoit un fan- 
glier, les bords du baffin étoient garnis de piramides 
de pommes. Séneque dans le Livre de la Provi- 
dence: ^id ergo felicior ejjety ^c.fi ingenti pomorum 
Jîrue cingeret primée forma feras captas multa ctede 
*venantium. ^uoi donc} Fabrice ferai t»il plus heureux, 
/il fe faifoit fer^vir dans un baffin garni de piramides 
de pommes les plus grands fanglier s ^ dont la mort au- 
rait coûté la mie à plufieurs chajfeurs? Mais Nafidié- 
nus ne fe contente pas d'y mettre des pommes : il y 
met des chofes fortes & de haut goût; por tâcher de 
corriger la mauvaife odeur du fanglier. 

9 Pernjellunt ] Picotent, excitent. 

Sijcr] Mathiole foutient, que c'eft d^scheruis ; le» 
autres veulent, que ce foit notre felris. 

A/ec'] C'eft la lie de la faumure apellée muria, 
qu'ils mettoient avec la lie du vin de Cos. On peut 
voir les Remarques fur le vers 73 de la Satire IV. de 
ce Livre. 

10 Puer alte cinSius acêrnam^ Fundanius trouve. 
ici deux ridicules. Le premier, dans la manière 
dont les valets qui fervoient, étoient ceints ; & l'au- 
tre, en ce que la table n'étoit que d'érable fimple. 
Les tables de ce bois-là étoient alors fort méprifées. 
Tous ks gens riches a voient des tables de bois 

de 



1 
I 



SUR LA S AT. VIII. DU L'iv. IL 373 

de citronnier. Nafidiénus, comme un homme très a- 
vare, n'avoit qae des valets mal vêtus, & une table fort 
commune Se fort grofliere. 

II GaiJape purpureo me?ifam perterjît~\ Voilà en- 
core une chofe ridicule. On n'avoit point de nape 
fur cette table de bois commun, & on la frotoit avec 
une ferviete de pourpre, comme fi c'eût été une table 
de fort grand prix. 

I 2 Sublegit quodcumque jaceret inutile quodque 1 
C'ell ce que Séneque dit dans ce pafTage de la Lettre 
XL VIL Cum ad cœnandum difcumbimus, alius fputa 
deteoit , alius reliquias temulentorum Jubtus colligit. 
Mais ici Nafidiénus fait ramaiTer tous les refies, afin 
qu'il n'y eut rien de perdu.- Le feul mot inutile don- 
ne cette idée. Nafidiénus faiôit en cela une mef- 
quinerie affreufe, & péchoit contre la politeffe & la 
religion qui defendoient de ramafTer ce qui étoit tomb- 
bé fous la table. Voyez le Symbole XLI. de Pyth. 
^od è menfa ceciderit, ne tolllto. 

1 3 XJt Attîca 'viro^o cum facris Cereris ] H compa- 
re plaifamment la démarche du valet Hydafpe, à cel- 
le des jeunes Athénienes qui portoient les corbeilles 
de Cerès dans les procédions folemnelles que Ion fai- 
foit à Athènes, le jour de la ièx.^ de cette Déeiîé. Jl 
eft ridicule, de voir marcher à pas comptés un valei 
qui porte du vin. Il faut remarquer, qu'on portoit 
ce vin fur la tête, comme ces filles portoient ces cor- 
beilles. 

iç Chium rnaris expers ] On explique ce pafiàge ' 
de deux diiterintes manières. La première eft; du 
*vin de Chio qui nanjoit jamais pajfé la mer. Pour 
dire, que Nahdiénus érigeoit en vin de Chio un vin 
de fcn cru. Mais je ne fais fi cela eft bien Latin, 
<vlnum maris expers, pour dire du vin qui n'a pas 
pafTé la m?r. J'aime mieux fuivre le fentiment de 
ceux qui croyent, qu'Horace a voulu dire du vin de 
Chio oj l'on n'avoit pas mis de l'eau de mer, com 
mec'étoit la coutume. On mettoit d? cette eau dans 
tous les vins Grecs, pour corriger leur trop grande 
force & leur trop grande rudefte, qui les rendoien: 
Q.7 tri- 



374 R E M A R Q^U ES 

très defagréables au goût. C'eft pourquoi Athénée 

dit, McTuV p^oîfCUTiV G/VOV ^Af>îyyjOUii'»i ^etKÂff' 
©■«?, qi^e le 'vni fjl plus agreabl:' quand on y a mêlé 
de Vau de mer. 11 \\y avoit que les gen d'une Tan- 
te foible, ou que les malades, qui euffent de ces vins 
là tout purs, & fans aucun mélange d'eau de mer î 
parcequ'ils croyoient que cetie eau écoit ennemie des 
nerfs & de rellomac. Pline, dans le chap. I. du Li- 
vre XXIII. In primh igitur 'vinurn mannd aquâ fa- 
£ium, inutile efî Jlomacho^ ner'vis, 'vtfic/e Le 'vin où 
l'on a mêlé de Veau de mer, efl pernicieux à rejîo- 
maCi aux nerfs , & à la 'vcjpu. Voi'd donc un 
grani régal que Nafidiénus donnoit à Mécénas, en 
lui faiiant iervir un vin que Ton ne buvoit que com- 
me une médecine, ou un vin du pays qu'il vouloit fai- 
re pafTir pour vin Grec, & qui n'auroit pu ioatenir 
l'eau de mer. 

iS Di-oitias mî/éras'] On fait commencer ici la 
réponfe d'Horace^ qui dit à Fundanius : Di'vitias mi- 
fer as. Voilà des ri chef es bien mal placées, OU 'Voilà 
un homme bien malheureux avcc foutes Jes richefjes. 
Mais je fuis perî^jadé, que ce n'eft pas là le fens, & 
que ces deux mots, diu'tius miferas, font dits par 
Nafidiénus j qui avec un ris moqueur prioit la com- 
pagnie, d'excuier, s'il n"avoit rien de meilleur à leur 
donner. Tout le rjfte elt plat, & indigne d'Horace. 
* M. Bentlei trouve pourtant ce fens là très in-pte. 
Voyons ce que dit ce la- ant homme qui a donné tant 
de marqres de ion excellent goût. Horace, dit-il, 
apelle ces richedes mt^erahlti, parcequ'elles font entre 
les mains d an mai. e fi tat & h indigne de les poifé- 
der, quod nacl'S fuerint dominum fatuum ^ indignum 
qui eas p'fideret. On ne peut rien voir de plus mi- 
ferable. ♦ 

20 Su^.mus ego"] II fart bien marquer les places 
des conviés: car de-là dépend l'inielligence j'un paf- 
fag'î que no.is veiron, enluite. li y a troii lits aucour 
decc!totabh Le lit du milieu efl: le plus hono- 
rable: c-lui dj haut bout après; & cel.n dj bis eft 
le moindre des trois. Sur le lit ùu liau; bout eft aifis 

Fujad^- 



SUR LA S A T. VIII. D u L I V. II. 375 

Fundanius, avec Vifccs Turinus, & ^'a^iuE; Mécé- 
nas eft fur le lit du milieu entre Servilius Ealatro Sz 
Vibidius. Sur le bas lie eft Nalidienus, entre No- 
mentanus & Porcius, Tes paraHtes ordinaires. 

V'ifcus Turinus'] C'eft un des Vifcus dont il a déjà 
parlé ailleurs. 

21 Cum Sernjilio Balatrone'] Servilius Balatro 
D eft qu'un même homme : on a eu tOx-t d'en faire 
deux. 

22 Vibidius'\ Je ne fais pas qui étoit ce Vibidius. 
U7nbras'\ Les Latins apeUoient ombres, ceux qu'un 

convié ménoit de Ton clicf à un feftin. Plutirque a 
lait fur cela un grand chapitre dans le feptieme Li- 
vre de iti propos de table. 

23 Nometitanus'l Cet illuftre débauché dont i! a 
dé:a été parlé. Se qui ayant mangé tout ion bien, é- 
toit réduit à mener la vie d\ n parafiie Porcius Se 
lui étoientles bouffon; de Nandiénus. 

Super iyfiim^ Au delTas du maitre du feftin. 

Porcius infra ] C'était un grand débauché de ce 
tems-lâ. /:près qu'il fe fut ruiné comme Nomen- 
tanus, il alloit aider à rainer les autres. C eft le 
même dont il eft parlé dans lEpigramme XLVJII. 
de Catulle , qui marque admirablement le métier 
qu'il iaifoit: 

Porci iff Socrathf!, du^e Jimjîrte 
Pifonis, fcabies famefque Metnmî. 

Porcius ^ Socration, qui êtes tous deux la main 
gauche de Pifon^ isf ^ui dé-vortZ. Manmius jufques aux 
es. 

J'expliquerai ailleurs cette Epigramme qui eft slÇ- 
ïtT. oj.c.ire. 

Ridiculus totas (tmul abforbere placenta: ] On ne 
s'eft trompé à deux ou trois pafîkges de cette Sat're, 
que pour n avoir pas pris garde à l'emploi q 'e Naû- 
diénus avoit d:,nné à fes deux paraùte,-;. Il Ls avoit 
à fa table, ann qu'ils fiuent Téioge des morcea ix. 

Porcius 



37^ R E M A R Q^U E S 

Porcius ne pouvoit s'en mieux acquiter, qu'en ava- 
lant ces gâteaux ou ces pâtés tous entiers, pour faire 
croire qu'ils étoient fort bons. * Dans quelques ma- 
nufcripts au lieu àtjimul, il y ^/emel, qui peut être 
fort bien; car femel fignifie aufli tout d un coup, tout 
à la fois, comme M. Bentlei l'a fort bien prouvé. * 

25 N ornent anus ad hoc'\ Nomentanus étoit là pour 
cela; pour dire: Ah, Meilleurs, vous ne touchez 
point à cela, voilà qui eft d'un goût exquis ; vous ne 
louez pas affez ceci ; vons ne prenez pas garde à la 
delicatefîe de ces mets, &c. 

' 26 "Nam caetera turba'\ On n'a pas bien expliqué 
ce pailage. Nam dépend de lateret. Nomentanus, 
dit-il, nous enfeignoit à connoître la bonté des vian- 
des qu'on nous iervoit. Car tous tant que nous étions 
là, nous n étions à fon compte que des ignorans qui 
ne nous connoiffions pas en bonne chère, & nous 
mangions des chofes qui avoient un autre goût que 
celui que nous pcnfions. 11 y a là un ridicule qui 
n'a pas été connu, & qui n'auroit nullement conve- 
nu à un homme qui auroit fait efFeclivement fort 
bonne chère. 

28 Longe d^JJîmilem noto ] Qui avoient un goût 
tout différent de celui que nous connoiffions. Il veut 
faire entendre, que Nomentanus leur difoit : MeC- 
fiears, vous n'avez jamais rien mangé de fi bon. 
Ces poifTons ont tout un autre goût que ceux que 
vous avez mangés toute votre vie. Mais ce qui rend 
ce ridicule plaiiânt, c'eft que Texpreflion eft équivo- 
que, de manière qu'elle eft prife en bonne & en mau- 
vaife part. Nomentanus s*en fert pour louer les 
viandes; &Fundanius s'en fert pour les méprifer. 

29 Vt njel continua patuit ] En eftet, dit Funda- 
nius, il parut qu'il avoit raifon ; car en même tems 
il me fervit les côtés d'un turbot & d'un carrelet; & 
de ma vie je n'ai rien mangé de pareil. Tout cela 
eft encore équivoque ; car inguftata peut fignifier, je 
rianjoïs jamais rien mangé de fi, bon, &, cet à étoit fi 
ftiawjais, que je ne pus le manier. 

F azéris J Un poiflbn apeilé plie, ou un carrelet. 

* M 



SUR LA S AT. VIII. DU Liv. II. 377 

* Au lieu de paj/eris aique. Lambin a trouvé dar>s 
quelque MS. pajferis ajjr, c'eft-à-dire un moineau rô- 
ti, ce qui peut fort bien augmenter ici le ridicule, * 

3 1 Pojî hoc me docuit ] Nomentanus, ou Nafidic- 
nus. 

Melimela ] Ce font proprement les pommes de St. 
yeany ou les poirimes de paradis. 

Ruhere minorem ad îunam deleSla ] Le vieux Com- 
mentateur explique minorem ad Iunam, au croiflànt 
de la lune. Mais je crois que c'ell plutôt au déclin; 
comme Pline a dit de la lune, quand elle eft au dé- 
cours, minuitur luna. Et c'eft ce qui fait le ridicu- 
le, de vouloir perfuader que les pommes fe colorent 
plutôt au déclin qu'au croiiTant. 

34 Noi nifi damnosè bibimus'\ Damnose hibert, 
boire jufques à ruiner celui qui fournit le vin. Plaute 
a dit de même dans TEpidicus, dammfos maritosy de* 
maris qui fe ruinent en débauches. 

Moriemur inulti ] Comme s'il difoit : Nafidiénu* 
nous aura empoifonnés impunément, fi avant que de 
mourir nous ne buvons tout fon vin. Et ce vers prou- 
ve & met dans la dernière évidence, ce que j'ai a- 
vancé dans l'argameni, que Nafidiénus ell le caractè- 
re d'un avare qui fait très méchante chère. Car 
cherche- 1 on à le venger d'un homme qui fait bonne 
chère; Se celui qui fait bonne chère ne prend il pas 
au contraire un plaifir extrême à voir boire fon vin ? 

35 Vertere pallor^ Cette pâleur n'eft guère la mar- 
que d'un homme libéral, qui aime à voir bien man- 
ger & bien boire. 

36 Parochi} Prabitoris, de celui qui donne à man= 
ger. 

37 Vel quod maledicunt liberius, vel] Ces deux 
raifons font ironiques : Fundanius tait la véritable , 
comme s'il difoit : Ce n'ell pas qu'il fe fouciat q le 
Ton but beaucoup ; mais il craignoit que le vin ne 
les portât à la médifance, ou qu'il n'émouilat leur 
goût. L'ironie elt fenfible. 

3 8 Exfurdant 'vina palatum ] Exfurdant eft un 
beau mot ; Se cette figure eil heuréufc, de détourner 

ua 



3/8 R E M A R Q^U E S 

un mot d un fens à un autre. Celui-ci efl pris de 
1 ouïe, & apliq :é aa goût. 

59 hi^vertunt AUiphanis 'vhiaria tofa'} AUiphana 
ëtoient de grandes coupes, ou de grandes bouteilles 
de terre, que Ton failoit à Jllipke, ville du pays des 
Samnites. Fundanius dit donc, qu'à force de boire 
de grands coups, on renverla les cruches de vin, qu'il 
apelle ici <virianay c'eil- à-dire oinophora, dans lef- 
quelles on puiibit le vin, po-ir le mettre dans les 
bouteiiles dVa on verfoit dans les tafîes. C'ctoit la 
coutume, quand ces cruches é:oient vuides, de les ren- 
verfer, k de mettre l'ouverture contre ttne. Luci- 
lius; 

Vertïtur oinophoris funduSt fententîa nobis. 

Les cruches Je renverfentt ^ notre rai/on aujjt. 

Et Virgile : Vertunt crateras ahenos. On ne fai- 
foit pas cela feulement aux vaifieaux de vin, mais à 
tojtes fortes de vaifTeaux dont on s'éioit fer/i, & que 
Ton avoit vuidés. Ceft fur c^tte coutume qu'elt 
fondée cet:e belle exprelnon du XXI. chapitre du 
q-ia-ri-me Livre des Rois, où Dieu dit : Kca ctVet- 

ffeûTTOV cmJt»- y^ renijerjerai J trujalem, comyne on 
reni-erje un pot d'^ejjence^ dont r on met rounjerture 
contre terre quand on l ^a 'vuidé. 

^ O Sequutis omnibus : imi con^vi'va leSîi ] On a lu 
ce paiTige d'une autre manière : 

- - - - fequiith omnibus imi s. 
Côn'vi'va lehi nïhil nocuere lagenis. 

Ils furent fui'vis de tous ceux du bas bout. Les 
principaux des con-viés ne firent aucun tort aux bou- 
teilles. 

Mais ce fcns-là eft tout-à-fait mauvais. Premiè- 
rement 



SUR LA SAT. VIII. DU Liv. IL 379 

rement tous ceux du bas bout ne pouvoient pas être 
du nombre des buveurs, puiique Naiîdiénus éto'rt lui- 
même à ce bas boue, 8c qu'il mourcii. de douleur, de 
voir vuider ics bouieillts. Et il iêroit ridicule de 
penrer, que le mot ovinibus^ tcus, en exclut un de 
trois, & qu*il ne ton be que fur Nomeiitanus & Por- 
cius. En fécond lieu, il ne paroît pars rai onnable 
d'expliquer con'vi-v^ leSli, les principaux conviés ; 
:pjifqu'il n'y avoit là que Mécénas qui fût au delîus 
des autres. Torrentius a bien fenti cette difficulté: 
&c pour l'éviter, il prend ce con^vi-va Ucli po ar d au- 
tres con\ iés que ceux q u étoient fur les trois lits, 
pour des conviés qui étoient fur de petite' fiéges, au 
pied du bas lit, & qu'on apelloit, î?ni Jubfelui <viros, 
^lais c'eit une fupolition entièrement chimérique. 
Car pourquoi apeller ces g'^ni là connjinjtr ledi, les 
conviés du lit ? Cela cil inouï. D aiUears, puifque 
ces conviés n"étoient-là que pour réjouir les au:res, 
d où vient qu'il n en paroît aucun dans toJte la Sati- 
re, & que tout fe palIe entre les neuf Aèteurs dont il 
a été parlé. Il n'eil point d'eiabaras où i on n- fe 
jette, quand on s'éloigne de la vérité. 11 n y a rien 
de plus naturel que ce paiîage. Horace dit iimple- 
ment, que tout le mon^e fuivit l'exemple d \ ibi- 
dius & de Baiatro. Mé^'jna , Varius, h'undauijs & 
Vifcus, fe mirent auffi à boir^ ; mais les convies du 
•bas bout, inù con'vinj^ Ucîiy c'eft-à-^ire, Nomenta- 
nus & Porcius, ne firent aucun mal aux b^uceiPes. 
Car comme ils étoient les parafitfs de NafiUiéuus, ils 
craignoient de le fâclier, s'ils bavoient comme les au- 
tres; pour lui plaire, ils vouloient tâc.ier de réparer 
par leur fobrieté ce que les autres gâtoien: par isur 
débauche. Et c'eft ce qui fait un ridicule fort plai- 
fant, au lieu que le reile ell miipide <&: pian. La co:ti- 
plai ance de ces deux parafites marque allez l'avarice 
de Phôte, & lait bien iéntir la véritable raiion de a 
pâleur. 

42 Squillas inter mur^na vatantes~\ On fervit une 
lamproie au miiieu d un grand nombre de petits can- 
cres, qui nageoient dans ta lauce. Ce plat étoit ri- 
dicule. 



38e R E M A R Q^U E S 

dicule. Il falloit plutôt un grand cancre, entoure de 
lamproies, ou dafperges- 

43 Heec gra-j'ida, inquttt capta ejî^ Les lamproies 
étoient fort eftimées à Rome. J'ai lu quelque part, 
qu'un Poète apelloit les lamproies d'Italie ^cw[j.cL' 
ç-ov iS^i(Ty.cL^ un manger admirable', mais ce n etoit 
ni loriqu ellis éioient pleines, ni lorfqu'elles avoient 
fait leurs petits; car alors on les méprifoit fort, & on 
les donnoit pour rien. Et je crois que cela venoit de 
l'opinion où Ton étoit, qu'elles saccouploient avec 
les ferpens. C étoit donc un méchant régal que Na- 
fidiénjs donnoit à Tes conviés qu'une lamproie pleine. 

44 D et erior pojî part um carne futur a^ Nafidienus 
fait bien qu'il eft ridicule de fervir une lamproie plei- 
ne, il veut excufer ce défaut, & en faire un bon 
mets. Et voilà qui eft ridicule : la lamproie ne doit 
être mangée, ni quand elle eft pleine, ni quand elle 
vient de faire Tes petits. 

45 His mzjîum jus eji'\ His, /quillis, à Ces cancres» 
^lod prima Venafri ^rejjit cella'] Il veut faire paf- 

fer une huile déteftable, pour la meilleure du mon- 
de, & pojr celle qui avoit coulé la première d'un 
prefîbir de Venafre, qui étoit le pays de l'excellente 
huile. 

46 Garo de fuccis piTcis Iberi ] Garum étoit pro- 
pre rent le fuc , la faumure de certains poiflbns , 
ou plutôt les entriiilles de certains poillbns , a- 
pellés i/ïr/', q i on laitloit fondre dans le fel. Au lieu 
de ces poiiToas on employa à cet ufage les maque- 
reaux, icombros, que Ion pêchoit près des côtes 
dEi'pagne. C eii pourquoi Horace dit ici : Garo de 

Juc:h y;''ts Iberi. Cette faumure étoit fi ellimée, 
qu'on i'acheroit près de deux piftoles la pinte. Na- 
fidiénis vodioit faire palier une méchante laumurede 
thon, pour de la faumure de maquereau. 

48 Du:n coquitur ] Pendant que cette fauce cuit. 
Cette diitinclion eil plaiiante : pendant qu'elle cuit, il 
y faut du vin d'Italie : & quand elle eft cuite, il y 
faut du vin de Cos. Nafidienus ne vouloit pas pro- 
diguer fon vin de Cos dans la lauce, il fe contentoit 

den 



SUR LA S AT. VIII. DU Liv. II. 3gl 

d'en mettre un filet après qu elle étoit tirée du feu. 
Et il précendoit taire palier cette épargne pour un raf- 
finement. 

i;o ^lod Metkymn^am <vitio muta<verit ut'nm'\ 
Voilà une façon de parler afTez extraordinaire, & af- 
fez bilare : Acetum quod mutavit mitio woam Me- 
th\mnaam. Du •■vinaigre qui a changé par fa cor- 
ruption le raijin de Metl^ymne- Au lieu de dire: Ace- 
tum quod uva Mcthymn<£a muta~cît 'vitio. Du -vi- 
naigre que les rai fins de Met hymne corrompus y ont pro- 
duit. Ceft-à-dire du vinaigre fait avec du vin de 
Methymne, ville de Lefbos. Nafidiénus veut faire 
valoir ion vinaigre, en diiant qu'il eft de Methymne, 
Et en cela même il a un goût par:icalier ; car le plus 
excellent vinaigre n'écoit pas celui de Lefbos, mais 
celui de Cnide. de Ciéone^, ou de 1 Attique. 

5 I E rue a s njiridesy inulas ego primus a m aras ] E- 
ruca^ de la roquete, inula, de Taunée, herbes fi defa- 
gréables au goût, & fi nuifibles à 1 eftom.ac, que les 
Romains n'en mangeoient point, fi elles nétoient 
confites & prépaiées. C'ed pourquoi Nafidiénus fe 
vante ici d'avoir trouvé>4]ne nouvelle manière de les 
confire dans la iaumure des coquilles de mer. Car 
c'elt ainfi qu'il faut entendre ce palfage, que perfon- 
ne n'a bien expliqué : Ei^o primus monjîravi incoquere 
erucas 'virides, Cff inulas arnaras muriâ quam remit- 
tit tejîa marina. Curtillus monjîra'vit incoquere eâ- 
dem muriâ Echinos il/utosy i^c. Je fuis le premier 
qui ai montré à faire cuire la roquete iff Paunée tou' 
tes vertes dans la faumure qui fort des coquilles de 
mer: comme Curtillus a été le premier qui a montré à 
y faire cuire les heriffons fans les la-ver. Torrentius 
a eu tort de demander ce que la faumure avoit de 
commun avec ces herbes, & il ne s"ert pas fouvenu 
de ce palTage de Columelle, Liv. Xll. chapitre 46. 
Tertia ejufdem inul^e conditura : Cum radiculas dili- 
genter eraferis minute concifas in rnuria dura macéra- 
tOy donec amaritudinem démit tant. Voici la troi/îe- 
me manière de confire l 'aunée : ^and ^vous aurez, bien 
netojé fes racines, *V3us les couperez, en petits morceaux^ 

45f 



3?2 R E M A R Q^U E S 

^ njous les laijjerez. dans la faumure la plus forte^ 
jufques à ce qu elles ayent perdu leur amertume. 

Ç2 Illutos CurtiÙus Echinos^ il dit, que Curtillus 
avoit enfeigné à faire cuire le lieriiTon dans la fau- 
mure, laîib le laver; parcequ'il trouvoit qu'en le la- 
vant, on L)i faifoit perdre tout fon fuc. Ce Curtil- 
lus étv'iit un débauché, qui ne fongeoit qu à rafiner 
fur la bonne chère. 

53 Mûri a quam t(fta marina remittit^ Dans la 
faumure qai le trcive naturellement dans les coquilles 
de mer, dans les huîtres. 

i:;4 Interea ulpenja gra'ves aiil^a'\ Deux vers he- 
ro'ques qui font un très bon effet dans le ridicule. 
Ce mo: auL-ea f:gnlne les tapiïïlries dont on tapif- 
foit les chambres, & quelquefois les rue> dans les fê- 
tes publiques ; car en s'en fervoit auifi à cet ulage, 
& c'eft air.fi qu'on doit prendre à mon avis !e repro- 
che qu'on faifoit à Aaétellus Plus d aimer à voir, 
quand il nrrivoit en Sfpagne, les murailles couvertes 
de tapifferies magnifiques. Cu?» Attalicis aula^is 
conteéios parictes //rto animo intuebatur. On repro- 
choit auffi à Antiochu's Roi de Syrie, que par fon 
îuxe ii avoit accourumé les Officiers de les troupes à 
avoir leurs tenues tapilTées. Jl fignife aufli les dais 
que l'on tendoit dan^ les chambres où l'on mangeoit. 
On peut voir la Remarqi c fur ce vers de TOde vingt- 
neuvième du Livre troiheme : Sine aulteis ^ oftro. 

57 Nos majus njcriti^ Ils avoient craint que le 
plancher ne tombât fur ejx ; car il n'eft rien qu'on 
ne doîve craiadre dans la maifon d'un avare qui ne 
voudroit pas dépenrer un écu à affurer fon plan- 
cher. 

60 Ni fapiens ftc Nomentanus ] On voit bien que 
le fens n*elt pas achevé, & qu'à manque quelque 
chofe. Il faut entendre, qu ii n'aurait jamais cel^é 
iês regrets, fi Nomentanus, &c. Sapiens Nomenta- 
nus ^ cft plai.ant. 

64 Bù 'utro jufpendens omnia nafo ] Comme il a 
dit dans la :>atire VI. du Liv. I. Nafo Jufpendis a- 
àunco. On peut voir là les Remarques. 

67 Tfent 



SUR LA S AT. VIÎI. DU Lir. IL 383 

67 ^Cene ut ego accipiar laute ] Ce'a eft fort plai- 
fant: & ce qai augmente la plaifanterie, c'ell qu'il eft 
ditp-irBala.ro, qui a\oit iuivi Alécénas à ce feflin 
fans ècre prié. 

68 AV pavis adufiu:-^ ne maie covdltum jus] Ce 
font autant de contre vérités. Car Balatro veut dire 
manife;lement que les valets étoicnt mal propres^ les 
fauces mal fai.c. Se le pain bruié. 

72 Si patiram pede lapfus fia>7^at azah~\ ^'oilà 
un ridicule qu'Hor: ce oonne à Nalidienus, en Ii i re- 
prochant, qu'il le faiiuit iervir à tabie par un pale- 
frenier, par un val t d'écirie. Car c'cft ce que fi- 
gnilie agajo. Tous cjs traits marquent ce.^aint-ment 
un homme avare, à nullement un iiomme libéral 
& délicat, qui raffine en bonne chère. 

73 Sed con'vh-vatorîs uti ducis] Paul-Emile, ce- 
lui qui défît le Roi de Macédoine, eft le premier qui 
ait comparé le maître d un f.ftin à un Général d'ar- 
mée, en dnknt, qu'il faut le même génie pour or- 
donner une bataille formiJi-ble à iç,i ennemis, que 
pour faire un feftin agréable à Tes amis. Balatro fe 
1ère de cette comparai. on ; mais il la détourne à uri 
fens qui r nd la choie fort ridicule. 

77 Et fohas pojcît] Quand les Romains alloient 
fe mettre à table, ils quitoient leurs fouiiers, & pre- 
noient des pantoufles qu'ils laiiloient au bas des lits, 
pendant qu ils mangfoient : & qa.ini iL^ fe levoient 
de table ils les reprenoient. NaJid'énu^ donc \oulant 
fe lever, pour aller dcnn-îr quelques ordres, demande 
fes pan:o des, comaiî Cal.idimates dans la Moftel- 
laire de Piaute, Ade ii. fcene I. 

Cedo foie as mihi ut arma capiam. 

Donne-tnoz mes pantoufles^ af,n que je prenne mes 
armes. 

Si Num Jît qitoqiie fraSîa îagena ] Si les valets du 
buffet n'avoient pas aufTi calfé la bouteille, comme le 
palefrenier avoit déjà caiTé un plat. Car ce qmque. 

a 



3^4 R E M A R Q^U E S 

a une relation manifede au Teptante deuxième vers, 

82 ^uod Jihi pofcenti non denîur pocula ] Il iali- 
nue par là, que Nafidiénus avoit donné à fes valets 
le même ordre qu'Harpagon donne aux fiens dans 
l'Avare de Molière, de ne pas provoquer les gens à 
boire, & d'attendre qu'on en demande plus d'une 
fois. 

83 Rîdetur fiSfis rerutn ] On rit fur de faux pré- 
textes, afin que Nafidiénus ne crût pas qu'on rioit de 
lui. 

Balatrone fecundo ] Secundo^ aplaudifiant, & jouant 
admirablement le fécond rôle. C'tft un mot em- 
prunté du théâtre. On peut voir ce qui a été re- 
marqué lur le pojjet qui ferre fecundas, de la X. Sa- 
tire du Livre I. 

84 Nafidiénus, redis"] Cette apoflrophe que Fun- 
daniusfait à Nafidiénus lui-même en quitant la nar- 
ration, efi du grand ilile. Ceux qui connoiflent Ho- 
mère favent ce que je dis ; car ce grand Porte s'en 
iert très fiuvent pojr réveiller l'attention. Employée 
dans les petites chofes, comme ici, elle fait fort bien 
& eil très plaifante. Quoique notre langue ne s'ac- 
commode pas trop de ces écarts, je n'ai pas laifTé de 
la hafarder dans la traauftion. 

Redis mutât ^frontis'] Mutata frontis, un génitif 
abfolu pour un ablatif, a la manière des Grecs. Cela 
ell remarquable. 

86 Mazonomo'\ Mazommon étoit un grand rond 
de bois, comme ceux où Ion met les gâteaux. 

87 Membra gruis\ 11 fe moque de ce que Nafi- 
diénus faifoit fervir une grue; car alors les grues n'é- 
toient pas fort eftimées, & de ce qu'il n'en faifoit 
fervir qu'une, qui étoit même découpée. 

88 Pinguibus i^ ficis paftum jecur] Les Romains 
faifoient grand cas des foies d'oie qu'ils engraiflbient. 
Pline dans le chap. XX. au Livre X. Noftri fapien- 
t tores qui eos jecoris batiitate no'vere. Fartilibus in 
magnam amplitudinem cnfcit. Exemptum qy.oque lac- 
té mulfo augetur. 11 paroît par ce paffage d'Horace, 
que les plus eftimés étoient ceux des oies qui avoient 

été 



SUR LA S AT, VIII. DU Liv. II. 3^5 

été engraiflees avec des figues fraîches, & non pas a- 
vec des figues fcches. Les Grecs apelloient ces foyes 
vvkutÀ, ficata. Mais ce qu'il y a ici de ridicule, 
c ell que Nafidiénus, au lieu de donner le foie d'une 
oie engraifiec, y^rr///.f anferis^ ainvr^ y»v^ ^ CQ 
qui coutoit du loin & de la dépenle, donne le foie d'u- 
ne oie commune engraiflë, c'efl-à dire farci de figues 
fraiches pour le faire paroître plus gros & plus gras, 
ce qui ne coutoit guère. Ce foie avec ces figues qui 
y foilonnent, eft comme le pâté en pot bien garni de 
marrons, qu'Harpagon veut donner à {es conviés 
dans TAvare de Molière. Au relie, la manière de 
préparer les foies étoit la même en Italie qu'en 
Grec:?, on les fervoit ou rôtis ou frits dans la' poile, 
è: envelO; es de la membrane apelléa omentum. Et 
c'ell fur cela qu eft fondé îe mot d'une courtifane, 
qji à table ayant cru prendre un foie, & n'ayant 
trouvé fous l'envelope qu'un morceau de poumon 
s'écria : 

y e fuis perdue. Cette maudite robe ma trompée l^ 
me fait mourir. 

C'efl un vers dune tragédie Greque, qui efl dît 
par Agamemnon, que Cl)temneftre & Egifthe tuent 
après lavoir embarafTé dans une robe fans ouverture. 
L'aplication eft fort plaifante. 

Albi ] Les oies blanches étoient les plus cftimées, 
Varrondans le chap. X, du Livre III. Primùmjuke- 
bat fervum in legendo ob/eri'are ut \Jfent ampli Ésf al- 
6i. 

89 Et leporum avulfos, ut multo /uavùts armas'] 
Ut multo fita'viuSi eft une ironie. Car les épaules du 
lièvre font ce qu'il y a de moins bon. Et les Ro- 
mains avoient fur cela le même goût que nous. On 
peut voir la Remarque fur ce vers de la quatrième 
Satire de ce Livre; 

îe/w. FIL R Fofcundi 



ZU RE M A A Q,U E S 

Fcecundi leporis fapiens fe£iabitur armos. 

A'vuÎJqs , ut multo fua'vius ] On pouroit croire 
que ces mots , ut muîto Juanjius, \t raportent à a- 
*vulfosy Se que Nafidiénus dit, que les épaules de liè- 
vre font meilleures arrachées que coupées i mais le 
vers fuivant combat cette explication, Se fait voir 
que ut multo fuaziius, le doit joindre avec quàmji cum 
lumbisy l^c. Nafidiénus dit, que les épaules du liè- 
vre font meilleures que le rable, & par conlequent 
qu'il faut les fervir leules, a^vui/os. Plaifant rafine- 
luent! 

9© Tum peéïore adujlo'] Des merles brûlés. Tous 
les traits de Satire que Fundanius jette dans ce récit, 
prouvent qu'il parle d'une chofé déteftable, & qu*il 
Tiy avoit rien de fi mauvais que ce que Nafidiénus 
donna dans ce repas. 

91 Et fine dune palumbesl Nafidiénus fait fervir les 
pigeons fans le derrière, c'ell à dire fans ce qu'ils ont 
de meilleur & de plus délicat. Ce font là, dit-on, 
de paradoxes de table, dignes d'un homme qui fe pi- 
que de rafincr en bonne chère, & non des dépenfes 
d'un avare qui ne s aviferoit jamais de fervir la moi- 
tié d'un animal qu'il auroit acheté entier. Mais ce- 
ci ne dément nullement tous les autres cara£leres d a- 
varice que nous avons déjà trouvés. Fundanius dit 
qu'on leur fcrvit ces ramiers fans leur derrière, pour 
faire entendre qu'ils ne valoient rien, qu'ils n etoient 
pas frais; car lèvent efl plus fenlible dans cette par- 
tie-là que dans les autres. 

92 Suaves res ] Fundanius ne dit pas que ces 
viandes étoient bonnes, mais il dit que le maître c- 
loit encore plus infuportable que les viandes. Quel-- 
que méchantes qu*elles fuflcnt, on les auroit trouve 
excellentes, fi Ihôte n'avoit pas tant philofophé, 
pour en expliquer les caufes Se, la nature. C'efl le 
véritable fens. 

93 '^em nos Jic fugîmus uitt] De ce feul mot u/ti, 
ajirèf nous 'en ttre vengés tn ne touchant non plus à /es 

vidn- 



,UR LA S AT. VIII. DU Liv. IL 387 

■viandes, tjjc. on a voulu inférer qu'Horace ne donne 
pas ici le caradere d'un avare ; car fe vangeroit-on 
d un avare en ne mangeant point? Oui certainement. 
Et l'on ne fauroit mieux s'en venger qu'en ne man- 
geant point, comme iroavant déceilable ce qu'il .don» 
ne poar très exquis. ;, V .- 

94 Ut mhil omnlno gujaremns ] Puifqu'ils ne tou- 
chèrent nulîemcnr aux mets, cela montre clairement 
que quand Fundanius a dit qu'il n'avoit jamais fait fi 
bonne chère, il n'a pas voulu parier de la bonté des 
viandes, mais de celle du caractère de l'hôte, qui c- 
toit très ridicule & très impertinent, & qui avec un 
très mauvais goût k une avarice fordide vouloit paf- 
fer pour magnifique & pour délicat. 

95 Pe'jorferpentibus Afris^ Car l'Afrique cfl fer- 
tile en ferpens. On a lu 2m'S\ ferpentihui atris, com- 
me il a dit dans l'Ode IV. du Livre III. 

Ut tuto ah atris corpore 'viperi'y 

Cela eft indiiîerent. 



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R î NOTES 



5S8 Notes sur la SAT. VIII. Liv. IL 

N O T E S 

Sur LA SATIRE VIII. Liv. IL 

COMME Varias étoit encore en vie quând Ho- 
race compola cette pièce, Se qa'ii étoit mort 
îoriqu'il fit la première E pitre du Livre fécond, qui 
di de l'année 744. le Père Sanadon juge que tout ce 
qu'on peut dire de plus affui-é fur la date de celte Sa- 
tire, c'eft quelle fut faite avant cette année là. 

4 Da] Le P. S. lit ^/V, après les manufcrits, les 
anciennes éditions, & trois plus récentes. 

24 Simul] Semel, qje KL Dacier aprouve, a é-t« 
reçu par le P. S. après Al. Bentlei. 

29 PaJJeris atque^ Le P. S. a mis pajferii ajjî 
atque, fuivant un grand nombre de manufcrits. At 
finit le vers, & que apartient au fuivant. Vo/ez la 
Remarque de M. Dacier. 

88 Anferis albi'\ Deux favans Editeurs, dit le P. 
S. ont retenu an/eris alba, qui fe trouve dans trois 
manufcrits. 

Fin du feptieme Tome. 



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